‹ Le taoïsmeChapitre 88 sur 99 · Tchou-lse loui-han, t. VIII, pp. 26 et · texte numérisé non relu

Tchou-lse loui-han, t. VIII, pp. 26 et

4. Comme il n'a été publié jusqu’à présent, dans aucune langue européenne, une traduction de l’œuvre de Iloaï-nan tse, j’ai pensé qu’on ne lirait pas sans intérêt un fragment de son Tsing-chin hiun. Je regrette de n’avoir pu insérer le chapitre en entier sans dépasser

mystiques qui devaient aboutir à la création définitive du Taosséisme et à toutes les aberrations caractéristiques de cette prétendue continuation de l’œuvre du philosophe Lao-tse.

La littérature taoïste des temps postérieurs nous est à peu près complètement inconnue ; mais d’après les rares

outre mesure l’étendue qu'il m'est possible de donner ici à une simple note :

1. « Anciennement, lorsque le Ciel et la Terre n'existaient pas encore, je pense que les choses étaient sans formes : ténèbres épaisses, obscurité complète, chaos confus, tristesse immense, brouillard vaporeux, abîme profond, on n'en connait point le caractère.

2. Deux Esprits naquirent indistincts. Ils organisèrent le Ciel et formèrent la Terre. [Ces deux Esprits étaient le priucipe Femelle et le principe Mâle : ils naquirent ensemble]. Leur profondeur immense, nul n'en connaît les bornes infinies ; leur expansion extrême, nul ne sait où elle s’arrête.

3. A un moment donné ces deux esprits se divisèrent et devinrent le priucipe Mâle et le priucipe Femelle ; ils se séparèrent et devinrent les huit points cardinaux. L’élément fort et l'élément couple, par leur association, créèrent tous les êtres qui prirent forme. Le fluide trouble donna naissance aux animaux inférieurs ; le fluide pur donna naissance à l'homme. De la sorte, l'Esprit subtil devint l'avoir du Ciel, et la charpente osseuse l'avoir de la Terre. L'Esprit subtil entra au Ciel, tandis que la charpente osseuse retourna (en terre) à sa racine. Que me reste-t-il donc après cela ?

4. La sage règle en conséquence sa conduite sur le Ciel, sans se préoccuper du vulgaire, sans se laisser séduire par les hommes. Il prend le Ciel pour père ; il prend la Terre pour mère. Du principe femelle et du principe mâle, il fait son attache principale et se règle sur les quatre saisons.

5. Le Ciel trouve le calme dans la pureté ; la Terre trouve ses assises dans le repos. Si les êtres perdent ces avantages, ils meurent ; s'ils en font leur loi, ils vivent.

6. Or la vastitude du calme est l'habitation des Génies ; le non-être du Vide est la demeure du Tao. De la sorte, si quelqu’un cherche sa règle dans les choses du dehors (objectives), il la perd dans son organisation intime (subjective) ; il y en a, par contre, qui la conservent dans leur organisation intime et qui la perdent dans les choses extérieures. C'est, par exemple, comme l’origiDe et la fin : si vous procédez en partant de l'origine, mille branches et dix-mille feuilles se succèdent à l'infini.

7. Or l'esprit subtil est ce que l'on r°çoit du Ciel : la forme matérielle est ce qu'on tient de la Terre. On dit, pour ce motif : un a créé deux ; — deux a créé trois ; — trois a créé tous les êtres. [Un, c’est le Tao; — deux, ce sont les Génies; — trois, c'est l'essence de l'Harmonie]. Tous les êtres tournent le dos au principe mâle (passif! et embrassent le principe femelle (actif) ; l'essence calme produit (finalement! l'Harmonie.

8. De cette façon, au premier mois se manifeste la substance grasse ;

LES SUCCESSEURS IMMÉDIATS DE LAO-TSE

indications qu’on a recueillies jusqu’à ce jour, il ne semble pas qu’elle ait réalisé aucun progrès sérieux dans le domaine des choses philosophiques. Et quant à ce qui concerne la physique et les sciences naturelles, dans lesquelles elle n’a pas hésité à entreprendre quelques incursions, on peut dire, je crois, qu’elle ne s’est pas montrée plus précise et plus avancée qu’à

au second mois, les excroissances ; au troisième mois, les côtes ; au quatrième mois, la chair ; au cinquième mois, les nerfs ; au sixième mois, les os ; au septième mois, l'accomplissement (du corps) ; au huitième mois, les (premiers) mouvements : au neuvième mois, les mouvements rapides ; au dixième mois, la naissance. La forme et le corps sont ainsi achevés.

9. Les cinq viscères ont alors leur forme. En conséquence, les poumons président aux yeux, [parce qu'ils ont la forme du moineau, emblème du feu qui éclaire] ; la vessie préside au nez [parce qu’elle a la forme d’une tortue, emblème de l'eau, qui est l’essence de l’odorat] ; le fiel préside à la bouche [parce qu’il est l’emblème du courage] ; le foie préside à l’oreille [parce qu’il est l'emblème du métal sonore1. Au dehors se trouve le revêtement extérieur, et au dedans l’organisme intérieur. Il y a des ouvertures et des fermetures (dans le corps), pour rejeter et pour absorber. Chacune a sa fonction. C’est ainsi que la tète, par sa forme globuleuse, est l'image du ciel; tandis que le pied, par sa forme carrée^ est l’image de la Terre.

10. De même que le Ciel a quatre saisons, cinq éléments, neuf séparations ( kidi , c’est-à-dire les 4 saisons et les 5 éléments, ou les 4 points cardinaux, leurs 4 points intermédiaires et le centre) et (des années de) trois cent soixante-six jours ; de même l’homme a quatre membres, cinq viscères, neuf ouvertures [sept dans la tête et deux plus bas], et (un système de) trois cent soixante-six jointures (articulations).

11. De même que le Ciel possède le vent, la pluie, le froid et la chaleur; de même l’homme possède l'absorption et la déjectiou, la joie et la colère. C’est ainsi que le fiel représente les nuages [le fiel étant l’emblème du métal, qui provient des nues] : les poumons représentent l'air [parce qu'ils sont l'emblème du feu] ; le foie représente le vent [parce qu’il est l'emblème du bois des arbres qui produisent le vent] ; la vessie est la pluie [parce qu'elle est l'emblème du liquide] ; l’estomac représente le tonnerre. (Tous ces organes) se mettent à l’unisson avec le Ciel et la Terre, et sont placés sous la domination du cœur (qui est l’emblème de la Terre et en conséquence le maitre des quatre autres éléments.)

12. Il en résulte que l'oreille et l'œil représentent le soleil et la lune ; le sang et le souffle sont le vent et la pluie. Au milieu du soleil, il y a une pie (oiseau à pattes de jade) ; au milieu de la lune, il y a un crapaud. Quand le soleil et la lune perdent leur voie, ils sont éclipsés et sans éclat. Quand le veut et la pluie ne viennent pas en temps opportun, ils détruisent la vie et causent des malheurs. Quand les cinq constellations perdent leur voie, les pays subissent des calamités. »

l’époque où succomba la dynastie de Tcheou. Il faut néanmoins attendre des nouvelles études de l’orientalisme les renseignements sans lesquels il n’est possible de se prononcer à cet égard qu’avec les plus sérieuses réserves.

LE TAOSSÉISME

On pourrait à la rigueur soutenir que le Taoïsme n’a pas survécu à l’époque de Lao-tse. Cette opinion, toutefois, serait excessive, car il n’est pas impossible de reconnaître, au milieu du fatras spéculatif qui caractérise l’œuvre de la plupart des écrivains de l’Ecole du Tao, des traces d’un travail intellectuel de quelque mérite. Tout ce qu’on peut dire, c’est que, dans les livres de ces écrivains, les idées les plus originales du Tao-teh King ont été plutôt amoindries que fortifiées, et qu’aucun d’eux n’a su s’en servir pour jeter les bases d’un système philosophique tant soit peu homogène, encore moins pour en faire le point de départ d’un enseignement religieux. Plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, la pensée fondamentale du Taoïsme était déjà dénaturée de fond en comble, maintes fois elle avait subi une alliance bâtarde avec la doctrine des Lettrés, et elle s’était entourée de pratiques de divination et de sorcellerie du plus bas étage. La métamorphose était si complète sous le règne du farouche fondateur de la dynastie des Tsin, au IIIe siècle avant J. -C., que c’est à peine s’il est possible de voir,

dans le culte taoïste de ce temps-là, de véritables réminiscences des principes de Lao-tse.

Il m’a donc semblé opportun de ne pas confondre sous une seule et même dénomination la philosophie insuffisante sans doute, mais cependant remarquable à plus d’un titre dont on trouve les rudiments dans le Tao-teh King avec ce qu’en ont fait les Chinois des temps postérieurs. J'ai appliqué, en conséquence, le titre de Taoïsme à la doctrine de Lao-tse et de scs continuateurs les plus autorisés, et celui de Taosséismc au culte pratiqué de nos jours encore par les taossés ou « maîtres du Tao ».

Lou-fah-sse a dit : « En général, les taosséistes font du Tao et de la Tell leur père ; ils prennent les Génies pour leur mère ; la Pureté est leur maître, la Grande Concorde est leur ami 1 ». Cette définition est aussi caractéristique que possible des éléments hétérogènes sur lesquels est fondé le culte dés prétendus sectateurs de Laotse : on y trouve les deux mots sacramentels qui composent le titre de son œuvre unique le Tao-teh King, puis une allusion aux idoles de leur vaste panthéon, puis enfin ces formules vagues et ambigües qui leur ont permis, tout en établissant certaines règles de discipline, de trinquer avec les représentants des autres croyances religieuses plus ou moins solidement enracinées dans le pays.

Une fois l’étiquette portant le nom de Lao-tse inscrite sur leur bannière, ils n’ont pas hésité à travestir le personnage qu’ils prétendaient reconnaître pour leur

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