Youen-kien loui-han, 1. cccxix, p
LE TAOSSEISME
maître, à reculer jusque dans les temps les plus lointains la date de son existence, à entourer l’histoire de sa vie de contes merveilleux, et finalement à donner l’apothéose à celui qui, de son vivant, n’avait jamais prétendu s’élever au delà de la condition lapins modeste de philosophe1.
Plusieurs légendes fabuleuses furent successivement inventées par les taosséistes dans le but d’éblouir la foule ignorante par le récit des prodiges attribués à celui qu’on lui présentait comme le principal initiateur de sa foi et comme son puissant génie tutélaire. Dans quelquesunes de ces légendes, Lao-tse naquit avant le Ciel et la Terre 2 ; suivant d’autres, il vécut une première fois au XIVe siècle avant J.-C., une seconde fois trois siècles plus tard, une troisième fois à l’époque de Confucius 3. Sa vierge-mère le mit au monde après l’avoir porté dans son sein pendant soixante-douze années consécutives. Né avec des cheveux devenus blancs par suite des incessantes méditations qu’il avait faites durant cette longue période de gestation, il reçut le titre de Lao-tse , c’est-à-dire « l’Enfant-Vieillard ». Quant à son nom de Zi, il lui vint de ce que, sachant déjà parler à sa naissance, et ayant vu le jour sous un poirier, il avait dit : « Je veux m’appeler /?’, comme s’appelle cet arbre ». Par la suite, on lui décerna de pompeuses appellations honorifiques, telles que le « Très-Haut », le « Prince de la Porte d’Or »,
1. -< Il s’est accompli à l'égard de Lao-tse, dit M. Alfred Maury, le phénomène qui eut lieu pour Jésus. Ou voit Lao-tse dans sa légende, comme Jésus dans le récit légendaire des Évangiles, commander aux esprits, aux anges. » (Dans l 'Encyclopédie moderne, dirigé par Léon Rénier, t. XXVI, p. 171).