De Groot, Les fêtes célébrées à Émoui , p
lût
le « Vieux-Philosophe neuf fois divin », le « Prince Vieillard », le « Docteur doué d'une grande longévité », etc. Lao-tse, d’ailleurs n’était rien qu’un pur esprit, et la vie dont le Ciel l’avait animé ne ressemblait pas à celle des hommes ordinaires*. S’il quitta plusieurs fois le séjour des bienheureux pour descendre sur la terre, c’est dans le but de rectifier les mœurs perverses du monde et d’assurer le calme et le bonheur à l’humanité. Il n’a pas uniquement composé le Tao-teh King , mais ni plus ni moins que 930 livres dans lesquels il a fait connaître les neuf ambroisies, les huit pierres merveilleuses, le vin d'or, le suc du jade, l’art de ménager ses forces, de se délivrer du mal et de dompter les démons. Sur les talismans seuls, il a écrit 70 volumes; le catalogue de tous ses ouvrages a été dressé par les soins des sectateurs du Tao qui les recommandent à la vénération des fidèles.
Une légende nous apprend en outre que Lao-tse avait des dettes lorsqu’il partit pour son dernier voyage dans l’Ouest lointain, et qu’il oublia notamment de payer les gages d’un domestique qui l’avait servi pendant plus de 200 ans. Aussitôt le départ de son maître, le pauvre diable courut en hâte le rejoindre à la frontière pour lui réclamer le solde de son compte; mais la somme à lui remettre était tellement considérable que le Vieux- Philosophe ne trouva pour l’acquitter que quelques bons conseils accompagnés d’admonestations bien senties ; après quoi il engagea son ancien serviteur à le suivre en qualité de cocher pendant le reste de son voyage. Celuici, ayant décliné l’aimable proposition, il ne put retenir
l. Julien, Le Livre de la Voie et de la Vertu, Préliminaires, p. xxiv.
LE TAOSSÉISME
un mouvement d’impatience et le transforma en un tas de vieux os desséchés. Le garde-barrière, trouvant la punition un peu raide, implora la grâce du misérable ; et comme Lao-tse avait bon cœur, il rendit à la vie le susdit domestique, en l’engageant toutefois à ne pas lui en demander davantage, ce qui fut fait en un clin d’œil et sans plus amples pourparlers philosophiques *.
Je crois inutile de m’appesantir sur une légende dont je n’ai dit un mot que pour montrer la voie dans laquelle se sont lancés les taosséistes lorsqu'ils ont voulu se servir du Tao-teh King pour en faire la base d’une religion populaire. Rien ne leur sembla plus naturel que de transformer le Vieux-Philosophe en thaumaturge et d’entourer son trône céleste de toutes sortes de divinités anciennes et modernes.
Seulement, pour faire accepter une religion, il faut lui adjoindre une morale, et l’œuvre de Lao-tse n’en renfermait que de rares rudiments. La doctrine du maître avait en outre le défaut de ne pas se préoccuper assez de la famille et même de tendre à la désorganiser ; elle reléguait enfin sur un plan trop éloigné le culte des ancêtres si cher aux Chinois. Un moyen bien simple se présenta à l’esprit des taosséistes, auxquels il serait injuste de refuser de larges aptitudes inventives et une adresse indéniable. Il suffisait pour réussir de conclure la paix avec les Lettrés, en acceptant quelques formules empruntées au canon confucéiste. Et comme une métaphysique plus complète que celle des deux grands philosophes rivaux pouvait avoir des