SCENE IV
VALÈRE, MARIANE, DORINE un peu au fond du théâtre.
VALÉRE
Il entre par la porte à la droite de l'acteur. Il salue aisément et respectueusement Mariane, de grand air, sa figure est riante, il apporte une nouvelle qu'il croit fausse et qui l'amuse1.
1 « Grandval s'annonçait en riant, et disait, du ton le plus dissuadé d'avance :
•• On vient de débiter, Madame, une nouvelle... etc. »
Que l'on se figure à quel point le spectateur, instruit des projets d'Orgon, s'amusait et de la sécurité de ramant et ds la surprise qui devait lui succéder. » (Cailhava, Études sur Molière.)
On vient de débiter, Madame, une nouvelle Que je ne savais pas, et qui sans doute est belle.
M ARIANE
Quoi?
VALÈRE, joyeusement :
Que vous épousez Tartuffe.
M ARIANE, chagrine :
11 est certain Que mon père — s'est mis en tête ce dessein.
« Dans la terreur où les menaces de son père et la surprise où ses nouveaux desseins l'ont jetée, Mariane ne répond que faiblement et comme en tremblant. » (Lettre sur l'Imposteur.)
VALÈRE, saisi :
Votre père... Madame !...
MA RI AXE, dans sa note précédente :
a changé de visée :
La chose vient, par lui, de m'ètre proposée.
VALÈRE, de plus en plus étonné :
Quoi !... sérieusement ?
MARIANE, affirmative, et dans le même accent chagrin.
Oui, sérieusement.
Il s'est — pour cet hymen — déclaré hautement.
VALÈRE
Dans la question qu'il va adresser à Mariane, Valère laisse percer la confiance qu'il a de ses sentiments à son égard : elle a dû résister et elle résistera aux volontés de son père, il n'en doute pas :
Et quel est le dessein où votre âme s'arrête, Madame ?
MARIANE
qui vient de déclarer à Dorine qu'elle mourra plutôt que de consentir à épouser Tartuffe, et « qui garde son cœur pour les feux de Valère », n'est en peine que sur la manière dont elle résistera à son père; c'est ce qu'elle entend exprimer, en répondant, après un petit temps :
Je ne sais.
VALÈRE
Il est surpris; il s'attendait à une parole de protestation d'amour ou d'opposition aux volontés paternelles. Sa question provoquait une réponse tendre ou romanesque ; celle qui lui est faite marque une hésitation qu'il interprète de travers, et il s'en montre tout aussitôt très mécontent :
La réponse est honnête.
(Très interrogatif :)
Vous ne savez ?
MARIANE, ne s'aperçoit pas du changement de ton de Valère, et repren.i avec innocence :
Non.
VALÉRE, de plus en plus piqué :
Non ?
MARIANE, très naïvement :
Que me conseillez-vous ?
VALÈRE, d'un ton pincé :
Je vous conseille, moi, — de prendre cet époux.
M A RI AXE, très étonnée — mais sans fâcherie :
Vous me le conseillez ?
VALÈRF, très ferme.
Oui.
M A RI ANE, dont l'étonnement redouble et chez qui commence à percer
l'irritation :
Tout de bon ?
VALÈRE, dans le même sentiment, et accentuant bien sa moquerie:
Sans doute.
Le choix est glorieux — et vaut bien qu'on l'écoute.
MARIANE, sentant la piqûre et très susceptible aussitôt :
Hé bien ! — c'est un conseil, Monsieur, que je reçois.
VALÈRE, ripostant.
Vous n'aurez pas grand'peine à le suivre, je crois.
MARIANE, s'animant davantage:
Pas plus qu'à le donner en a souffert votre âme.
VALÈRE, très vivement :
Moi, — je vous l'ai donné pour vous plaire, Madame.
MARIANE, tout à fait montée — et dans la même inflexion que Valère :
El moi, — je le suivrai pour vous faire plaisir.
DORINE, dans son coin, croisant les bras en souriant, comme pour jouir à son aise d'une escarmouche dont elle ne redoute pas les suites :
Voyons ce qui pourra de ceci réussir.
VALÈRE, reprenant avec élan et indignation :
C'est donc ainsi qu'on aime !
Mais l'amour perce dans ce qui suit, et l'amour s'y fait déjà sentir :
Et c'était tromperie Quand vous...
M ARIANE, outrée, interrompant vivement.
Ne parlons pas de cela, je vous prie.
— Vous m'avez dit tout franc que je dois accepter Celui — que pour époux — on me veut présenter;
(Rappelez-vous, Monsieur, que vous m'avez dit cela!) Et comme une réponse à ces trois vers :
Et je déclare, moi, — que je prétends le faire Puisque vous m'en donnez le conseil salutaire.
VALÈRE, chaleureusement :
Ne vous excusez point sur mes intentions : — Vous aviez déjà pris vos résolutions ; — Et vous vous saisissez d'un prétexte frivole Pour vous autoriser à manquer de parole.
MA RI ANE, d'un petit ton ferme et saccadé.
Il est vrai ; — c'est bien dit.
VALERE, reproche où l'on sent moins la colère que la tendresse :
Sans doute ; — et votre cœur N'a jamais eu pour moi de véritable ardeur.
MARIANE, moins colère, le ton doit être l'écho de celui de Valêre :
Hélas ! permis à vous d'avoir cette pensée.
VALÈRE, relevant le ton, l'irritation reparaît :
Oui, oui, permis à moi ; mais mon âme offensée Vous préviendra peut-être en un pareil dessein ; Et je sais où porter et mes vœux et ma main.
MARIANE, railleuse :
Ah ! Je n'en doute point ; — et les ardeurs qu'excite Le mérite...
YALÉRE, se sent accusé de fatuité; il coupe court avec impatience à la raillerie de Mariane :
Mon Dieu !... laissons-là le mérite :
J'en ai fort peu sans doute, — et vous en faites foi. — Mais j'espère — aux bontés — qu'une autre aura pour moi, Et j'en sais — de qui l'âme, — à ma retraite ouverte, Consentira, sans honte, — à réparer ma perte.
MARIANE, toujours animée.
La perte n'est pas grande ; — et de ce changement Vous vous consolerez assez facilement.
VALÈRE, très excité :
J'y ferai mon possible ; — et vous le pouvez croire.
Un cœur qui nous oublie — engage notre gloire ;
Il faut à V oublier — mettre aussi tous nos soins :
Si l'on n'en vient à bout, — on le doit feindre au moins,
Et cette lâcheté jamais ne se pardonne
De montrer de Vautour pour qui nous abandonne.
ioo NOTES SUR TARTUFFE
MARIANE
(Elle ne veut pas voir ce que le discours de Valère renferme encore implicitement d'amour pour elle, et ne partage que son excitation.)
Ce sentiment, sans doute, est noble et relevé.
VALÈRE, très vif.
Fort bien ; — et d'un chacun il doit être approuvé.
(Transition — accent profond de reproche :)
Hé quoi ! Vous voudriez — qu'à jamais, — dans mon âme, Je gardasse pour vous les ardeurs de ma flamme, Et vous visse, — à mes yeux, — passer en d'autres bras, Sans mettre ailleurs un cœur dont vous ne voulez pas !
MARIANE, exagérée, emportée par l'irritation :
Au contraire : — pour moi, c'est ce que je souhaite, Et je voudrais déjà que la chose fût faite.
VALÈRE, un temps — outre — comme s'il n'en croyait pas ses oreilles:
Vous le voudriez ?
MARIANE, colère:
Oui.
VALÈRE
La mesure est comble. L'indignation de Valère est extrême; il cherche à indiquer qu'il la contient; d'une voix altérée:
C'est assez m insulter, Madame; — et de ce pas, — je vais vous contenter.
MARIANE, animée :
Fort bien.
VALÉRE, revenant — et très chaleureusement :
Souvenez-vous, — au moins — que c'est vous-même, Qui contraignez mon cœur à cet effort extrême.
(Mouvement de sortie.)
M ARIANE, de même.
Oui.
VALERE, revenant encore :
Et que le dessein que mon âme conçoit N'est rien qu'à votre exemple ?
(Indication légère de sortie.)
M A RI ANE, de même :
A mon exemple, — soit.
VA LE RE, revenant encore :
Suffit.
Comme une conclusion bien définitive :
Vous allez être à point nommé servie.
(Il remonte.) MA RI A NE, nerveuse :
Tant mieux !
VA LE RE, revenant encore — d'un ton pathétique, mais dans celui de la
comédie :
Vousme voyez... — C'est pourtoutemavie !
M ARIANE, toujours dans le même sentiment:
A la bonne heure.
VALÈRE
Il remonte, pour sortir, avec un semblant de résolution ; mais sa marche est écourtée... il voudrait visiblement être retenu par Mariane, qui, elle, tout irritée qu'elle soit ou qu'elle veuille le paraître en jetant de côté et presque involontairement un œil sur le manège de Valère, ne témoigne rien cependant de son inquiétude. Sur le pas de la porte Valère s'arrête et se retourne; il croit, ou plutôt feint de croire que Mariane l'a rappelé.
Hé?
MARIANE, avec moins de fâcherie dans la voix :
Quoi ?
VALÈRE, de la porte:
Ne m'appelez-vous pas ?
MARIANE, sur l'avant- scène :
Moi ? Vous rêvez.
VALÈRE
(Il descend en scène comme pour répondre à Mariane. Cette ruse qu'il emploie pour différer son départ est comique, et de grand effet; mais que le comédien mette du goût à l'exécuter, qu'il n'ait pas l'air de dire grossièrement: Remarquez que j'annonce une chose et que j'en fais une autre.)
Hé bien, je poursuis donc mes pas.
Plus lent, saluant, et accentuant ses paroles :
Adieu... Madame.
MARIANE, émue, malgré son désir de se montrer sèche :
Adieu... Monsieur.
Valère remonte de façon à gagner du temps. A lui de trouver le moyen de marcher sans trop avancer pendant les quatre vers que va dire Dorine; celle-ci, qui s'amusait d'abord de la dispute n'y voyant qu'un jeu d'amoureux, comprend que la querelle prend une proportion hors de mesure; elle descend vivement à la droite de Mariane, et lui dit à voix basse et rapide:
DORINE
Pour moi, je pense Que vous perde^ l'esprit — par cette extravagance, Et je vous ai laissés tout du long quereller Pour voir où tout cela pourrait enfin aller.
Remontant d'un pas et appelant :
Holà! seigneur Valère.
VALÈRE, qui a enfin obtenu ce qu'il désirait, être retenu, répond d'une voix un peu ennuyée en s'arrétant1:
Hé ! Que veux-tu, Dorine ?
DORINE, l'invitant du geste à approcher :
Venez ici.
VALERE
Non, non, le dépit me domine;
(Redescendant en scène à ce second vers, et s'adressant vivement à Dorine. Répétition du même mouvement et du même effet que précédemment :)
Ne me détourne point de ce qu'elle a voulu.
DORINE
Arrêtez.
1 L'édition originale donne cette indication : « Elle va l'arrêter par le bras; et lui, fait mine de grande résistance. » — Ce jeu de scène, inférieur à celui qui a été adopté, n'a peut-être jamais été exécuté : les éditions postérieures de Tartuffe témoignent qu'il a au moins été bientôt modifié.
VALÈRE
En disant son dernier vers il s'est rapproché de Dorine ; il la quitte, et gagne le coin du théâtre, à la droite de l'acteur, en ajoutant avec vivacité:
Non ; vois-tu, c'est un point résolu.
DORINE, au milieu du théâtre, s'adressant avec un mouvement d'impatience à Valère :
Ah!
M A RI ANE, vivement à elle-même, mais non en à parte:
Il souffre à me voir, ma présence le chasse ; Et je ferai bien mieux de lui quitter la place.
Sur ce dernier vers, dit précipitamment, elle tourne le dos à Dorine, de droite à gauche, pour sortir par la porte à la gauche de l'acteur. Valère exécute le même mouvement de gauche à droite, pour sortir par la porte à la droite de Facteur. Ce double mouvement, exécuté simultanément, est d'un bon effet comique.
DORINE, se retournant vivement du côté de Mariane, et remontant un peu la scène, dont elle garde le milieu. L'indication de l'édition -originale porte : elle quitte Valère et court à Mariane.
A l'autre ! Où courez-vous?
MARIANE, s'arrétant, pour dire .
Laisse.
DORINE, avec autorité :
Il faut revenir.
MARIANE
Elle pourrait disparaître sans répondre; mais, dans une intention que l'on devine, elle préfère redescendre vivement en scène pour dire à Dorine :
Non, non, Dorine; en vain tu me veux retenir.
VALÈRE
Il est redescendu en scène également pendant les deux vers qui précèdent. Sa tenue est pleine d'hésitation ou de fausse résolution.)
Je vois bien que ma vue est pour elle un supplice; Et, sans doute, il vaut mieux que je l'en affranchisse.
(Ces deux vers, non plus que ceux de Mariane qui expriment, plus haut, le même sentiment, ne peuvent être dits en a parte, puisqu'ils n'expriment point la pensée sincère de celui et de celle qui les prononcent. C'est l'édition de 1734 qui, pour la première fois, a accolé à ces deux passages l'indication: à part ; l'édition originale de Tartufe ne la mentionne pas.)
DORIXH. L'édition originale porte qne Dorine « quitte Mariane pour courir après Valère ». Aujourd'hui, Dorine remonte seulement la scène dont elle garde le milieu, et arrête Valère avec autorité de la voix et du geste:
Encor ! Diantre soit fait de vous ! — Si. — Je le veux, Cessez ce badinage; — et venez ça — tous deux.
(Le si placé devant le verbe est pour lui donner plus de force ; il signifie : Oui, je le veux.)
VALERE, mollement, feignant un air d'ennui et de contrariété, en redescendant en scène :
Mais quel est ton dessein ?
MARIANE, de même, avec nonchalance.
Qu'est-ce que tu veux faire ?
DORINE, reproduisant en singerie la voix et le ton de Mariane :
Vous bien remettre ensemble, — et vous tirer d'affaire.
A Valère, ton ferme de reproche :
Etes-vous fou d'avoir un pareil démêlé ?
io6 NOTES SUR TARTUFFE
V AL ÈRE, d'un ton pincé :
N'as-tu pas entendu comme elle m'a parlé ?
DORINE, à Mariane, de même :
Êtes-vous folle, — vous, — de vous être emportée ?
MARIANE, boudeuse :
N'as-tu pas vu la chose, — et comme il m'a traitée ?
DORINE, haussant les épaules :
Sottise des deux parts.
(A Valère, avec un sourire de bonhomie :)
Elle n'a d'autre soin Que de se conserver à vous; — j'en suis témoin.
(A Mariane — de même :)
Il n'aime que vous seule, — et n'a point d'autre envie Que d'être votre époux; — j'en réponds sur ma vie..
MARIANE, à Dorine, dans un ton de fâcherie qui se radoucit :
Pourquoi donc me donner un semblable conseil ?
VALÈRE, à Dorine aussi, et dans le même ton :
Pourquoi m'en demander sur un sujet pareil ?
DORINE, reproche maternel :
Vous êtes fous tous deux. — Ça — la main — l'un et l'autre.
(Valère et Mariane, à la droite et à la gauche de Dorine, se tournent à moitié le dos, témoignant leur peu de disposition à se réconcilier.)
A Valère, lui tendant la main pour l'inviter .'1 lui donner l.i sienne :
Allons, vous,
VA LER E, abandonnant s.i main d'un air Je complaisance contrainte :
A quoi bon ma main ?
DO RI NE, à Mariane, même jeu :
Ah cà ! la vôtre.
MAKI ANE, donnant aussi sa main nonchalamment, pour indiquer que cette concession faite à Dorine, n'aura pas le résultat que celle-ci en attend :
De quoi sert tout cela ?
DORINE, tenant dans chacune de ses mains une main des deux amants, les rapproche lentement l'une de l'autre en traînant d'une voix câline et encourageante les mots :
Mon Dieu!... vite... avancez...
Puis elle met doucement la main de Mariane dans celle de Valère; au contact de leurs mains réunies les deux amoureux tressaillent, rougissent et n'osent se regarder. Dorine, toujours entre eux, se penche sur leurs deux bras captifs, regarde en dessous tour à tour et Mariane et Valère pour s'amuser de leur confusion, et ne peut réprimer un franc éclat de rire en disant :
Vous vous aimez tous deux plus que vous ne pensez.
Dorine s'est retirée, laissant les deux amants au milieu de la scène, leurs mains enlacées, se tournant le dos et dans une attitude dont la gaucherie est amusante. Comment sortir de cette situation ? Valère se décide à se retourner lentement vers Mariane; celle-ci, qui a eu la même idée, en fait autant : leurs regards se rencontrent, et simultanément l'un et l'autre détournent la tête, car ni l'un ni l'autre n'est encore décidé à faire la première avance; enfin, après un moment d'embarras et d'irrésolution, c'est Valère qui se détermine à rompre le silence; il se retourne doucement vers Mariane, la regarde avec tendresse et lui dit du ton de voix le plus adouci :
VALÈRE
Mais ne faites donc point les choses avec peine ; Et regardez un peu les gens sans nulle haine.
M ARIANE, « tourne l'œil sur Valère et fait un petit souris. » (Édition originale.)
Ce souris a reconquis le cœur de Valère; il baise la main de Mariane avec transport.
DORINE, riant — compassion gaie :
A vous dire le vrai, les amants sont bien fous !
VALÈRE
La paix est faite ; mais la façon dont Valère va reprendre la scène peut assurer le renouvellement de la querelle. C'est une nuance à faire sentir. Valère, qui s'est le premier rendu, veut cependant avoir la satisfaction de prouver à Mariane que c'est elle qui a eu tort. « Nous voyons à la représentation, dit Auger, combien ce trait répond juste au cœur, je dirais presque à la conscience de tous les spectateurs. »
— D'un ton très enlevé, et très interrogatif :
Oh çà !... n'ai-je pas lieu de me plaindre de vous?
— Et, pour n'en pointmentir, — n'êtes-vous pas méchante
De vous plaire à me dire une chose affligeante ?
MARIANE, n'accepte pas du tout la justesse du reproche que lui fait Valère,
et, loin de se justifier, elle attaque à son tour, d'un ton plus vif et batailleur :
Mais vous, n'êtes-vous point l'homme le plus ingrat... ?
DORINE, interrompant tout aussitôt, en prenant le milieu de la scène :
Pour une autre saison laissons tout ce débat, Et songeons à parer ce fâcheux mariage.
M ARIANE, avec un empressement inquiet.
Dis-nous donc quels ressorts il faut mettre en usage.
DORINE, l.i calmant :
Nous en ferons agir de toutes les façons.
Votre père se moque ; (à Valère) et ce sont des chansons.
(Tout ce qui suit d'un ton un peu animé1.)
Mais, pour mieux réussir, il est bon, ce me semble, Qu'on ne vous trouve point tous deux parlant ensemble.
(A Valère.)
Sortez ; et, sans tarder, employez vos amis Pour vous faire tenir ce qu'on vous a promis.
(A Mariane.)
Nous allons réveiller les efforts de son frère Et dans notre parti jeter la belle-mère. Adieu.
(Elle remonte la scène; tout aussitôt Valère et Mariane se rapprochent.) VALÈRE, à Mariane, tendrement.
Quelques efforts que nous préparions tous, Ma plus grande espérance, à vrai dire, est en vous.
MARIANE, à Valère, de même :
Je ne vous réponds pas des volontés d'un père ; Mais je ne serai point à d'autre qu'à Valère.
VALÈRE, chaleureusement :
Que vous me comblez d'aise! Et quoi que puisse oser...
1 On fait ici une coupure de douze vers qui remonte probablement aux premières représentations de la pièce. Ces douze vers refroidissaient la lin de cette admirable scène.
DORINE
Elle comprend, par le ton de Valère, qu'il en a beaucoup à dire. Elle redescend au milieu entre les deux amoureux et, avec impatience, elle dit :
Ah !... jamais les amants ne sont las de jaser.
(Elle les sépare.)
Sortez, vous dis-je.
VALÈRE, revenant sur ses pas. Mariane en fait autant.
Enfin...
DORINE, à Valère.
Quel caquet est le vôtre !
(Le faisant tourner à droite.)
Tirez de cette part.
(Même jeu pour Mariane en la faisant tourner à gauche.)
Et, vous, tirez de l'autre.
(Les deux amoureux, sur le pas de la porte, se retournent pour échanger un dernier regard. L'attitude impérieusement décidée de Dorine, les force à se séparer : Valère sort par la droite de l'acteur; Mariane par la gauche; elle est suivie de Dorine.)