ELMIRE, DAMIS, ORGON, TARTUFFE
En entrant en scène, Orgon aperçoit Tartuffe; il va droit à lui, et lui donne une accolade. Tartuffe se laisse froidement embrasser sans rien témoigner. Ce jeu de scène a lieu pendant les deux premiers vers dits par Damis.
DAMIS, d'un ton triomphant :
Nous allons régaler, mon père, votre abord, D'un incident tout frais qui vous surprendra fort.
(Ironique.)
Vous êtes bien payé de toutes vos caresses,
Et monsieur — d'un beau prix — reconnoît vos tendresses.
Son grand zèle, — pour vous — vient de se déclarer.
(Articulant bien sa dénonciation :)
Il - ne - va - pas à moins.
(Changeant Je ton, et vigoureusement.)
qu'à vous déshonorer ;
(Mouvement d'Orgon qui écoutait son lïls ; il se retourne vivement vers Tartuffe ; celui-ci, immobile, reste les yeux baissés.)
Et je l'ai surpris là — qui faisoit à Madame L'injurieux aveu d'une coupable flamme.
(Orgon stupéfait regarde Hlmire.)
Elle est d'une humeur douce, et son cœur, trop discret,
Voulait, à toute force, en garder le secret.
Mais je ne puis flatter une telle impudence,
Et crois — que vous la taire — est vous faire une offense.
ELMIRE, digne et simple, le ton d'une femme qui se sent inattaquable.
Oui, — je tiens que jamais — de tous ces vains propos On ne doit — a" un mari — traverser le repos ; Que ce nest point de là que l'honneur peut dépendre, Et qu'il suffit pour nous — de savoir nous défendre.
(Très arrêtée.)
Ce sont mes sentiments ;
(S'adressant d'une voix plus lente à Damis, dans un ton affectueux de reproche :)
et vous n'auriez rien dit, — — Damis, — si j'avais eu sur vous quelque crédit.
(Elle sort par le fond, en prolongeant un moment son regard sur Damis, pour accentuer son reproche.)