SCÈNE XII
FLOR\ ILLE , VALSAIN.
FLORVILLE,se frottant les mains.
Mon frère , voulez-vous me prêter de l'argent ?
VALSAIN.
Vous me prenez , mon frère , en un mauvais moment. D'honneur , je n'en ai pas.
FLORVILLE
Ce contre-temps m'afflige.
Vous n'avez point d'argent ?
VALSAIN.
Je n'en ai pas , vous dis-je.
FLORVILLE
Eli ! qu'en faites-vous donc ? vous ne dépensez rien. Accumuleriez-vous ? ce ne seiait pas bien.
Ah ! je vous reconnais -, voilà de votre style.
FLORVILLE
Tous les jours vous dinez et vous soupez en ville. Tous les malins chez vous vous demeurez planté, Vous passez tous les soirs dans la société 5 Vous n'êtes pas joueur : une femme jolie N'a jamais égaré votre philosophie.
Partant point de dépense.
VALSAIN.
Ah ! que vous êtes fie Parce que je ne suis joueur , ni libertin , J'accumule mon bien , et n'en fais pas usage. Vous allez voir que c'est un défaut d'être sage.
FLORVILLE
En tout cas ce n'est pas le mien. Cela viendra , La jeunesse se passe , il faut arriver là.
4o LE TARTUFFE DE MOEURS,
Cependant je me trouve en une gène horrible ; Ma situation doit vous rendre sensible.
Je suis, je vous assure, en un besoin pressant.
VALSAIN.
Et combiëh vous faut-il ?
FLORVILLE
Mille écus , sur-le-cliamp.
VALSAIN.
De les garder jamais je n'aurais le courage. J'en ai bien quelques-uns encor, que je ménage Pour de pauvres vieillards , de malheureux enfans , Dont les besoins cruels sans cesse i^enaissans M'épuisent tout-à-fait.
FLORVILLE
Notre oncle du Bengale....
VALSAIN.
Voilà six mois....
FLORVILLE
De Ini , depuis cet intervalle , Le mois passé, je crois, nous reçûmes encor Une somme assez forte en belles pièces d'or.
YALSAIN.
Et qu'en avez-vous fait , vous ?
FLORVILLE
3'ai payé mes dettes.
VALSAIN.
Vous ne devez donc plus ?
FLORVILLE
Je dois moins.
VALSAIN.
Satisfaites Ma juste inquiétude, et dites-moi....
FLORVILLE
Val sa in , Je ne demande pas des avis.
YALSAIN.
Mon dessein....
FLORvilLE,