ACTE I, SCÈNE IV. n
Hier enèor ponrtaiit im ami me parla
D'nn cerlaiu Alexandre à qui je dois déjà ,
( Quoique jamais je n'aie entrevu son visage ;
Mais chez les Juifs ,Marton, c'est ainsi qu'on s'engage.)
Il doit se présenter pour traiter avec moi ,
Aujourd'hui même. Il va me prêter sur la foi
Du retour de mon oncle...
MARTON, eniijiit.
Ah , ah !
FLORVILLE
Quelques centaines De pistoles.
MARTON
J'en vois déjà plusieurs douzaines Passer entre les mains du premier intrigant Qui viendra près de vous à titre d'indigent 5 Et le reste , ce soir , deviendra l'apanage Des joueurs , des... Je n'ose en dire davantage.
Marton , point de morale, ou brouillés à jamais.
MARTON
En parlant de morale , et pourquoi désormais N'emprunteriez-vous pas à Valsai n votre frère ?
FLORVILLE
Oh I non , ce sera là ma ressource dernière.
MARTON
Dites , dites plutôt que vous ne voulez pas Epuiser ses bienfaits.
FLORVILLE
Ses bienfaits I en tous cas , Ce serait le premier.
MARTON
Cependant on assure...
FLORVILLE
Je n'en suis pas fâché ; mais la vérité pure Est que je n'ai mangé, depuis l'heureux moment Où je fus de mes droits usant et jouissant, Que le bien de mon père et celui de ma mère. Et cehii d une vieille arrière douairière, Qui s'avisa jadis d'avoir du goût pour moi.
De plus je reconnais avoir reçu de toi , Mon cher oncle, en billets endossés du Bengale, Quelques dix mille écus pendant cet intervalle. De plus j ai dépensé , je ne sais trop à quoi, Huit à dix raille fi^ancs que même encor je doi 5 Et 'lotit cet Alexandre, un peu juif dans son style, M'a fait faire, je o ois , un billet de vingt mille. Voilà 1 étal au vrai de mon bien. Vois , veux-tu Me prêter de Targent sur ce bel aperçu ?
MARTON
Tout ce que j'ai...
FLORVILLE
Charmante , en vérité , charmante î Non , non, je n'en veux pas. C'est au trente ou quarante , Où je suis attendu , que je vais de ce pas Cherchera me tirer de mon triste embarras. Si je gagne , voilà ma fortune assurée. J'acquitterai d'abord uue dette sacrée Dont je ne parle pas ; et quant à cet argent Que tu viens de m'ollrir si généreusement, Je te le garantis , Marton, sans perle aucune , A quatre cents pour cent placé sur ma fortune... A venir.
MA.RTON.
Non , monsieur.
FLORVILLE
Nul Juif de mes amis Ne t'en aurait donné , ma chère , un si bon prix.
MARTON
Je ne veux plus , monsieur , quoique vous puissiez dire , Que vous me donniez rien 5 vous n'y pourriez suffire. Tout ce que je possède est à vous, je le doi...
FLORVILLE, lui fermant la bouche avec sa main, et l'cmLi-assaut.
Adieu , Marton.