‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 33 sur 93 · ACTE III , SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE III

TARTUFE, maniant le fichu d'Elmire, Mon Dieu ! que de ce point l'ouvrage est merveilleux 1 On travaille aujourd'hui d'un air miraculeux : Jamais, en toute chose, on n'a vu si bien faire.

ELMIRE

Il est vrai. Mais parlons un peu de notre affaire, On tient que mon mari veut dégager sa foi, Et vous donner sa fille. Est-il vrai? dites-moi.

Il m'en a dit deux mots; mais, madame, à vrai dire, Ce n'est pas le bonheur après quoi je soupire ; Et je vôi§ autre part les merveilleux attraits De la félicité q^ui fait tous mes souhaits.

ELMIRE

C'est que vous n'aimez rien des choses de la terre.

Mon sein n'enferme point un cœur qui soit de pierre.

ELMIRE

Pour moi, je crois qu'au ciel tendent tous vos soupirs. Et que rien ici-bas n'arrête vos désirs.

L'amour qui nous attache aux beautés éteruelles l^'étouffe pas en nous l'amour des temporelles : Nos sens facilement peuvent être charmés Des ouvrages parfaits que le ciel a formés. Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles, Mais il étale en vous ses plus rares merveilles ; Il a sur votre face épanché des beautés Dont les yeux sont surpris et les cœurs transportéi; Et ja n'ai pu vous voir, vçjjiuteCréatu^

LE TAKT rFE, ft

Sans admirer ea vous Tauteiir de la nature;

Et d'un ardent amour sentir mon cœur atteial

Au plus beau des portraits où lui-même s'est peisî..

D'abord j'appréhendai que cette ardeur secrète

Ne fût du noir esprit une surprise adroite;

Et même à- fuir vos yeux mon cœur se résolut,

Vous croyant un obstacle à faire mon salut.

Mais enfin je connus, ô beauté tout aimable l

Que celte passion peut n'être point coupable,

Que je puis l'ajuster avecque la pudeur,

Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon cœur.

Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande

Que d'oser de ce cœur vous adresser l'offrande;

Mais j'attends, en mes yœux, tout de votre bonté,

Et rien des vains efforts de mon infirmité.

En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude;

De vous dépend ma peine ou ma béatitude :

Et je vais être enfin, par votre seul arrêt,

Heureux si vous voulez, malheureux s'il vous plaît.

ELMIRE

La déclaration est tout à fait galante ;

Mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante.

Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein,

Et raisonner un peu sur un pareil dessein.

Un dévot comme vous, et que partout on nomme...

Ah I pour être dévot je n'en suis pas moins homme : Et lorsqu'on vient à voir vos célestes appas, Un cœur se laisse prendre et ne raisonne pas. Je sais qu'un tel discours de moi paraît étrange : Mais, madame, après tout je oq suis pas un angej

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