‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 86 sur 93 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Le prompt retour d'un cœur justement emporté I Quoil le premier transport d'un amour qu'on abuse, Sous tant de vraisemblance est indigne d'excuse? Et ma plus rive ardeur, en ce moment fatal, Devait être insensible au bonheur d'un rival ? Tout autre n'eût pas fait même chose en ma place, Et se fût moins laissé surprendre à tant d'audace? De mes justes soupçons suis-je sorti trop lard? Je n'ai point attendu de serments de sa part; Et lorsque tout le monde encor ne sait qu'en croire, Ce cœur impatient lui rend toute sa gloire; Il cherche à s'excuser, et le sien voit si peu Dans ce profond respect la grandeur de mon feu : Loin d'assurer une âme et lui fournir des armes Contre ce qu'un rival lui peut donner d'alarmes, L'ingrate m'abandonne à mon jaloux transport, Et rejette de moi message, écrit, abord. Ahl sans doute un amour a peu de violence. Qu'est capable d'éteindre une si faible offense, Et ce dépit, si prompt à s'armer de rigueur, Découvre assez pour moi tout le fond de son cœur. Et de quel prix doit être à présent à mon âme Tout ce dont son caprice a pu flatter ma flamme; Non, je ne prétends plus demeurer engagé Pour un cœur où je vois le peu de part que j'ii ; Et, puisque l'on témoigne une froideur extrême A conserver les gens, je veux faire de même.

GROS-RENÉ

Et moi de même aussi. Soyons tous deux fâchés, Et mettons notre amour au rang des vieux péchés : 11 faut apprendre à vivre à ee sexe volage.

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Et lui faire sentir que l'on a du courage ;

Qui souffre ses mépris les veut bien recevoir.

Si nous avions l'esprit de nous faire valoir,

Les femmes n'auraient point la parole si haute ;

Oh! qu'elles nous sont bien Gères par notre faute!

Je veux être pendu si nous ne les verrions

Sauter à notre cou plus que nous voudrions,

Sans tous ces vils devoirs, dont la plupart des hommes

Les gâtent tous les jours dans le siècle où nous sommes.

ÉRASTE

Pour moi, par-dessus tout son mépris me surprend; Et, pour punir le sien par un autre aussi grand, Je veux mettre en mon cœur une nouvelle flamme.

GROS-RENÉ

Et moi, je ne veux plus m'embarrasser de femme.

A toutes je renonce, et crois, de bonne foi.

Que vous feriez fort bien de faire comme moi.

Car, voyez-vous, la femme est, comme on dit, mon maître,

Un certain animal difficile à connaître.

Et de qui la nature est fort encline au mal ;

Et comme un animal est toujours animal.

Et ne sera jamais qu'animal, quand sa vie

Durerait cent mille ans ; aussi, sans repartie,

La femme est toujours femme, et jamais ne sera

Que femme, tant qu'entier le monde durera.

D'où vient qu'un certain Grec dit que sa tête passe

Pour un sable mouvant; car goûlez bien, de grâce,

Ce raisonnement-ci, lequel est des plus forts :

* Ainsi que la tête est comme le chef du corps,

* Et que le corps sans chef est pire qu'une bête ;

* Si le chef n'est pas bien d'axord avec la tête,

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