‹ Le TartuffeChapitre 13 sur 106 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

On ne peut rien faire qu'on ne fasse des crimes; Car il contrôle tout, ce critique zélé.

MADAME PERNELLE

Et tout ce qu'il contrôle est fort bien contrôlé. ^ C'est au chemin du ciel qu'il prétend vous conduire : Et mon fils à l'aimer vous devroit tous induire. *

BAMIS.

Non, voyez-vous, ma mère, il n'est père, ni rien. Qui me puisse obliger à lui vouloir du bien : Je trahirois mon cœur de parler d'autre sorte. Sur ses façons de faire à tous coups je m'emporte : fen prévois une suite , et qu'avec ce pied-plat Il faudra que j'en vienne à quelque grand éclat. ^

DORINE

Certes, c'est une chose aussi qui scandalise.

De voir qu'un inconnu céans s'impatronise ;

Qu'un gueux qui, quand il vint, n'avoit pas de souliers,

Et dont l'habit entier valoit bien six deniers ,

1. Ce vers, si comique par la vivacité de la repartie, est un de ceux dont on fait les plus fréquentes applications.

2. Induire, signifiait autrefois déterminer, porter à faire une chose; aujourd'hui on ne l'emploie plus guère qu'en disant : Induire quelqu'un en erreur, et, Qu'en induisez-Dous ? pour, Quelle conséquence en tirez-vous P Viron s'est cependant encore servi de ce verbe dans le même sens, acte i, scène a de la Métromanie.

L'induire à se vouloir baisser pour en cueillir.

3. Damis se montre ici bouillant, comme on l'est à son âge; mais le naturel de ses sentimens et de ses passions n'est pas la seule chose que l'on doive admirer. Son impatience et ses menaces sont la plus adroite préparation , l'achenûnement le plus vraisemblable à la scène qu'il fera bientôt à ce bon monsieur Tartuffe.

En vienne jusque-là que de se méconnoître.

De contrarier tout, et de faire le maître!

IhlADAME PERNELLE.

Hé! merci de ma vie! il en iroit bien mieux," Si tout se gouvernoit par ses ordres pieux.

DORINE

Il passe pour un saint dans votre fantaisie :

Tout son fait, croyez-moi, n'est rien qu'hypocrisie.

MADAME PERNELLE

Voyez la langue!

DORINE

A lui, non plus qu'à son Laurent, Je ne me fierois, moi, que sur un bon garant.

MADAME PERNELLE

J'ignore ce qu'au fond le serviteur peut être; Mais pour homme de bien je garantis le maître. Vous ne lui voulez mal et ne le rebutez Qu'à cause qu'il vous dit à tous vos vérités. C'est contre le péché que son cœur se courrouce. Et l'intérêt du ciel est tout ce qui le pousse.

DORINE

Oui; mais pourquoi, surtout depuis un certain temps.

Ne sauroit-il souffrir qu'aucun hante céans?

En quoi blesse le ciel une visite honnête.

Pour en faire un vacarme à nous rompre la tête?

I. C'est ici qu'on peut sentir mieux qu'ailleurs l'inconvénient de ces impersonnels dont on a fait justice depuis Molière, et qui ne servaient qu'à jeter le lecteur dans l'incertitude. Certes, si Ton n'avait lu attentivement tout ce qui précède , personne ne douterait un seul instant que , // en irait bien mieux , ne se rapportât au Tartuffe; tandis qu'au contraire c'est une phrase impersonnelle, qui signifie, La maison en irait bien mieux.

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