‹ Le TartuffeChapitre 14 sur 106 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Veut-on que là-dessus je m'explique entre nous?...

(Montrant Elmire.)

Je crois que de madame il est, ma foi, jaloux. *

madamje: pernelue.

Taisez-vous, et songez aux choses que vous dites. Ce n'est pas lui tout seul qui blâme ces visites : Tout ce tracas qui suit les gens que vous hantez, Ces carrosses sans cesse à la porte plantés.

Et de tant de laquais le bruyant assemblage.

Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage. Je veux croire qu^au fond il ne se p?isse rien; Mais enfin on en parle, et cela n'^st pas bien.

CLIÉANTE.

Hé! voulez-vous, madame, empêcher qu'on ne cause? Ce seroit dans la vie une fâcheuse chose, Si, pour les sots discours où l'on peut être mis. Il falloit renoncer à ses meilleurs amis.

I. Tartuffe, qu'on ne yoit point au premier acte, y devenant l'objet de tou» les débats des uns qui l'attaquent et des autres qui le défendent, s'annonce d'avance par les discussions qu'il excite. Dorine surtout l'a désigné par se» brocards et par son libre caquet : on l'a entendu dire que le saint homme s'érigeait en directeur de la maison et en surveillant d'Ehnire. Ce n'est point au hasard qu'elle s'est écriée malignement :

Je crois que de madame il est, ma foi, jaloux ;

frait exquis de sa sagacité , qui fait pressentir la conduite que tiendra le cafard. (M. Lemercier.)

-. Ce vers, qui devait nécessairement être placé dans la bouche d'une servante d'un esprit vif et qui connaît peu la retenue, mérite des éloges du même genre que ceux que nous avons donnés tout à l'heure à l'impatience et aux menaces de Damis. C'est encore une adroite préparation aux entreprises de Tartuffe. Personne ne savait mieux que Molière rendre une situation : personne aussi ne savait mieux l'amener; ce qui est peut-être plus difficile encore.

Et, quand même on pourroit se résoudre à le faire, Croiriez-vous obliger tout le monde à se taire? Contre la médisance il n'est point de rempart. * A tous les sots caquets n'ayons donc nul égard; Efforçons-nous de vivre avec toute innocence , Et laissons aux causeurs une pleine licence.

DORINE

Daphné, notre voisine, et son petit époux Ne seroient-ils point ceux qui parlent mal de nous? Ceux de qui la conduite offre le plus à rire Sont toujours sur autrui les premiers à médire;^ Ils ne manquent jamais de saisir promptement L'apparente lueur du moindre attachement, D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joie. Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croie. Desr actions d'autrui, teintes de leurs couleurs. Ils pensent dans le monde autoriser les leurs , Et, sous le faux espoir de quelque ressemblance. Aux intrigues qu'ils ont donner de l'innocence. Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés De ce blâme public , dont ils sont trop chargés.

MADAME PERNELLE

Tous ces raisonnemens ne font rien à l'affaire.

I. Madame Femelle, ne voulant point encore reconnaître la fourbe manifeste de Tartuffe, dira aussi acte t, scène 3 -.

Des esprits médisans la malice est extrême.

a. On ne dit point, Médire sur quelqu'un, mais, Médire de quelqu'un, M. Auger propose, pour faire disparaître cette incorrection, un changement aiissi facile qu'heureux :

Des autres sont toujours les premiers à médire.

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