‹ Le TartuffeChapitre 33 sur 106 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Enfin avec le ciel l'autre est le mieux du monde, Et c'est une richesse à nulle autre seconde.

Cet hymen de tous biens comblera vos désirs, Il sera tout confit en douceurs et plaisirs.

Ensemble vous vivrez, dans vos ardeurs fidèles. Comme deux vrais enfans, comme deux tourterelles A nul fâcheux débat jamais vous n'en viendrez ; Et vous ferez de lui tout ce que vous voudrez.

DORINE

Elle? Elle n'en fera qu'un sot, je vous assure. ^

ORGON

Ouais! quels discours!

DORINEi

Je dis qu'il en a l'encolure.

Et que son ascendant, monsieur, l'emportera Sur toute la vertu que votre fille aura. ^

Cessez de m'interrompre, et songez à vous taire, Sans mettre votre nez où vous n'avez que faire.

DORIITE.

Je n'en parle, monsieur, que pour votre intérêt.

I. Un mari qui se laisse tromper et gouTemer par son insolente femme est tt^XkXk porteur de cornes, cornu, cornard. C'est par cette raison que cocu, eomard et sot sont synonymes. Dans une de nos comédies on trouve ce vers :

Elle ? Elle n'en fera qu'un sot , je vous assure. -* ( Voltaiee. )

a. Ces vers sont une des nombreuses preuves de la crédulité de nos ancêtres, de leur superstitieuse confiance dans l'astrologie judiciaire. Vous deviez être beureux ou malheureux, selon qu'à votre naissance le degré de tel ou tel signe montait au ciel : c'est ce qu'on appelait V ascendant.

OHGOW.

C'est prendre trop de soin; taisez- vous, s'il vous plaît.

DOHINE.

Si l'on ne vous aimoit....

ORGOW.

Je ne veux pas qu'on m'aime. "

DOHINE.

Et je veux vous aimer, monsieur, malgré vous-même.

ORGOTf.

Ah!

DORINE

Votre honneur m'est cher, et je ne puis souffrir Qu'aux brocards d'un chacun vous alliez vous offrir.

ORGON

Vous ne vous tairez point!

DORINE

C'est une conscience Que de vous laisser faire une telle alliance.

ORGON

Te tairas-tu, serpent, dont les traits effrontés...?*

DORINE

Ah! vous êtes dévot, et vous vous emportez!^

1, Je ne 'veux pas quon m'aime, est un admirable trait de vérité et de naturel ; c'est le dépit, la colère même qui parle , mais c'est celle d'un homme naturellement bon.

a. Serpent , dont les traits effrontés ; on ne dit point , les traits , et surtout Us traits effrontés d'un serpent : on dit, sa bouche , ses dents envenimées. Ce vers en rappelle un autre de Malherbe , dans lequel la métaphore n'est pas mieux soutenue :

Prends ta foudre , Louis , et va comme un lion , etc.

3. Orgon participe de l'humeur impatiente de madame Femelle. H a beau

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