ACTE II, SCENE IL
ORGON
Oui : ma bile s échauffe à toutes ces fadaises; Et, tout résolument, je veux que tu te taises.
DORIIVE.
Soit. Mais, ne disant mot, je n'en pense pas moins.
ORGON
Pense, si tu le veux; mais applique tes soins
( à sa fille. )
A ne m'en point parler, ou... Suffit .. Comme sage,^ J'ai pesé mûrement toutes choses.
DORINP, à part.
J'enrage De ne pouvoir parler.
ORGON
Sans être damoiseau, Tartuffe est fait de sorte....
se faire des lois de résignation , et pousser Tenthousiasme pour la douceur de son Tartuffe jusqu'à l'admiration, de s'être confessé saintement
D'avoir pris une puce, en faisant sa prière , Et de l'avoir tuée avec trop de colère :
cependant les moindres contrariétés qu'il éprouve le mettent hors de lui ; et ses fureurs contre les familiarités de Donne fourniront à celle-ci l'occasion de désigner la passion qui l'aveugle par ce bon vers devenu proverbe :
Ah! vous êtes dévot, et vous vous emportez ! (M. Lsmercier.)
-^ Bret a fait remarquer avec raison que Molière avait presque calqué sur cette scène la scène v de l'acte premier du Malade imaginaire , dans laquelle Orgon annonce à Angélique, devant Toinette, qu'il lui destine Thomas Diafoirus pour époux. Le dialogue de ces deux scènes a aussi plus d'un ti'ait de ressemblance, et ce vers de Dorine est à peu près le. Doucement, monsieur, "VOUS ne songez pas que vous êtes malade , de la servante d'Ai'gan.
st. Comme sage , qui est là pour en ma qualité' d'homme sage , n'est ni modeste , ni correct. '
DORINE, à part.
Oui, c'est un beau museau.
ORGON
Que, quand tu n'aurois même aucune sympathie Pour tous les autres dons
DORINE, à part.
La voilà bien lotie!
(Orgon se tourne du côté de Dorine, et, les bras croisés, l'écoute, et la regarde en face.)
Si j'étois en sa place, un homme assurément Ne m'épouseroit pas de force impunément; Et je lui ferois voir, bientôt après la fête. Qu'une femme a toujours une vengeance prête. '
/ ORGON, àDorine.
Donc, d§ ce que je dis on ne fera nul cas?
DORIWE.
De quoi vous plaignez-vous? Je ne vous parle pas.
ORGON
Qu'est-ce que tu fais donc?
DORINE
Je me parle à moi-même.
ORGON , à part
Fort bien. Pour châtier son insolence extrême , Il faut que je lui donne un revers de ma main.
( n se met en posture de donner un soufflet à Dorine ; et , à chaque mot qu'il dit à sa fille , il se tourne pour regarder Dorine , qui se tient droite sans parler.)
Ma fille, vous devez approuver mon dessein....
I. Martine, du Médecin malgré lui, dit aussi, acte premier , scène iv : « Je « sais bien qu'une femme a toujours dans les mains de quoi se venger d'un