ACTE II, SCENE III
Et ce n'est pas peu d'heur que d'être sa moitié. Tout le monde déjà de gloire le couronne; Il est noble chez lui, bien fait de sa personne; Il a l'oreille rouge et le teint bien fleuri : Vous vivrez trop contente avec un tel mari.
MARIANE
Mon Dieu!...
DORINE
Quelle allégresse aurez-vous dans votre âme, Quand d'un époux si beau vous vous verrez la femme!
MARIANE
Ho! cesse, je te prie, un semblable discours;
Et contre cet hymen ouvre-moi du secours.
Cen est fait, je me rends, et suis prête à tout faire.
DORINE
Non, il faut qu'une fille obéisse à son père,
Voulût-il lui donner un singe pour époux.
Votre sort est fort beau : de quoi vous plaignez- vous?
Vous irez par le coche en sa petite ville.
Qu'en oncles et cousins vous trouverez fertile.
Et vous vous plairez fort à les entretenir.
D'abord, chez le beau monde on vous fera venir.
Vous irez visiter, pour votre bienvenue,
Madame la bailli ve et madame l'élue.
Qui d'un siège pliant vous feront honorer.
Là, dans le carnaval, vous pourrez espérer
Le bal et la grand'bande, à savoir , deux musettes,
sublil. Au moral, il se dit d'un homme fin; c'est la traduction burlesque du proverbe latin : Homo emunclœ naris. ( Dictionnaire des Proverbes.)
Et parfois Fagotin et les Marionnettes ; ' Si pourtant votre époux....
MARIANE
Ah! tu me fais mourir.
De tes conseils plutôt songe à me secourir.
DORINE
Je suis votre servante.
MARIANE
Hé! Dorine, de grâce....
DORINE
11 faut, pour vous punir, que cette affaire passe.
MARIANE
Ma pauvre fille!
I. Fagotin, singe fort célèbre dans ce temps, au nom duquel l'immortalité est assurée par ce vers et par ceux de La Fontaine dans la Cour du lion, fable 7 , liv. vn :
Un fort grand festin Suivi des tours de Fagotin.
Les Marionnettes étaient un spectacle alors nouveau en France, et qui faisait les délices du peuple. Celui qui les mit le premier en mouvement était un arracheur de dents, nommé Jean Brioché , qui comptait sur la curiosité du public pour accroître sa dientelle. Jaloux d'une si belle invention, les Anglais s*en voulurent, dit-on, approprier le mérite; mais, quoique cette prétention soit sans fondemens , il le faut avouer à notre honte , nous ne sommes cependant nous-mêmes que de misérables imitateurs. M. Amar , dans son commentaire sur Boileau, épître vn, en fait remonter l'origine bien plus haut. « Aristote, dit-il, « parle {lib. de mundo , ad Alex.) de ceux qui faisaient métier de montrer en «< pubUc des petits animaux de bois, qui, à l'aide de certains fils adroitement « tirés, exécutaient avec grâce toutes sortes de mouvemens; et l'esclave d'Hcn «» race lui reproche (liv. n, sat vn, v. 83) de n'être qu'une marionnette cp^tX^ « premier venu fait mouvoir à son gré :
Duceris ut nervis alienis mobile lignum. »