‹ Le TartuffeChapitre 51 sur 106 · DAMIS, DORINE · texte numérisé non relu

DAMIS, DORINE

DAMIS

Que la foudre, sur l'heure, achève mes destins, Qu'on me traite partout du plus grand des faquins , S'il est aucun respect, ni pouvoir qui m'arrête, Et si je ne fais pas quelque coup de ma tête !

DORINE

De grâce , modérez un tel emportement :

Votre père n'a fait qu'en parler simplement.

On n'exécute pas tout ce qui se propose; Et le chemin est long du projet à la chose.

DAMIS

Il faut que de ce fet j'arrête les complots,

Et qu'à l'oreille un peu je lui dise deux mots. *

I. Damis, jeune étourdi, croyant que la violence suffit pour chasser Tartuffe , fait , dans le cours de la pièce , des imprudences qui augmentent l'ascendant de riiypocrite, et qui provoquent même la malédiction paternelle. Dans tout autre sujet, ce personnage serait mal placé; mab ici on excuse ses em-

Ah! tout doux! Envers lui, comme envers votre père,

Laissez agir les soins de votre belle-mère.

Sur l'esprit de Tartuffe elle a quelque crédit ;

Il se rend complaisant à tout ce qu'elle dit ,

Et pourroit bien avoir douceur de cœur pour elle :

Plût à Dieu qu'il fut vrai ! la chose seroit belle !

Enfin votre intérêt l'oblige à le mander :

Sur l'hymen qui vous trouble elle veut le sonder,

Savoir ses sentimens, et lui faire connoître

Quels fâcheux démêlés il pourra faire naître,

S'il faut qu'à ce dessein il prête quelque espoir.

Son valet dit qu'il prie, et je n'ai pu le voir :

Mais ce valet m'a dit qu'il s'en alloit descendre.

Sortez donc, je vous prie, et me laissez l'attendre.

DAMIS

Je puis être présent à tout cet entretien.

DORINE

Point. Il faut qu'ils soient seuls.

DAMIS

Je ne lui dirai rien.

DORINE

Vous vous moquez : on sait vos transports ordinaires;

Et c'est le vrai moyen de gâter les affaires.

Sortez.

portemens, quand on pense au scélérat qui en est Tobjet. D'ailleurs, rien n'est plus naturel que le caractère de Damis ; la dévotion outrée est tellement contraire à l'esprit des jeunes gens , qu'on voit sans étonnement sa prévention contre Tartuffe, avant qu'il soit instruit de sa perfidie. (M. Petitot. )

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