‹ Le TartuffeChapitre 57 sur 106 · ACTE m, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III

Mais j'attends, en mes vœux, tout de votre bonté, Et rien des vains efforts de mon infirmité.

En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude; De vous dépend ma peine ou ma béatitude :

Et je vais être enfin, par votre seul arrêt.

Heureux j si vous voulez; malheureux, s'il vous plaît.

ELMIRE

La déclaration est tout-à-fait galante;

Mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante.

Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein,

Et raisonner un peu sur un pareil dessein.

Un dévot comme vous, et que partout on nomme....

TA.RTUFFE.

Ah! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme: *

1. On a cru que ce vers était une parodie de celui de Sertorius , acte iv, scène i ,

Et, pour être Romain, je n'en suis pas moins homme.

On chercha même , dans le temps, à persuader au grand Corneille que Molière osait le traiter comme Aristophane avait traité Euripide; mais deux grands hommes se brouillent difficilement. D'ailleurs, il n'en -était pas de ce vers comme de celui que parodia Racine dans les Plaideurs ,

Ses rides sur son front gravoient tous ses exploits.

Molière avait puisé le sien dans la huitième nouvelle de la troisième journée du Décaméron. Elmire est avec Tartuffe dans la même position où se trouve la femme de Féronde avec le saint abbé, et il ne fait que traduire littéralement ce que le dévot conteur dit dans Boccace : Corne cite io sia abbate, io. sono uomo corne gli altri : tanta forza ha havuta la rosira ^aga bellezza , cfie amore mi costrigne a cosîfare. (Voir la Notice.) C'est à peu près ce qu'ajoute aussi Tartuffe en disant :

Et, lorsqu'on vient à voir vos célestes appas,

Un cœur se laisse prendre , et ne raisonne pas. (Bret.)

Et, lorsque l'on vîent à voir vos célestes appas.

Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.

Je sais qu'un tel discours de moi paroît étrange :

Mais, madame, après tout, je ne suis pas un ange;

Et, si vous condamnez l'aveu que je vous fais.

Vous devez vous en prendre à vos charmans attraits.

Dès que j'en vis briller la splendeur plus qu'humaine.

De mon intérieur vous fûtes souveraine;

De vos regards divins l'ineffable douceur

Força la résistance où s'obstinoit ipon cœur :

Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,

Et tourna tous mes vœux du côté de vos charmes.

Mes yeux et mes soupirs vous l'ont dit mille fois;

Et, pour mieux m'expliquer, j'emploie ici la voix.

Que si vous contemplez , d'une âme un peu bénigne,

Les tribulations de votre esclave indigne;

S'il faut que vos bontés veuillent me consoler,

Et jusqu'à mon néant daignent se ravaler.

J'aurai toujours pour vous, 6 suave merveille!

Une dévotion à nulle autre pareille.

Votre honneur avec moi ne court point de hasard,

Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.

Tous ces galans de cour, dont les femmes sont folles ,

Sont bruyans dans leurs faits, et vains dans leurs paroles;

De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer :

Us n'ont point de faveur qu'ils n'aillent divulguer;

Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie.

Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie.

Mais les gens comme nous brûlent d'un feu discret ,

Avec qui, pour toujours, on est sûr du secret.

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