‹ Le TartuffeChapitre 58 sur 106 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Le soin que nous prenons de notre renommée Répond de toute chose à la personne aimée; Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre cœur. De l'amour sans scandale, et du plaisir sans peur. '

I. « S'il se trouve un homme opulent à qui Onuphre a su imposer, dont il » soit le parasite , et dont il peut tirer de grands secours , il ne cajole point « sa femme, il ne lui fait du moins ni avance ni déclaration : il s'enfiiira, il « lui laissera son manteau, s'il n'est aussi sûr d'elle que de lui-même ; il est a encore plus éloigné d'employer, pour la séduire, le jargon de la dévotion; « ce n'est point par habitude qu'il le parle , mais avec dessein , et selon qu'il « lui est utile, et jamais quand il ne serviroit qu'à le rendre très-ridicule. » (La. Beutère.) Voir la note a sur la scène a du troisième acte.

^ Je répondrai que Tartuffe, n'étant pas un vrai dévot, mais un homme ardent, qui dissimule ses passions plus qu'il ne les mortifie, ne veut pas être dupe de son propre rôle. U loge chez Orgon , sa femme lui agrée ; il risquerait trop en quittant le poste, où il la garde, par des absences secrètes, et pour des liaisons clandestines avec de belles pénitentes à sa dévotion : il mesure ses tentatives sur les probabilités de toucher la vanité de son sexe , par une victoire aussi gcande que celle dont il flatte sa beauté : il compte sur le faible de la chair ; qui sait même si des vues plus profondes ne l'intéressent pas à se l'enchainer par une mystérieuse complicité ? Il a prévu qu'elle ne dirait rien à son époux, et, s'il n'eût été surpris en sa déclaration, Elmire n'eût soufiQé moL Il connaît sa bonté; et, en supposant qu'elle parlât, tout rapport contre lui passerait pour calomnieux. Ajouterai-je qu'Onuphre est un de ces maigres hypocrites, exténués et timides; mais que Tartuffe, cagot d'un frais embon* point, ayant l'oreille rouge, et le teint bien fleuri, peut se laisser enflanuner imprudemment aux appétits de sa santé et aux aiguillons de son feu sanguin? Sa véhémente convoitise éclatera dans un langage mystique, parce que c'est à dessein qu'il s'en fit une habitude , et que tous les hommes se rendent ridicules , à leur insu , en contractant l'usage du jargon de leurs professions. Ainsi Diafoirus et Purgon nous font rire , sans s'en douter , par leur idiome de l'école; etVadius, par ses expressions pédantesques. Tartuffe ne se garantira donc pas mieux du danger qu'on se moque de lui, puisqu'il ne s'en aperçoit plus : le ton qu'il prend lui a partout réussi ; pourquoi le chaugerait-il?

(M. Lemercize.)

.'-* Cette scène, où Tartuffe ouvre son cœur dans le jargon le plus mystique, fit crier principalement à l'abus : mais, par là même, elle prononçait avec force le ridicule du personnage ; et le ridicule était toujours ce que voyait Mohère. Notre Théophraste nous paraît avoir décidé bien légèrement « qu'un

ELMIRE

Je VOUS écoute dire; et votre rhétorique,

En termes assez forts, à mon âme s'explique.

N*appréhendez-vous point que je ne sois d'humeur

A dire à mon mari cette galante ardeur.

Et que le prompt avis d'un amour de la sorte

Ne pût bien altérer l'amitié qu'il vous porte?

Je sais que vous avez trop de bénignité.

Et que vous ferez grâce à ma témérité;.

Que vous m'excuserez, sur l'humaine foiblesse,

Des violens transports d'un amour qui vous blesse,

Et considérerez, en regardant votre air.

Que l'on n'est pas aveugle, et qu'un homme est de chair.

• ELMIRE

D'autres prendroient cela d'autre façon peut-être;

Mais ma discrétion se veut faire paroître.

Je ne redirai point l'affaire à mon époux;

Mais je veux, en revanche, une chose de vous :

C'est de presser tout franc, et sans nulle chicane,

L'union de Valère avecque Mariane,

De renoncer vous-même à l'injuste pouvoir

Qui veut du bien d'un autre enrichir votre espoir;

Et....«

•« iaux dévot est bien loin d'employer le jargon de la dévotion, quand il ne « servirait qu'à le rendre très-ridicule. » On change malaisément un jargon de métier; c'est ainsi qu'un jeune praticien, ou le fils de Diafoirus, en dierchant à plaire, parlent de leur amour dans les termes de leur art, sans se douter qu'ils en sont plus ridicules. (Bret.)

I. Il était de la plus grande importance que cette scène fût conduite de manière à préparer et à motiver celle du quatrième acte , où le grand nœud

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