SCÈNE VIL ORGON, TARTUFFE
ORGON
Offenser de la sorte une sainte personne !
O ciel ! pardonne-lui la douleur qu'il me donne ! '
(A Orgon.)
Si vous pouviez savoir avec quel déplaisir
Je vois qu'envers mon frère on tâche à me noircir....
tueux Damis vient de révéler à son père l'ingratitude de Tartuffe en sa présence ; Elmire, loin de la désavouer, s'est retirée en lui disant que , si elle en avait été crue, il aurait gardé comme elle le silence. L'imposture est découverte enfin. Comment Tartuffe se tirera-t-il de ce pas ? Par une plus grande imposture, par cette espèce de confession adroite et modeste , qui semble n'être faite que pour justifier son propre accusateur. A le juger par ses regards apprêtés, ses gestes modérés, sa voix soumise, et toute la pantomime de la fausseté, vous jureriez que c'est par humilité, et pour ne pas irriter Orgon contre son fils, qu'il veut bien convenir qu'il est un méchant, un coupable. Il connaît sa dupe : plus il charge le portrait de ses iniquités, plus il s'aperçoit qu'Orgon les trouve moins croyables : alors il s'avoue
Le plus grand scélérat qui jamais ait été.
' Il n'aura pas, dit-il, l'orgueil de se défendre ; il supplie avec onction son ami de croire tout ce qu'on lui dit, et de le chasser de sa maison. Le faible Orgon, qu'épouvante cette dernière iinage, s'enflamme d'un nouveau respect pour l'impudent imposteur. Tartuffe alors s'adresse à son accusateur même; il l'appelle son fils, et se jette aux pieds d'Orgon, qui devient saintement furieux contre Damis. Le scélérat firappe le dernier coup : il demande la grâce de son ennemi; Orgon lui-même tombe aux genoux du séducteur de sa femme, veut y précipiter son fils, et paie le refus qu'il en fait de sa malédiction. Tableau de la plus terrible énergie et de l'art le plus consommé, puisqu'on même temps qu'il nous présente le caractère de l'imposteur par les traits les plus forts, il renoue l'intrigue prête à finir. (Bret.)