‹ Le Tartuffe; ou, L'imposteur, comédie en cinq actesChapitre 3 sur 64 · M. JULES CL.VRETIE, DE L ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

M. JULES CL.VRETIE, DE L ACADÉMIE FRANÇAISE

PRÉFAGi; AU THÉAThK CLASSIQUK Ttl

C'est un devoir de iiicUrc à la porléc du peuple les œuvres immortelles qui ont fait la réputation dans le monde de la maison de Molière, et c'est une œuvre digne d'intérêt assurément do présenter au grand public, sous une forme accessible à tous, les textes de nos anciens auteurs, tels qu'ils sont interprétés à la Comédie -Française, avec des indications scéniques, des notes explicatives, des détails de décors, des jeux de Bcène, de figuration, qui rendent exactement la physionomie de la représentation.

On chercherait en vain dans l'histoire de la librairie française une entreprise aussi bien faite pour aider à l'éducation nationale. En effet, voici, mis à la portée de tous, des livres où, pour la première fois, des artistes d'élite, des lettrés délicats commentent l'œuvre à laquelle ils prêtent leur ame, leur art, leur voix, leur verve, leur cœur. Voici, à la portée du peuple, le spectacle véritable tel qu'il est mis en action sur la scène.

Ma sympathie était tout acquise à cette œuvre lorsque M. Henri de Noussanne, esprit lettré et militant, me parla pour la première fois d'une telle idée; je lui donnai mon suffrage et j'encourageai de mon mieux les efforts de M. E,-M. Laumann, qui s'attela avec une foi profonde au succès d'une entreprise qui n'a rien, à mes yeux, d'une spéculation.

Le Comité d'administration de la Comédie-Française voulut bien donner son appui moral à cette publication de notre répertoire classique, et je réussis à prouver à plus d'un sociétaire qu'il était bon de collaborer à une œuvre utile, collaboration toute désintéressée,

PUEKACE AU TUÉATnE CLASSIQUE

encore une fois, et dont le seul but est d'honorer les maîtres du logis, ceux que nous fêtons aux jours des grands anniversaires.

L'œuvre, sortie maintenant des projets, se présente bien et ces brochures devront être avant peu dans toutes les mains.

Le Théâtre Classique Populaire sera ainsi le consolateur de bien des gens.

Quel est l'homme de goût, quelque condition sociale qui l'opprime, qui tous les jours ne passe ou n'a point envie de passer une heure avec ces bcrceurs de rêves, médecins de toutes peines : les grands poètes comiques ou tragiques? Quel ennui ou quelle fatigue résisterait à une page de Molière ou de Racine? Le but qu'on se propose ici est des plus nobles et, encore une fois, des plus dignes d'encouragement et d'estime: vulgariser les grandeurs et les joies du répertoire par la lecture.

« Aucune pensée de lucre n'a guidé la Librairie Universelle dans cette entreprise, m'écrivait un des promoteurs de la colleclion nouvelle, et chaque volume donnera le sentiment d'un travail, d'une conscience poussée à l'extrême. L'idée de présenter un nouveau Théâtre classique populaire annoté par les principaux chefs d'emploi du Théâtre-Français est un hommage que nous entendons rendre à l'illustre maison où la littérature est si noblement représentée. »

Je ne pouvais refuser à cette œuvre le salut de la maison de Molière, puisqu'aussi bien mon nom figure sur la couverture de ces livraisons. Mais je souhaite,

PIlÉFACn AU THÉÂTRE CLASSIQUE

avec une foi profonde dans la bonlé de rcnUcprise, tout le succès que mérite ce Théâtre classique populaire. Et je souhaite surtout que ces pièces ainsi publiées avec toutes les illusions de la représentation môme — jusqu'à la musique parfois qui accompagne les jeux de scène — donnent à des jeunes gens le goût, l'amour des grandes œuvres de ce Molière qui éternise le clair et retentissant rire français, de ce Corneille qui nous enseigne le devoir aux heures d'cITorts patriotiques et fait comme un clairon retentir son : Qu'il mourût!

Rachcl sentit naître son génie en lisant, durant les heures de sa jeunesse de misère, les vers du grand Corneille: «Oh! mon vieux Corneille!» disait-elle avec ferveur dans Adricnne Lccouvreur. Elle berça ses seize ans avec les rimes de Racine. Puisse quelque jeune fille inconnue devenir une Rachel, s'enflammer au feu de ces classiques mis ainsi par une librairie populaire et par des éditeurs dévoués à la portée de tous les lecteurs.

C'est ce que je souhaite, je le répèle, pour la renommée de cette grande Maison oii revivent à côté des vivants dont les noms d'aujourd'hui formeront le répertoire de. demain, les illustres morts qui ont doté la France d'une littérature que les siècles ont faite

Jeune encore do gloire et d'immorlalilé!

Jules CLARETIE,

do l'Académie Française, Aduliniâtrateur g;éDéral de la Comàdin-Françaist.

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