Mariage
Les témoins interviennent dans le mariage cum manu. Il est inutile de le démontrer pour la coemptio qui est une simple application de la mancipation. Quant à la confarrealio, leur présence n’est pas plus contestable ; elle nous est affirmée en termes concordants par Gaius et Ulpien (1). Mais elle a soulevé un certain nombre de difficultés qu'il nous faut examiner. Tout ce que nous savons directement sur ces témoins, c’est qu'ils devaient être au nombre de 10. La pauvreté de nos informations a laissé le champ libre à un grand nombre d’hypothèses (2). Suivant Karlowa (3), ces témoins de la confar-
(1) Gaius, I, 112. Ulpien, Reg., IX, 1.
(2) Pour montrer jusqu'où l'imagination des auteurs peut se laisser entrainer lorsqu'ils ne sont pas soutenus par les textes, citons la théorie d'Asverus {Denuntiation, p. 33) suivant laquelle les 10 témoins de la con/farreatio se composeraient de 3 témoins représentant les 3 tribus, plus 5 témoins représentant les 5 classes, plus 1 antes/atus
plus 1 libripens.
(3) À. Rgsch., IL, p. 370
realio n'auraient eu qu'une fonction de pure forme et leur nombre aurait été déterminé sous l'influence du système décimal dont nous avons signalé l'importance dans les institutions romaines. Mais la plupart des auteurs voient au contraire dans chacun de ces 10 témoins un représentant d’une des fractions organisées de la cité et leur donnent pour fonction de contrôler en même temps que de prouver un acte important de la vie sociale. On discule seulement sur la question de savoir si la fraclion représentée la gens ou la curie. Cette seconde opinion
nous paraît la meilleure (1).
(4) La première a été défendue par Rein (Neue lahrbücher für Philologie und Pädagogik, 1839, p. 67) ; Rossbach, Rümische Ehe, Stuttgart, 1853, p. 118 (avec quelque réserve) et Marquardt, Vie privée des Romains, p. 43, n. 5. Elle est inacceptable car rien ne prouve, comme l'a démontré Mommsen, Dr. publ., VI, 1, 12, que chaque curie comprit 10 gentes. Aussi voit-on plus généralement en eux aujourd’hui les représentants des 10 curies d'une tribu. Sic: A. A. Danz, Lehrbuch, IF, p. 15, n. 8; Mommsen, Rümische Geschichte, P (1881), p. 65, note ; Girard, Manuel*, p.149. M. Kübler, v° Curia, in Pauly-Wissowa, col. 1817, considère l'hypothèse comme vraisemblable. Karlowa, Die Formen der Rümischen Ehe und Manus, Bonn, 1868, p. 13, ne se prononçÇait pas. — La doctrine que nous suivons implique que la confarrealio date d'une époque où la fusion des 3 tribus n'était pas encore accomplie. Ce n’est pas impossible, car nous savons qu'elle est très ancienne. M. Cuq estime il est vrai (/nst. Jurid., 17, p. 61, n. 9) que le culte de Jupiter que suppose établi la con/farreatio est postérieur à cette fusion, mais de bons archéologues admettent au contraire que le culte de Jupiter est plus ancien (Sic : Perdrizet, v° Jupiter, in Dict. des Ant., t. 3, p. 710. Cf. Aust, v° Jupiter Farreus, in Roscher's Lericon der griechischen Mythologie, IX, 1892, col. 666) et d’ailleurs, même s'il en était autrement, la con/arrealio aurait pu exister auparavant, le sacrifice étant offert à une autre divinité. Que l'on voie ou non dans la confarreahio un mariage contracté entre personnes de genles différen tes (Sic : Cuq, op. cit., p. 61 s.) il ne paraît pas douteux que c'était
D'ailleurs, si les témoins ont commencé par jouer un rôle actif, ils ont sans doute perdu très vite toute utilité. En tout cas, au ne siècle de l'ère chrétienne ils ne sont
plus qu'un élément formaliste du rituel (1).