‹ Le tempérament et ses troubles. Les glandes endocrinesChapitre 13 sur 57 · LA GALERIE DES NERVEUX · texte numérisé non relu

LA GALERIE DES NERVEUX

Les liens qui unissent les glandes endocrines et le tempérament nerveux, normal et anormal, sont si étroits que le problème presque tout entier du « Nervosisme » se résout par les glandes. Un ouvrage entier pourrait être consacré à cette étude. Je n’en signalerai que les aperçus principaux. Là encore, désirant rester aussi objectif que possible, je commencerai par présenter sommairement la GALERIE DES NERVEUX, en fournissant brièvement l’interprétation endocrinienne des divers aspects.

Le tempérament normal mis à part, les nerveux le sont par excès, par défaut, par déséquilibre.

Le terme de nervosité s’applique plus fréquemment à des sujets, chez qui la réponse à toute excitation se produit trop forte, trop prolongée, et parfois inadéquate à la sollicitation.

A. — Les actes nerveux s’exécutent suivant un mode de rapidité qui est normal, accéléré ou ralenti.

a) Les ACCÉLÉRÉS.

17. — M. Prompt est un accéléré. Tout est rapide en lui. 11 mange vite, boit son café encore bouillant, s’habille en quelques minutes, répond aux lettres avant même de les avoir lues complètement, accomplit en toute hâte ses occupations, paie ses factures sans que le travail soit terminé, ne remet jamais au lendemain ce qu’il se propose ide faire, même s’il s’agit de choses de peu d’importance. Il va partir en promenade avec sa famille; il a déjà son chapeau sur la tête; à ce moment, on lui apporte un pli lui demandant de faire, d’ici trois mois, un rapport sur les cimetières de sa province. Il dépose son chapeau et commence aussitôt à écrire son rapport. Chez Prompt, il y a peu d’intervalle entre la pensée et l’acte. Il éprouve un grand besoin de se déplacer; il est toujours en mouvement, ne peut longtemps rester en place. Il ne termine pas une partie de bridge, si elle se prolonge; à toute occasion il sort de sa maison, sous prétexte de porter une lettre à la poste, par exemple; il rentre aussitôt. Il est le premier à la gare, soit pour prendre le train, soit pour attendre des invités. Il est entreprenant, impatient; son besoin d’activité se traduit, en dehors de ses affaires, par l’achat de petits objets, par des changements de chaussures répétés dans une même journée, par le fait de se mettre en avant, par le besoin d’occuper la première place. Dans une société dont il est le trésorier, il fait bientôt office de président. Il donne facilement des conseils — qu’on ne lui demande pas —î

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parle volontiers en public et se décide vite, mais change vite d’opinion. C’est un homme d’action, toujours optimiste.

Tel est M. Prompt, rapide dans ses conceptions, rapide dans sa parole, rapide dans son écriture, rapide dans ses décisions, tachyphage, c’est-à-dire mangeant vite, tachyprage (Pende) c’est-à-dire exécutant tout avec rapidité : c’est

un ACCÉLÉRÉ.

Ce mode accéléré, qui, dans le cas particulier de M. Prompt, caractérise son tempérament nerveux, sur quoi peut-on s’appuyer pour le rattacher à un fonctionnement endocrinien?

L’analyse du sujet, va fournir la réponse.

1° La rapidité dans les mouvements, le besoin de déplacement, la suractivité se retrouvent dans la maladie de Basedow, qui est due à un fonctionnement exagéré de la thyroïde. Ces symptômes s’opposent à la lenteur, l’apathie, le désir d’immobilité des myxœdémateux, qui le sont par insuffisance thyroïdienne. Expérimentalement, un chien soumis à l’ingestion en excès du corps thyroïde, ne peut se tenir en place, pousse des aboiements perpétuels.

2“ M. Prompt manifeste, en outre, d’autres symptômes d’hjrperthyroïdie. Il adore l’eau froide, parce fi}ie sa glande thyroïde, qui est notre calorifère principal, fonctionne à plein; il fabrique beaucoup de chaleur, et, de ce fait, il manifeste une soif vive. Il a du sucre dans l’urine, symptôme fréquent dans l’hjq>erthyroïdie. Mais surtout il a des sourcils très accentués, faisant saillie, constatation, faite plus haut, chez les hyperthyroïdiens. Il a de l’exophtalmie, sj’mptôme qui, à lui seul, est révélateur d’hj’perthyroïdie. Dernière constatation: la sœur de Prompt a une maladie de Basedow, or les troubles thyroïdiens sont familiaux. Il est donc légitime, chez M. Prompt, de conclure à un nervosisme hyperthyroïdieUt,

M. Prompt a des émules, chez qui Faccélérar tion totale peut porter plus ou moins sur une fonction.

17 ®. — TACHY CAUD f g écrit si vite qu’il n’arrive pas lui-même à se relire, il saute des mots et des lettres.

17 ®. — Tachynoüs veut être deviné, avant d’avoir terminé d’exprimer sa pensée, ou. il ne finit pas ses phrases.

17 *. — VoLUBiLE mange ses paroles, on a de la peine à le comprendre.

18 . — Kaléidoscope a tant d’images en tête, et qui se succèdent si vite, comme à la queueleu-leu, que son cerveau en est fatigué et que, s’il se réveille la nuit, il ne peut plus se rendormir.

La glande thyroïde, coupable des diverses manifestations précédentes, est essentiellement la glande de la rapidité. Mais elle préside à diverses fonctions cérébrales; aussi voit-on s’associer à l’accélération, par surfonction thyroïdienne, d’autres phénomènes, se rattachant également à l’hyperthyroïdie; l’impatience, la fébrilité, le besoin d’action, aui fait souvent donner « des coups d’épée dans l’eau ».

Ce sont là encore des traits caractéristiques de ces Accélérés, qui sont facilement aussi des exaltés, des excités, des enthousiastes, des passionpés, des emballés. Mais, par contre-partie, ils s’épuisent facilement, leur enthousiasme, vite développé, tombe rapidement, ils se mettent en colère sans grand motif, montent < comme la soupe au lait » et soirt particulièrement sensibles, délicats, fatigués, capricieux.

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A an de?ré de plus, l’idéation trop rapide des hyperthvroïdiens leur enlève parfois le contrôle de la critiaue. Tl n’est pas rare que sous l’influence d’une émotion violente, un de ces malades fasse du délire. Par ailleurs, ils croient réaliser ce qu’ils désirent, se complaisent, comme des enfants dans leurs jeux, à imaginer, à fabuler, ils font de la mvthomanie, et se prennent à leurs propres uièaes. Ils sont facilement sensibles à l’auto et à l’hétérosuggestîon.

19. — Ultra-rapide est d’une intelligence remarguable, d’une compréhension exceptionnelle, parlant avec une volubilité étonnante, produisant des volumes sans relâche, emballé dans ses actes, parfois d’une gaîté exagérée, maïs facilement fatigué, pessimiste, d’une sensibilité excessive, d’une délicatesse féminine.

Dans le camp opposé aux accélérés se rangent les lambins, les lents, les mnsards.

b) Les LENTS.

20. — Tortillard ne saurait aller vite, tout est lent chez lui. Déjà il a manifesté cette lenteur dans son premier développement, il n’arrivait pas à grandir; il est lent pour se lever, pour s’habiller, pour faire sa toilette, pour manger, pour se mettre à l’ouvrage. Quand il parle, on voudrait lui tirer les mots de la bouche. Aussi, bien qu’il soit intelligent, on l’écoute peu volontiers. Il est lent dans ses mouvements, dans sa marche, dans son écriture, il est lent dans ses conceptions, dans ses réflexions. Chez lui, l’esprit de l’escalier est particulièrement développé; sou^

vent quand on a fait une plaisanterie devant lui, il rit à retardement. Le soir, il n’en finit plus pour se mettre au lit. Il agace son entourage, l’ennuie, énerve ceux avec qui il vit, surtout s’ils sont d’un tempérament opposé au sien.

Quand il était enfant, on lui répétait sans cesse : « Mais dépêche-toi donc! » On le réprimandait, on le grondait, on le bousculait, sans tenir compte que c’était la glande thyroïde, glande de la rapidité, qui était en cause, et que, mieux que les exhortations ou les punitions, des soins médicaux auraient pu améliorer sa lenteur (1).

La lenteur se trouve à son maximum dans le myxœdème. La première malade dont l’observation parut, (en 1891), sous mon nom, était une myxoedémateuse. M. Walther lui avait greffé, contre des hémorragies, de la glande thyroïde de mouton, dans la région mammaire. Or, avant la greffe, elle était si lente qu’elle mettait une demi-heure environ pour traverser une salle de malades.

J’ai rapporté le cas d’un chien entaché de crétinisme, si lent dans ses mouvements qu’il se laissa écraser par une voiture, marchant au pas.

Une malade, atteinte de mjrxœdème acquis de l’adulte, avait le parler, à la fois pâteux et lent, qu’on trouve dans cette maladie. Par le trai-

(1) Lorsque la lenteur est localisée à une fonction, telle la parole, l’écriture, il peut se faire que le retard dû au défaut de développement des centres correspondants. Le traitement endocrinien, à la longue, en aidant à 1 achèvement de ces centres, peut faire sentir sea effets favorables.

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tement thyroïdien, qui produisit chez elle une véritable résurrection, la parole était redevenue si rapide — ce qui lui était d’ailleurs naturel avant sa maladie, et ce qui était un trait familial — que, lorsqu’elle venait me consulter, je fermais les yeux, pour reconnaître davantage les modifications produites dans sa parole.

La note dominante de l’insuffisance thyroïdienne est la lenteur; mais comme l’ensemble des fonctions psychiques dépend en partie de la thyroïde, on remarque souvent (jue les mêmes sujets sont indifférents, égoïstes, oublieux, indécis, manquent de volonté.

c) Les CAPRICIEUX.

Parfois le déséquilibre des fonctions thyroïdiennes entraîne des variations nerveuses.

Dans tous les modes de son activité psychique, le sujet se trouve au-dessus ou au-dessous de la normale. Sa thyroïde passe par des phases de plus ou de moins. Elle est comme l’aiguille affolée de la boussole; le sujet est en état d’instabilité thyroïdienne.

Mais c’est surtout l’excès qui domine, comme on le voit, dans les portraits suivants. En fait, ce sont les variations du caractère, qui, émergeant à peine de la vie végétative (Laignel-Lavastine), sont particulièrement soumis à l’influence endocrinienne.

21. — Caprice est difficile à vivre. Elle est comme la girouette qui tourne à tous les vents; son humeur est changeante; parfois calme, parfois comme la mer en furie. Douce en général, elle entre souvent dans des colères inexplicables, tem-

pête, se surexcite, puis elle s’apaise rapidement. On ne sait comment elle vous recevra. S’est-elle levée sur le bon pied, elle est de bonne humeur. Elle parle avec vivacité, écoute avidement : le sujet l’intéresse. Tout à coup, comme si un nuage lui était passé dans le cerveau, elle sê tait, devient triste, fait la tête. Elle danse de joie, à l’instar d’un enfant, pour un petit plaisir, monte facilement au pinacle, mais descend subitement au trente-sixième dessous. Elle se sent tout d’un coup des ailes, pourrait s’envoler; d’autres fois, elle est au ras du sol, a des découragements incompréhensibles. Elle adore les choses et les gens, puis elle brûle ce qu’elle a adoré; elle rappelle l’élastique, tantôt très tendu, tantôt détendu.

Parfois même, à certains moments du mois, elle fait des scènes, pousse des cris, profère des injures, exerce des sé\ices sur les choses et sur les personnes.

Souvent d’une curiosité déplacée, elle est, à d’autres moments, indifférente à tout. Le fond de sa nature est plutôt triste, mais si elle est entraînée par des amis, c’est elle qui tiendra le record de la gaîté. Ses goûts sont sans cesse en variation; elle idolâtre !’« ancien » qu’elle ne peut bientôt plus souffrir; elle vend tous lès meubles qui lui plaisaient hier; les plats qu’elle mangeait avec le plus de plaisir, bientôt elle ne peut plus les sentir, il faut sans cesse changer ses menus, et même parfois sa cuisinière. Elle arrive en vacances, quel enthousiasme! Très rapidement, dans le pays qui l’a charmée, elle ne veut même plus * se voir en peinture». EUe

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attend des amis avec impatience; dès qu’ils sont arrivés, elle voudrait les voir à tous les diables. Elle est absolue dans sa conversation, forcée dans ses plaisanteries, passionnée dans ses affections, qui varient trop souvent.

Caprice est malheureuse, et elle rend malheureux son entourage. Ce n’est pas sa faute, elle a de Vlnstabilité thyroïdienne. Suivant le chaud, suivant le froid, suivant le temps léger ou lourd, sa glande thyroïde a des sautes d’activité, un ressort plus ou moins tendu. Elle fabrique des hormones, en plus ou moins grande quantité, qui vont, à leur tour apporter plus ou moins de vie, de chaleur, de rapidité à ses divers organes, et tout s’en ressent, l’appétit, la digestion, le fonctionnement de l’intestin, le sommeil, le caractère.

La discipline morale, l’auto-suggestion (Pauchet) doivent intervenir, chez ces sujets, pour rétablir la stabilité; le corps thyroïde doit être, dans ce cas, donné à très petites doses, régulatrices, et fera merveille.

Caprice à un frère qui, par bien des côtés lui ressemble. Quelques particularités complètent le tableau de ce caractère.

22. — Excessif dépasse la mesure; tout est exagéré chez lui : la joie et l’enthousiasme, la tristesse et l’abattement. Il partage — comme on l’a dit plaisamment — ses opinions, quand il les exprime, mais il en change sans cesse. Des petites choses, il fait des montagnes, a de la sensiblerie, pleure à la lecture d’un livre touchant, s’émeut au théâtre quand il entend exprimer un

sentiment vrai; il vibre trop et réagit à toutes les influences. Les petits événements le remplis-' sent de bonheur ou le couvrent d’un ennui profond. Ses modes de réaction ne sont jamais proportionnés aux causes qui les produisent. Ils sont excessifs dans leur importance, dans leur rapidité, dans leur durée. Il est plein d’allégresse, d’enthousiasme, passe ensuite au découragement, au spleen; il est optimiste et voit la vie en rose; subitement, il voit tout en noir. Pour ses amis, comme pour ses proches, il a un attachement très vif, mais qui est peu durable.

Enfant, il se iréveillait souvent avec des cauchemars, des terreurs nocturnes; il a inquiété ses parents pour de la fièvre qui apparaissait à propos de tout et de rien; il ne pouvait tenir en place, manifestait des tics; il a grandi très rapidement; il est devenu excessif dans sa maigreur; son cœur bat facilement trop, vite, son intestin fonctionne trop fréquemment, l’éclat de son œil se remarque. Plus tard, dès l’âge de vingt-cinq ans, ses cheveux ont commencé à blanchir. Excessif p.résente tous les troubles de l’hyperthyroïdie nerveuse. Mais en même temps il est souvent frileux, fatigable, sujet à des migraines, à des rhumatismes, il est sensible aux aliments, aux médicaments, aux émotions, qui provoquent chez lui des phénomènes de choc. Tout en étant hyperthyroïdien dans ses réactions, il est fondamentalement un hypothyroïdien. C’est le paradoxe de Vinstahilité thgroîdienne, c’est le déséquilibre thyroïdien qui caractérise Excessif et qu’on régularisera par le corps thyroïde. Il est bien le digne frère psychique de Caprice.

Les troubles de caractère se retrouvent dans la maladie de Basedow. .Trousseau l’a appelée « une colère perpétuelle ».

Au personnage d’Excessif s’oppose Equilibré (23), dont le prénom est Exceptionnel. Ni trop lent, ni trop pressé, il travaille avec calme, mesure, pondération. Il ne s’épuise ni par de grands gestes, ni par des mouvements inutiles. Il ne manifeste jamais d’impatience, ne dit pas un mot plus haut que l’autre. Toutes ses paroles sont frappées au coin de la raison; son écriture est toujours identique à elle-même; il est ordonné dans ses pensées, dans son travail, dans son costume. Il est accompli.

C’est le bon sens opposé à l’agitation, c’est Sancho Pança, qui é\ite et répare les écarts de Don Quichotte; c’est le modéré de la politique, qui tient le milieu entre les extrémistes de droite ^ et les extrémistes de gauche, entre les retardés et les avancés, entre les agités et les ralentis. C’est le montagnard qui gravit la côte d’un pas égal et arrive au sommet sans fatigue. C’est le balancier de l’horloge qui se meut d’un mouvement toujours régulier; c’est le fleuve tranquille, qui n’a ni le remous de la mer, ni l’immobilité du lac. En tout et pour tout, il justifie l’adage « 7n medio stat virtus». Il réalise le mot de Droz ; « La modération est la santé de l’âme ». Il est toujours à l’heure. On craint qu’il ne manque son train : il se trouve à la gare au moment précis du départ. IJ n’est ni exalté, ni aplati; peut-être n’a-t-il pas de très grandes joies, mais il n’éprouve pas de grandes déceptions. S’il manque de fantaisie, il est toujours plein de tact; il arrive sans faire de bruit, mais il arrive sûrement au but. Il reste jeune, et mra longtemps. S’il est doué, le plus bel

avenir lui est réservé. Il peut serw de modèle, ses endocrines sont en équilibre.

23 his. — Les états d’équilibre présentent divers types morphologiques, bien mis en lumière par Sigaud et Mac-Auliffe, et qui sont de plus en plus purs avec l’évolution des êtres humains: cérébral, respiratoire, digestif, musculaire. M. Mac-Auliffe a étudié, de ce point de vue, la famille Carnot. Tous les membres, dont il a pu étudier les traits, pendant trois générations, appartiennent au type cérébral, type qui confère la supériorité intellectuelle. Le corps est, de même harmonieux, sans prépondérance du tronc ni des membres. Ce type morphologique est rare: il apparaît 9 fois sur 100 dans la population française, 25 fois sur 100 dans les professions intellectuelles. Il comporte un équilibre des fonctions psychiques et morales, tel qu’on le relève chez Lazare Carnot, « l’Organisateur de la Victoire ». Il a manifesté une magnifique tenue morale, une dignité dont il ne s’est jamais départi, un esprit de discipline, un courage civique, un culte de la légalité exemplaires. Il s’est montré à la fois empreint de modération, de tolérance, d’idéalisme. A toutes ces qualités se sont ajoutés un esprit de pénétration tout à fait rare, des aptitudes mathématiques extraordinaires, une intelligence organisatrice exceptionnelle. On comprend de quels dons physiques et mentaux la nature avait comblés Carnot, dons qu’il a transmis à ses descendants.

Un trait est à ajouter, c’est la longévité, dont

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ont bénéficié, grâce à un bon équilibre endocrinien, la plupart des membres de la famille Carnot.

B. — Les Fatigués. — Les Asthéniques

Si la glande thyroïde est essentiellement la glande de la rapidité, la glande suTrJnale est essentiellement la glande de Ténergie.

Aussi voit-on les sujets, atteints de maladie bronzée d’Addîson, (maladie qui est due à la tuberculose de la glande surrénale), p.résenter une si grande fatigue qu’ils préfèrent parfois ne pas manger, ne pas parler, plutôt que d’exécuter des mouvements musculaires.

Sans que la glande surrénale soit détruite par des lésions, elle manifeste souvent de l’insuffisance. Cette insuffisance existe parfois dès la naissance; un certain nombre de sujets sont «nés fatigués». D’autres le deviennent, au moins d’une façon apparente, à la suite de maladies, telles que la grippe, la diphtérie, la scarlatine, la coqueluche, à la suite de vives émotions, de surmenage, d’intoxications, parfois de par les anesthésiques, employés au cours d’une opération chirurgicale.

Souvent, il faut plusieurs causes associées pour déclancher, chez un sujet prédisposé, un état de fatigue plus ou moins prolongé.

Voici quelques exemples que j’emprunte à un mémoire personnel. J’y montre les bons effets de l’opothérapie par la glande surrénale, contre la fatigue et les phénomènes concomitants.

1* Une malade de 31 ans. Asthénique ( 24 ), a toujours manifesté une fatigue insurmontable.

le tempérameîjt

Quand elle allait en classe, il lui arrivait de s’asseoir en route sur les trottoirs, dans la rue. Plus tard, elle ne supportait pas une conversation de dix minutes, sans changer de couleur; elle a pensé, à certains moments, ne pas pouvoir quitter sa chambre, s’il survenait un incendie. Jamais, dans son enfance, elle ne se livra à des jeux actifs.

2° Un second sujet avait une fatigue physique, qui la forçait à s’aliter pendant cinq ou six mois consécutivement, avec une sensation d’épuisement, de faiblesse extrême. En dehors de ses périodes d’asthénie, elle se lève à onze heures et demie du matin, est obligée de se recoucher dans l’après-midi; elle est parfois si fatiguée qu’elle s’étend de tout son long sur le tapis de l’appartement.

3“ Une troisième malade souffre d’asthénie, depuis l’enfance, par crises périodiques et, à la suite d’efforts dans son ménage, de chocs nerveux, de poussées d’infection. Alors elle se sent déprimée, épuisée, incapable d’agir, est prise d’une prostration, qui nécessite parfois un séjour au lit d’une quinzaine de jours; elle a besoin de dormir une dizaine d’heures.

4" Je citerai encore brièvement le cas de deux sœurs égyptiennes. L’une mariée en Angleterre, a eu quatre grossesses successives. Elle se plaint d’une fatigue excessive, d’un grand épuisement. Chez elle aussi, une conversation de quelques minutes, surtout si le sujet ne Tinté-

resse pas, la fait blêmir. Elle se lève, en général, à dix heures et demie du matin, s’allonge après le repas, est obligée de se mettre au lit dans la journée. Sa sœur, à l’automne de sa vie, se plaint d’une grande fatigue, de manque de mémoire, d’épuisement, d’impossibilité d’écrire une lettre. Elle n’a pas même la force de parler; son corps lui donne l’impression d’être lourd comme du plomb. Elle ne peut se décider à partir à Alexandrie où sa présence serait nécessaire.

Je me borne à ces quelques faits et veux me contenter d’indiquer très rapidement les effets prodmts, chez ces malades, par le traitement surrénalien, en particulier en utihsant l’écorce de la glande surrénale (ce qu’on appelle la « cortico-surrénale »).

1° Dans le premier cas, six semaines après le début de la médication, la malade qui souffrait d’une horrible fatigue, a été capable d’avoir cinq personnes à déjeuner, d’en recevoir plusieurs autres à goûter, de dîner au restaurant, d’aller ensuite au théâtre. Elle a passé après cela une excellente nuit.

. 2“ Chez la seconde, au moment des fêtes de

Pasteur, elle a pu dîner à l’Elysée, aller à l’Opéra. Le lendemain elle a été en état de se rendre à l’Hôtel de Ville, de faire le voyage de Strasbourg. Pour rester levée toute une soirée, elle prend seulement la précaution de s’étendre une heure avant le dîner. Petit détail : pendant l’été de la même année, cette personne qui n’est pas jeune, a dansé toute une nuit.

3® Transformation de même chez le troisième SH jet : elle peut travailler actuellement à son ménage. Ses forces sont revenues presque complètement.

4“ Enfin, en ce qui concerne les deux Egyptiennes, la plus jeune est retournée en Angleterre, après quatorze injections sous-cutanées de substance cortico-surrénale. Dès la première injection, elle qui était somnolente, s’éveille, est prise d’un besoin de mouvement et fait, sans malaise, une promenade de trois heures en voiture. « Ce qui, me dit-elle, étonnera le plus mon mari à mon retour à la maison, c’est de me voir capable de me lever à sept heures du matin, alors que je ne parvenais pas à quitter mon lit avant dix heures et demie. »

Quant à sa sœur, à la suite de huit injections du même produit, elle a entrepris le voyage à Alexandrie que, malgré sa nécessité, elle ne se décidait pas à réaliser.

Le symptôme fatigue, que j’ai isolé, fait partie d’un ensemble d’autres phénomènes. Je me contenterai de signaler ceux que présentait la première malade, et me bornerai aux troubles qui se rattachent au mauvais fonctionnement de sa glande surrénale.

24 . — Asthénique a trente et un ans; elle est la fille d’une mère pessimiste, qui se plaisait à toujours voir le mauvais côté des choses, et aurait désiré recevoir la visite d’un médecin chaque jour et plusieurs fois par jour. Elle-même était < née fatiguée » ; toute petite, elle dormait

sans cesse, son intestin était paresseux. Jusqu’à onze ans, elle conserva de la faiblesse de la vessie. Arrivée à la puberté, par une réaction de sa glande thyroïde, elle grandit comme « un champignon », mais sa croissance rapide augmente sa fatigue. Elle ne peut pas se tenir droite, et fait des chutes fréquentes. EJle avait seize ans. Elle contracte la grippe épidémique, maladie qui frappe avec prédilection la glande surrénale; elle subit ensuite une longue opération avec anesthésie au chloroforme, substance qui dissout les graisses de la surrénale. Sa fatigue arrive au paroxysme et s’accompagne de phénomènes fort complexes.

On sait qu’aux cinq sens connus depuis toujours, on a ajouté un sixième sens, le sens cénesthésique. La cénesthésie est l’ensemble des sensations vagues qui conduisent à la notion de notre moi. Quand ces sensations sont troublées, elles deviennent douloureuses et leur perturbation se manifeste, — lorsque le nerf sympathique, nerf qu’on appelle le nerf de la cénesthésie, a son tonus modifié —, par le déséquilibre du fonctionnement endocrine.

Ici c’est dans là sphère abdominale, dont le sympathique est sous le contrôle de la glande surrénale, que se produisent surtout les phénomènes insolites.

Asthénique a la sensation d’être « vidée »

comme s’il n’y avait plus rien dans son abdonien. Il lui semble que la peau de son ventre se rétracte jusqu’au dos; elle est dans la nécessité de se ratatiner, de plier les genoux, jusque sous le cou, comme si elle était < amputée du tronc >.

Mais ses souffrances ne sont pas limitées au ventre. Elle se plaint d’être d’une sensibilité exquise aux bruits, qui l’affole. Elle n’arrive pas à dormir, tant elle a besoin de sommeil; elle a tendance à avoir sinon de la fièvre, du moins une élévation de la température, allant jusqu’à 38°, avec langue sèche, soif vive, et cette fausse fièvre survient à la moindre fatigue, en particulier quand elle a fait sa toilette. A ces troubles s’ajoute un état nerveux et psychique complexe. Elle vit dans l’angoisse perpétuelle, a des phobies; par exemple elle craint de rester dans une chambre fermée, de sortir seule dans la rue, etc... Une émotion, comme une fatigue, un simple refroidissement, un écart de régime lui provoque une crise d’entéro-cblite. Mais cette crise elle-même augmente sa tendance à l’angoisse, à la mélancolie; elle devient triste, ressent du dégoût pour la vie, a des idées noires, ce qui l’a poussée à faire une tentative de suicide. Chaque mois, à une époque régulière, elle devient d’une effrayante nervosité, d’une surexcitation maladive, allant jusqu’à battre son entourage, cassant les objets auxquels elle tient le plus, qui lui tombent sous la main; elle manifeste en même temps un anormal besoin d’activité.

Asthénique a été transformée par la surrénale en ingestion, puis en injections. Elle qui n’avait pas eu d’enfants jusqu’alors, a eu la joie de metoe au monde un gros bébé de sept livres, ^’il lui a été possible de nourrir elle-même, en s aidant de temps en temps d’injections de cortico-surrénale.

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La suractivité qu’a 'présentée à certaines périodes Asthénique, traduit la tendance natoeUe de la surrénale, insuffisante, ordinairement, chez elle, à rétablir son équilibre; mais cet équüibre est alors dépassé et l’insuffisance se transforme en surfonction surrénale.

Ce déséquilibre n’est pas rare.

J’ai observé récemment une dame qui passe chaque mois par une double période de dépression surrénale, entrecoupée par une phase de suractivité. A ce moment, elle a « comme des aileç », est capable de ne pas dormir pendant plusieurs nuits.

Cette hyperactivité a été reproduite, dans les expériences de Berman, par l’administration de cortico-surrénale fraîche à des jeunes rats blancs. Elle a produit chez eux une activité permanente, mais en même temps de l’irascibilité, de l’inquiétude motrice, de la férocité; les rats se mangeaient entre eux. M. Barishac a vu des poulets, à qui il a injecté de la cortico-surrénale se mettre les crêtes en sang.

L’acthité surrénale se trouve, de même, portée au maximum chez Sous-Pression (25). Il est en effet d’une activité inlassable, il est le premier levé, le dernier couché. Il épuise son entourage qui n’en peut mais; il travaille avec certains de ses subordonnés jusqu’à minuit; il leur donne rendez-vous pour le lendemain matin à sept heures.

Avant de se rendre à son bureau, il se fait parfois conduire au golf, car il a besoin d’user, de bonne heure, son énergie. Il voit tout, surveille fout, il a l’œil du maître. S’il ne travaille pas le soir, il faut qu’il se distraie, qu’il aille au théâtre; son cerveau comme ses muscles ont tou-

jours besoin d’être occupés et souvent ils sont mus par des mouvements involontaires, des « tics » de la face.

Il passe la nuit en chemin de fer; le matin, il se rend à l’hôtel, prend un bain, change de vêtements, et court à ses affaires. Le soir, il reprend le train, arrive au matin, se baigne à nouveau, se change et est aussi apte à son travail, après deux nuits, passées à voyager, que s’il avait dormi tranquillement dans son lit. Il danse toute une autre nuit, et, sans se coucher, reste très dispos. Ultérieurement il devient ministre, et bien qu’il ne soit plus jeune, il est capable de supporter plusieurs nuits de suite le poids d’une discussion capitale pour l’avenir de son pays.

Retiré (ju Ministère, il passe son- temps à écrire des articles, à composer des livres, à faire des conférences.

Ce tempérament se retrouve chez les grands brasseurs d’affaires, infatigables, m.ais aussi un peu anxieux, qui sont poussés à s’étourdir, à sortir d’euxmêmes par des soucis et de grandes préoccupations. Dès que l’une d’elle est terminée, ils en recherchent de nouvelles.

Que Sous-Pression et ses semblables prennent garde à leur tension artérielle. Leur activité inéptib sable tient souvent à une surfonction surrénale, qui se manifeste sur leur appareil artériel et détermine de l’hypertension. La sclérose artérielle les guette avec ses localisations sur le cœur, le rein, le cerveau.

Qu’ils soient sobres, évitent tous les excitants, prennent des vacances répétées et reposantes.

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