‹ Le tempérament et ses troubles. Les glandes endocrinesChapitre 14 sur 57 · APERÇUS · texte numérisé non relu

APERÇUS

DE PSYCHO-ENDOCRINOLOGIE

Dans les pages précédentes, j’ai fait défiler un certain nombre de tableautins, qui représentent des cas, tels que je les ai observés, ou dans lesquels j’ai fondu plusieurs faits soumis à mon examen. Ils démontrent le rôle des endocrines, dans la rapidité, dans l’énergie de divers actes psychiques, et aussi dans la déviation du caractère, qui est la face psychologique de notre tempérament.

Je vais, momentanément, procéder d’une façon un peu différente,- et, sans aucune prétention philosophique, analyser un certain nombre des éléments de notre moi psychique (intelligence à proprement parler, mémoire, volonté, caractère), dans leurs rapports avec les endocrines et surtout avec l’opothérapie.

A) Intelligence

Je me contenté de rappeler que des sujets, qui naissent sans thvroïde, sont en état d’idiotie myxœdémateuse. Ils sont toutefois susceptibles d’être améliorés par l’opothérapie thyroïdienne.

Cette médication, vraiment héroïque, transforme en êtres humains, des sujets qui n’avaient plus qu’une sorte de vie végétative et qu’on a pu comparer à des plantes. De même façon, les descendants des goitreux

des pays mcHifagneux, les crétins à proprement parler (mot dérivé, d’après Fodéré, de Christiani et signifiant les bienheureux) tirent, de l’emploi précoce, de la thyroïde, des effets surprenants. Parfois viennent à la vie, pour quelques jours ou quelques heures, des sujets anencéphales, par absence ou réduction complète du cerveau. Ils ont simultanément de l’insuffisance de développement de leur appareil corticosurrénal.

Dans les formes moins accentuées,- se rangent les enfants retardataires à l’âge scolaire ou préscolaire. A propos des « Etapes de la Vie » (page 267) je montrerai les effets bienfaisants sur les divers modes de travail cérébral, de diverses opothérapies.

A l’occasion des troubles du langage, je rapporterai les résultats de l’opothérapie par la glande pinéale, cette glande qui, lorsqu’elle devient le siège de tumeurs, entraîne chez les enfants, avec un développement physique d’adulte, une précocité intellectuelle et morale déconcertante.

Diverses glandes endocrines influent donc sur le développement et le fonctionnement de l’intelligence. Suivant leur activité, elles provoquent soit un retard plus ou moins marqué, que combat l’opothérapie, soit de la précocité.

Pour compléter ces notions, je mentionne ici quelques exemples de puérilisme et d’infantilisme mental, je discute le rôle des glandes sexuelles dans l’iu- ♦ dite, je cite quelques cas d’in^

truite thyroïdienne et pratique l’analyse endocrinienne d’un sujet de génie.

LES ENDOCRINES

26. — Puéril est un petit homme de quarante-huit ans; il est entré à l’hôpital pour un gonflement généralisé à tout le corps. Son aspect est très singulier. C’est un enfant par la morphologie. Il mesure un mètre quarante-deux de taille, ce qui correspond à la taille normale d’un enfant de treize ans. Il n’a ni barbe, ni poils sur le corps et manifeste une modestie excessive de son appareil masculin. Particularité : une apparence de singe contribue à lui donner son expression du visage : sa lèvre supérieure très longue, son gros ventre. Ses longs bras, ses jambes courtes, sa denture qui est celle de l’homme des cavernes. Or, Puéril est, comme un hon petit enfant qui aime à rendre service à tout le monde, soumis, actif, mais il ne manque pas, lorsqu’il passe à la cuisine, de voler un reste ou un morceau de sucre, s’il croit qu’il ne sera pas vu. Parfois il s’endort subitement dans la cour, sans avoir vraiment le besoin de sommeil.

Chez lui, un examen glandulaire, un peu poussé, montre que sa glande hypophyse est surtout coupable de ses troubles et, à un degré moindre, la thyroïde, la surrénale, les testicules.

Le PUÉRILISME, qui traduit l’arrêt de l’intelligence au stade de l’enfance, comporte, parmi ses manifestations, des fanfaronnades et des mensonges. On retrouve ces maifestations chez les géants, chez qui on observe une surfonction de l’hypophyse, mais associée à une insuffisance testiculaire. J’ai mentionné plus haut que les ruses de David avaient aisément triomphé de la lourdeur de Goliath. « On a, disent Launois et Roy, comparé, sans avantage pour le plus grand, l’intelligence qu’expriment les deux figures, prêtées par les Grecs au colossal Hercule et à l’harmonieux Apollon. »

lî est classiqtie d’observer, chez les géants, une débilité intellectuelle qui porte sur la difficulté d’élaboration, du jugement, du raisonnement, mais aussi sur la mémoire qui est languissante, l’imagination qui est pauvre et le manque d’énergie et de volonté.

27. — Infantile a dix-neuf ans. Il conserve lui aussi une apparence physique d’enfant. Il est de petite taille, a le visage arrondi, sans trace de poils, avec des sourcils peu développés, le torse long, le ventre saillant et le corps gras: Son la^nx étroit, sa voix grêle lui valent l’ennui de s’entendre répondre « Mademoiselle » au téléphone. Photographié en maillot de bain, on le prend pour une fille. Chez lui, l’état mental est le reflet de l’arrêt général du tempérament.

Ce qui frappe au point de vue intellectuel, c’est la pauvreté des associations d’idées, l’insuffisance d’attention, l’indigence du vocabulaire, la difficulté dans le calcul mental. Pour être complet, j’ajoute qu’infantile est naïf, crédule, suggestible, peureux, que l’imagination est développée chez lui et qu’il a une émotivité excessive avec pleurs et rires faciles, qu’il ressent un sentiment exagéré de lui-même, qu’il est vaniteux et que, par contre, il a peu d’affection pour ses parents.

Chez Infantile et ses semblables, la glande thyroïde est intéressée, comme le montre l’examen aux rayons X, qui révèle l’absence de soudure des cartilages articulaires. L’opothérapie thyroïdienne aidera a la transformation intellectuelle du sujet, en meme temps qu’elle le fera grandir.

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28. — Retardé a quatorze ans et demi. Il porte encore des dents de lait. Il n’a pas les attributs de son sexe. Avec beaucoup de peine, il suit les études de sa classe et passe péniblement — peut-être même ne le passe-t-il que parce qu’il vient d’être soumis au traitement thyroïdien, — l’examen pour monter dans la classe supérieure. Son caractère est grincheux, mécontent. Avec sa mère, je l’ai appelé « Ronchonnot ». Or, .en même temps que l’ensemble de son tempérament, le traitement améliore son travail, au point de lui permettre de sauter une classe l’année suivante.

A un degré plus atténué encore, qui constitue à proprement parler le tempérament hgpothyroîdien, ce qui domine les malaises, ce sont l’indigence, l’apathie, la lenteur de la pensée, et j’ajoute par anticipation, de la mémoire et de la volonté. L’hypothyroïdien réalise, parfois, ce que j’ai appelé la neurasthénie fragmentaire, voire même le tableau complet de la neurasthénie.

A propos de Retardé, on peut envisager l’influence des glandes masculines sur le jugement. D’après mon expérience, c’est l’absence ou les anomalies de ces glandes, qui diminuent les fonctions créatrices du cerveau (comme les fonctions de procréation). Mais il me semble que, si une cause générale n’intervient pas, pour inférioriser simultanément d’autres endocrines, ou pour agir directement sur le cerveau, la faculté de connaissance, de compréhension, d’assimilation n’est pas troublée. Tout au moins, lorsqu’il y a seulement agénésie de ces glandes, ou arrêt de leur descente à leur place habituelle.

Un enfant de quatorze ans, Cryptorchide (28 bis), porteur comme Ronchonnot de dents de lait, était un des premiers de sa classe, dans une école professionnelle.

Un petit garçon sud-américain, présentant un retard local invraisemblable, permettant de le ranger au-dessous d’un enfant nouveau-né, était remarquablement intelligent et surprenait par sa rapidité à saisir la pensée de son interlocuteur, avant même qu’elle fût achevée.

Un sujet atteint d’une double cryptorchidie, (c’est-à-dire ayant ses glandes dissimulées hors de leur place habituelle), par retard de développement, n’en est pas moins devenu un de nos chimistes les plus distingués.

Un autre retardé de la même catégorie a été un brillant élève d’une de nos grandes écoles.

Par le fonctionnement exagéré de certaines endocrines, (pinéale, testicules), un état de précocité intellectuelle s’ajoute parfois au développement corporel excessif.

Corps et glandes sexuelles sont trop développés. L’enfant a l’apparence d’un adulte, raisonne de grands problèmes de la métaphysique.

Parfois, comme il arrive souvent en matière endocrinienne, l’insuffisance et l’excès de fonctionnement coexistent et se traduisent dans le

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domaine intellectuel, par un mélange de troubles.

J’ai eu l’occasion d’en faire l’analyse, chez une enfant, atteinte, en apparence, de myxœdème congénital, qui ne pouvait même pas ouvrir les yeux à sa naissance. En réalité, la glande thyroïde n’était pas absente chez elle, mais déséquilibrée, et ses troubles méritaient plutôt le nom d’instabilité thyroïdienne. En particulier, des poussées d’hyperthyroïdie ont apparu, à l’âge de la transformation de l’enfant en jeune fille.

29. — Grand’mère a reçu cc surnom de ses camarades. Son attention reste peu longtemps soutenue. Elle répond, quand on s’adresse directement à elle, mais n’écoute pas en général ce qu’on dit aux autres élèves; souvent elle a, pour ses réponses, une certaine difficulté dans la mise en train. Elle fait des fautes d’orthographe tout à fait imprévues dans ses dictées, commet de gros oublis en calcul. Voici pour le côté hypothyroïdie.

Ce qui a surpris ses petites amies et a surtout éveillé leur attention, c’est une apparence sérieuse, une façon particulière de dire les choses les plus simples. Elle s’écriera : « Où donc ai-je la tête? — Oh! mon Dieu! que cette enfant fait de bruit! » A sa maîtresse elle s’excusera : « Je suis tout à fait désolée de ne pas vous avoir dit bonjour. » Elle s’intéresse à des problèmes philosophiques tout à fait au-dessus de son âge; elle n’a que dix ans à ce moment.

L’opothérapie thyroïdienne a produit, dans ce cas, une très grande amélioration dans T état physique et intellectuel de la petite instable.

Au crétin des régions montagneuses, atteint de troubles pluriglandulaires, avec prédominance thyroïdienne, dénomination qui a été ensuite étendue à un être dégénéré et dénué d’intelligence, on peut opposer les sujets de génie, chez qui se trouvent réunies les qualités supérieures du psychisme, mais avec certaines discordances, leur conférant une origina- ^. lité individuelle, qui les met à part dans la société.

vais essayer de synthétiser cette apparence dans l'^uii^^pjet, que j’appelerai Génial.

— Génial est, depuis l’enfance, passé maî- ■e dans tous les arts plastiques. Mais au même titre qu’il est peintre, sculpteur et architecte, il est un grund poète. Sa souplesse d’esprit, son acthité psychique, son don d’assimilation sont prodigieux. La rapidité de -ses conceptions n’a d’égale que la rapidité de leur exécution. En quelques heures, il mettra sur pied une œuvre qui, par sa puissance, son originalité, donnera lieu aux interprétations les plus passionnées.

Une lettre importante à écrire, une conférence à prononcer devant un auditoire de choix ne lui coûtent aucun effort; il lui suffit de mettre la

plume à la main. Sa pensée semble s’exprimer toute seule et revêtir d’emblée une forme poétique et philosophique. Son imagination débordante, son enthousiasme lui procurent des joies renouvelées, qui éclatent à la vue d’un rayon de soleil qui dore une colline, à la contemplation

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des ailes multicolores d’un papillon. Son sens critique aiguisé, fait qu’il n’est pas facilement satisfait de son travail, ce qui ne l’empêche pas d’éprouver un sentiment réel de sa valeur. Il a la volonté très opiniâtre, et a su résister toute sa vie à des tentations qui auraient pu, en facilitant son effort, nuire au perfectionnement continu de son art. Lui, dont le travail est si aisé, manifeste une grande ténacité, un esprit de suite, qui le fait s’attacher, pendant des mois, à l’achèvement de monuments, qui le rendent célèbre dans le monde entier.

Génial est complexe. Il est très masculin par la volonté, la ténacité, la puissance de travail, la faculté créatrice. Mais à ces caractères s’associent chez lui des traits féminins. Il est doué d’une sensibilité excessive, d’une grande émoti- \ité. On le sent animé de douceur et de bienveillance en général, ce qui n’exclut pas chez lui un franc-parler et parfois une critique ardente. A sa puissance d’homme, à sa sensibilité de femme, il adjoint l’emballement, l’exaltation de l’enfance, la fraîcheur de sentiments, la suggestibilité, la mobilité d’esprit; c’est, en plus, un mystique et même un visionnaire. Chez lui, les contraires se rencontrent facilement; il est plein d’abandon, manque de défiance, mais, à certains moments, il a beaucoup de retenue et de réserve. Il a besoin de tendresse, de caresses, aime à être dorloté comme un enfant, lorsqu’une petite contrariété lui a causé un gros chagrin.

Dans ce complexe, on entrevoit le jeu actif des multiples glandes. La note thyroïdienne est donnée par des sourcils si exub^ants que Génial les dimi-

nue par le ciseau; par un éclat extrêmement brillant des yeux (il peut regarder le soleil, sans en éprouver de malaise); par une production de chaleur excessive; par une très grande rapidité de ses pensées comme de ses actes.

Il a une barbe très fournie qui lui donne un air d’antique, avec un crâne dénudé de bonne heure, ce qui fait penser à une grande activité de la glande masculine.

Son écriture montre des contrastes comme son psychisme; elle est inégale en direction, en dimensions, dans l’apparence des lettres. Elle est à la fois ouverte et fermée, arrondie et anguleuse, ce qui fournit des caractères contradictoires.

B) Mémoire

Les effets obtenus par ropothérapie chez les enfants retardataires, indiquent bien le rôle joué par les glandes, dans les divers actes indispensables au jeu de la mémoire.

Je rapporterai ici seulement deux faits personnels, intéressants à cet égard, et qui se rapportent à Vadulte.

31. — Amnésique me consulte pour des furoncles à répétition, rebelles, réfractaires à toute médication, y compris l’auto-vaccin. Comme le traitement thyroïdien avait guéri sa fille d’angines à répétition, elle s’était demandé si la même médication pourrait lui être, à elle aussi, favorable. Elle le fut en effet. Mais ce qui surprit davantage la malade, c’est de retrouver, grâce au corps thyroïde, sa mémoire de jeune fille. Autrefois, elle retenait sans difficulté les plus petites choses; puis elle s’était trouvée contrainte à tout prendre en note, pour ne pas faire d’oubli re-

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grettable. A nouveau, à la suite de la thyroïdethérapie, elle se passe d’aide-mémoire.

Elle avait parlé de ces résultats à une de ses belles-sœurs. Dame de Lettres (32), dont la mémoire faiblissait. L’examen de cette personne me montra la nécessité de lui prescrire du corps thyroïde et de la glande surrénale. Le traitement amena, de même, un excellent résultat, au point de vue de la mémoire.

Cette deuxième malade me soumit alors une remarque touchant le mode d’emploi des glandes qu’elle ingérait. « Je prends chaque jour, me dit-elle, le corps thyroïde qui m’aide dans mon travail journalier; quand j’ai un effort à fournir, je prends de la surrénale». Le lecteur se rend compte que cette dame avait parfaitement bien dissocié les effets de la double médication : le corps thyroïde augmentant la possibilité de mener à bien une tâche continue, la surrénale permettant les à-coups d’énergie.

C) Voflonté

La volonté est subordonnée au fonctionnement endocrinien. En voici quelques preuves.

J’envisagerai successivement :

«) Les Insuffisants de la volonté.

33. — Indécis était très long à prendre un parti en affaires; il pesait longuement le pour et le contre, et laissait souvent échapper des occasions, dont il reconnaissait trop tard tout l’intérêt. Soumis pour l’ensemble de sa santé au

LE TEMPÉRAMEliT

traitement thyroïdien, il me tint ce propos, au cours d’une visite : « Docteur, vous me devez trois cent mille francs! » Qu’est-ce à dire? — Voici : vous avez complètement transformé mon caractère. J’étais indécis, vous m’avez donné de la décision. Or, sans hésiter, j’ai acheté, il y a quelque temps, un lot très important de perles. Un krach est survenu dans notre commerce et j’ai dû me dessaisir de ce lot, qui avait subi une forte dépréciation. — Votre cas est intéressant, lui répondis-je, et si, dorénavant, vous m’intéressez à vos bénéfices, je m’associerai volontiers à vos pertes ».

34. — Irrésolue, que j’ai déjà citée, tenue d’aller à Alexandrie, ne pouvait prendre sur elle de quitter Paris. L’analyse de son cas révélait un manque de mémoire, de l’abattement, de la fatigue à n’avoir ni la force ni le courage de parler ni d’écrire. Cela m’engagea à lui faire pratiquer des injections de cortico-surrénale. Après huit injections, elle se sentit la volonté de partir pour l’Egypte.

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