Hypoboulique, malade obèse, qui fut
transformé dans ses divers symptômes, par une médication composée de plusieurs glandes, m’a raconté, — alors qu’il estimait avoir gagné 90 % sur son état antérieur, — qu’il manquait totalement de volonté avant le début du traitement. Un jour, il ne put se décider à descendre de son auto et préféra, au risque d’une dépense appréciable, continuer à rouler sur un pneu oui était dégonflé. ^
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P) Les Hyperbouliques (volontaires et survolontaires).
Au fonctionnement bien caractérisé de la volonté, on peut reconnaître trois degrés, qui se manifestent par l’esprit de décision, le besoin d’autorité, et le besoin de domination.
1° LES DÉCIDÉS, — Bien des éléments interviennent dans la décision. Parfois, c’est la rapidité qui est le trait frappant. Je l’ai relevé chez M. Prompt, qui se décide sans tarder. Chez lui, l’acte suit la pensée. On lui parle d’une visite à faire qui est loin d’être pressée : « Allons, mettez votre chapeau, répond-il, et partons ». Il semble d’après l’analyse de ce cas (page 74) que c’est surtout la thyroïde qui est en jeu ici.
Génial exécute son œuvre aussi vite qu’il la conçoit (page 100). Son invité sort pendant une heure; il a la pensée de réaliser sur le champ une sculpture, pour qu’à son retour, l’hôte ait l’étonnement de trouver l’ébauche d’un nouveau chef-d’œuvre.
Certains hommes de grande décision, souvent par hypersurrénalisme, sont capables, grâce à un effort de leur volonté, de dormir quand ils le veulent. Le cas est célèbre en ce qui concerne Napoléon P'', qui savait bien le prix de la décision, lui qui disait : < Rien de plus difficile, et partant de plus précieux, que de savoir se décider».
A la volonté de décision s’oppose l’entêtement, la volonté de résistance, qui est plutôt un caractère enfantin. Certains enfants'têtus, obstinés, se laisseraient plutôt mettre eu pièces que de faire preuve d’obéissance.
La ténacité, qu’on peut opposer à l’humeur changeante, (jui tient à une application continue de la volonté et de la concêntration de l’esprit, semble un caractère masculin auquel contribue la surrénale. Elle se retrouve chez Génial, et justifie le mot de Buffon : « Le génie est une longue patience ». . ‘
2“ LES AUTORITAIRES. — «Le Commandant » (36) est une malade, née avec de l’insuffisance hypophysaire et qui, vers la période de la ménopause, assista à la transformation de son caractère. Elle qui, jusqu’alors « était douce comme un mouton » se sentit devenir autoritaire et son entourage l’appelle « le commandant ». En même temps, elle ne put plus supporter son mari, divorça, et épousa, en secondes noces, un homme plus jeune qu’elle et de caractère faihle. C’est elle, dans son nouveau ménage, qui « porte la culotte ». Elle sent qu’elle est devenue difficile à vivre, tant elle a besoin d’autorité. Constatation capitale, une transformation PARALLÈLE se produisit au niveau des sinus de la face qui ont grossi, et ses pieds, qui étaient tout petits — elle chaussait du 34 — sont arrivés à la pointure de 38.
C’est la-signature d’une suractivité de Vhypophyse, survenue à la ménopause, chez une malade, dont cette glande était auparavant insuffisante, comme l’indiquent la petitesse de ses pieds et aussi un autre trait morphologique : sa mâchoire supérieure déborde anormalement la mâchoire inférieure, sur laquelle s’exerce habituellement l’activité hypophysaire.
On retrouve ce besoin d’autorité chez la Virago.^ Ce terme tiré du mot latin vîr qui signifie homme, s’applique à une femme douée d’une force et de manières masculines.
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Qn se rappelle la peinture admirable de ce personnage, chez Madame Thénardier, des Misérables, de Victor Hugo.
Cet autoritarisme se manifeste, de même, dans le type de la belle-mère, qui a fourni à la littérature et au théâtre tant de spécimens comiques.
Virago et belle-mère ont subi, en général, une transformation physique et psychique, d’origine hypophysaire, à l’âge critique,
3“ LES DOMINATEURS. — Si l’on en juge par l’effigie de Savonarole, que l’on voit à Florence au couvent de Saint-Marc, rendu célèbre par les fresques d’une fraîcheur inoubliable de Fra Angelico, le développement de son nez, des sinus de la face, la saillie en avant de la mâchoire inférieure, le rangent parmi les surhypophysaires. Or, il crut qu’il avait la mission divine de régénérer son pays et l’Eglise, et, dans ce but, il essaya d’imposer aux Florentins un genre de vie quasi-monacal et se proposa de détruire les richesses artistiques de son pays, ce qui finit par dresser contre lui ses propres partisans et par le faire condamner au bûcher.
D) Caractère
Le caractère résume l’ensemble des réactions psychiques de l’individu.
II représente, peut-on dire, la physionomie psychologique du tempérament. Il traduit les modalités de la vie affective et est lié au fonctionne- Dient endocrinosympathique, dont il subit les ^^ations.
Les rapports entre le caractère et les endocrines se trouvent indiqués en maints endroits de ce travail, en particulier chez Prompt, Caprice, Asthénique, Excessif, Ronchonnot, Héros, Angoissée; dans la « Juvénilité persistante, et la sénilité précoce. »
Le mot « caractère » est venu même spontanément sous ma plume à propos de la Volonté.
Le caractère indécis, irrésolu, hésitant, s’oppose au caractère décidé, autoritaire, dominateur dont j’ai parlé précédemment. La transformation que j’ai signalée d’une malade « douce comme un mouton » en personne autoritaire, justifie la métaphore du mouton enragé, que reproduit d’ailleurs l’expérimentation. Dans le but de produire une maladie de Basedow, MM.
Chantemesse et Marie injectent à un mouton du corps thyroïde. De fortes doses provoquent un changement dans le caractère de ce mouton; il est devenu irascible, intraitable; il cherche à briser les parois de sa cage. En même temps, sà température s’élève, il maigrit notablement.
Mais il retrouve sa santé après la cessation du suc thyroïdien. Les rats soumis à des injections de cortico-surrénale se mangent entre eux.
J’ajouterai ici quelques considérations générales.
Le myxœdémateux est habituellement égoïste, indifférent, apathique. Parmi les traits classiques du caractère des Basedoiviens, l’émotivité et l’irascibilité, au contraire, sont à mettre au premier plan. L’instabilité thyroïdienne conditionne les caprices du caractère chez des sujets pour qui les diverses fonctions (digestive, cardiaque, etc.) semblent également
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capricieuses. lis sont plus fréquents chez les femmes, à glande thyroïde plus instable que celle de l’homme. Aussi le caractère de la femme est-il facilement plus changeant.
« Comme la plume au vent...
« Souvent femme varie ■».
Les individus atteints d’insuffisance des glandes surrénales sont éminemment tristes et apathiques.
L’inquiétude, le caractère anxieux, là tendance à la mélancolie se retrouvent au cours de la neurasthénie, qu’elle soit thyroïdienne, surrénalienne ou hépatique.
Les états d’angoisse, conditionnés par des troubles endocriniens, comportent, dans leur production, des troubles dans les échanges intimes des tissus.
Je signale, à cet égard, le cas d’un de mes malades, qui fut transformé, de son angoisse, par le traitement thyroïdien. C’était un littérateur, dont la femme était elle-même écrivain, et chez qui l’odorat était très développé. Toujours est-il qu’elle pressentait la crise de son mari par une odeur spécifique que son corps exhalait alors.
L’origine endocrinienne des troubles du caractère se justifie par les effets de l’opothérapie sur celui-ci.
J’ai signalé des enfants, retardés, qui n’avaient jamais chanté de leur vie, se mettant à chanter — au grand étonnement de leur entourage — sous l’influence du traitement thyroïdien, lorsqu’il relevait le tonus de leur sympathique.
Le traitement surrénalien, en même temps que de la force, rend du courage et de l’euphorie.
J’ai vu tout récemment une malade, atteinte d’insuffisance surrénalienne, qui, après neuf jours de traitement, était complètement transformée. Elle était redevenue enjouée, rieuse, disposée à chanter, avait pris goût à la vie et redonnait de l’intérêt à ce qui, quelques jours auparavant, la laissait absolument indifférente.
M. Dumas a cité, parmi les modifications obtenues par le traitement thyroïdien, chez une myxœdémateuse, l’apparition de la coquetterie. Elle cessait d’être coquette, après quelques jours de suspension du traitement.
37. — Amorphe est un enfant de neuf ans que rien n’intéresse, même pas de jouer. Cinq semaines de traitement surrénalien lui donne un tel besoin d’activité qu’il jongle à table avec sa fourchette, sa cuiller, ce qui oblige à supprimer momentanément la médication.
Ainsi donc, le caractère est susceptible, dans une certaine mesure, d’être modifié par une médication glandulaire bien dirigée. Ce qui n’exclut pas, et M. Pauchet insiste, avec juste raison, sur cette vérité dans son remarquable livre « Le Chemin du Bonheur », que Vautosuggestion est capable de transformer la volonté et le caractère.
Remarque importante : le caractère se rattache, par une série d’intermédiaires, à des états parfois nettement maladifs. Il en est ainsi de Vhumeur changeante que chacun de nous présente peu ou prou. Or, elle se traduit, lorsqu’elle est portée au maximum, dans une forme particulière de maladie psychique, appelée la cyclothymie, qui, dans son expression maxi-
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ma, est, comme toutes les psychoses, au-dessus de toutes les ressources thérapeutiques. Cette psychopathie semble être la mise en œuvre du « fatum divinum » des ainciens. Or le lien, qui unit le simple changement d’humeur à la cyclothymie, justifie la tendance naturelle des psychiâtres à admettre que les maladies mentales les plus accentuées ne sont qu’un degré suprême des tendances psychopathiques. Mais si, dans lés psychoses héréditaires et constitutionnelles, la guérison ne peut être obtenue, il en est différemment dans les cas intermédiaires, interposés entre la cyclothymie, par exemple, et de simples troubles de caractère. Ces formes intermédiaires sont justiciables du traitement par les glandes.
Suivant les sexes et les âges, il existe des différences de caractère, dont l’interprétation se trouve dans la formule endocrinienne (Pende). La femme — ovaire mis à part — naît, en état d’insuffisance relative des glandes qu’on peut appeler virilogènes, la surrénale, l’hypophyse, d’où sa fatigabilité, sa moindre énergie. Par contre, elle est en état de surfonction thyroïdienne, d’où sa plus grande finesse, son goût artistique; mais (toute médaille a son revers), son état nerveux, son émotivité qui la porte à l’angoisse.
L’homme, au contraire, — testicule mis à part, — naît avec une hypophyse et une surrénale plus actives, d’où sa plus grande énergie, sa volonté plus ferme; par contre, sa thyroïde est moins agissante. Il est moins nerveux, mais il a aussi moins de finesse.
Ces traits schématiques sont modifiés dans le owmalisme, qui entremêle les earactères psy-
chiques de rhomme et de la femme, comme il entremêle leurs caractères physiques.
A certains moments de l’existence, au moment de la transformation de l’enfant en adolescent, et surtout au crépuscule de la vie féminine, il se produit des modifications psychiques importantes, auxquelles la glande thyroïde prend nettement sa part. Fréquemment, à la ménopause, le caractère devient irritable, susceptible, impatient, d’une émotivité exaltée. La femme est facilement en pleurs; elle subit les souffrances de l’angoisse sous toutes ses formes.
On a vu, chez « le Commandant » (page 106), la surfonction de l’hypophyse à cette époque produire une transformation masculine de la volonté.
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