CHAPITRE VII
LES FLUXIONNAIRES
Aux troubles nerveux se rattachent des désordres dans le domaine de la circulation, soit du sang à proprement parler, soit d’un liquide, qui, tout en étant renfermé dans un système de canaux — les canaux lymphatiques — vient jusqu’au contact avec les cellules : je veux dire la lymphe.
L’appareil circulatoire à proprement parler, l’appareü lymphati^e sont sous la dépendance du nerf grand sympathique et par là même de l’appareil endocrinien. L’excès (de circulation sanguine ou lymphatique donne lieu à des phénomènes fluxionnaires. Or, comme il n’y a pas une cellule de notre organisme qui ne soit baignée de sang ou de lymphe, il n’est pas un organe, R n’est pas un tissu, qui ne puisse être le siège d’un trouble par excès de circulation.
Certains sujets, plus que d’autres, réalisent, au cours de leur existence, des manifestations de cet ordre. On peut les appeler les Fluxionnaires.
Je leur ai donné le nom plus savant d’ « angioctiniens » ce qui veut dire qu’ils font des troubles aigus et subits de circulationi par suite de troubles des endocrines.
Les troubles fluxionnaires les plus simples sont représentés, du point de vue de la circulation sanguine, par les bouffées de chaleur, du point de vue de la circulation lymphatique, par ce qu’on est convenu d’appeler les oedèmes de Quincke.
Les bouffées de chaleur se traduisent par une montée subite de rougeur et de chaleur, surtout accusée au visage, et qui s’accompagne généralement de transpirations, parfois d’angoisse et, de vertiges. Elles sont plus fréquentes chez les femmes, et à la ménopause et sont dues à une dilatation des vaisseaux, du fait d’un trouble thyroïdo-ovarien. On les rencontre parfois chez l’homme. L’état congestif, qui les conditionne, se réalise dans • les diverses fluxions qui font l’objet de ce chapitre.
L’œdème de Quincke se manifeste par un gonflement sous la peau, soit des paupières, où il forme des poches, soit du visage, soit des diverses parties du corps, ou par un gonflement sous-muqueux des lèvres, de la langue, du larynx, etc... Il est dû à un afflux subit de la lymphe, qui peut se localiser aux diverses parties du corps, et y détermine des troubles subits et en même temps passagers.
Certains individus ont le triste pri\dlège de localiser, sur un nombre incalculable de régions de leur organisme, des phénomènes fluxionnaires. Ils sont légion. Pour ne pas alourdir ce petit volume, je choisirai seulement quelques exemples typiques.
Le premier cas que j’ai observé réalisait un si grand nombre de localisations que j’ai pu, avec lui seul, tenter üne classification des faits de ce genre.
LES ENDOCRINES
40. — Angiocrinienne est une dame de 31 ans, chez qui les fluxions actives se manifestaient sous trois apparences :
a) Les unes, constatables de visu. Fluxion gingivale, congestion du larynx, congestion vésicale et utérine.
b) D’autres étaient accessibles à divers procédés d’exploration, revêtant, par exemple, la forme d’une congestion de l’ovaire, mais si brusque et si douloureuse que l’on en prévit l’ablation. La crise ne tarda pas à disparaître. Autres localisations sous forme d’oreillons, passagers, siégeant à gauche et remplacés quelques années plus tard par une fluxion de la parotide droite, puis fluxion aiguë du genou avec épanchement qui ne dura que \'ingt-quatre heures.
c) Enfin d’autres congestions, dont on peut, par raisonnement, fixer le mécanisme, se traduisent sous forme de crises de maux de tête, de vertiges, de troubles passagers de la vue.
41 . — Fluxionnaire a 37 ans. Elle présente des phénomènes congestifs extrêmement marqués à la peau, à la conjonctive, aux seins, augmentant parfois considérablement de volume. Ce qui est particulier à son cas, c’est une tuméfaction de la vésicule biliaire, qui survient, par crises, et produit une masse douloureuse, entre 1 ombilic et le rein droit, augmentant progressivement jusqu’à acquérir le volume d’une orange.
Ces deux premières malades trouvèrent une amélioration à leurs nombreuses misères dans
des traitements thjToïdien, ovarien, parathyroïdien.
J’emprunte à mon ami, Mussio Fournier, de Montevideo, le cas de Congestive (42):
Célibataire, dont la vie a été empoisonnée, depuis l’âge de quinze ans jusqu’à trente-cinq ans, par des phénomènes congestifs : au fémur, à l’humérus, à une côte; par la cessation de la fonction du rein, par des hémorragies rénales; par une diarrhée de quinze jours avec garderobes incessantes, etc., etc. Elle subit inutilement cinq opérations. Tous ces troubles disparurent, lorsque M. Fournier appliqua d’une façon systématique l’opothérapie thyroïdienne.
43. — Œdématiée est une Espagnole, dont la vie a été un véritable martyre, du fait de gonflements qui se produisaient dans les diverses parties de son corps. Fait particulier : elle eut, pendant trois ans, un oedème de la langue, qui ne céda que lorsqu’elle se fit enlever de l’or, qu’ellé avait dans les dents. Cet or fut remplacé, sans ennui, par du platine. Elle était connue à Madrid, ainsi que toute la branche maternelle de sa famille, parce qu’elle ne pouvait porter les chaussures de tout le monde. Il fallait à tous ces hypersensibles, des chaussures en chevreau non verni, doublé de toile, ou en daim percé de trous, pour ne pas souffrir d’un gonflement marqué des pieds. Elle fut transformée d’une façon qu’elle qualifia de « miraculeuse s par des injections de lobe postérieur de l’hypophysei
LES ENDOCRINES
Dans un cas analogue, c’est le traitement par la surrénale qui fournit l’heureux résultat.
En fait, c’est une réaction d’hyperthyroïdie, en rapport avec l’insuffisance de multiples glandes, qui produit les fluxions, d’apparence si variée.
Les troubles fluxionnaires peuvent se localiser à la conjonctive, à la pituitaire, aux lèvres, aux gencives, au pharynx, au sinus, au larynx, à la trachée, aux bronches, à restomac, à l’intestin, au foie, à la vessie,- à la peau — où ils donnent lieu à des manifestations multiples, en particulier sous forme d’urticaire, — au cuir chevelu, à l’appareil locomoteur (os, articulations, muscles), aux séreuses, y compris la plèvre, le péricarde, les méninges, aux glandes salivaires, aux glandes mammaires, à la thyroïde elle-même, à l’ovaire, aux poumons, à l’appareil cardiaque et vasculaire, au système nerveux. Parfois, les fluxions se manifestent par des hémorragies,
A côté des troubles angiocriniens élémentaires, bien des états composés, qu’on range dans Y arthritisme, migraine, asthme, angoisse, etc., ont à leur base un trouble fluxionnaire. Il en est de même de la cellulite dont j’ai parlé précédemment.
fausses maladies. — Les troubles fluxionnaires sont ainsi faits, qu’au moment où ils apparaissent, ils peuvent simuler le début d’une maladie, car ils sont composés des éléments qui caractérisent l’existence de toute inflammation : chaleur, rougeur, gonflement. Ce qui permet de confondre, au début, une fauise et une vraie
conjonctivite, un faux et un vrai le, un faux et un vrai mal de gorge, etc. Pour bien faire comprendre les rapports entre les fausses et les vraies maladies, j’userai d’une comparaison : les fausses maladies sont comme l’aboiement d’un chien de garde, qui entend dans le lointain le bruit des passants. Ses aboiements peuvent être plus ou moins bruyants, plus ou moins répétés, mais ils cessent en général avec le bruit. Par contre, ils redoubleront, ils feront intervenir le personnel de défense (phagocytes, humeurs bactéricides), si les assaillants (microbes, poisons) franchissent les barrières. La maladie sera constituée alors.
J’ai décrit, dans cet ordre d’idées, diverses formes de (fausses maladies, en particulier les fausses grippes endocriniennes, les faux oreillons congestifs, la fausse fièvre. Je citerai un cas de chacune de ces variétés.