‹ Le tempérament et ses troubles. Les glandes endocrinesChapitre 18 sur 57 · FAUX OREILLONS · texte numérisé non relu

FAUX OREILLONS

44 . — PsEUDO-ouRLiÉE est, à soixante-cinq ans, en état de ménopause anormalement prolongée, ayant manifesté des troubles congestifs multiples, en particulier de la vessie et du foie. Elle présente des gonflements des glandes salivaires, qui ont été pris d’abord pour des oreillons. Souvent, à table, elle ressent une démangeaison de la peau dans la région parotidienne. Un gonflement s’installe, la forme de la parotide s’accentue, puis la crise se termine par un jet de salive avec goût salé, de fer, de sang, ce qui a d’abord fait croire à la patiente à un saignement des gen-

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cives. On a recherché s’il existait un calcul salivaire dans le conduit de la parotide : il n’en existait pas. Le retour de ces crises est très fréquent, la malade en a présenté jusqu’à deux et trois fois par semaine pendant des mois.

45. — Chez Pseudo-grippé, il s’agit d’une personne de trente ans, fille et sœur de médecins. Elle se réveille vers trois heures du matin, avec une sensation de lourdeur de tête, elle éternue, se mouche comme dans un rhume de cerveau.

Plus tard, elle a mal au cœur; elle est prise de froid, de frissons, elle souffre de la gorge qui est rouge. « J’ai contracté la grippe », pense-t-elle. Elle se remet au lit, les frissons continuent, elle a du malaise et de l’abrutissement; mais une douleur se localise à l’œil d’abord, puis derrière l’oreille, s’accompagne de nausées. Finalement, tout évolue comme une migraine, qui dure jusqu’au soir. Or, ce qu’il y a de particulier ici, c’est que, depuis deux ans, toutes les semaines, dans la nuit du mardi au mercredi, la même scène se reproduit, d’une migraine à cortège pseudo-grippal, qui trompe chaque fois la malade, et en particulier, pendant l’épidémie de grippe de 1918. Le cortège pseudo-grippal de la migraine disparut rapidement par le traitement thyroïdien. Les migraines elles-mêmes ne cédèrent qu’ultérieurement, à la suite d’une opération d’appendicite.

46. — Pseudo-fébrile, enfant de douze ans, U les paupières qui gonflent facilement; U pâlit et rougit sans cesse; il a présenté, lui aussi, des

troubles fluxionnaires, du côté des parotides et de la mastoïde en ayant imposé pour des oreillons et de la mastoïdite; il a été soigné pour une fausse rougeole et plus tard pour une fausse méningite. Actuellement, il présente les phénomènes suivants : il a les mains et les pieds glacés, il réagit au froid par des frissons. Il a froid aux yeux et aux dents. Mais, en même temps, tout changement dans ses habitudes, une composition au lycée, un petit voyage en banlieue, une représentation de cinéma, un refroidissement lui donne la fièvre. C’est encore le traitement thyroïdien qui le mit à l’abri de sa fausse fièvre, qui avait été le point de départ de diverses opérations.

Les troubles fluxionnaires s’apparentent d’abord avec le nervosisme qui se manifeste par des troubles congestifs : bourdonnements d’oreilles, diarrhée, polyurie, transpirations, œdèmes, et avec Vangoisse; en second lieu, avec l’arthritisme dont ils représentent la forme fluxionnaire ou congestive; avec les états infectieux; avec les troubles dans l’équilibre des colloïdes, causes des maladies et de la mort, d’après Lumière, et encore avec l’anaphylaxie de Charles Richet, qui explique ce qu’on appelait autrefois les idiosyncrasies, c’est-à-dire les susceptibilités particulières, les sensibilisations, dont je vais esquisser un portrait synthétique.

47. — Sensibilisé est né avec des organes, toujours prêts à la révolte* Un bruit imprévu, une

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porte qui se ferme trop bruyamment, un simple coup de téléphone, voilà son cœur qui part à la débandade, qui s’affole. Contre un aliment bien supporté par les autres convives, un œuf par exemple, le foie, l’intestin de Sensibilisé se mettent en rébellion. Une crise de diarrhée, de jaunisse s’installera, souvent difficile à arrêter. Des fraises, de l’antipyrine, le port de la laine lui provoquent des démangeaisons et jusqu’à l’urticaire. Üne pastille de chocolat lui trouble la vue. C’est le prélude d’une migraine ophtalmique, qui suspendra douloureusement son existence, pendant vingt-quatre heures. Une odeur désagréable, parfois la délicieuse odeur de la rose, fera éclater une crise d’asthme; le pollen des fleurs suscitera un asthme nasal. Des variations brusques dans la température, dans la pression barométrique, lui donneront une crise de rhumatisme. Il paiera d’un accès de goutte le plaisir passager d’avoir absorbé, au dîner, un verre de vin de Bourgogne. Et, souvent, ce sera la tenaille de la gravelle, qui interrompra brusquement son sommeil. Une injection de sérum antitétanique, rendue indispensable par une chute sur la chaussée et une plaie cutanée, sera suivie, au bout d’une semaine, de la maladie du sérum, avec urticaire, douleurs, albumine.

Physiquement, Sensibilisé est grand et mince. Il a de gros yeux, des sourcils exubérants, le teint frais et rose. Souvent sa paupière devient le siège d’un gonflement pâle ou rose, d’ailleurs transitoire.

Il a les nerfs à fleur de peau, a « l’épiderme sensible » au moral, comme au physique. On ne

peut le toucher, sans qu’il pousse un cri. Et de même il ne faut pas l’aborder de face, car il est de ces natures, qui regimbent toujours, quelque main qui les flatte.

Une crainte, même légère, une émotion banale installe chez lui une angoisse terrible, une peur étrange et parfois jusqu’à la crainte de mourir. Lui qui, comme aviateur, avait, pendant la guerre été courageux, tout d’un coup il n’ose plus affronter le minime danger d’un vol en avion. Il a une sorte d’anaphylaxie de la peur. En même temps, il prend « en grippe » sa compagne avec qui il s’est toujours entendu et il divorce.

Sensibilisé mène sa vie dans des souffrances peut-être sans gravité, mais incessantes, qu’il échangerait volontiers contre une vraie maladie, à évolution définitive.

Une seule clarté embellit ce si sombre tableau:

Les décharges, auxquelles son tempérament l’astreint, le débarrassent d’une façon bruyante de poisons qu’il n’est pas en état d’éliminer sur un mode continu. Sans ces révoltes brutales, il vieillirait de bonne heure.

Ses crises, sorte d’agent-voyer de l’organisme, lui conservent une juvénilité persistante.

Sensibilisé porte, en médecine, des prénoms différents. Son premier prénom est Nerveux, Arthritique, Neuro-arthritique. Le second : Migraineux, Asthmatique, Rhumatisant, Goutteux, Urticarien.

On rangera ses misères dans l’anaphylaxie -de Charles Richet, dans l’instabilité et la floculation des colloïdes d’Auguste Lumière.

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L’Endocrinologue reconnaîtra en lui une perturbation des diverses glandes, qui, par leur mauvais fonctionnement, le sensibilisent, préparant la crise. Une cause insigniflqnte, par llntermédiaire de troubles circulatoires, sous la dépendance du grand sympathique, dont le tonus est lui-même rendu^ instk>le du’fait des troubles glandulaires, déchaînera alors la crise, à aspects multiples. Le bruit insolite, l’aliment mal supporté, l’odeur irritante, le refroidissement, le vin de Bourgogne, la simple émotion ne sont que la dernière goutte qui fait déborder le vase, peu à peu rempli par les perturbations endocriniennes.

Chez Sensibilisé, on le conçoit, le traitement doit tenir compte de tous les facteurs qui entrent en jeu dans son manque d’équilibre.

Il faut éviter la cause provocatrice des crises, équilibrer la circulation, modifier le terrain dysendocrinien, combattre, somme toute, les causes, les mécanismes et les effets des sensibilisations.

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