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LES INSTINCTS

Les glandes ne sont, au fond, que les instruments dont nos instincts se servent pour satisfaire leurs besoins.

(Patillault).

Les instincts, facultés d’exécuter certains actes nécessaires à l’accomplissement et à la sauvegarde de l’existence, sont subordonnés, dans une certaine mesure, au fonctionnement des glandes. J’emisagerai rapidement, de ce point de vue, la faim, la soif, le sommeil, l’instinct de sécurité, l’instinct d’attaque et de défense, l’instinct de reproduction.

1° La Faim

La faim est ime sensation, localisée en apparence à l’estomac, et qui correspond au besoin de rendre à nos tissus les substances indispensables, pour maintenir l’équilibre de la nutrition. Elle est en rapport, d’après moi, avec le travail chimique à la faveur de certains ferments ou diastases, s acconïplit dans l’intimité de chaque cellule de notre organisme. Elle est sous la dépendance de notre appareil nerveux sympathique, et comporte deux centres : le premier centre est automatique; Je l’ai

localisé dans le bxilbe rachidien, lieu commun de l’automatisme, et je l’ai supposé au voisinage des centres de la succion, de la déglutition, de l’estomac et en relations étroites avec le centre du goût. Ce centre « bulbaire » continue à fonctionner même chez des chiens à qui on a enlevé le cerveau (chien décérébré), chez des bœufs dont le cerveau est pétrifié, chez des poissons sans cerveau.

Le deuxième centre est cérébral; ce centre peut être excité par des sensations, prenant leur origine dans la vue des aliments, dans l’appareil gustatif et olfactif, dans la zone psychique, par le simple souvenir d’aliments, ou lors de repas pris avec des convives agréables.

Parmi les glandes, il en est une tout au moins dont les rapports sont indéniables avec la faim: c’est la GLANDE THYROÏDE. Les arguments, qui ont servi antérieurement à ma démonstration, sont multiples.

a) Tout d’abord, dans les maladies thyroïdiennes, la faim est subordonnée au fonctionnement de la glande thyroïde. Elle est nulle ou diminuée dans le myxœdème; augmente excessivement dans la maladie de Basedow, où parfois l’on signale une voracité que rien n’apaise, de véritables accès de boulimie. La faim est capricieuse dans l’instabilité thyroïdienne, chez les nerveux, les chlorotiques, les gestantes; il y a parfois manque d’appétit, avec fringales.

b) Expérimentalement, on peut produire une faim exagérée chez les animaux, à qui on fait absorber du corps thyroïde en grande quantité. De même l’ingestion en excès de glande thy-

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roïde chez l’homme, provoque des troubles de la faim, comme dans le cas suivant :

48, — Dyslimique était un violoniste, atteint de rhumatisme chronique, avec déformation marquée des mains, chez qui 523 cachets de 0 gr. 10 de poudre thyroïdienne ont provoqué la guérison du rhumatisme. Lorsqu’il eut ingéré 18 cachets, son appétit était si exagéré qu’il était «boulimique», c’est-à-dire qu’il avait une faim de loup; et, la nuit, il était obligé d’ingérer du lait. Après avoir absorbé une quarantaine de cachets, il n’avait plus d’appétit, il mangeait moins qu’avant le début du traitement. Il avait même du- dégoût de la nourriture et des envies de vomir. Quelques jours plus tard, on notait chez lui une faim véritablement nauséeuse. La cessation du traitement fit cesser les nausées et l’appétit revint alors.

Mon maître Mathieu avait décrit les faims viciées, en particulier la faim nauséeuse, dont on peut rapprocher la faim provocatrice de la migraine, des vertiges, des angoisses, des phobies; ces faims perverties m’ont servi, pour localiser sur le bulbe le centre de la faim, au voisinage des centres dont le mauvais fonctionnement donne lieu aux viciations de la faim.

Ce sont surtout les résultats du traitement de la faim par la glande thyroïde, qui acquièrent une valeur théorique et pratique. Voici toute une série de ^ ou d’exemples que j’emprunte à un travail de 1906, stu- le corps thyroïde et la faim.

I, — Un rhumatisant chronique a ressenti, dès le huitième cachet de poudre thyroïde, un appétit plus marqué. Il mangeait davantage aux repas, goûtait entre ses repas, contrairement à ses habitudes. Lorsqu’il avalait des doses un peu plus fortes de tj^yroïde, son entourage le croyait atteint de ténia.

IL — Un enfant migraineux ne prenait de nourriture qu’à force de supplications. A la suite d’une centaine de cachets, son besoin de manger était devenu si grand qu’il fut nécessaire de le rationner.

III. — Une de nos malades ne connaissait pas l’appétit et mangeait uniquement par raison.

Un petit nombre de cachets améliora son état général et elle mange à présent avec plaisir.

Ultérieurement, j’ai rapporté de nouveaux faits du même genre :

IV. — Une enfant de douze ans, sans appétit, qui mesurait 1 m. 24 et pesait 23 kilos, augmente, à la suite de 64 cachets de vingt-cinq milligrammes de poudre thyroïde, de 4 centimètres 1/2 de taille et de 4 kilogr. 400 de poids. Elle qui n’avait jamais connu la faim, se familiarise avec l’appétit, dépasse celui des autres enfants, celui de son père; elle a, nous dit-on, une faim d’ogresse. Elle est prise d’ailleurs plus tard d’indigestion par excès d’alimentation.

V. — Une petite fille de cinq ans et demi ne mangeait qu’à force d’expédients; après avoir

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ingéré cinq cachets de 0 gr. 10 de poudre thyroïde, en quatre jours, elle’ demande deux tartines de heurre et mange toute la journée.

VI. — Je citerai encore le cas d’un jeune homme de vingt ans, traité à tort pour de la tuberculose pulmonaire (toux, suffocation, transpiration, battements de cœur, absence d’appétit, amaigrissement). Je reconnais chez lui le syndrome de l’instabilité thyroïdienne; je le soumets au traitement thyroïdien; de septembre à décembre 1907, il prend quatre-vingt-seize cachets de poudre thyroïdienne. iSous cette influence, son poids, qui ne dépassait jamais 51 kilos, atteint 56 kilos.

L’augmentation de l’appétit entraînant l’augmentation de poids, se produit même chez les obèses, qui ne s,pnt pas somnis à la restriction alimentaire. Cette notion est contraire à la croyance de beaucoup. de malades et de médecins; j’y reviendrai en reprenant plus loin la question de l’obésité et du traitement thyroïdien.

L’influence du traitement thyroïdien se manifeste encore contre les troubles excessifs de la faim dans une maladie exceptionnelle, à laquelle on donne le nom d’ANOREXiE mentale. Du fait de trouves mentaux variés, la malade (il s’agit en général de femmes) n’est pas capable de manger. Voici trois cas que je résume d’après un travail sur cette question :

49. — Mélancolique, dame de cinquante-trois a une anorexie (manque d’appétit absolu) avec abaissement du poids, descendu à 56 kilos

en septembre 1909. C’est une débile, qui a éprouvé un chagrin puéril de la mort de son chien, et elle a des troubles psychiques, avec hallucinations de l’ouïe, idées de persécution. Le docteur Nageotte a rédigé un certificat concluant à l’internement, car la psychose de la malade peut entraîner des actes dangereux pour elle-même et pour son entourage. Elle se refusait à manger sous prétexte qu’elle ne pouvait aller à la garde-robe. Avant de la faire interner, on s’adresse à moi, car j’avais guéri sa fille de migraines. On me demande d’essayer un traitement opothérapique, qu’autorisaient, en fait, un grand nombre de symptômes qu’elle présentait. Je lui fis prendre des cachets de corps thyroïde et de corps jaune de l’ovaire. Sous cette influence, la malade se remit à manger, l’intestin reprit son fonctionnement, les troubles mentaux (idées noires, tristesse, hallucinations) s’atténuèrent, puis disparurent; elle reprit 22 kilos de pfûds.

50. — Phobiaque n’osait sortir dans la rue, parce qu’elle avait des gonflements du visage et craignait d’être l’objet de moqueries. Elle ressentait un froid si marqué sur tout le corps qu’elle était « comme dans un bain de neige », et elle ne voulait pas manger, de peur d’être empoisonnée. Le traitement thyroïdien améliora sa faim, bien que la crainte d’être empoisonnée persistât encore. EJle se trouvait comme poussée à manger, mais pour rien au monde, elle n’aurait pris un repas hors de chez elle. Peu à peu, elle se réchauffa; ses idées deviennent plus nor-

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males, elle a davantage d’appétit. Elle-même remarque qu’elle a la tête plus solide, quand elle s’alimente mieux. Au bout d’un an, elle est transformée à tous les points de vue, se sent rajeunie, n’a plus ni phobie, ni enflure, mange normalement. Elle a pris onze kilos de poids.

Le cas le plus curieux concerne Décharnée ( 7 ), jeune fille de dix:-huit ans, en état de maigreur squelettique. Pour une taille de 1 m. 45, elle pèse le poids invraisemblable de 18 kilos. Enfermée dans une maison de santé, elle n’est pas sensible à la psychothérapie; elle ne mange pas, emploie des ruses pour échapper à la surveillance, cache les aliments sous la langue et essaie de les cracher sans les avaler, les dissimule sous sa jupe, dans son corsage, jette dans une poche spéciale tout ce qu’elle peut détourner au moment des repas. Elle va jusqu’à déposer dans le lit du médecin-adjoint de la maison de santé, où on l’a internée, des fruits, des biscuits qu’elle devrait manger. On n’a ’.^n obtenu chez elle par le gavage. Le traitement thyroïdien lui donne le besoin de manger, mais elle devient verte, chaque fois qu’elle ingère des aliments et a même une syncope à la suite d’un repas. L’augmentation n’est que de 400 grammes le premier mois, mais va en s’accentuant, puisque de janvier à février, elle prend près de 9 kilogrammes. Elle double de poids en six mois. L’importance de ce cas est particulièrement marquée, car sans aucun doute, cette jeune fille serait morte de faim, sans l’intervention de la glande thyroïde.

glande thyroïde n’est pas la seule glande à agir sur la faim. Certaines endocrines excitantes de

l’organisme {surrénale, hypophyse) sont susceptibles d’augmenter l’appétit. De même certaines médications, qui ont une action favorable sur le besoin de manger (sedistances phospborées, par exemple), font intervenir, dans leur mode d’action, les Mandes incrétoires.

Par mi ces glandes, une mention doit être réservée au PANCRÉAS, car le besoin de manger est formidable dans le diabète sacré, maladie liée à l’insuffisance des fonctions du pancréas. Cette faim n’est qu’un symptôme perdu au milieu de beaucoup d’autres : soif excessive, urination fréquente, présence de sucre dans l’urine et dans le sang. C’est l’excès de faim qui attire parfois tout d’abord l’attention sur cette maladie. Toujours est-il que les injections d’une substance tirée de la glande endocrine du pancréas — (les îlots du pancréas), d’où le nom d’znsuline donné à cette substance — atténuent rapidement les symptômes de la maladie, en particulier de la faim.

La faim comporte parfois des troubles qu’il convient d’indiquer. Quelques sujets nerveux sont pris, vers la fin ide la matinée, ou dans le courant de l’après-midi, de nausées qui se calment, lorsque, instinctivement, ils prennent à ce moment quelque nourriture. Le rapport entre les nausées et la faim se trouve parfois réalisé expérimentalement, comme dans le cas de Dyslimique, La nausée n’est qu’une forme dénaturée de la faim, et dans ce cas, ces symptômes sont, tous deux, sous la dépendance de la thyroïde. Quelques constatations banales précisent encore cette conception :

Vous passez près d’un restaurant, au moment où vous rentrez déjeuner. L’odeur de la cuisine augmente votre appétit; vous repassez près du même restaurant, après votre repas, l’odeur des mets vous écœure, vous dégoûte, vous donne même des nausées. Le goût, qui participe à l’édification de la laixn, et le dégoût ne sont que des aspects voisins,

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produits par des centres nerveux, dont les cellules, sont intriquées. J’ai comparé ce qui se passe, dans ces cas, à ce qui se produit au niveau de certaines enseignes lumineuses, que l’on voit briller tout d’un coup. «Passez l’hiver à Pau, l’été à Dinard». Par un artifice, l’électricité fait apparaître des assemblages de lettres, qui sont entremêlées les unes aux autres.

D’autres sujets, dans les mêmes circonstances, sont pris de vertiges, que nous avons signalés sous l’influence de l’insuline. C’est encore de la faim viciée, qui cède à la prise d’aliments et guérit sous l’influence d’un traitement opothérapique. Elle peut se réaliser, spontanément, chez les diabétiques, lorsqu’il se produit des variations spontanées dans la dose du sucre du sang.

Chez un vertigineux que le traitement thyroïdien transforma en quelques jours, (p. 214), il se produisit, alors qu’il était déjà franchement amélioré, quelques vertiges à la fin de la matinée, dont il fut débarrassé par l’ingestion de biscuits d’une façon préventive.

Des troubles oculaires sont encore à signaler. Le Professeur Potain a raconté, dans une de ses cli- “iflues,- qu’en sortant un jour de l’hôpital, où il s était attardé beaucoup plus longtemps qu’à son habitude, il fut très effrayé, en rencontrant le directeur de l’hôpital, de ne lui voir que la moitié du corps : en particulier il ne voyait plus sa tête. Ce trouble singulier s’appelle l’hémi-anopsie. Les objets sont comme coupés en deux. Le plus souvent ce n’est p<as, comme dans le cas cité ici, dans le plan horizontal, c’est dans le plan vertical, et Ce phénomène n’est pas exceptionnel dans une forme spéciale de migraine, que l’on appelle la migraine ophtalmique.

Tous les troubles que nous avons étudiés sont des trouWes bulbaires de la faim, mais il existe aussi des troubles cérébraux ; en dehors des envies. —

qui, dans un cas, ont poussé une gestante à mordre dans répauie d’un garçon boulanger — ces troubles peuvent prendre la forme de « malacia > (le sujet absorbe en^ grande quantité des fruits verts, du sel, du poivre, des grains de café, etc...), la forme de « pica » (c’est alors des substances minérales, charbon, cristaux, etc...) que les sujets recherchent; la « coprophagie » (les malades ingèrent de l’urine, des matières fécales). Il faut signaler encore la manie que certains sujets ont d’avaler leurs propres cheveux, ce qui peut donner lieu à des tumeurs dangereuses de l’estomac. Le plus souvent, cette habitude se produit chez des enfants roux, dont la chevelure est, par sa coloration, un sujet de raillerie de la part de leurs camarades.

On a, de tous temps, signalé des individus à faim vorace et colossale. Ovide cite le géant Erisiohton, capable d’engloutir à chacun de ses repas la nourriture d’une ville entière:

« ... Quod urbibus esse

« Quodque salis poterat populo. »

Les exemples de Bijou, de Tarare, ont été souvent reproduits. Le premier, garçon de ménagerie au Jardin des Plantes, outre son ordinaire, formé cependant de colossales portions, absorbait journellement les déchets infects de l’amphithéâtre et s’appropriait subrepticement, pour s’en gorger, les pièces anatomiques hors d’usage.

Tarare était capable de manger en un jour une quantité de viande équivalent au poids de son propre corps. Il absorbait parfois, à peine tués, les chiens et les chats qu’il capturait. Il se repaissait, lui aussi, de la chair des morts.

J’ai supposé que, dans ces cas, les centres d’évocation des images de la faim étaient en état d’excitation continuelle, peut-être même en état de développement excessif, et j’ai considéré que ces malades avaient une sorte de génie partiel de la faim. Les sujets de cet ordre ont, en général, d’autres

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troubles psychiques; ce sont des idiots, ou des excités, des maniaques.

La glande thyroïde n’agit pas seulement sur l’appétit alimentaire. J’ai montré son action sur Vappétit cérébral, l’appétit sexuel, et attribué à cette ^ande une action sur les différents appétits, que j’ai appelée orégogène (excitation des appétits).

Pour ce qui est de l’appétit cérébral, j’ai montré que le traitement thyroïdien faisait naître la curiosité, l’application au travail, le goût pour l’étude.

Il en fut ainsi chez BÈGUE (51), enfant de six ans, que la mère, avant le traitement thyroïdien considérait «comme une buse». En même temps que le bégaiement s’atténua par le traitement, le raisonnement naquit; l’enfant fait des réflexions inattendues, s’intéresse aux exercices de lecture, d’écriture, passe au rang de troisième dans sa classe. Il est devenu studieux et curieux, au point que son père ne veut pas sortir avec lui, importuné par ses questions.

Chez Transformée (52), l’ingestion de dix cachets de corps thyroïde lui donne de l’excitation nerveuse. Elle demande qu’on lui i-aconte des histoires, saute sur son lit, fait le diable à quatre. En même temps, elle, qui jusqu’alors avait peine à lire quelques pages de suite, elle dévore ses livres d’étrennes, et demande qu’on lui en achète d’autres. Son attention, son intelligence s’éveillent.

J’ai envisagé ailleurs les effets des diverses opothérapies chez les enfants arriérés.

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2° La Soif

La soif est une sensation générale, localisée en apparence dans la région bucco-pharyngée, qui sé manifeste quand la tenetu- des tissus en eau a diminué. Elle correspond au besoin de maintenir en équilibre la tension osmotique des tissus, et la dissolution des diverses substances, indispensables, aux fonctions variées des tissus. La soif est sous la' dépendance du système nerveux. M. André Mayer a décrit, dans le bulbe, le centre de la soif qu’il superpose au centre de la tension osmotique. Des travaux plus récents ont fait connaître les relations qui existent entre la soif et certaines endocrine.?. Parmi elles, il en est une, (pii semble particulièrement en rapport avec la soif : c’est la glande hypophyse. Il existe une maladie à laquelle on a donné le nom de diabète insipide, que caractérisent deux symptômes capitaux : le besoin excessif de boire, et le rejet, hors du corps, du liquide ingéré, — ce qu’on appelle la polyurie, — qui peut monter jusqu’à dix et vingt litres, comme l’absorption d’eau elle-même, avec pollakiurie, c’est-à-dire fréquence des mictions.

Voici quelques cas d’AssoiPÉs :

a) Un de mes malades, au cours d’une pneumonie, par une localisation hypophysaire, est pris d’une telle soif que, dans la nuit, il vide tout un seau d’eau, et cette soif inextinguible se poursuit, accompagnée bientôt d’autres phénomènes.

b) J’ai suivi un enfant, véritable martyr, dont la soif était telle qu’il était arrivé à boire l’eau réservée au chien, qu’il a bu de l’eau savonneuse, qu’un matin il a pénétré dans la cuisine et a bu la quantité de lait réservée à toute la famille. Sa mère, peu éclairée, le battait quand il voulait boire; elle ne comprenait pas que cette soif insatiable était l’indice d’une maladie.

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53, — Dypsophile, jeune femme de trente ans, est prise brusquement d’une soif intense, qui la force à absorber jusqu’à treize à quatorze litres d’eau, par vingt-quatre heures. Elle se met alors à uriner sensiblement la même quantité. Le besoin de boire est si répété qu’elle ne peut plus ni manger, ni dormir; elle est prise d’une fatigue intense, d’amaigrissement, perd quelques kilos dans un mois. Or, dans les cas de ce genre, on peut agir, du moins d’une façon transitoire, sur le-symptôme soif, par des injections du lobe postérieur de l’hypophyse. Chez Dypsophile, une première injection fit tomber le taux des urines de quatorze litres en moyenne à un litre et demi par vingt-quatre heures.

Pour si avantageux que soit ce procédé, on comprend la hantise, l’ennui, la souffrance qu’éprouve une malade, d’avoir à se faire, une ou deux fois par jour, des injections d’hypophyse, car les effets de la médication ne sont pas durables et l’on est obligé de les répéter constamment.

Tout récemment, on a trouvé le moyen de tourner la difficulté et d’obtenir des effets du liquide hsqiopbysaire, non plus injecté sous la peau, mais introduit par la voie nasale.

Pour en revenir à ce diabète particulier, qu’estce qui le caractérise? En dehors de la quantité de boisson que le malade est obligé de boire, de la quantité d’urine qu’il est conduit à émettre, c’est la faible teneur des produits qui passent dans l’urine; fi y a absence de sucre (diabète insipide). Parfois au contraire, des chlorures, des phosphates, de l’acide oxaliquè se rencontrent dans le liquide émis; fi s’agit de variétés particulières de diabète.

Divers symptômes hypophysaires : variations de la selle turcique, maux de tête fréquents, vertiges,

obésité, amaigrissement, infantilisme, nanisme, féminisme, gigantisme, acromégalie, etc..., etc..., se retrouvent chez ces assoiffés et indiquent que la glande hypophyse est troublée en plus ou en moins dans son fonctionnement.

D’autres glandes que l’hypophyse peuvent être intéressées dans ces soifs ardentes.

Dans mon travail sur les migraines des enfants — que j’ai eu la chance de guérir dix fois sur dix — j’ai relevé, chez un certain nombre d’entre eux, une soif excessive. Par exemple, un enfant revenant de classe, vidait une carafe d’eau entière. Le traitement thyroïdien üt disparaître la soif en même temps que les migraines.

J’ai observé, récemment, un sujet atteint de la maladie de Basedow, qui buvait et urinait jusqu’à sept litres par jour. Ses nuits étaient interrompues par un besoin continuel de boire et de vider sa vessie. Un traitement d’ordre général, qui transforma sa maladie de Basedow, fit cesser à la fois la soif et la polyurie. Dans ce cas particulier, l’urine renfermait des phosphates en grande quantité.

Il est possible que les troubles de l’hypophyse déterminent un fonctionnement irrégulier du rein ou même des tissus périphériques, de telle façon que bien des sujets, entachés de troubles hypophysaires, font alors une sorte de rétention d’eau dans les tissus — qui donne eu particulier à leurs jambes une forme de «jambes en poteaux», bien désagréable avec la mode actuelle, pour les femmes qui en sont atteintes.

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3® Le Sommeil

Claparède considérait le sommeil comme un instinct; le sommeil met rêtre vivant à l’abri de l’épuisement, On ne dort pas parce qu’on est épuisé, on dort pour éviter l’épuisement.

Le sommeil est représenté dans le système nerveux par deux centres :

1° Un centre cérébral étendu à toute la surface du cerveau, sur lequel s’exerce la volonté. C’est ce qui explique comment des êtres à volonté exceptionnelle peuvent s’endormir à leur gré. Il en fut ainsi pour Napoléon On explique de même l’influence sur le sommeil de l’auto et de l’hétéro-suggestion,

2° Le deuxième cenire actif est localisé dans une partie des régions de l’automatisme, dans le troisième ventricule, ce qu’on appelle l’infundibulum. Ce centre est démontré par les lésions qui s’y rencontrent, dans l’encéphalite dont la somnolence est un symptôme capital et que, pour cette raison, on a désignée sous le nom d’encéphalite léthargique.

n est encore démontré expérimentalement par des injections colorées de chlorure de calcium. Lorsqu’on injecte à des chats cette solution, qui .est un calmant du système nerveux, un certain nombre de ces chats s’endorment. Si on les sacrifie, on retrouve la solution colorée au niveau du centre infundibulaire du sommeil.

Bien des théories ont été fournies pour expliquer le sommeil. On a mis en avant certains poisons qui se produisent pendant l’état de veille; on les retrouve dans le sang du chien qui meurt quand on l’empêche de s’endormir. A ce poison, on a donné le nom de toxine du sommeil (hypnotoxine). Le sommeil a encore été attribué à des modifications du calcium, à des enflures se produisant dans les centres nerveux, à des troubles circulatoires, à des variations dans l’appareil sympathique.

Toutes ces théories se concilient avec ce que nous savons des endocrines, qui sont à la fois antitoxiques, agissent sur le calcium, combattent l’œdème, régularisent l’appareil circulatoire, règlent l’appareil sympathique.

L’action des endocrines sur les troubles du sommeil se vérifie d’autre part par l’expérimentation, la clinique. Topothérapie, comme je Tai montré dans un travail consacré au Sommeil, en envisageant cette question glande par glande.

A) Thyroïde

a) Les animaux, à qui Ton a enlevé la glande thyroïde, manifestent parfois un sommeil si complet que les bruits, qui réveillent facilement les chiens normaux, les laissent dans une complète tranquilité. On a cité aussi un malade opéré de la thyroïde et qui, pendant quelques mois, dormait toute la journée et toute la nuit. Inversement, le traitement thyroïdien, donné à des doses excessives, produit l’insomnie, avec des cris nocturnes.

b) Au cours des maladies thyroïdiennes, on observe soit la somnolence (dans le myxoedème), soit l’insomnie avec agitation, cauchemars, terreurs nocturnes (dans la maladie de Basedow).

Dans l’instabilité thyroïdienne, le sujet peut être endormi le matin, très éveillé le soir. Il n’est pas rare d’observer, sous l’influence de la thyroïde et du sympathique, ces variations, chez des

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sujets qui ne peuvent pas se lever le matin et n’ont pas dans la matinée l’esprit lucide. Le soir, ces mêmes sujets sont parfois pleins d’entrain, d’activité; ils ont, à partir de l’après-midi, et surtout la nuit, leurs diverses fonctions en éveil.

NOCTAMBULE est devenu — et sans en pénétrer la raison physiologique — directeur de journal. Il n’est jamais en aussi bonne forme que pendant la nuit, et ne peut se coucher avant trois heures du matin. Par contre, il se trouve le matin engourdi dans l’ensemble de son activité et ne quitte en général son lit que vers onze heures.

c) Le traitement thyroïdien bien appliqué supprime la somnolence (dans un cas, le sujet dormait dix-huit heures sur vingt-quatre) fait disparaître la narcolepsie, c’est-à-dire la crise de sommeil, comparable à la crise d’épilepsie.

C’est en donnant des produits, qui règlent la thyroïde, que l’on ramène le sommeil chez des hyperthyroïdiens ; mais parfois on n’obtient un résultat qu’avec des doses très légères, un cinquantième de milligramme de thyroïde, par exemple, alors qu’un dixième de milligramme empêche le sommeil.

B) Ovaires

Lorsque la fonction des ovaires est au-dessous de sa tâche, les troubles du sommeil ne sont pas rares et se manifestent sous forme d’insomnie, de somnolence, de narcolepsie.

Parfois, ce sont des bouffées de cbaleur, des angoisses, provoquées par l’insuffisance ova¬

rienne, déterminent les troubles du sommeil. Quelques jours avant l’arrivée des phénomènes périodiques, l’insomnie, associée à d’autres troubles nerveux, est révélatrice.

L’opothérapie appropriée, tout en transformant la malade, vient fournir la preuve des modifications ovariennes du sommeil, comme le démontrent les deux exemples suivants:

54. — Narcoleptique, contrôleuse de la T. G. R. P., âgée de 41 ans, avait subi l’ablation des ovaires. Déjà, auparavant, elles présentait des signes de déséquilibre glandulaire. Des phénomènes multiples s’accentuent à la suite de la mutilation nécessaire. L’attention était particulièrement attirée sur une sensation subite de voile devant les yeux avec petit mal de tête, et surtout sur le phénomène, relativement rare, auquel on a donné le nom de narcolepsie. Tout d’un coup, elle est prise de crises de sommeil, avec chutes dans la rue. La chute la réveille. Le traitement ovarien, pris jusqu’alors par la bouche, n’avait fourni aucun résultat. Je lui fais pratiquer des injections sous la peau de suc ovarien. Dès la troisième piqûre, la malade n’éprouve plus ni mal de tête, ni brouillard. Elle ressent, en même temps, moins de vapeurs, mais surtout elle n’a plus de crise de narcolepsie. A la suite de six piqûres, elle est capable de reprendre son emploi de contrôleuse.

Surveillée depuis novembre 1926, et soumise de temps en temps, à des injections ovariennes.

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lorsqu’elle accuse une tendance à la somnolence, elle a été mise complètement à l’abri de ses crises et n’a pas suspendu un seul jour son travail.

55. — Insomniaque est arrivée à l’automne de la vie. Elle a cinquante-trois ans, présente des symptômes multiples, en particulier un goitre familial. Depuis cinq années au moins, elle se plaint d’insomnie, toutes les nuits. Parfois, quand elle se met au lit, elle éprouve comme une sorte d’hallucination visuelle; il lui semble, en fermant les yeux, qu’elle voit des personnes qu’elle ne connaît pas. On lui prescrit Un traitement à la fois par l’ovaire et par la thyroïde. Dés la première quinzaine, il se produit, dans son état, un changement qu’elle déclare extraordinaire; ses troubles s’atténuent, le sommeil devient meilleur : elle arrive à dormir mieux que depuis nombre d’années et, fréquemment, elle ne se réveille pas entre dix heures du soir et six heures du matin. Sa fille est, à ce moment, contrainte à chercher fortune en Amérique.

L’émotion que lui cause le départ de son enfant unique, puis l’absence de nouvelles, rappelle une série de troubles que la médication avait fait disparaître, mais ne ramène pas l’insomnie.

G) Surrénale

somnolence est le trouble du sommeil caractéristique, dans l’insuffisance surrénale. Inversement, le surrénalisme, sorte d’état expérimental provoqué par l’absorption d’un excès de surrénale, entraîne

au nombre de ses ssmaptômes, l’insomnie ou absence de besoin de sommeil. -

J’ai rapporté toute une série de cas de sommeil impérieux, de somnolence, de siestes obligatoires, transformées par le traitement surrénalien.

1“ Une dame dormait habituellement douze heures — elle dormit même dix-huit heures durant une période de désespérance —; elle présentait d’autre part des cauchemars et du somnambulisme. Son sommeil se trouve équilibré par des injections de corfico-surrénale, au point qu’elle dort mieux que depuis vingt ans.

2“ Par contre, une demoiselle, chez qui la médication avait amélioré la mémoire, relevé la tension artérielle, procuré de la volubilité, régularisé le besoin de dormir, eut le tort d’absorber son cachet habituel au repas du soir. Dans la soirée, elle se trouve comme poussée à aller faire une promenade dans les rues de Paris, ce qui ne lui était jamais arrivé, et resta sortie de chez elle de dix heures à minuit.

3“ De même, un élève d’une grande école, soulûis au traitement surrénalien pour de la fatigue musculaire et cérébrale, en constata aussitôt les effets.

Lorsqu’il arriva à une dose élevée de surrénale, il n’a plus envie de dormir, est en état de travailler toute la nuit. Il suspend la médication pendant les vacances. Quelques jours avant la rentrée d’octobre, pour être particulièrement en

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forme, il se remet de lui-même à l’opothérapie. Ce jour-là, ses amis le trouvent extraordinaire. Par contre, la même nuit, il ne peut fermer l’œil; il ne sent aucun besoin de sommeil. Plusieurs airs de son phonographe jouent, en même temps, dans sa tête. Le fait est qu’il a pris d’un seul coup, sans progression, une dose considérable de surrénale.

Un exemple récent montre les effets du traitement surrénalien sur la somnolence et l’insomnie et, d’autre part, les troubles de surrénalisme portant sur le sommeil, lorsque la malade a forcé la dose qui lui était prescrite.

56. — Somnolente, âgée de quarante ans, présente une fatigue insurmontable avec besoin incessant de dormir tout le jour, tout en ressentant la nuit de l’insomnie avec cauchemars, et visions affreuses.

Avant de venir me consulter, elle a vu une vingtaine de médecins et déclare que « si je la rate » elle « n’en verra plus d’autres ». Comme elle veut aller le soir au théâtre et qu’elle n’a, d’autre part, que la pensée, le désir de se voir le plus tôt possible dans son lit, je lui pratique dans mon cabinet, vers six heures du soir, une injection de cortico-surrénale. A la suite de cette première piqûre, ses amies sont étonnées de son état dans la soirée; elle .cause, elle a ende rire, est bout-en-train, plaisante, et en sortant du théâtre, parle même d’aller souper.

Une série continue de piqûres de cortico-surrénale la font sortir de sa somnolence, tout en

lui assurant un meilleur sommeil. A la suite de la troisième injection, elle s’est endormie vite et réveillée à six heures du matin. Ultérieurement, le traitement surrénalien est continué par des cachets de poudre de 0 gr. 60 en deux fois. La malade va de mieux en mieux; elle n’a plus ni somnolence, ni cauchemars, s’endort tranquillement, est capable de veiller.

Dans la première semaine de juin, il lui a été possible d’aller tous les soirs au théâtre, de souper, de finir la soirée dans une boîte de Montmartre et de ne rentrer chez elle qu’à trois heures du matin. Une nuit même, elle eut l’audace, alors que d’habitude elle n’était pas sûre d’ellemême, d’accompagner dans une auto aux environs de Paris, son fils, jeune officier, qui avait manqué son train et de ramener seule l’auto pendant la nuit. J’ajoute que, pendant toute cette semaine elle avait, sans que ce lui fût ordonné, pris un troisième cachet de surrénale de 0 gr. 25 à dix-sept heures, un quatrième au diner, ce qui lui faisait absorber en tout un gramme de poudre.

D) Hypophyse

Glande placée dans le crâne, et qui, suivant l’excitation ou l’insuffisance de ses lobes, cause le gigantisme, l’acromégalie, ou une obésité particulière, parfois formidable, l’hypophyse joue un rôle dans le sommeil et provoque, selon son fonctionnement, des réactions inverses, somnolence, insomnie, que combat parfois avec succès le traitement par la meme glande.

LES ENDOCRINES 157

J’ai mis a profit l’opothérapie hypophysaire dans l’arriération infantile et noté l’amélioration

du sommeil.

ÉNORME (11), qui fut transformé par l’ôpothérapie hypophysaire, puis testiculaire, présentait une grande torpeur intellectuelle, était somnolent, comme abruti. Il s’éveilla peu à peu sous l’influence du traitement. Plus tard, il lui semblait « qu’il était sorti d’un rêve ».

Dans certaines variétés d’insomnie, au cours d’états auxquels participe l’hypophyse, (obésité, gestation! l’insuffisance est combattue à son tour par la poudre de cet organe.

E) Autres Glandes

Sans m’attarder davantage, je signalerai l’influence sur le sommeil de la glande parathyroïde qui cause des endormissements partiels; l’influence du foie, provocateur de somnolence après les repas, d’insomnies, de narcolepsie; l’action du pancréas sur la narcolepsie des diabétiques.

Tous ces troubles se trouvent réalisés, en outre, chez des sujets qui manifestent un déséquilibre de plusieurs glandes à la fois : dans des cas de maladie de Basedow complexe, dans des cas de sénilité précoce; ils sont justiciables d’une opothérapie pluriglandulaire appropriée à chaque cas en particu-

4° Instinct de la conservatîon

^ « L’instinct de la conservation est inné chez tous tes animaux. » (Alibert).

, 9*^ le subdiviser en divers instincts secondaires : instinct de la sécurité, instinct de l’attaque et de la défense.

A) Instinct de la sécurité. — Angoisse

Définition. — L’instinct de la sécürité porte le sujet à se mettre à l’abri des dangers qui le menacent, que ces dangers soient extérieurs ou intérieurs, par rapport à lui-même. Les troubles de la sécurité sont synthétisés dans l’angoisse.

Centre de la sécurité. — J’ai donné le nom de centre de la sécurité à un centre nerveux siégeant dans le BUudE, où se localisent les sensations de la faim, de la soif, du sommeil, et d’une façon générale, les fonctions de la vie végétative.

Flourens avait appelé ce centre le nœud vital, car la piqûre, par une aiguille, de ce noyau, chez le pigeon, détermine la mort instantanée, par l’arrêt de la respiration et de la circulation. Le centre de la sécurité est en effet l’origine du nerf grandsympathique dans ses deux branches : sympathique vrai, et pneumogastrique.

ANGOISSE. — Lorsque le centre de la sécnrité est troublé dans son fonctionnement, son malaise se traduit par de l’angoisse, sous des formes très variées : peur subite de mourir, constriction à la gorge, à l’estomac, au cœur : ceci est l’angoisse physique.

L’angoisse morale, appelée encore anxiété, qui n’est que la sensation consciente de l’angoisse, se traduit par un sentiment indéfinissable d’inquiétude, d’ennui, de tristesse, de spleen. Elle revêt par extension des formes multiples : impulsions, parfois manies; peurs maladives, phobies avec leurs infinies variétés, obsessions, doutes, scrupules, re- . mords, etc...

Les crises d’angoisse provoquent parfois une anxiété permanente. C’est l’attente anxieuse d’un événement pénible.

Le grand sympathique (pii, par son foncti()nnement normal, étend sa sollicitude à tout l’organisme, donne lieu, lorscpi’ü est touché dans l’une <pielcon-

que de ses parties, à des malaises que j’appelle communément ^ de'la monnaie d’angoisse » : troubles cardiaques, respiratoires, digestifs, vasomoteurs, etc... Ces divers troubles d’angoisse tiennent leur variabilité de leur point de départ, comme de leur point d’arrivée dans l’appareil sympathique. Leur point de départ a lieu dans une partie quelconque, du vaste territoire sympathise, depuis le cerveau, lorsque l’angoisse est d’origine émotive, jusqu’à la surface cutanée, par exemple, où se terminent les expansions nerveuses du nerf s^nd sympathique, qui établissent une véritable solidarité entre toutes les parties de l’organisme appartenant à la vie végétative.

Je rappellerai ici un conte emprunté à Andersen.

Un jeune adolescent qui n’est pas peureux, et qui voudrait connaître l’angoisse, demande à visiter, dans ce but, le royaume des spectres et des fantômes. Mais, comme il traverse sans crainte, et même avec une certaine bravade, ce royaume spécial, il ne ressent aucun malaise particulier. Un jour, d’une façon imprévue, on le plonge subitement dans une cuve remplie d’eau glacée. Sous l’influence de la sensation qu’il ressent au niveau dp la peau, il est pris d’un saisissement avec constriction de la gorge, son cœur se met à battre d’une façon irrégulière, il ressent une angoisse terrible, la même que l’on peut provoquer, chez le cheval, en pressant son nerf pneumogastrique.

Dans le cas du jeune homme d’Andersen, comme dans les cas analogues, il se produit, au niveau des cellules nerveuses qui constituent le centre de la securité, un trouble de circulation, anémie, ou con-

gestion. La souffrance de ce noyau se traduit par le malaise fondamental de l’angoisse.

Chez certains sujets prédisposés, la réaction anormale de ce centre donne lieu à des interprétations erronées dans la zone cérébrale. C’est alors que naissent la peur, les phobies, Vobsession, le doute, qui ne sont que des dérivés psychiques de l’angoisse.

Le trouble circulatoire que nous invoquons, est, dans certains cas, l’équivalent d'une bouffée de chaleur. Il se localise au centre de la sécurité, en vertu d’une prédisposition de ce centre, sous l’influence des causes les plus banales, comme une simple émotion, la crainte même de l’angoisse (la peur d’avoir peur), un repas trop copieux, une mauvaise digestion, la fatigue, le surmenage, la proximité de la période mensuelle, la venue d’un orage.

Voici comment, à son approche, la Comtesse de Noailles dépeint « son angoisse infinie », que dissipe instantanément la tombée de la pluie.

J’appuyais mes deux mains sur mon cœur. J’écoutais Frémir en moi la peur, la soif, la triste rage,

Je me levais, j’allais les doigts en éventail.

Un sang rapide et chaud étourdissait ma tête.

Le centre de la sécurité, rattaché à tout l’organisme par les filets du sympathique et qui sonne l’alarme d’un trouble imprévu, est soumis au fonctionnement des endocrines. Elles déterminent à la fois la constitution anxieuse et provoquent les paroxysmes d’angoisse et d’anxiété.

La plupart des sujets anxieux présentent des signes d’instabilité thyroïdienne. L’anxiété se rencontre fréquemment dans la maladie de Basedow et chez des sujets atteints de goitre. Le thyroïdisme alimentaire, trouble thyroïdien provoqué par des doses mal supportées de thyroïde, est susceptible de produire de l’anxiété, de l’angoisse et des phénomènes de psychasthénie. La glande thyroïde, « glande

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de l’émotion », comme je l’ai appelée, est génératrice d’états émotifs avec angoisse.

Argument surtout important, le traitement thyroïdien, à doses régulatrices, combat avec succès les états d’angoisse et d’anxiété. A l’appui de cette constatation, je signalerai seulement un cas.

57 . — Angoissée a cinquante-cinq ans. Son mari est mort poitrinaire, quand elle avait trentedeux ans. A ce moment, elle eut à supporter un surmenage accentué. Elle qui auparavant était, suivant sa propre expression, « une grosse sanssouci», se sentit, vers l’âge de quarante ans, devenir nerveuse. En particulier, elle avait des peurs morbides; elle craignait toujours de devenir folle. Elle ne pouvait lire, dans un journal, un drame de la folie, sans être envahie de la terreur de devenir, elle aussi, folle. A quarantecinq ans, elle commença à éprouver des battements de cœur, qui survenaient surtout après les repas et lors des fatigues. Elle eut ensuite à supporter de nombreux chagrins; perdit une fille, ses deux gendres, puis son fils qu’elle avait soigné pendant trois ans, au prix d’un nouveau et terrible surmenage physique et moral. Pendant ce temps, pour soutenir ses forces, elle buvait beaucoup de café. Son nervosisme augmente alors. Tout d’un coup, dans la rue, son cœur se serre, elle pousse des cris involontaires. A cinquante-deux ans, son organisme subit la transformation habituelle à cet âge. C’est à ce moment qu’elle fut prise de phénomènes qu’elle n’avait jamais ressentis jusqu’alors. Une nuit, elle rêva qu’elle avait des battements de cœur et se réveilla avec une crise de palpitations dou-

loureuses. Depuis ce temps, et pendaut deux ans passés, toutes les deux ou trois nuits, une crise survenait: tout d’un coup, vers dix heures du soir, le plus souvent au moment où elle se met au lit, elle ressent « comme quelque chose qui se déchire dans la poitrine ». Le cœur commence à battre violemment; elle est prise d’angoisse, de peur de mourir, elle appréhende que ses petitsenfants laissés à sa charge, demeurent seuls, sans elle, abandonnés. Il lui semble être comme dans un étau, transpire au point de tremper sa chemise, a des frissons, des besoins fréquents d’uriner. Ce qui domine dans son état, c’est la crainte continuelle de mourir. Très souvent, des voisines venaient auprès d’elle, croyant également que la pauvre femme allait succomber. La crise qui commençait ainsi vers dix heures du soir, durait souvent avec des exacerbations jusqu’à cinq heures du matin, et le lendemain, la malade était si courbaturée qu’il lui fallait rester alitée.

Dans l’intervalle de ces crises, la patiente vivait dans la crainte continuelle de les voir revenir. « Ce n’était pas une vie » disait-elle.

Soumise, d’après les troubles qui accompagnaient l’angoisse, au traitement thyroïdien, elle n’eut plus qu’une seule crise, (qui survint, le surlendemain du début du traitement), pendant une période d’un an. Les battements de cœur se calmèrent, la nervosité s’atténua, puis disparut, la malade redevint gaie, elle fut capable d’exécuter des travaux un peu durs auxquels elle avait renoncé. Elle se trouve toute changée.

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Trois ans après, elle eut la nouvelle douleur de perdre, d’une façon rapide, une de ses petites-filles de phtisie galopante. Je m’attendais à la voir reprise de crises d’angoisse; or, son centre de l’angoisse était désensibilisé, car elle n’en présenta plus. Par contre, elle fut atteinte de grands vertiges, avec chutes, pour lesquels je la soumis avec succès au traitement thyroïdien.

Les divers incidents de la vie intime de la femme s’accompagnent d’angoisse, d’impulsions, d’obsessions, indiquant par là l’intervention de Vovaire.

La surrénale prend sans doute part à l’anxiété, à la mélancolie anxieuse. D’autre part, des crises d’angoisse surviennent parfois au cours d’une maladie essentiellement surrénalienne, la maladie d’Addison.

L’insuffisance de la glande parathyroïde, par des spasmes vascidaires qu’elle produit et qui se localisent .sur les vaisseaux des noyaux bulbaires, intervient dans l’apparition de l’angoisse et de ses manifestations.

L’angoisse revêt des aspects multiples. Il existe une angoisse accidentelle, telle que peut la produire le saisissement du froid, la peur, etc.; une angoisse acquise par une série de chagrins répétés, par des secousses nerveuses, surtout lorsque ces causes apparaissent au cours d’une période où la sensibilité est particuliérement accentuée. Il existe enfin une anxiété constitutionnelle, à allure diffuse et changeante, se manifestant sous des allures extrêmement variées, sous forme de névrose, de psychose d’angoisse.

Surtout dans ce dernier cas, le sujet manifeste une prédisposition native: il naît anxieux,

et alors des causés, même légères, mettent en évidence la prédisposition. L’hérédité fixe parfois l’allure de l’angoisse sous un de ses aspects habituels, tels que les manies, le doute, l’obsession.

Plus la part héréditaire est accentuée, moins les résultats thérapeutiques sont satisfaisants.

Quelle doit être la façon de se comporter du médecin, par rapport aux angoissés?

Il est tenu d’abord de les recevoir sans tarder. « Docteur, puis-je venir tout de suite? », est une phrase qui leur est habituelle. Ils sont pris d’un besoin impérieux de voir le médecin et ne se calment qu’après avoir été rassurés. Le personnage populaire du Juif-Errant a été interprété, comme un anxieux, allant de ville en ville, à la recherche d’un soulagement de ses souffrances.

Si l’on a affaire à de petits angoissés, comme le Pauchet a raison d’y insister dans son remarquable ouvrage « Le Chemin du Bonheur », on les, incitera à l’autosuggestion, qui peu à peu arrive à donner le calme à leurs angoisses.

Lorsque la note psychique est accentuée chez ces sujets, le médecin doit user de beaucoup de doigté, pour leur être utile. Il faut tout d’abord demander aux angoissés de se mettre à l’abri de toutes les émotions qui peuvent être évitées. Un de mes clients abandonne un jour brusquement son déjeuner et arrive en courant chez moi, suivi de sa femme qui, affolée, court après lui. Tout d’un coup, en mangeant, il a été

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pris de la vision affreuse de la mort. En fait, il était allé,-la veille au soir, voir au théâtre un spectacle terrifiant, et l’effroi l’avait pris subitement le lendemain.

Que les parents évitent d’exprimer leurs craintes devant leurs jeunes enfants! Un garçon de cinq ans accompagnant chez moi son père en état d’anxiété, dit tout à coup : « La vie vautelle la peine d’être vécue? » Cette phrase, qu’il avait entendue sans doute bien des fois, n’avait évidemment pas, et heureusement! de signification pour lui, mais elle était capable de développer ultérieurement dans son esprit des idées de désespérance.

Au cours de l’examen médical, il faut que le médecin écoute, avec beaucoup de sollicitude, les inquiétudes annoncées par l’anxieux, participe par la pensée à ses souffrances, ne rie jamais de ses craintes, ne le traite jamais de malade imaginaire.

Le malade imaginaire n’existe pas. Celui de Molière est un hypocondriaque.

Les sujets de cet ordre sont tout au plus atteints de troubles de Vimagination, mais parfois, lorsqu’on a tendance à mettre certains troubles en rapport avec l’imagination, ils trouvent, par ailleurs, une explication plus scientifique.

Une malade de Trousseau, atteinte de crise d’asthme, lorsqu’elle sentait l’odeur de la rose, 6st prise de sa crise habituelle quand on lui fait respirer une rose artificielle. EIffet d’imagination!

Eki réalité, il s’agit vraisemblablement, dans son cas, de ce qu’on appelle actuellement un réflexe conditionnel (1).

De toutes façons, le médecin doit être particulièrement attentif à toutes les phrases qu’il prononcera, car son interlocuteur est excessivement sensible aux paroles de son docteur et il sent très nettement les mots qui ne sont pas adéquats à sa situation et qui, au lieu de le soulager, lui font beaucoup de mal. Si, au contraire, on trouve le langage qui convient à l’angoissé, on arrive à lui procurer une détente au moins monrentanée.

Souvent les angoissés ont peur d’une maladie de cœur, d’un cancer, de la tuberculose, de l’artério-sclérose, de l’appendicite, etc,.. Le médecin procédera à un examen des plus complets, avant de conclure qu’aucune de ces maladies n’est en cause. Mais, de son examen, il tire un point d’appui solide, pour affirmer sa conviction, et peut calmer l’affolement de son malade. Il faut avec celui-ci ni discuter, ni exprimer aucun doute au sujet de ce qu’il raconte.

On procédera par affirmations persuasives; le sujet inquiet sera souvent suffisamment remonté pour se passer d’une ordonnance. « J’ai pris un peu de Léopold-Lévine, inutile de me faire une

(1 Le réflexe conditionnel s’obtient, par exemple, chez le chien lorsque chaque fois qu’on lui présente de la viande, on l’expose à la lumière bleue. Au bout d’un certain temps, la lumière bleue, à elle seule, détermine la salivation, comme la \’ue de la nourriture.

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prescription » déclare un de mes angoissés. Parfois, au contraire, des procédés de traitement généraux leur sont applicables : physiothérapie, culture physique. Le massage dans les formes douloureuses, des cures thermales, des calmants (belladone, opium, bromure, valériane) des hypnotiques, mais à doses très minimes, contribueront à soulager ces malheureux.

Le traitement opothérapique appliqué, en faisant appel aux glandes de l’énergie (surrénale et hypophyse); aux glandes régulatrices du système nerveux (thyroïde à doses infinitésimales, parathyroïde) et en tenant compte de ce que révèle l’examen actuel, rendra grand service à ces sujets, lorsqu’une psychose constitutionnelle ne les met pas au-dessus de la thérapeutique médicale.

Comme conclusion, au moment où le malade quitte le cabinet médical, il faut bien lui répéter que ses souffrances ne répondent pas à des lésions du système nerveux ou d’autres organes, qu’il n’est pas à proprement parler un malade, mais qu’il est cependant « très à plaindre », car les tortures morales qu’il éprouve sont pires — et il le sait bien — que toutes les douleurs physiques.

Quelquefois, le sujet rentré à la maison, téléphone aussitôt à son médecin, sous un prétexte futile, pour rester encore en contact av^ec lui et entendre à nouveau, de la bouche qui vient de les lui proférer, des paroles rassurantes.

B) Défense

Le besoin de se défendre est instinctif, et fait partie de l’instinct de la conservation. Il se traduit parfois par la fuite, ou par une attitude, dont certains mouvements involontaires, comme de fermer les yeux, sont le reliquat. Le besoin de se défendre met en jeu le système sympathique qui, en activant la circulation, facilite l’activité générale. Il met en jeu également l’appareil endocrine qui, par ses glandes de l’énergie, décuple parfois les forces défensives.

A côté de la défense contre les hommes et les animaux, on peut ranger la défense de l’organisme contre les poisons et les microbes, les infections et les intoxications. Les maladies, sont en réalité, des réactions de défense par rapport à un assaillant : poison, microbe, etc... Les sujets, qui sont toujours malades, développent leurs processus défensifs et on les voit souvent devenir très vieux. Par contre, un être, en apparence, très solide, succombe tout d’un coup à une maladie aiguë, qui l’a surpris, avant qu'il ait eu le temps de mettre en éveil ses organes de défense. Il est comme le chêne abattu violemment par un orage. Le type de la maladie défensive est la maladie du sérum. Lorsqu’on injecte, une deuxième fois, à un sujet, du sérum de cheval, qui est le support du sérum anti-diphtérique et anti-tétanique, il n’est pas rare de voir survenir, au bout de quelques jours, de la fièvre, de l’urticaire, des douleurs articulaires, de l’albuminurie. L’organisme réagit, d’une façon accentuée, à l’introduction du sérum étranger à sa propre constitution. La maladie du sérum n’est qu’un épisode de ce que Charles Richet a appelé l’anaphylaxie, et qui ne peut se produire, comme on l’a démontré expérimentalement, si l’on extirpe, au préalable, la glande thyroïde.

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La défense contre les attaques microbiennes et toxiques développe’ de même l’immunité qui dépend, é<ralement, en partie, des glandes endocrines.

C) Attaque

L’attaque, qui n’est parfois qu’une défense préventive, se rattache au fonctionnement glandulaire. La SURRÉNALE et, surtout, l’écorce de cette glande (appelée cortico-surrénale), riche en substance phosphorée, joue un rôle important dans l’agressivité. On en a fait la démonstration chez des rats, animaux qu’on avait chofsis à cause de leurs propres tendances. Soumis à des injections de cortico-surrénale, ils sont pris d’une telle frénésie de cruauté qu’ils se dévorent les uns les autres.

Spontanément, chez l’homme, des poussées d’hypersurrénalisme peuvent s’accompagner de crises de méchanceté insurmontables. J’ai cité le cas à’Asthénique qui, à certains moments du mois, en proie à de l’h 5 rpersurrénalisme, ne pouvait se retenir de casser tout Ce qui était à portée de sa main, de gifler son entourage.

La « GLANDE MASCULINE » contribue par sa sécrétion à produire la bravoure, le courage. Par ailleurs, elle développe le système pileux du corps. Bravoure et pUosité marchent donc de pair. Ainsi se trouve expliqué le terme de « poilu », au physique comme au ^joral.

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La différence de comportement entre les peureux et les braves trouvent, dans les glandes, leur interprétation.

La glande thyroïde, qui^ injectée à un mouton, lui fait mordre les barreaux de sa cage; qui, absorbée par un chien, le met dans un tel état de fureur que son gardien ne peut lui prendre sa température, accuse de même une tendance batailleuse.

Voici un cas soumis à mon observation :

58. — Héros a été atteint d’asthme dans son enfance. Sous l’influence du traitement thyroïdien à doses élevées, il a été l’auteur de petits incidents: il rencontre un dimanche dans l’avenue des Champs-Elysées, un camarade de lycée. Il va vers lui et l’apostrophe : « Pourquoi, lui dit-il, me regardes-tu ainsi? ». Une autre fois, ce garçon, de très bonne famille et d’excellente éducation, se bat dans la rue avec un garçon boucher.

Ces incidents surviennent, il faut le dire, sur un terrain prédisposé. Très sportif, il a été de bonne heure chef d’équipe au football. Parti simple soldat au début de la grande guerre. Héros est, en très peu de temps, promu sous-lieutenant. Il accomplit, sans s’en douter, des actes de bravoure, qu’il raconte ingénument à sa première permission, et qui ont fait frémir sa famille. Il ne tarde pas, d’ailleurs, à être tué, toujours le premier à se mettre en avant et à s’exposer à la mort.

Le traitement thyroïdien avait mis en évidence, chez lui, la tendance ardente et prête à l’attaque, qui lui était naturelle et qui lui a, malheureusement, coûté la vie.

5“ Instinct de la reproduction

Indispensable à la perpétuité de l’espèce, (il nous donne l’immortalité biologique (Voivenel), cet instinct est en rapport avec les glandes génitales (testicules, ovaires). Il apparaît dès la puberté, qui est variable, d’ailleurs, suivant les races, les familles, les individus. Les glandes sexuelles sont, elles-mêmes, sous la dépendance d’autres glandes qui participent à leur développement et à leur fonctionnement.

Lors du retard de la puberté, de l’absence ou de

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la diminution de l’instinct de reproduction, une opothérapie tirant partie à la fois des glandes sexuelles et des glandes associées est indispensable. Elle met à profit la fonctiou « orégogène », fonction d’excitation des divers appétits, y compris l’appétit sexuel. Par ailleurs, les greffes uni ou pluri^andulaires, ont fourni des succès indiscutables entre les mains de Voronoff, Dartigues, Pende, etc...

Mais il en est de l’instinct de reproduction, par rapport à l’appétence sexuelle, comme de la faim par rapport à l’appétit. Le psychisme intervient, même chez les animaux, ce que démontre déjà la jalousie au moment de l’accouplement.

En ce qui concerne l’espèce humaine, M. René Beaumesniî, dans une fine analyse, a souligné que l’homme a voulu ennoblir une des fonctions les plus basses, auxquelles l’individu est soumis. Il a « magnifiquement drapé l’instinct sexuel dans l’amour » auquel sacrifient, comme à un leitmotiv inépuisable, tous les poètes, tous les dramaturges, tous les romanciers.

La part psychique de la sexualité, en laquelle se résoud Vamour platonique, joue un rôle si important dans l’acte sexuel, qu’on se rappelle les traits satiriques de Juvénal, contre les dames romaines qui, pour avoir les plaisirs sans les dangers de l’amour, faisaient émasculer, après la puberté, les affranchis, dont elles avaient lieu d’être satisfaites.

Entre l’instinct animal et les « aspirations du cœur », créées, en partie, artificiellement par la littérature, il se produit souvent, chez les jeunes gens, un conflit, qu’exaspère la connaissance imparfaite de la sexualité physique.

Les mauvais exemples, les promiscuités dangereuses, l’éducation perverse, souvent dispensée par les camarades, les spectacles excitants, la pornographie sous des formes variées, exercent, par l’intermédiaire de l’imagination, une excitation génésique, pervertie ou anormale.

L’onanisme, la débauche, les maladies vénériennes.

LE TEMPÉRAMEST

qui sont parfois la rançon d’une jeunesse inexpérimentée, sans parler de maternités de surprise (R. Beaumesnil) en sont parfois les résultats fâcheux.

L’exaspération de l’instinct de reproduction doit être combattue par la suppression des excitants, l’emploi des calmants, l’auto et l’hétéro-suggestion, l’éducation des Jeunes gens, et aussi par l’opothérapie qui emprunte ses armes à la glande de l’autre sexe. (Opothérapie complémentaire, hétéro-sexueUe).

A l’extrême opposé, une éducation fondée sur la crainte et ce que je propose d’anpeler 1’ « enjuponnement » est capable d’entraîner, dans quelques circonstances, la continence absolue. (1)

Mon regretté ami de Lanessan, a publié l’histoire de son chat « Pierrot » bien connu de tous ses familiers. Il l’éduqua dans sa propriété d’Ecouen, depuis l’instant de sa naissance jusqu’à celui de sa mort. Pierrot vivait, tout en étant parfaitement libre de sortir de la maison, dans une telle intimité avec ses maîtres, il fut entouré d’une telle sollicitude, soigné comme un enfant qui reste constamment dans les jupons de sa mère, qu’il mourut en état de virginité.

M. Henri de Régnier a choisi, comme héros de son célèbre roman « La Double Maîtresse », Nicolas de Galandot, que sa mère veut soustraire à la loi vulgaire et commune de l’amour. Resté toujours chaste, il est harcelé, à l’âge de 30 ans, par sa jolie et troublante cousine, Julie. Il se produit

. (1) D’un tout autre mécanisme est la continence, que s’imposent, en vertu d’idées religieuses, de nécessités sociales, du mépris de la chair, de certaines carrières, quelques êtres des deux sexes, doués des plus belles vertus. ^

subitement chez lui, un éveil des sens: mais sa mère, alors aux aguets, apparaît et met fin aux premiers élans amoureux de son fils, par un sonore, vigoureux et solide soufflet. Vingt ans plus tard, Nicolas éprouve une nouvelle tentation, mais au moment où la courtisane Olympia l’attire à elle, le souvenir, qui le poursuit, de sa mère, le glace d’épouvante et lui enlève ses bien faibles moyens.

Entre la luxure et la continence indéfinie, se place la chasteté qui, soit dit médicalement, même si elle se prolonge jusqu’au mariage, ne nuit en rien à la santé physique ou morale du jeune homme.

Pour l’obtenir, il faut recourir à VEducation sexuelle des jeunes gens, qui leur évite la curiosité malsaine, les désirs inavouables, les expériences hâtives capables de peser sur l’existence entière.-

Cette éducation sera donnée par des maîtres experts, des hygiénistes, les ministres des diverses religions, sans parler des médecins. D’après M. Beaumesnil, elle doit être claire, précise, se faire à l’aide de mots scientifiques, qu’on emploie en anatomie et en physiologie. « C’est ainsi qu’elle est absolument chaste, c’est ainsi qu’elle atteint pleinement son but >.

Elle doit souvent être pratiquée par les mères, comme M. Siredey vient de le rappeler, dans un remarquable article. Dès le premier âge, elles inculqueront aux enfants la propreté minutieuse et la bienséance; elles se prêteront, avec une attention bienveillante, aux questions de leurs enfants, les encourageront, les provoqueront même. Elles interviendront particulièrement, avec leur intelligence et leur tendresse, au moment de la puberté, pour inspirer aux jeunes filles le respect de la maternité et pour leur éviter bien des périls.

Chez leurs fils, elles entretiendront le sentiment elevé du devoir et le souci de leurs responsabilités, en leur niontrant toutes les conséquences, pour l’avenir, de l’inconduite.

C’est pour aider les mères dans cette tâche délicate que le Conseil d’Education sexuelle, sous la noble ini^iration de Mme le Dr. Montreuil-Strauss, avec l’aide de collaboratrices, parmi lesquelles j’ai plaisir à citer mon assistante, Mme Jourda, ont organisé des conférences, p-ublié des articles et des lettres. On peut les féliciter des résultats déjà obtenus et des justes espérances éveillées par leur ferveur méritoire.

A l’instinct sexuel se rattache la doctrine de Freud. Pour le médecin viennois, la sexualité domine toute la vie psychique de l’individu et ceci dès l’allaitement, au cours duquel le nourrisson cherche déjà la satisfaction de son double appétit. Mais, pour des raisons de moralité, de convenances sociales, nom refoulons nos désirs sexuels dans le subconscient. L’instinct sexuel, acquiert, par le refoulement, une force expansive, qui donnera à notre conduite toutes ses singularités.

Pour reconnaître les idées refoulées, il faut pénétrer dans le subconscient par la psychanalyse, procédé d’introspection et moyen de traitement des troubles psychosexuels.

Cette théorie qui a obtenu dans les pays anglosaxons, où n’existe pas la confession, un succès sans limites, contient, y a-t-il lieu de le dire, une grande part d’exagération. La sexualité n’est pas le levier de toutes nos actions. Les symboles invoqués par Freud sont bien problématiques. Quant à la psychanalyse que Freud, élève de Charcot, a vu appliquer par le grand neurologiste à la. Salpêtrière : c’est un procédé d’analyse, très utile, qui demande à être manié avec beaucoup de tact et s’applique à des états de su^ conscience, qu’ils se rapportent ou non aux problèmes sexuels.

6° Instinct maternel

L’instinct maternel, qui se rattache au précédent, a été rapporté à la suite des expériences, très bien conduites par M. Rambaud chez les souris, au fonctionnement ovarien. Relevons que l’instinct maternel manque chez les femmes en état de virilisme.

les endocrines

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