PÉCHÉS CAPITAUX
Depuis la faute d’Adam qui commit le péché originel, dont chacun de nous continue à porter en lui la conséquence inéluctable, tous les hommes sonts susceptibles de commettre des péchés. Ils sont si nombreux que le Juste lui-même — d’après un mot emprunté aux Proverbes de Salomon — «pèche sept fois par jour». Sept aussi est le nombre qu’on a assigné aux péchés capitaux, qui sont la source de tous les autres. Ce sont : l’orgueil, l’avarice, la luxure, l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse.
Or, si l’on envisage au flambeau endocrinien les péchés capitaux, on voit qu’un certain nombre d’entre eux s’éclairent d’une lumière pénétrante.
La paresse n’est point un péché au regard du médecin. Elle n’est souvent que l’indice d’une insuffisance surrénale, comme le prouvent les modifications de ce soi-disant péché par le traitement surrénalien.
La gourmandise, qui nous pousse à manger avec excès des plats choisis, n’est qu’une forme déguisée de l’appétit, forme déjà artificielle de la faim, dont j’ai montré les rapports avec le»
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La colère nous porte à réagir contre la souffrance que nous ressentons du fait des autres. Certains sujets sont particulièrement irritables; ce sont ceux dont les réflexes ne sont pas inhibés par la volonté, ceux dont la sensibilité est particulièrement vive. Ce caractère se trouve chez les sujets en état d’hyperthyroïdie ou d’hypersurrénalisme.
La luxure, qui pousse sans retenue aux plaisirs de la chair, est dominée par les fonctions indispensables à la perpétuation de l’espèce, qui sont elles-mêmes sous la dépendance des glandes endocrines.
L’avarice, désir immodéré d’accumuler, est rare chez les jeunes. Elle se développe, à mesure qu’on avance en âge et se manifeste souvent chez des vieillards, qui furent parfois des prodigues pendant leur jeunesse. En vieillissant, « le diable se fait ermite », le socialiste à tous crins devient conservateur. Le besoin de conserver ce qui nous appartient ne se rattache-t-il pas à l’instinct de conservation personnelle, dont j’ai étudié les liens avec les sécrétions internes?
Restent l’orgueil et la jalousie.
L’orgueil, qui n’est qu’une opinion très haute que l’on a de soi-même et qui porte à se mettre au-dessus des autres, n’est que l’hypertrophie de l’amour-propre, sentiment inné en nous et inspirateur de toutes nos actions, d’après La Rochefoucauld. Aucun document médical ne permet, jusqu’à présent, de rattacher l’orgueil à un trou-
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ble endocrinien précis. Parfois l’orgueil n’est qu’une traduction de son opposé, la modestie, ce qu’exprime le vers souvent cité de Marie-Joseph Chénier :
L’excès de modestie n’est qu’un excès d’orgueil.
Cette assertion montre du moins que, dans l’ordre des sentiments, on rencontre cette instabilité, qui est souvent à la base des tempéraments.
Pour ce qui est de la jalousie, sœur de Venvie, elle se rattacherait à l’instinct sexuel, d’après M. Voivenel, qui voit dans la jalousie tyrannique et méchante de certains enfants, comme une ébauche de sadisme. Je relèverai, d’autre part, le cas cité par le D" Laumonnier : un enfant jaloux de son petit frère, fut guéri de sa jalousie par un traitement à la poudre de foie.
Les sujets bilieux ont un foie qui fabrique en excès de la bile, bile qu’on retrouve en excès dans leur sang. Les médecins traduisent cette constatation par l’appellation de « cholémie » (bile dans le sang). Or les cholémiques se font — à proprement parler — de la bile, c’est-à-dire qu’ils sont inquiets. En même temps, ils sont d’humeur acariâtre, grognons, emportés. Pour Hippocrate, ils sont « mélancoliques » ce qui veut dire que leur bile est noire. Ce qu’Hippocrate disait en grec, Galien le traduit en latin : il appelle les mêmes individus « atrabilaires ». Ces deux grands médecins attribuent à la bile une des quatre humeurs cardinales. (V. Chap. XI.)
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