‹ Le tempérament et ses troubles. Les glandes endocrinesChapitre 21 sur 57 · CRIMINOLOGIE · texte numérisé non relu

CRIMINOLOGIE

On a la morale de sa chimie et la chimie de ses glandes à sécrétion interne.

(VOIVENEX.).

Un chapitre de Criminologie doit, tout au moins être entr’ouvert, dans ce volume. Voici d’abord quelques faits :

1“ Un pauvre petit malingre, insuffisant des endocrines, avait été admis, à titre d’orphelin, dans un Institut horticole, réservé à des garçons anormaux. Il faisait, tant bien que mal, son travail de jardinage, mais s’endormait régulièrement aux études du soir. Le traitement thyroïdien, auquel je le soumets, le réveille, de toutes façons, mais en même temps, il commet des larcins, monte, dans les arbres, voler des cerises. On me fait, en riant, grief de ce résultat. Qu’estce à dire? j’avais donné à cet enfant une activité qui lui manquait, mais qu’il a exprimée, suivant ses impulsions et son éducation première.

2“ On m’amène, à l’Hôpital Beauj on, une petite fille, à la fois débile et impulsive, pour des mensonges et des vols. Elle dérobait à sa mère des petits objets, voire des bijoux, qu’elle échangeait avec des camarades contre des friandises. Le traitement thyroïdien, en calmant son impulsivité et en développant son jugement, la mit complètement à l’abri de ces vols.

3“ Il n’est pas rare qu’à la période mensuelle, la malade perde le contrôle de ses actes. Je rappelle Asthénique qui, à ce moment, brise les objets, bat son entourage; et une instable thyroïdienne, qui commettait alors des sévices.

4’ Une grande intellectuelle, poursuivie par des cartes anonymes, tua son persécuteur d’un coup de revolver. Son avocat appuya sa plaidoirie sur la phase du mois dans laquelle se trouvait sa cliente, période « où l’on voit rouge ». Elle fut acquittée.

A cette période, éclatent avec une force irrésistible des idées de vengeance, le besoin de détruire, la rage incendiaire périodique (Voivenel).

La MÉNOPAUSE entraîne facilement des troubles, dérivés de l’angoisse : les impulsions, les manies, y compris la kleptomanie — dont la réalité a été récemment mise en question -—, la jalousie, qui peut conduire au meurtre.

Le déséquilibre des glandes conduit à rinstabüité psychique. La surexcitation de la sensibilité, avec diminution du contrôle de soi-même, pousse finalement à des actes éminemment répréhensibles.

La CHASTETÉ PERVERSE, (conome l’appelle M.

Voivenel), qui est en rapport avec une sexualité muselée, sournoise, ne pouvant atteindre à ses fins naturelles, se traduit par des actes anormaux, délictueux, criminels. Aux premiers se rattachent le mensonge, les broderies mythomaniaques; aux seconds, les dénonciations calomnieuses, les lettres anonymes, les revendications, aux troisièmes, les empoisonnements, les délits passionnels. Les méfaits produits par la chasteté sont plus fréquents chez la femme. Hs s’ob-

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servent toutefois chez l’homine. L’empoisonneur Desrues, d’aspect eunuchoïde, à la fois infantile et féminin avait été baptisé « ma Commère Desrues ».

Læs malheureuses coupables sont des « désorbitécs de la sexualité » toutes chastes, mais chastes perverses. L’instinct sexuel non satisfait pousse parfois au crime. M. Voivenel montre, d’autre part, l’implacabilité des inquisiteurs. « Leur férocité est fonction de leur chasteté. ».

L’Ecole Italienne, à la suite de Lombroso, plus récemment de Pende, ont montré que les criminels présentent une moiq)hologie parfois très spéciale, et qui, dans une certaine mesure, diminue leur responsabilité. Pour M. Mac AulifFe, ils ont une absence, plus ou moins marquée, de différenciation morphologique; ils sont Agés dans une sorte de type primitif ou indécis qui rappelle l’homme de Néanderthal ou les indigènes australiens.

Par ailleurs, Vervaeck admet, parmi les causes de la délinquance, les tares endocriniennes.

Du point de vue endocrinien, l’Hypophyse est, en quelque sorte, la glande de l’équilibre moral. Son fonctionnement insuffisant produit ce que W. Timme appelle l’obliquité morale. Son excès de fonction se traduit par des stigmates physiques et mentaux.

Les assassins brutaux, vulgaires, sont souvent des surhypophysaires. A ce titre, ils ont des mains en battoirs, appelées communément mains d’assassins, portées par des membres supérieurs de longueur inusitée, à l’instar des singes et simultanément un développement exagéré de la face et des mâchoires.

Les hypersexuels sont poussés au sadisme, à des actes de satyre.

Des crimes passionnels, des meurtres par jalousie, sont commis par des hyperthyroïdiens, manifestant les caractères morphologiques (excès de poils, cheveux fous) des sourcils exubérants, de la tachycardie, des réflexes vaso-moteurs excessifs, et les signes psy-

chiques de l’hyperthyroïdie : émotivité, anxiété, impulsivité, instahüité. Souvent, üs ont en même temps, des aberrations sexuelles, avec masculisme ou féminisme.

Comme type de crime passionnel, j’emprunte à la littérature un cas dont l’analyse physio-pathologique est poussée assez loin pour pouvoir servir de modèle. Il est tiré du roman de M. Beucler, intitulé « Le Mauvais Sort ■» . Le héros en est Philippe Bohème.

Asthénique, impuissant au travaü, incapable du moindre effort, ne pouvant parfois aller jusqu’au bout de sa pensée, il se déclare lui-même déprimé et paresseux. Il est impatient, pressé, accéléré par crises. Alors, il cherche à tout faire, à tout vouloir, à tout vivre, le même jour.. L’envie de se hâter tourne en lui comme une ivresse. C’est un hypersensible. A certains moments, il sent le bonheur qui « galope sur sa peau comme une fièvre. » Le plus souvent, il est déchiré par la souffrance, il a « mal dans la chair ». Chez lui, le don d’analyse est poussé très loin. Il passe son temps à disséquer ses sensations. Par dessus tout, c’est un type d’Angoissé, dont il a les réactions respiratoires, cardiaques, vasomotrices, les gestes automatiques, les vertiges, le fou rire. Mais plus encore, il est anxieux. Il est inquiet, peureux, à sentir « passer un courant glacé dans le sang. » Il a peur de la peur. Il ressent tous les degrés de l’angoisse : l’appréhension, le doute, le regret, le remords, l’accablement, le désarroi, l’affolement, la détresse, la consternation, le désespoir. Il se torture et torture les autres. Il manque de certitude et surtout de décision. Il est versatile et inégal. Son instabilité, son manque de modération se manifestent sous de multiples aspects. Triste d’habitude, sa joie «part comme un trait», il pass de l’exaltation au ralentissement, de l’extrême aviation à l’apathie. Ses états d’âme ont peu de durée. Aussi se contredit-il. D’esprit rêveur, il remplace l’activité par le songe; il est raisonneur, «prêt à raisonner du commencement à la fin du jour. »

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Son caractère, à facettes multiples, se ressent de tous ces troubles, qui apparentent PMlippe Bohème aux sujets présentant de l’insuffisance surrénale avec des réactions d’hyperthyroïdie. Il est mécontent, de mauvaise humeur, boudeur, prend les gens et les choses en aversion, est méchant et revêche, arrive à être haineux, emporté et violent. Ce n’est pas tout. Sur ce terrain déjà si complexe, viennent fleurir des tendances psychopathiques. Bohème est amoral, pervers, inadapté. Son angoisse le pousse à la jalousie; or, il rencontre sur son chemin un rival, qu’il hait instinctivement. Comme il devine que celui-ci a abusé, par surprise, de sa maîtresse, il l’abat d’un coup de revolver. Simple fait divers, crime passionnel, mais qui s’explique chez un angoissé jaloux, instable, entaché de troubles mentaux et endocriniens.

Ces exemples simples montrent l’intérêt thérapeutique des constatations endocriniennes.

Lugaro a proposé de traiter certains criminels à tempérament thyroïdien, par la résection partielle de la thyroïde.

On a proposé d’émasculer, par la chirurgie ou les Rayons X les criminels à excitation sexuelle. Cette castration thérapeutique mettrait à l’abri, d’autre part, de l’hérédité criminelle.

Elle rend en effet les sujets inféconds, sans modifier les caractères sexuels secondaires.

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