I. — Métabolisme basal
Mettez un sujet à la diète absolue, pendant douze heures. Laissez-le dans un repos complet; puis appliquez sur son visage un masque de
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guerre; lorsque sa respiration sera devenue calme et régulière, recueillez son air expiré dans des ballons de caoutchouc. Dans cet air expiré, dosez l’oxygène et l’acide carbonique : vous connaîtrez le travail intime qui se produit dans l’intérieur de nos tissus. Vous ^réaliserez une épreuve qui avait été imaginée d’abord par M. Tissot, du Muséum d’Histoire Naturelle, et qui nous est revenue d’Amérique, sous le nom de métabolisme de base, ou basal, c’est-à-dire le travail de nutrition, indépendamment de la digestion et des mouvements musculaires, produits sous l’influence de la volonté. Fait de première importance : les résultats du métabolisme basal indiquent le fonctionnement de la glande thyroïde; il est diminué dans l’insuffisance thyroïdienne, augmenté das la maladie de Basedow. L’augmentation dans ce dernier cas est proportionelle à la suractivité thyroïdienne. Les chirurgiens américains, qui combattent la maladie de Basedow, par des opérations successives sur la glande thyroïde, se laissent guider, dans le choix des moyens à employer et dans la répétition de leurs interventions, par les variations du métabolisme basal.
Le métabolisme basal, lié au travail intime de nos tissus, l’est, en particulier à celui qui se produit dans notre appareil musculaire. Car, même à l’état de repos, il persiste une contraction continue des muscles, qui règle, en grande partie, notre température. Il n’est pas étonnant qu’il soit sous la dépendance de la glande thyroïde, qui est un de nos principaux calorifères.
On peut donc rattacher à l’étude du métabo- Hsme basal la quütion de la chaleur animale,
IL — Chaleur animale
Sous réserve des centres nerveux, qui sont préposés à la régulation et à la production de chaleur, la chaleur animale est subordonnée aux glandes endocrines. Au premier plan se place la thyroïde; l’expérimentation le prouve déjà en montrant l’abaissement de température, que détermine rablatioh de la glande thyroïde à des agneaux, par exemple.
Par contre, l’ingestion en excès de glande thyroïde produit des phénomènes d’élévation thermique.
59 . — Rhumatisante ingère, par erreur, des doses de thyroïde deux fois et demie plus fortes que celle qui lui étaient prescrites ; elle est prise de bouffées de chaleur, d’une sensation de chaleur insupportable, qui lui fait rechercher en plein hiver les courants d’air, l’empêche de tenir en place, la tient éveillée la nuit, lui procure une véritable thermophobie (hantise de la chaleur). Ces phénomènes disparaissent d’ailleurs quatre jours après la cessation du traitement.
Dans les grandes maladies thyroïdiennes on observe : d’une part, dans le myxœdème, une température constamment abaissée de deux à trois degrés audessous de la normale; et, d’autre part, dans la maladie de Basedow, une élévation de un à deux et même trois degrés au-dessus de la normale.
Dans les petits états thyroïdiens, j’ai décrit toute une gamme de troubles de la chaleur; je vais les synthétiser dans les portraits de Frileux et de Trop- Chaud.
60 . — Frileux se plaint et est à plaindre. H souffre de ses mains et de ses pieds qu’il a froids ou glacés, d’une teinte généralement livide, gonflés, secs ou transpirants. Enfant, il les a eu char-
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fiés d’engelures. Il ressent diverses frilosités localisées: au dos, aux genoux, voire aux yeux et aux dents. Dans la salle à manger, où le rhumatisme déformant l’immobilise, il supporte une température dé vingt-deux degrés. Lui-même, cloué près de la fenêtre où il s’est installé pour voir passer les voitures, on l’a comme « enroulé » dans un paravent de verre. Après le repas, quand if a uriné; le soir, quand il se déshabille, il est pris de chair de poule et de frissons, — c’est, disons-le en passant, le moyen qu’emploie la nature pour lui réchauffer la peau.
Quand il voyageait autrefois, il ne supportait jamais, dans une voiture ou dans un train, que les vitres fussent baissées. Actuellement, une fenêtre, une porte, la porte mêhie de sa bibliothèque est-elle entrouverte dans son dos, il est si sensible aux déplacements d’air, qu’il éternue, ou souffre davantage de ses rhumatismes. Sa température rectale est souvent abaissée de quelques dixièmes de degré; par contre, il est de ceux qui font facilement de la température. Sa sensibilité au froid est si exagérée qu’il est facilement la risée de ses proches. On lui demande en riant s’il se refroidit, quand il se produit un trou à son caleçon.
Früeux, ai-je dit, est un personnage synthétique. Les éléments, qui composent son portrait, sont réunis, en plus ou moins grand nombre, chez les mêmes individus. Des variétés sont à noter. Même avec les extrémités très froides, les enfants ne se plaignent jamais. Fréquemment chez l’adulte. J’ai enregistré la réponse suivante. Je demande : « Avez-vous froid aux pieds? » Le sujet répond : « Non, jamais >. J’insiste : « Vous n’avez jamais froid aux pieds? > Le même sujet réfléchit et répond alors : « Ah! si, tou-
jours 3>. n était si bien babitué à son mnlaise qn’U l’avait oublié. Certains individus redoutent de se mettre au lit; d’autres s’y réchauffent très rapidement; en général c’est surtout l’hiver et dans l’immobüité qu’ils souffrent du froid. Par la marche, par les temps chauds, ils refont du calorique, sauf certains sujets, particulièrement frileux, qui ne sont même pas améliorés par ces conditions. Il se produit chez certaines femmes des bouffées de froid, qui sont à opposer aux bouffées de chaleur beaucoup plus fréquentej.
61 . — Trop-chaud a la main brûlante et souvent humide. Même l’hiver, il sort sans pardessus; la nuit, il se découvre, il dort la fenêtre ouverte, recherche les courants d’air. Dans le train, il mécontente ses compagnons, car il veut que le compartiment soit largement éventé. Il souffre de la saison estivale, se défend chez lui contre le soleil, en ayant les fenêtres toujours fermées pendant le jour. Lorsqu’il sort, par le soleil, il est toujours muni d’une ombrelle. Sa nature le pousse à être noctambule. Il adore l’eau froide, prendrait plusieurs douches ou bains froids par jour. Il craint l’air confiné, se sent mal à l’aise dans une chambre chauffée, dans une salle de cinéma, dans le métro. Son visage est congestionné, soit dans la totalité, soit au niveau du nez et des oreilles ; parfois émaillé d’étoiles vasculaires ; les yeux sont facilement rouges ; s’il passe de l’ombre au soleil, il éternue; il ne supporte pas un chapeau lourd. Souvent, il présente des bouffées de chaleur. Il éprouve facilement une sensation de fièvre, ressent des brûlures aux extrémités, a une température au-dessus de la normale. Le même sujet est ardent dans
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ses idées, dans ses actes, en bouillonnement continuel. Il est possédé, comme Rabevel, de M. Lucien Fabre « du mal des ardents ».
62. — Déséquilibré thermique est intermédiaire entre Frileux et Trop-Chaud. Il a froid aux pieds, chaud au visage; les mains chaudes, les pieds froids; une main froide, une main chaude; les doigts froids, le poignet chaud; un sentiment de fièvre avec abaissement réel de température; de la frilosité avec des poussées de chaleur au visage. Depuis son jeune âge, il a toujours été dans cet état de déséquilibre; il n’a pas seulement froid aux extrémités, mais présente des frilosités locales qu’il a su reconnaître de bonne heure : ainsi il se plaint de froid aux yeux et aux dents. Il craint de se déshabiller le soir, tant le fait de retirer sa chemise lui occasionne de malaises. Il était très malheureux, quand on lui donnait, l’hiver, des bains dans une chambre glacée. Par contre, à tout propos, il fait de la température. Une composition, un petit voyage en chemin de fer, une soirée passée au cinéma, suffisent pour lui donner une fausse fièvre, se traduisant au thermomètre par 37“,8; 38“,5; 39°, et qui est passagère.
Pour cette température qui a inquiété sa mère, on l’a opéré des végétations adénoïdes; on lui a enlevé l’appendice; on a craint la tuberculose, car l’examen des poumons aux rayons X a révélé la présence de ganglions dans le médiastin.
Toutefois, avant de l’envoyer à Cannes passer son hiver, il a été soumis, sous ma direction, au traitement thyroïdien; et alors, chose curieuse.
il s’est étahli un équilibre dans sa fonction thermique. Il se réchauffe et n’a plus de fièvre.
Ge cas, rapproché de beaucoup d’autres, fournit l’explication de ces faits paradoxaux. Il s’agit de sujets chez qui la nutrition est insuffisante, et l’abaissement de la température fondamental. Par contre, les mêmes instables sont nerveux, font facilement des poussées congestives, en particulier au niveau de leurs centres thermiques qui ne sont pas bien réglés, et une cause imprévue suffit pour faire apparaître de la température, qu’on prend pour de la fièvre.
Dans le cas, que j’ai choisi comme type, se produisaient constamment des états congestifs qu’on prenait pour des maladies. Sa mère me dit : « Il a fait une fausse rougeole, une fausse mastoïdite ». Plus tard, il fit une fausse méningite. — .T’ai déjà envisagé ces fails sous le nom de « fausses maladies » (p. 127).
Je veux signaler encore le cas d’une dame, en état d’instabilité thyroïdienne maxima, qui souffrait parfois la nuit d’un tel froid, avec engourdissement des extrémités, qu’elle était obligée de se lever pour faire des mouvements, afin de se dégourdir; qui, un matin, a présenté un trouble de circulation, sous forme de visage livide, si accentué, que sa femme de chambre, affolée, est allée chercher la cuisinière, persuadée que « Madame » allait mourir. Par contre, le fait de redresser la tête pour embrasser un neveu plus grand qu’elle, lui amène quelquefois le sang en excès au visage, lui donne une sensation exagérée de chaleur, comme si sa tête allait éclater. Là encore, à la fois, les phénomènes circulatoires et
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thermiques passent, suivant les conditions particulières, aux deux extrêmes.
Si, au lieu d’envisager les transformations de l’organisme dans leur ensemble, on en pratique l’étude analytique, c’est le métabolisme de Veau qu’il faut d’abord considérer.