LES GRANDS APPAREILS
I, — Appareil digestif
Les endocrines exercent sur la fcdm et sur Vappé~ tit une action déjà étudiée, à propos des instincts.
Les dents subissent un retard dans l’évolution de la première ou de la deuxième dentition, du fait d’une insuffisance glandulaire. J’ai signalé les bons effets, dans ce cas, du traitement thyroïdien et parathyroïdien. Les troubles de l’émail dentaire sont sous la dépendance d’une insuffisance parathyroïdienne, comme le démontre l’expérimentation chez les rats.
La gingivite expulsive avec allongement des dents, leur ébranlement, la congestion gingivale, l’arthritisme dentaire, tous ces phénomènes sont justiciables de Vopothérapie thyroïdienne.
Pour ce qui est de la projection des dents de te mâchoire supérieure, par rapport à la mâchoire inférieure, elle est l’indice d’une insuffisance hypophysaire, surtout si elle est accusée, et si les incisives médianes supérieures sont très développées ou écartées.
L’estomac est composé d’une série de tissus intriqués. Il est soumis à une circulation active et * une innervation complexe. Il est séparé des parties adjacentes par des orifices : le cardia
LE TEMPÉEAMEIiT
et le pylore. Son fonctionnement est réglé par la sécrétion du suc gastriijue, préposé à la digestion des matières albuminoïdes. Chacun des composants de l’estomac est susceptible d’être modifié dans sa conformation, sa nutrition, son fonctionnement, d’où peut naître une kyrielle de misères.
Dès la naissance, la conformation de l’estomac est parfois troublée. Il est trop développé en long, se vide mal, et lentement, il clapote, glougloute par faiblesse de ses parois; ü est le siège de troubles, simplement par sensibilité exagérée de la muqueuse au poids des aliments, en général, et à la nature de certains aliments, en particulier. L’acide chlorhydrique du suc gastrique est-il produit en excès : le malade supporte alors bien les fritures et ne peut supporter les crudités et les mets acides; s’il est produit en quantité insuffisante, le malade adore les salades et ne peut digérer les aliments gras et les graisses cuites. Parfois se produisent des spasmes localisés aux orifices, ou qui s’étendent à la totalité de l’estomac. La circulation vaso-motrice est très active, insuffisamment active, variable.
Dans toutes ces circonstances, indépendantes des vraies maladies d’estomac, les malades souffrent sous des formes variées : brûlures, aigreurs, hoquets, renvois, dès le matin, à jeun, pendant ou après les rep'p, quelques heures après les repas. Ils ont des nausées, des vomissements. Ils présentent de Vaérophagie.
Il est de toute nécessité, pour parfaire le diagnostic, de procéder à une analyse complète des symptômes subjectifs et objectifs. En cas de doute, on procédera à l’examen radiographique de l’estomac et à l’analyse du suc gastrique.
Lorsqu’il y a des troubles stomacaux, sans lésions, il faut envisager l’intervention des diverses glandes endocrines. Le traitement par la surrénale et l’adré-
LES ENDOCRINES
naline est favorable contre la chute de l’estomac, que combat efficacement d’autre part le port d’une ceinture bien adaptée.
Parfois c’est l’hypophyse qui est coupable de la faiblesse des tissus ligamenteux de l’estomac, de l’hypotonie de l’orpne, et le tonus est régularisé par des injections de lobe postérieur de l’hypophyse.
Quand le suc gastrique est insuffisant, on introduit dans l’estomac du suc emprunté à l’animal ou des sucs artificiels, h’opothérapie gastrique réussit parfaitement dans ce cas.
En cas d’excès d’doidité chlorhydrique, les aliments gras, les amandes, les noisettes, l’huile, ce qu’on appelle le pansement bismuthé ou kaoliné de l’estomac, feront merveille.
J’indique simplement ici l’intérêt des massages, des cures thermales, de l’électricité.
Pour ce qui est de I’opothérapie, j’emprunte à des recherches antérieures deux cas:
Un sujet de cinquante ans, frileux, fatigué, incapable de travailler le matin, rhumatisant, etc., a consulté successivement tous les spécialistes pour les affections de l’estomac, et recueilli les diagnostics de nervosisme stomacal, hyperchlorhydrie, dilatation d’estomac, etc., sans résultat thérapeutique. Or, le traitement thyroïdien à petites doses, améliore son état gastrique, en même temps que le reste de ses fonctions, et lui permet de digérer, sans peine, toutes les catégories d’aliments.
Trois ans plus tard, ce sujet, qui, après cessation du traitement, souffre à nouveau de son estomac, commence une maladie de Basedow avec
lobe drœt pulsatile, que Kocher lui enlève. Or l’hyperthyroïdie basedowienne réalise, chez le malade une autothérapie portant sur le froid, la fatigue, les troubles d’estomac. Le malade pouvait à nouveau digérer, sans malaise, tous les aliments.
Dans un autre cas, un sujet de trente-huit ans, atteint d’une pelade localisée, grand nerveux, souffrant de son estomac depuis trois ans, a été amélioré par le traitement thyroïdien à petites doses, et a pu se livrer à une véritable « acrobatie » stomacale sans inconvénients.
Des symptômes se révèlent parfois avec l’apparence de troubles de l’estomac, sans que celui-ci soit véritablement en cause. Il en est ainsi dans toutes les crises douloureuses de l’abdomen, coliques bépatiques, néphrétiques, appendiculaires, qui' s’accompagnent de nausées, de vomissements. De même, la migraine, le vertige, le mal de mer, la faim, donnent lieu à ces symptômes.
C’est en soignant le tempérament, en fonction des glandes endocrines en défaut, qu’on guérira les symptômes dont la nausée et les vomissements ne sont qu’une conséquence. La même conclusion s’applique aux vomissements dits acétonémiques de l’enfance.
L’intestin est formé de l’intrication de diverses membranes. La circulation sanguine et lymphatique — des plus importantes — l’innervation complexe de ces tissus, achèvent la structure de cet organe.
On le divise en deux parties:
a) l’intestin grêle, riche en glandes qui produisent le suc intestinal et où se déversent le suc pancréa-
les endocrines
tique, venu du pancréas, et la bile, venue du foie. C’est dans l’intestin grêle que se fait la digestion intestinale et l’absorption des diverses catégories d’aliinents.
b) le gros intestin qui achève l’absorption. Cet organe, où 's’élaborent de nombreux poisons est, d’après Metcbikoff, la cause du vieillissement précoce. Dans son remarquable ouvrage, « Restez jeunes Victor Pauchet insiste sur la constipation, source d’intoxication et met en évidence « le colon homicide ».
Sans parler des maladies générales qui siègent dans l’intestin, fièvre typhoïde, choléra, et des maladies qui sont localisées dans cet organe : dysenterie, entérite aiguë, il se produit à son niveau des trmiWes fonctionnels : chûtes (ptoses), spasmes, des phénomènes banaux, tels que constipation, diarrhée, entérite muco-memhraneuse, alfectant des rapports avec les endocrines.
La constipation est un symptôme thyroïdien banal, qui est habituelle dans le myxœdème; ü a son oj^osé dans la maladie de Basedow et dans le thyroïdisme, par excès de corps thyroïde ingéré.
Fréquemment, le traitement thyroïdien agit contre la constipation. Son action acquiert une valeur démonstrative lorsqu’elle est immédiate, continue, progressive, constante, toujours égale à elle-même, transformatrice. J’ai rapporté soixante et un cas, dans lesquels le traitement thyroïdien a été employé, avec succès, contre la constipation.
Je me contenterai de citer deux exemples:
Rhumatisante chronique de soixante-quinze ^s, retenue au lit depuis dix-sept années. Sa constipation était très ancienne et non seule-
ment la malade était obligée d’avoir recours à des procédés variés pour excitér son intestin, mais, en outre, il était nécessaire d’aller à la recherche des matières. Sous l’influence du traitement thyroïdien, la malade peut aller seule à la garde-robe, sans médicament ni aide, tous les jours. Au bout d’un an, il lui fut possible de suspendre la médication, d’autant que l’ingestion du corps thyroïde lui donnait alors plusieurs garde-robes et parfois même une tendance à la diarrhée. Trois ans après le début de la mMication, son intestin restait réglé.
Dans un second cas, il s’agit cette fois d’un enfant de douze ans, atteint de constipation, depuis l’âge de deux ans. Il présente des pieds toujours froids, des mains bleues, une dentition mauvaise, des sourcils peu fournis. Dès les premiers jours du traitement thyroïdien, il se produit une amélioration de la constipation. Puis des doses plus fortes deviennent nécessaires. Le traitement fut prolongé pendant dix-huit mois, et l’intestin fonctionne à présent régulièrement tous les jours, à midi et demi, après le déjeuner. On suspend alors le traitement : l’intestin reste bien réglé.
L’action du corps thyroïde sur l’intestin est plus ou moins rapide. Elle peut être « pierre de touche ».
Le docteur Thooris m’a fait part d’un cas de constipation rebelle, remontant à l’enfance, qui s’est trouvé réglé, depuis un an, après un premier
LES ENDOCBINES
cachet d’un milligramme de corps thyroïde. Le traitement thyroïdien fut, bien entendu, continué.
Parfois le traitement, efficace d’une façon générale, ne donne de résultat, pour la constipation, que tardivement (au bout de 104 cachets, dans un cas). L’excès dans le dosage provoque quelquefois la diarrhée, par une sécrétiÔn exagérée de la muqueuse ou une excitation de i’appaieii neuro-musculaire.
La glande thyroïde n’est pas seule à agjt sur l’intestin. La poudre de surrénale prise par la bouche, les injections de cortico-surrénale inflùencent la constipation. Et de même, les injections du lobe postérieur de l’hypophyse fournissent un résultat souvent extrêmement rapide.
La notion de la constipation thyroïdienne rend compte, étant donnée la fréquence plus grande des troubles thyroïdiens chez la femme, de son existence plus habituelle chez celle-ci, au cours de certains incidents physiologiques de son sexe, de la coexistence de la constipation avec la migraine, etc...
La diarrhée chronique est parfois d’origine thyroïdienne. Elle fait partie de la symptomatologie de la maladie de Basedow, où elle peut être difficile à enrayer. E31e trouve parfois, dans le traitement ovarien, une médication antagoniste. Le traitement thyroïdien, à doses minimes, régularise la diarrhée de l’instabilité thyroïdienne, comme j’en ai publié un premier cas en 1906.
U s’agissait d’une jeune fille, frileuse, fatiguée, boulotte, à mains de cuisinière, atteinte d’eczéma et de diarrhée chronique continue. Le traitement thyroïdien, en même temps qu’il la réchauffa, l’élança, l’affina, fit dispardtre en quelques
cachets la diarrhée qui ne reparut — et du reste Teczéma — dans l’espace d’un an, et d’une façon passagère — que par l’absorption de melon en excès, qu’à l’occasion d’un refroidissement, que par la prolongation du traitement thyroïdien.
Les garde-robes fréquentes cèdent, de même, au traitement thyroïdien, comme dans le cas que j’ai déjà rapporté.
Un enfant de douze ans, atteint de migraines héréditaires, présentait trois garde-robes, en moyenne, par jour, avec selles fétides et presque liquides. Dès les premiers cachets, l’enfant n’eut plus qu’une garde-robe, le matin. Les selles n’étaient plus fétides, la garde-robe était moulée. Le traitement fut continué pour la migraine qui fut guérie et reste guérie depuis une vingtaine d’années. L’intestin demeure réglé.
Autre cas : Sujet de vingt-neuf ans, très maigre, avec refroidissement des extrémités, tendance à la cahitie, à la fatigue matutinale, à la rhinite, à la dyspepsie, à la congestion du visage, à la somnolence après les repas, à la plénitude stomacale. Le tout depuis trois ans. Garde-robes répétées, trois fois en moyenne, avec sensation que l’intestin n’est pas complètement vidé. Le traitement thyroïdien le transforme à tous points de vue : il engraisse de sept kilogs. Il s’établit une véritable régulation de l’intestin; il a, par jour, une garde-robe bien moulée, n’éprouVe pas de sensation désagréable de l’intestin.
Le même sujet fut mis à l’abri d’hémorroïdes qu’il présentait depuis plusieurs années et qui lui survenaient en moyenne deux fois par mois.
LES ENDOCRINES
Je rapproche ces hémorroïdes du prolapsus rectal qu’on peut expérimentalement provoquer chez l’a'Hieau, et qui affecte des rapports avec l’insuffisance surrénie.
L’entérite maco-membraneuse fait partie de l’instabüité thyroïdienne. Elle est souvent combattue avec profit par la thyroïdothérapie. J’en ai déjà parlé à propos du tempérament arthritique.
A l’appareil digestif se trouvent annexées deux glandes qui, par leur sécrétion externe, jouent le rôle important dans les troubles de la digestion.
Le foie. — Le foie est une glande à double sécrétion,
A titre de secrétion externe, il fabrique la bile qui se déverse dans l’intestin et qu’on a appelé « le balai de l’intestin ». 11 emmagasine les produits sucrés venant des aliments sous forme de glycogène et le déverse dans le sang. Le foie a un rôle encore plus complexe. Il contribue en particulier à détruire les poisons, participe à la formation des globules rouges, etc... En qualité de glande endocrine, le foie a partie liée avec le pancréas et joue un rôle important dans le diabète. Il subit le contre-coup du fonctionnement de l’ovaire et associe la plupart de ses fonctions avec celles de la thyroïde. Il prend sa part à la constitution du neuro-arthritisme, de la goutte, de la sénescence précoce. Il joue un rôle dans les troubles du sang (anémie), dans la niqdification de la coagulation sanguine et l’apparition des hémorragies, et aussi dans l’urticaire.
Le foie contribue à la production de troubles nerveux de toutes sortes, comme je l’ai démontré dans ma thèse inaugurale. Il peut être cause, dans les
LE TEMPÈRAMEIÜT
formes graves des maladies du foie, de coma, de délire, de convulsions, de tremblement.
Il provoque, d’autre part, de petits incidents: modifications du caractère, état nerveux, neurasthénie, maux de tête, vertiges, troubles du sommeil, douleurs, démangeaisons, troubles oculaires. Les sujets, atteints de jaunisse, voient parfois jaune et ont rülusion que leur entourage est atteint de la même maladie.
Le phénomène particulier de la diminution de la vue, à la tombée de la nuit, auquel on a donné le nom d’« héméralopie », se rapporte fréquemment au foie.
Dans tous les cas où le foie est en cause, il convient d’utiliser — en dehors de l’hygiène alimentaire et des médicaments classiques qui agissent sur cet organe —, la poudre de foie. Actuellement, on ordonne le foie, en grande quantité, suivant une méthode qu’on appelle la méthode de Whipple. Elle s’applique aux cas d’anémie, et fournit même des succès dans l’anémie pernicieuse.
On fait absorber au malade le foie cru, mais dissimulé sous forme de soupe, de sandwiches, de boulettes et même — indice des temps et de l’influence américaine — sous forme de cocktails. Devant la répugnance de certains malades à avaler, chaque jour, deux cent cinquante grammes de foie cru, niême déguisé, les spécialistes ont trouvé moyen de fabriquer des ampoules à boire qui représentent le suc du foie cru.
Le pancréas. — Cét organe possède, lui aussi, une double sécrétion. Par sa sécrétion externe, il fabrique le suc pancréatique, qui se déverse dans l’intestin, et prend part à la digestion des diverses categories d’aliments, en particulier des graisses. Aussi utüise-t-on, chez les sujets <pi présentent de l’insuffisance des fonctions intestinales, de la poudre de
LES ENDOCRINES
pancréas, la pancréatine.— A titre d’appareil à sécré- ^n interne, localisée à une partie de la glande qu’on appelle «les îlots», le pancréas fabrique une substance qui, à cause de son origine, a été dénommée l’insuline.
L’insuline prend une part importante à la régulation du sucre dans l’organisme. Elle est devenue un remède de choix dans les formes graves et les complications du diabète, y compris dans le coma diabétique, accident auquel on succombait fatalement, avant l’emploi de ce précieux agent opothérapique. La découverte de l’insuline a transformé la gravité et le traitement du diabète; elle a apporté un argument de première valeur, en faveur de la théorie endocrinienne et de l’opothérapie, en général.