‹ Le tempérament et ses troubles. Les glandes endocrinesChapitre 4 sur 57 · MUSÉE DES ABERRATIONS ENDOCRINIENNES · texte numérisé non relu

MUSÉE DES ABERRATIONS ENDOCRINIENNES

La Cour des Miracles

Parmi les arguments, qui militent en faveur du mécanisme endocrinien des tempéraments, il faut mettre en avant le lien, qui en rattache chaque variété ; le thyroïdien, l’hypophysaire, le surrénalien, etc.., aux maladies des glandes correspondantes, autrement dit, le lien qui unit les cas nettement anormaux à ceux qui sont à la limite de l’état normal. L’étude des familles endocriniennes, qui sera poursuivie plus loin, permet de dégager cette conclusion, pleine d’intérêt pour le philosophe, et qui se résume ainsi : des maladies extrêmes de Vendocrinologie, de véritables aberrations de la nature, se rattachent, en fait, par une série d’intermédiaires, à des états endocriniens physiologiques.

Supposons cette démonstration établie; il en résulte que les maladies endocriennes sont comme la caricature des tempéraments endocriniens et, inversement, que les tempéraments endocriniens sont comme les réductions, la miniature de ces maladies.

Maladies et tempéraments, par troubles d’une glande déterminée, la thyroïde, par exemple, représentent des étages différents d’une même construction thyroïdienne. Le tempérament normal est à l’entresol; la nervosité, par surfonction thyroïdienne, est déjà -’au premier étage; la maladie de Basedow, est au septième; le goitre, suivant les cas, sera à un des étages intermédiaires. Mais, si certaines maladies occupent ainsi des étages élevés, il en existe d’autres qui se logent dans les sous-sols et même dans les caves. Au-dessous du tempérament hijpothyroïdien, <pii porte au refroidissement et à la lenteur et que je place au rez-de-chaussée, se trouve le myxoedème, qui plonge dans les bas-fonds de la construction. Un ascenseur, qui correspond au fonctionnement de la thyroïde, passe du faîte au soubassement de l’édifice, et s’arrête, suivant le fonctionnement de la thyroïde, à un étage variable.

La COMPLEXITÉ des faits nécessite une nouvelle comparaison. Il est rare ^e le trouble d’une glande soit orientée dans une direction unique. Par suite de la tendance naturelle au rétablissement d’un équilibre troublé, tendance qui est souvent dépassée, une glande, la thyroïde, que je prends encore comme exemple, si elle fonctionne insuffisamment, manifeste, par contre, des sursauts d’activité, des échappées de fonctionnement exagéré; et, si elle fonctionne trop, présente ensuite des périodes d’épuisement.

On peut comparer ces états de déséquilibre aux ébats du danseur de corde. Lorsque l’équilibriste a une tendance à pencher d’un côté, un mouvement de rétablissement le remet d’aplomb. Par contre, un mouvement trop brusque le fait tomber du côté opposé.

Cet avertissement — un peu technique — était nécessaire, avant d’entrer dans l’explication de termes médicaux qui, revenant fréquemment au cours de cet ouvrage, ont besoin d’être définis dès le début. Que le lecteur se rassure, il ne sera dit que l’indisl^^nsable; qu’il s’arme de patience, les explications

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seront aussi simples, aussi concrètes que possible; qu’il ne se trouble pas devant l’évocation de ces anomalies.

Les maladies, qui vont être rapidement passées en revue, sont heureusement exceptionnelles. Réunies, elles constituent un Musée des Aberrations de la nature, une sorte de « Cour des miracles », digne du Grand Guignol.

Les maladies endocriniennes sont dues à une insuffisance ou à un excès de fonctionnement des glandes endocrines.

A. — Les maladies thyroïdiennes sont dues à une insuffisance ou à un excès de fonctionnement de la GLANDE thyroïde.

On donne ce nom à un organe, relativement volumineux, placé à la région antérieure du cou, superficiel, qui emboîte dans sa concavité la trachée et l’œsophage et qui suit, dans ses mouvements, le conduit laryngo-trachéal. Le corps thyroïde est surtout visible dans le mouvement que le sujet fait pour avaler.

L’insuffisance de la glande thyroïde se traduit sous forme de myxœdème, connu depuis cinquante ans environ. Le myxœdème (gonflement muqueux) se manifeste par une infiltration spécial de la peau, qu’un seul coup d’œil fait rereconnaître, chez tous les sujets atteints de cette maladie, comme s’ils appartenaient à une seule famille. Il comporte des troubles intellectuels plus au moins accentués.

Il est en rapport a-^^ec l’absence, l’atrophie ou l’altération profonde de la glande thjTroïde.

Lorsqu’un sujet naît avec le myxoedème, il reste nain. Il peut mesurer, comme le myxoedémateux, qu’on appelait « le pacha de Bicêtre », 0 m. 90 à \4ngt ans. Son intelligence ne se développe pas; il présente de l’idiotie; il vit d’une vie purement végétative: c’est l’homme-plante.

Lorsque le myxoedème est acquis, ce qui se rencontre, en particulier, chez les femmes à l’âge adulte, c’est la torpeur, l’apathie, la somnolence qui prédominent. Tout est au ralenti, chez ces malades; ils sont mous, lents, n’aiment pas à se déplacer, ont une tendance à engraisser, perdent leurs cheveux, etc...

Fait capital, lorsqu’on soumet un myxœdémateux au traitement thyroïdien, on le développe, on le transforme. S’il s’agit d’un myxœdème acquis de l’adulte, on a la joie d’obtenir une véritable résurrection du malade.

Les PHOTOGRAPHIES ci-jointes démontrent mieux que toute description la transformation possible d’une petite myxœdémateuse de l’enfance, véritable monstre que l’on regardait dans la rue, en une personne, restée petite à vrai dire, mais d’apparence normale. (PI. I, fig. 1 et 2; PL II, fig. 3 et 4.)

D’autres photographies prouvent la nécessité, lorsque la glande n’existe pas chez un malade, de poursuivre, d’une façon continue, chez lui, la médication thyroïdienne. Un enfauL qui ne

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pouvait ouvrir les yeux, du fait même de ce gonflement, qui a donné son nom au myxœdème, est transformé au bout de six mois. Neuf mois après la suspension du traitement, on le revoit dans un état intermédiaire entre l’état de la maladie et l’état de pseudo-guérison. (PI III, fig. 5, 6 et 7.)

Au myxœdème se rattache le crétinisme qu’on observe dans les vallées des hautes montagnes. Les crétins, à peau bouffie et infiltrée, sont des myxœdémateux porteurs de goitres, c’est-à-dire d’une tumeur de la glande thyroïde, qui a détruit le fonctionnement de cette glande. Il existe une variété de crétins maigres, mais chez qui plusieurs glandes endocrines sont à la fois intéressées.

Le crétin complet manque complètement d’intelligence, mais le crétinisme peut présenter des degrés moins accentués, semi-crétins, crétineux. Là encore, la médication thyroïdienne lorsqu’elle est appliquée de très bonne heure, fournit des résultats tout à fait encourageants, parfois même surprenants.

^ Je viens de prononcer le mot de goitre; on l’applique à toute augmentation de volume permanent de la glande thyroïde. Il se développe, de préférence, dans les pays de montagne, en rapport avec des défauts dans les qualités de l’eau, en particulier l’absence d’iode. Mais les défectuosités du tempérament provoquent également une réaction de la glande thyroïde sous forme de goitre, goitre simple de jeune fille, goitre de tempérament, qui bénéficie du traite-

ment thyroïdien, comme le démontrent les photographies. (PI. IV, flg. 8 et 9.)

Parnii les diverses formes du goitre, il existe une variété à laquelle on a donné le nom de GOITRE EXOPHTALMIQUE OU MALADIE DE BaSEDOW.

(PI. V, fig. 10 et 11). Elle se traduit essentiellement par une saillie des yeux, les projetant hors de l’orhite, par un goitre plus ou moins volumineux, animé de battements artériels, par des battements de cœur, par des manifestations nerveuses, par de Famaigrissement, par de la diarrhée, des démangeaisons, etc. Cette maladie est due à une fonction exagérée de la glande thyroïde. On la combat, en neutralisant la sécrétion excessive de la glande par une opothérapie régulatrice et antagoniste, par les rayons X, ou en procédant à des interventions chirurgicales.

Myxoedème et maladie de Basedow sont des chefs de file d’états qui, par dégradations successives, arrivent aux tempéraments d’insuffisance et de surfonction thyroïdiennes. Ces états maxima et intermédiaires,'descendant jusqu’aux tempéraments, se rencontrent souvent chez les membres d’une même famille.

B. — La GLANDE HYPOPHYSE, par les troubles de ses fonctions, cause, à son tour, les maladies HYPOPHYSAIRES.

L’hypophyse, ou glande pituitaire, est renfermée dans le crâne, incluse dans une petite encoche osseuse qu’on appelle la selle turcique, qui se trouve visible aux rayons X. On peut déjà, d’après le dév^ loppement radiographique de la seUe turcique, dé-

:-Si

Planche II

transformation par le traitement thyroïdien

Planche III

MYXŒDÈME CONGÉNITAL

Planche IV

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