‹ Le tempérament et ses troubles. Les glandes endocrinesChapitre 40 sur 57 · VI. — Intersexualîté · texte numérisé non relu

VI. — Intersexualîté

J’aborde un sujet un peu délicat à traiter, en ce gui concerne l’espèce humaine, mais dont la botanique et la zoologie nous fourniront la base.

En Botanique, le terme A’hermaphrodite s’applique à des végétaux qui ont, dans une même fleur, l’androcée et le gynécée, les étamines et le pistil.

Le terme d’hermaphrodite s’applique, en Zoologie, à des êtres qui, comme la sangsue, ont une glande mâle et femelle distincte, et à des êtres qui, comme l’escargot, ont une glande unique mâle et femelle.

Les expériences retentissantes de Pézafd, chez les gallinacés, ont percé les mystères du problème passionnant de la sexualité et de l’intersexualité. Je schématise les résultats de ses expériences.

Pézard enlève aux poules leurs ovaires et leur greffe des testicules de coqs.

Il obtient des chaponnes qui ont le plumage, la crête et le comportement (ardeur belliqueuse, chant) du coq.

Il enlève aux coqs leurs testicules et leur greffe des ovaires. Il obtient des chapons qui ont le plumage et le comportement des poules.

En greffant, à des poules castrées, à la fois des ovaires et des testicules, il réalise des être hermaphrodites qui, en hiver, se comportent comme des poules et comme les coqs, en été.

Par ailleurs, à un moment du développement des oiseaux et aussi des mammifères, les animaux qui, normalement, sont à sexes séparés, commenceraient par être hermaphrodites et l’on ne sait pas alors quel sera le sexe de l’individu adulte.

La théorie de l’hermaphrodisme primitif sert à expliquer les cas accidentels, qu’on rencontre, par exemple, chez le crapaud.

Dans Vespèce humaine, entre les formes extrêmes des sexes définis, s’interpose une variété d’inividus à sexualité intermédiaire. Ce sont les intersexuos.

L’intersexualité a donné lieu à des fables mythologiques. Je rappelle qu’Hermaphrodite qui, comme l’indique son nom, était fils d’Hermès et d’Aphrodite, se remarquait à quinze ans par une merveilleuse beauté. Or, il s’était baigné dans une fontaine, à laquelle présidait la nymphe Samacis, qui s’éprit du bel adolescent. Elle l’enlaça étroitement et demanda aux dieux d’unir leur corps en un seul. Ce vœu fut exaucé. Hermaphrodite donna son nom aux êtres bisexués. La peintime, la sculpture ont reproduit à foison le personnage fabuleux. Il a été fixé dans le marbre par Polyclès (d’Athènes), et des répliques de son Hermaphrodite se trouvent, en particulier, au musée du Louvre et à Florence.

La littérature s’est emparée, à son tour, de ces états intersexuels. Récemment, sous le nom de « Sexes de carnaval », M. G. Montorgueil a consacré un article à un certain nombre de sujets, hommes et femmes, qui ont défrayé la chronique.

Le prétendu colonel Parker était en réalité Mrs. Valérie Smith. Elle avait épousé la fille d’un pharmacien de Brighton qui, loin de se plaindre de sa méprise conjugale, déclara ne s’être jamais aperçue que son mari n’était pas un homme.

Un inspecteur général du Service médical des armées anglaises, James Barry, ne livra qu’en mourant le secret de son sexe.

D’Eon, qui joua un rôle important dans la diplomatie secrète de Louis XV, était d’une jolie force à l’épée, et soldat dans les dragons, il s’était montre intrépide sous le feu. Mince, de petite taille, imberbe sans le secours du rasoir, il était farouchement vertueux. On ne lui connaissait aucune liaison avouée.

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n fut accusé par l’Ambassadeur de Guercby, qu’il avait rendu indésirable à Londres, d’être ime femme.

Du point de vue médical, ce sont essentiellement les transformations de Yovaire qui donnent lieu au virilisme. Elles se produisent du fait de la ménopause et des tumeurs de l’ovaire. L’activité des éléments féminins de cette glande s’atténue alors. Par contre, se développe l’activité d’éléments masculins, inclus dans l’ovaire, et restés latents pendant la période de sexualité normale.

Les ovaires ne sont pas seuls à intervenir dans l’apparence morphologique et dans le caractère psychologique des bisexués.

Du fait même de l’intrication d’action des glandes endocrines, les glandes virilogènes: hypophyse et surrénale, prennent leur part, nous l’avons vu, au déterminisme du sexe.

Parmi les troubles qui frappent facilement l’attention, l’apparition de barbe, chez la femme, a donné lieu à des interprétations multiples.

En étudiant la question des femmes à barbe, j’ai signalé cinq cas de femmes atteintes de tumeurs de l’hypophyse, et qui n’étaient pas menstruées. Leur barbe disparut, leurs règles revinrent après la suppression de la tumeur. Par opposition, j’ai rapporté l’observation d’un garçon de 27 ans, obèse, ayant dépassé 200 kilogs, dépourvu des attributs de son sexe, et à qui, par un traitement hypophysaire auquel j’ai adjoint, ultérieurement, l’opothérapie testiculaire, j’ai procuré une barbe (et un système pileux sur le

Le problème de l’apparition de la barbe, chez les femmes, ne peut être tranché par une solution univoque. Trois possibilités sont admises.

Cette anomalie se rattache à des troubles endocriniens, comme en témoigne la fréquence du diabète et des psychopathies des femmes barbues.

Par ailleurs, les femmes à barbe (parmi lesquelles figure Sainte Vilgeforte), le seraient par atavisme.

Brandt, au contraire, considère les femmes à barbe comme les pionniers de générations futures. La barbe serait une acquisition en voie de développement. Au cours du temps, la femme deviendra, sous ce rapport, l’égale de l’homme (Hofbauer).

A cette question se rattache celle des velus qui a fait l’objet de recherches très curieuses de MM. Ledouble et Houssey.

Pour ce qui est des femmes velues, j’ai reproduit une « Madeleine » de Tilman Riemenschneider, que j’ai vue au Musée National de Munich, et qui portait certains caractères de « Marie l’Egyptienne ». Son système pileux était développé sur tout le corps. Cette disposition a eu pour but, d’^après le P. Cahier, de faire un manteau à ces saintes, vivant dans le désert et privées de vêtements. On l’attribue, d’autre part, à la continence.

Si l’on envisage la clinique journalière, on s’aperçoit que les états intersexuels sont loin d’être exceptionnels. Les êtres humains sont simultanément des hommes et des femmes, à des degrés variables, Ils unissent à leur sexe prédominant, un coefficient variable de sexualité opposée.

Mon distingué confrère Maranon vient de consacrer une étude des plus documentées à la question des INTERSEXUELS.

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On donne le nom de uirilisme aux modifications du tempérament de la femme qui la rapprochent de l’homme.

Je signale tout d’abord quelques exemples tirés de ma pratique :

1° Une de mes clientes, d’ailleurs extrêmement féminine, au moment où j’examine ses mains, me dit : « Oui, je sais, j’en suis assez navrée. J’ai les mains d’un homme. »

Je relève alors quelques autres particularités, d’ordre-masculin.

Dans son enfance, on la disait un garçon manqué. Elle a poussé fort loin ses études, contre le gré de ses parents. Elle ne se sent bien à l’aise que lorsqu’elle est habillée en robe tailleur. Elle préférerait se laisser choir à terre quand on veut l’aider à descendre d’auto. Etrangère, elle me raconte que, dans son pays, elle était facilement courtisée par des jeunes gens équivoques.

2° Une dame, mère de quatre enfants, présente elle aussi de grandes mains et une éeriture masculine.

Déshabillée, elle se présente comme un grand adolescent, longiligne, microsplanehnique, à poitrine plate, à hanches étroites. Sa voix au téléphone est celle d’un garçonnet.

Dans son enfance, on l’appelait Sopbia (la sagesse) et ses parents ne prenaient pas de décision importante sans la consulter- Elle exerce sur son entourage un ascendant qui la surprend.

mais qui est dû à une volonté ferme, dépendant comme le développement de ses mains, de la glande hypophyse.

3” Je suis consulté par une personne très intellectuelle; son caractère masculin se traduit par de grandes mains, une écriture qui tient le milieu entre celle de l’homme et de la femme.

Elle est recherchée par des femmes et des jeunes gens efféminés.

4“ Sujet maigre, longiligne, à thorax et abdomen étroits. Elle n’a jamais eu d’enfant. Elle adore les travaux de force, de jardinage par exemple. Ses bras très longs se terminent par de grandes mains. Quand on répond à ses lettres on lui écrit facilement « Monsieur ».

5“ Une sœur de cette personne, qui fut, pendant la guerre, une infirmière de très grand dévouement, a l’aspect un peu masculin et une écriture franchement masculine. Elle a manifesté une ménopause très précoce.

6“ Une dame, présentant de la tendance à la calvitie, une voix de contralto, une volonté ferme, a une fille qui manifeste des tendances au gigantisme.

7" Masculine aussi, cette grande jeune fille, à mains et à vertèbres d’homme, avec bassin étroit, et dont la mère a assisté à l’accroissement de ses extrémités à propos de grossesses successives.

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En résumé, le virilisme se traduit, dans le domaine physique, par l’accentuation des traits de la face, le développement musculaire avec accroissement de la force, l’exode püaire sur le visage et sur le corps, la transformation de la voix, ITiypertropliie des extrémités, l’écriture d’homme, la calvitie, à type masculin, qui n’est pas rare chez les inteUectueÙes.

Certaines particularités: telles la glycosurie, l’hypertension artérielle, l’artériosclérose, tiennent à l’excès de fonction de la surrénale, cause du féminüisme.

Le développement des extrémités, l’épaississement des parties molles du visage, des sinus de la face, dénotent leur origine hypophysaire.

Psychiquement, ces masculines présentent une grande activité, de la facilité pour les études mathématiques, une grande volonté qui va jusqu’au besoin d’autorité, de la fermeté de caractère. Maranon a insisté sur quelques autres particularités psychiques : l’absence de l’instinct maternel, la domination conjugale, l’indifférence sexuelle ou les chaudes amitiés avec d’autres femmes. Ces « viriles » recherchent volontiers des maris à caractère faible.

J’emprunte deux spécimens de femmes masculines à la littérature :

Une des « Don Juanes » de Marcel Prévost, Camille Engelmann, est un homme par l’intelligence et l’énergie. « Je l’ai vue à l’œu^Te à l’âge de vingt-trois ans, quand elle venait de passer sa licence ès-sciences », dit un personnage. Et pendant la guerre, elle a montré « la conduite d’un brave, d’un homme brave >. Là aussi, elle fut un homme. Alors « tout ça n’empêche pas

qu’ayant un génie d’homme, une volonté d’homme, une conscience d’homme et un courage d’homme, elle a aussi un tempérament d’homme. » Mess^ine, non. Elisabeth ou Catherine « historiques consommatrices de mâles >,

Anatole France présenté ainsi Miss Bell dans Le Lys rouge :

Laide et gentille, les cheveux courts, en veste, une chemise d’homme sur sa poitrine de garçon, presque gracieuse, avec très peu de hanches.

Ce que A. France décrivait, somme toute à titre d’exception, est devenu habituel. La mode des sports, qui a entraîné les femmes à se faire couper les cheveux, à porter des robes courtes, leur passion de fumer, a virilisé leur apparence. Mais le « Crépuscule des femmes » dit E. Jaloux, tient surtout à un ensemble de mœurs, d’idées, de manières de voir, qui tend à faire de la femme ce qu’il appelle « un homme surnuméraire ».

Le féminilisme chez l’homme fait pendant au virilisme chez la femme.

Il n’est pas rare de voir, au moment de la puberté, des garçons avec la morphologie féminine.

On le constate, en particulier, chez des obèses. Ils pnt de longs cheveux, une disposition féminine et hypophysaire de la graisse, au pourtour du bassin, aux cuisses et aux fesses, aux bras, à la région mammaire, une peau particulièrement blanche.

On les prendrait volontiers pour des fillettes-

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J’ai vu ainsi, sous l’influence de la suralimentation, un petit garçon prendre l’aspect d’une petite fille, avec atrophie testiculaire.

Souvent, un sujet, à l’âge de la puberté, est pris, lorsqu’il est photographié en maillot, pour une fillette.

Dans les cas plus accentués, il y a absence de poils sur le corps, voix féminine. A ces sujets, on répond < Mademoiselle » au téléphone. Les membres inférieurs, surtout les jambes, sont trop développés par rapport au buste et à la tête. Le bassin est élargi. Les muscles du squelette sont faibles. Les glandes mammaires sont développées ou le paraissent, par développement graisseux de cette région. Ils ont un rudiment de taille féminine. L’appareil sexuel est insuffisant dans son développement; et son fonctionnement est amoindri, défectueux ou nul. Ces sujets sont affectueux, timides, ont une grande douceur dans le regard'; ils manifestent facilement des troubles vaso-moteurs, sont hypersensibles.

On retrouve tous ces traits dans le personnage suivant :

70. Féminilisé n’a jamais eu de goût pour la lutte sociale; il est incapable de la ténacité nécessaire, pour acquérir la richesse ou la gloire. Lorsqu’il s’est agit pour lui de choisir une profession, il a hésité entre la carrière diplomatique et la carrière militaire, et il est finalement devenu fonctionnaire. Resté célibataire, car il ue se sent pas en état de s’attacher à une seule compagne, il a vécu en Don Juan. Il se montre en outre, comme Narcisse, très épris de sa personne, est coquet, s’intéressant beaucoup à la

mode aux vetements. Il se complaît dans un alettantisme^d’artiste et adore 1 ^ arts!^ans t prati^er. En tout bien tout honneur 7 ? . ^ tracté de franches amitiés et se montre pour^^ amis, dévoué, désintéressé, généreux. Devant ks

Femmelette (70 bis), son cousin, présente avec lui bien des traits de ressemblance. Il est devenu couturier. G est un homme d’intérieur, qui se passionne pour les soins du ménage, et qui a surveille avec amour tous les détails de son installation Suivant la loi des contrastes, d’après laquelle Feminilisé recherche Virile, il a épousé son associée, femme de tête, à qui il a abandonne la direction des intérêts de sa maison.

Les deux cousins présentent quelques attributs physiques féminins : Us ont de petites mains, de petits pieds, une écriture de femme et s adonnent volontiers aux ouvrages du beau sexe. Pendant que les dames bridgent, ils se livrent, eux, à des concours de broderie et de tapisserie.

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