XII INTRODUCTION
ment trahi , ne se serait à coup sur jamais contenté pour ses écrits de l'éternel silence du tombeau.
Sainte-Beuve, ce maître de la critique, qui joignait à un rare savoir un sens et un jugement parfaits, a dit que le Temple de Gnide était une erreur de goût et une méprise de talent. C'est, en d'autres ternies, l'opinion déjà citée de La Harpe.
Montesquieu composa le Temple de Gnide pour plaire à mademoiselle de Clermont , princesse du sang de Condé. Il avait à ce moment trente-cinq ans et un penchant singulièrement prononcé pour les fadeurs : parmi celles-ci on peut ranger le poème en prose qui nous occupe. Montesquieu, le galant par excellence, le plus aimable des anciens présidents à mortier, était , en dépit de sa solide philosophie , très-facilement sous le charme. Les femmes ayant ordonné , et ordonné avec ce ton exquis et divinement gracieux qui était le propre et le langage habituel d'une société trop vite disparue, il fallait obéir et s'exécuter sans retard. Ennemi naturel de la poésie et des versificateurs , Montesquieu écrivit en prose ce poème, qui dut incontestablement lui coûter une peine et un soin trèserands^.
1 . 11 y a dans le Temple de Gnide certaines phrases qui feraient croire que l'ouvrage a d'abord été écrit en