INTRODUCTION. XVII
peut-être certaines idées étaient-elles étrangement placées dans le cerveau duquel devait un jour sortir TEsprit des Lois; mais, au moment où il écrivit le Temple de Gnide, Montesquieu, sous le charme des femmes de son entourage, reçu à l'envi chez toutes et flatté partout sans réserve, était aussi à cet âge où les scrupules sont les mêmes que plus tard, mais pourtant moins rigoureux. Il ne sut pas résister assez à Vépanchement d'une ctuvre qu'il n'avait écrite — et c'est là son excuse s'il en avait besoin — que pour obéir à des ordres charmants. Dans la suite, sa pensée devait être plus discrète; il devait s'habituer à la retenir, sans céder aux obsessions futiles, et à la mûrir, pour les grands et nobles travaux qui ont fait seuls toute sa gloire.
On n'osera jamais dire de Montesquieu qu'il recherchait le scandale. D'ailleurs, quand il écrivait ces poèmes, bien plus galants que libertins, il laissait encore entrevoir, à travers les tableaux les plus voluptueux, le grand philosophe qui savait, à son gré, oublier les méditations les plus profondes ou les occupations les plus graves pour obéir à des caprices littéraires dans lesquels se révèlent les différents caractères d'un esprit supérieurement doué.
Montesquieu sut abandonner assez tôt ce genre frivole, qui l'avait tenté sans jamais V accaparer tout entier^ et l'on peut dire de lui à ce sujet ce