‹ Le temple de GnideChapitre 22 sur 25 · PREMIER CHANT. I · texte numérisé non relu

PREMIER CHANT. I

Ceux qui n'ont point donné leur cœur sont des profanes, qui ne peuvent pas entrer dans le temple: ils adressent de loinjeurs vœux à la déesse, et lui demandent de les délivrer de cette liberté, qui n'est qu'une impuissance de former des désirs.

La déesse inspire aux filles de la modestie, et les fait estimer au prix que l'imagination , toujours prodigue, y sçait mettre.

Mais jamais, dans ces lieux fortunez , elles n'ont rougi d'une passion sincère , d'un sentiment naïf, d'un aveu tendre.

Le cœur fixe toujours lui-même le moment auquel il doit se rendre ; mais c'est^une profanation de se rendre sans aimer.

L'Amour est attentif à la félicité des Gnidiens; il choisit les traits dont il les blesse. Lorsqu'il voit une amante affligée, accablée des rigueurs d'un amant, il prend une flèche trempée dans les eaux du fleuve d'Oubli. Quand il voit deux amants qui commencent à s'aimer, il tire sans cesse sur eux de nouveaux traits. Quand il en voit dont l'amour s'afîoiblit, il le fait soudain renaître ou mourir, car il épargne toujours les derniers jours d'une passion languissante : on ne passe point par les dégoûts avant de cesser d'aimer; mais de plus grandes douceurs font oublier les moindres.

L'Amour a ôté de son carquois les traits

cruels dont il blessa Phèdre et Ariane, qui, mêlez d'amour et de haine, servent à montrer sa puissance, comme la foudre sert à faire connoître Tempire de Jupiter,

A mesure que le dieu donne de l'amour, Venus donne des grâces.

Les filles entrent chaque jour dans le sanctuaire pour faire leur prière à Venus. Elles y expriment des sentimens naïfs comme le cœur qui les fait naître. « Reine d'Amathonte, disoit une d'elles, ma flâme pour Tircis est éteinte: je ne te demande pas de me rendre mon amour; fais seulement qu'Ixiphile m'aime. »

Une autre disoit tout bas: «Puissante déesse, donne-moi la force de cacher quelque tems mon amour à mon berger, pour augmenter le prix de l'aveu que je veux lui en faire. »

« Déesse de Cythere , disoit une autre, je cherche la solitude; les jeux de mes compagnes ne me plaisent plus : j'aime peut-être. Ah! si j'aime quelqu'un, ce ne peut être que Daphnis. » Dans les jours de fêtes, les filles et les jeunes garçons viennent reciter des hymnes en l'honneur de Venus : souvent ils chantent sa gloire en chantant leurs amours.

Un jeune Gnidien, qui tenoit par la main sa maîtresse, chantoit ainsi : « Amour, lorsque tu vis Psiché, tu te blessas sans doute des mêmes traits dont tr. viens de blesser mon cœur : ton

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