INTRODUCTION. III
voile d'anonyme qui les couvrait n'était pas une excuse suffisante, et, malgré cette atténuation sans valeur, elles complétaient insensiblement le bagage de la littérature immorale et fade que vit éclore la fin du XVIW siècle. En hébétant les esprits, en les corrompant d'une manière fatale, cette sorte d'écrits dut mettre dans les âmes trop faibles la démence et la férocité stupide qui marquèrent les journées sinistres de la Révolution. Celle-ci était destinée à ctre l'épilogue sanglant de la Régence, du règne essentiellement galant de Louis XV, et de toutes ces années trop remplies de vice et d'impureté.
Les idées nouvelles de Montesquieu, de Voltaire, de Rousseau, de Diderot, les hardiesses comiques de Beaumarchais préparèrent indiscutablenient les réformes et les événements qui constituent les côtés utiles du mouvement de 1789; mais il faut de même reporter aux ravages causés par la littérature énervante de cette époque licencieuse du XVIW siècle les scènes de meurtre et de carnage qui changèrent trop vite la Révolution en une période de sanglante folie. Les bourreaux — et parmi eux l'on compte des poètes libertins — avaient succédé aux philosophes : quant à ces derniers, la suite des événements fait parfois oublier qu'ils payèrent de la vie leurs dangereuses illusions.
En dépit de la grandeur et du génie, qui sont