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LE SABBAT

ÏÂt» familjers de la chasse aux piqoo^^tes rraicontre»t soareot sur les coDines herbues des bandes circolaires d^on rert plus sombre, où la T^étation plus Umiïuft est aussi plus haute de moitié. Très souvent hémicjcUqjaeSj épanouies parfois en une parfaite cir- ^^onférence, ces bandes différent de diamètre et de lar fçeur : elles semblent tracées au compas et s'empour preni à Tautomne d*un diadème d'oronges et d'autre cryptogames aux vives couleurs.

Une vieille tradition nous affirme que les Fées on dafii»^5 là leur ronde, au clair de lune

Kt, comme les Fées — innocentes et folâtres déités à b Nature — ne vont jamais sans la baguette de mé tamorphoses à la main et le sourire de la bienveil bnc^5 aux lèvres, leur joie exubérante s'épanche au tour déciles en dons merveilleux, et sous leurs pa légcrn Therbe croît en abondance, et la nuit s'éclair' aux lueurs phosphorescentes de leur vol argenté.... KlUtn sont la Vie même, incamée dans la splendeu dcH formes féminines ; elles sont l'Amour qui fécond tout d'un rayon de ses doux yeux!

...Mais n'as-tu pas vu, près des ruines décriées qu hant(înt les mauvais esprits, à l'entour des cimetière

LB 80RGIBR 183

Lélaissés ou sur rescarpement des falaises croulantes, ràpres traînées où l'herbe ne pousse jamais, comme d quelque souffle impur avait, en passant là, stérilisé a glèbe?

— Avance : une haleine glacée a couru dans tes cheveux... Prends au long de ces broussailles as ministre apparence; un instinct infaillible te guide ivec des frissons... Laisse à ta gauche la mare auso wrciers^ cette flaque d'eau croupissant dans un creux et que dissimule une ramée de saulaie au feuillage blêmi. Les traditions naïves du peuple t'en défendent l'approche : ces marécages ombragés de pâles arbustes très bas, ce sont autant de soupiraux d'enfer ! — 0 fées ! bonnes fées I vous n'habitez pas là : où donc âtes-vous ?

Ne l'as-tu pas senti ? — Un fantôme t'a pris la main; c*est lui qui te guide et tu obéis en silence à son

étreinte Vous remontez la pente abrupte où les

buissons roux semblent des spectres accroupis dans les vapeurs du crépuscule.

Un pli de terrain est à franchir encore ; te voilà sur la crête : le sentier aboutit à une lande solitaire ; l'herbe très rare est jaune par endroits...

Devant toi se dresse un édifice sauvage Approche encore, c'est un dolmen : tu vois la pierre gigantesque, où le couteau sacré des druides s'empourprait au sacrifice prescrit, en l'honneur de Thor et de Teutad.

La nuit est tombée tout à fait.

Mais voici qu'un clair sinistre et sanglant frappe

U4 L£ TEMPtM BB SàTA3(

^antique aotel da Moloch de la Celtide. Od dirait du MBg et c*cû est — peat-être !

Allons ! la lone s*est lerée toate rooge à llioriion des bois, aa loin ; la scène s*éclaire d'un jour étrange; Tair pèse, fétide et cronpissant

Hais, comme oo sooflle erraot de Iwasîcr refirokfi. Dans le tsI qui revêt ooe étrmnge flgare, L'q Teot tiède, muet et de maorus augure Booflfe sur riieri>e rare et le boisaoa roidi *...

Maintenant que la lune énorme et qoi s'élère avec lenteur éclaire bien la lande, précisant les objets d'abord indistincts. . . est-ce un sentier, dis-moi, cette bande circulaire et qui contourne le dolmen ?

Ce n*est pas un sentier. L'herbe y est tondue et comme ravagée par une vapeur corrosive, à fleur de sol. C'est tout le contraire du rond des fées.

La fécondité, la vie ont disparu.

Quelques minutes encore et la mort va vomir tout les spectres de son empire ^ : ce sont d'indécises larves

< Maurice Roluïiat : Les Névroses, L'allée des Peupliers.

' Nos renseignements sont puisés dans un grand nombre d'auteurs. Citer nos autorités à chaque détail serait chose fastidieuse, insoutenable à toute ligne, il faudrait des renvois.

Se reporter de préférence à Rogoet, Discours exécrable des Sorciers, Lyon, 1610, in-8. — Nicolas Remigios, Demonolatria, Lugriuni, 1595, in -4. — Rodin, Demonomanie, Paris, 1580, in-4. — Le Loyer, Histoire des spectres, Paris, 1605, in-4. — Jacques d'AuTin, La Crédulité sçauante. Lyon, 1674, in-4. — Del Rio (traduit par Du Chesjie), Controuerses magiques, Paris, 1611, petit in-8. -- Binsfeldids, De confessionibus malejicorum, August. Trcv..., 1:')91, in-8. — Taillepied, Apparition dss Esprits. Paris, 1588, petit in-12. — Dom Calmet, Esprits et Vampires,

qui oscillent et se condensent avec peine; crapauds volants, crocodiles dont Tœil flambe et brusquement alterne; dragons aux gueules d'hippopotame, aux ailes de chauves-souris; énormes chats aux pattes molles et incertaines, comme des tentacules de pieuvre... Voici descendre des femmes toutes nues, hurlantes et farouches et échevelées, caracolant sur un balai qui

rue et se cabre tour à tour

Nous sommes au Sabbat !

Une sorcière incante, accroupie au pied du dolmen : une poignée de verges a pris feu dans sa main droite ; elle trempe deux doigts de sa main gauche dans une cruche de grès, entre ses genoux. — Aye Saraye l crie-t-elle, Aye Saraye ^ /... Une lueur point au fond de la cruche, et voici qu'un petit animal s en échappe, léger, preste, et de la grosseur d'un écureuil : c'est Maître Léonard.

La sorcière s'est levée en signe de respect. Léonard, en une seconde, a grandi de deux mètres ; c'est à cette heure un bouc monstrueux aux cornes torses. La vague fluorescence que tout son corps semble exhaler comme une pâle atmosphère se perd en spirales et pue étrangement.

Mille feux follets voltigent çà et là, par la lande.

Paris, 175i, 2 vol. in-12. — Garinrt, Histoire de la Magie. Paris, 4818, in-8. — Michelet, La Sorcière. Paris, 1862, in-i2. — Paul Adam, Être. Paris, 1888, in-12

^ Par corruption de l'hébreu n^HK 1tt?N n^HK {yEhieh asher jEhieh) : l'Être est TÊtrc.

Soudain l'un paraît s'élancer, crépite et soudain se fixe entre les cornes du Diable-

Car c'est le Diable, que ce Maître Léonard 1...

Des quatre coins de l'horizon l'on voit accourir, des quatre points cardinaux de Tair on voit fondre pêle-mêle sorciers, sorcières et démons. Le ciel se raye au vol des esprits, et sous l'œil enflammé d'Hécate l'air glauque s'enténèbre vaguement ; vaguement la terre s'estompe de mouvantes ombres qui s'entrecroisent.

— Har! Har ! Sabbath!... hurlent les arrivants, pressés en groupe autour du Maître, qui, tour à tour, avec un gracieux empressement, offre à chacun son derrière à baiser. Mais, au lieu des fesses décharnées d'un bouc, c'est un jeune visage d'une merveilleuse beauté — et tout affilié reçoit sur la bouche la caresse de deux lèvres fraîches et vivantes.

Des feux de bruyère et de cyprès s'allument par toute la lande : ils ardent et flamboient, multicolores. De lentes mélodies, qui semblent d'un invisible harmonica, égrènent leurs notes perlées, d'un timbre liquide et d'une ineffable pureté...

Et c'est avec les hurlements des familiers un étrange contraste.

Or, Maître Léonard, après l'hommage de ses féaux, reprend un air ennuyé ; dédaigneusement, il gagne la haute chaire dorée à quoi l'autel druidique sert de piédestal : il domine de là toute l'assemblée.

Par devant, se tient le Maître des cérémonies, son

bâton de commandement à la main. C'est alors que se fait l'appel des noms et la vérification des marques ou stigmates.

Mais voici qu'un mouton noir, aux yeux incandescents, accourt comme l'ouragan des parties du septentrion. Il bêle pour rassurer celle qu'il porte : superbe fille ' toute nue, à cheval sur sa douce toison. Elle se tourmente fort et pleure... C'est la victime attendue, c'est la Reine de Sabbat.

On s'empresse autour d'elle avec toutes les marques d'une impatience respectueuse. Descendue de sa monture et tandis qu'on l'acclame, elle voile sa bonté dans le désordre de ses longs cheveux.

Le Maître des cérémonies lève sa baguette d'or avec solennité ; le Diable se dresse et salue la jeune fille ; il descend enfin de sa chaire : la Messe noire va commencer.

D'humbles chèvre-pieds ont creusé vers la gauche un trou dans le sol : Léonard s'y rend en grande pompe afin d'uriner le premier. Les principaux de rassemblée l'imitent. C'est Teau lustrale pour les aspersions — et qui sert à baptiser la nouvelle venue. Puis les sorcières, y trempant deux doigts de la main gauche, dévotieusement se signent à rebours.

Voici s'ébranler de nouveau la procession. L'on

* « Toutes celles que nous avons vues qualifiées du tiltre de Roy nés estoient douces de quelque beauté plus singulière que les aultres » (Pierre de Lancre, Inconstance des démons, Paris^ BuoDy 1612, in-4, page 223).

IM LE TEMPLB DE SATA:i

nmkîie à Taotel de Teutad la vierge que le Bouc doi^ initier ; elle y reçoit successivement tous les sacrement^ de Tenfer.

Cela fait, on Tenduit d'un onguent à base de cantha^ rides et de stramoine : l'ivresse chatouilleuse envahit par d(3grés son pauvre corps ignorant des spasmes et la voilà maintenant qui se tord, affolée dans sa pudeur par l'automatisme du désir.

A Vhitroït, Satan prescrit qu'on éloigne les enfants» trop jeunes pour prendre part au grand mystère — au grand sacrilège de l'universelle communion d'amour. Ils descendent vers les mares au Diable, de blanches gaule ttes à la main, pour y faire paître la troupe d'innombrables crapauds, tous baptisés et vêtus de velours vert ou de soie écarlate, avec une sonnette au col.

Kntre eux et la Grande assemblée, les lutins de rAër tissent une nuée épaisse, et Léonard procède au Sacre de la nouvelle venue.

Renversée sur l'autel, épeurée et toute pantelante, elle reçoit Tàpre baiser du dieu. C'est un déchirement affreux, la brûlure d'un pal de fer rouge, puis aussitôt Tangoisse d'une inondation abondante, glacée *...

Abrogeons. — Tous les démonologues s'éternisent en trop consciencieux détails -, que nous n'avons garde de reproduire.

• Iftieâtn e55e diaboli mentulaiiu fridduui vero semen ejus, Sab- Imlhî mcrolrioes uoà wk^o confilenlur.

* Nous nVn citerons qu'un seul, en lalin : *v Aliquid turpissimum ^quvHi t.auen scHbam\ aslruunl : videlicel divmonem incubum uti jn^/ri6ro jfL'nîuùi bi/urcato, ul simul ulroque \ase abutaiur. »

LE âOBCIBR

Une ronde effrénée, serpentant autour du couple avec des hurlenieuls de joie farouche, mêle, confond les sexes et les rangs, dos à dos.La chaîne n'est rompue que pour les i^bals adultères, incestueux et sodomitiques, épars dans la lande au clair de lune. . . L'inceste est surtout en honneur, car le Sabbat devient parlai l'éternelle pépinière de Satan : « Il n'y eut oncques parfait sorcier et enchanteur, qui ne fust engendré du père et de la fille ou de la mère et du fils '. »

Cependant, sur le corps m&me de la nouvelle prêtresse — autel palpitant — le Boiicpiiant • officie : il offre du blé à l'Esprit de la Terre qui fait croître les moissons; il donne l'essor à de petits oiseaux qui portent, à travers le ciel nocturne, les vœux des assistants au démon de la Liberté.

Puis un gâteau symbolique est pétri, cuit et consacré sur les reins ensanglantés de la prêtresse : c'est la Confarrealio, l'hostie de l'amour impur, l'offrande du mal universel, la communion infernale qu'on distribue à toute l'assemblée...

L'heure a sonné du festin fraternel, et les pasteurs impubères ramènent de la pâture le bataillon des crapauds contiés à leurs soins vigilants.

Les vieilles furies, pour qui l'amour n'est plus qu'une réminiscence deux fois stérile, ont apprêté

Cette citation de Sylvusteb PHiisniAS en dit assez : à ta lecture de cette turpitude sans nom, prise au hasard entre mille, on s'imaginera facilement ce que peuvent être les autres.

' Bodin, Demonomanie de Sorciers, livre IV, ch. v.

' Je a'iuveotti rieu : Lancre, Ineonatanee, préTaee, vers la fin.

LJ

160 LE TEMPLE DE SATAJi

des charognes diverses et fait cuire avec des herbes enchantées des enfants morts avant le baptême.

L'hydromel circule dans les coupes : on se régale, on s'enivre à la ronde. Des monstres hermaphrodites, des diablotins sous des déguisements variés garnissent de pâtisseries d'enfer les tables où le paysan fraternise avec le Seigneur et le Prélat, où les plus fières dames coudoient rustaudes et rustauds. Qu'auraientcllcs affaire, les châtelaines, de mépriser encore les vilains?... Nobles et roturiers, pêle-mêle, la grande Luxure aveugle n'a-t-elle pas mêlé leurs sangs et leurs salives?.

Un gros nuage de plomb a dévoré la lune. Les brasiers rougeoient, éclairant seuls la lande.

Alors une voix épouvantable et sans ton distinct, une voix enrouée et morfondue se fait entendre par deux fois : Vengez-vous j oti vom mown^ez! Sitôt, levant sa queuo touffue, dont il voilait sa présomptueuse impudeur*, Léonard laisse tomber sous lui des graines noirâtres, en chapelet..., puis des poudres fort puantes. De grandes pièces de toile ont été déployées, selon le rite, pour recevoir ces crottins diversement précieux ; ce sont des poisons, des élixirs et des philtres : il en est pour l'amour, pour la folie, pour la mort ; il en est aussi pour les guérisons mystérieuses... D'aucunes sont destinées à rendre les champs stériles, d'autres à infecter Tair pour la production des épidémies. Il en <îst fait une distribution générale.

^ Immane scrotuai, iorvamque meatulam.

Enfin, les crins épars^ tout enhardie et enfiévrée, se relève la Reine du Sabbat, et d'une voix éclatante, en menaçant le Ciel du poing : — Foudre de Dieu, hurle la victime triomphale, Foudre de Dieu, frappe donc,

si tu roses ! Puis elle se jette sur Tun des crapauds

qu'elle déchire avec rage entre ses dents : — Ah! Philippe y si jeté tejiais!

L'horizon pâlit, cependant, aux premières lueurs de l'aube. Soudain, le Bouc s'est métamorphosé en un coq monstrueux, tout noir, à la crête de flammes fulgurantes — et Ton entend un formidable cocorico.

L'assemblée se disperse en hâte et tout a disparu

Il ne faudrait pas croire qu'on a pu condenser en cette courte description toutes les insanités, toutes les turpitudes surtout, dont foisonnent les écrits des Bodin, des Lancre, dcsDelrio, des Boguet,des Sprcnger, des Michaëlis et autres démonologues.

Sans parler de Tintcrminable chapitre des ébats lubriques — restreint par nous à l'espace de quelques lignes encore épurées — nous n'avons rien dit de la danse des crapauds, ni des plaintes que proféraient ces intéressantes petites bétes contre la sorcière trop peu soigneuse de leur chère santé, ni de la confession au diable des péchés que l'on a omis de commettre, ni des récoltes périodiques de chair humaine sous les gibets, ni d'interminables autres détails, d'un goût également

Notre grande ambition fut de restituer la tragi-comédie dans son ensemble : il va sans dire qu'en nous efforçant au groupement logique des principales scènest nous n'avons pu concilier les opinions de tous les auleurs. Loin de s'entendre en effet sur l'ordonnance de la cérémonie, chacun d'eux intervertit avec art les phases diverses qui la composent. Le fond reste invariable chez tous; mais, pour certains détails de forme, il serait difficile d'obtenir un parfait accord.

Nous recherchons par le menu, au cours du livre 11^ ce qu'il peut y avoir de réel dans ce tissu de fantasmagories légendaires — où chacun verra à son gré, suivant le point de vue, soit le plus redoutable des drames,. soit la plus burlesque des pantomimes.

Pour compléter ce tableau , rapportons en quelques lignes ce que les traditions populaires disent de VÉvocation, du Pacte et du transport au Sabbat.

Éliphas Lévi, dans son Rituel de la Haute Magie \ énumère en conscience les cérémonies bizarres , odieuses et ridicules qui sont requises en Goëtie, à l'etfet de conjurer le Démon 2. Nous y renvoyons les chercheurs, curieux de spécifications de ce genre. Mais les règles absolues sont faites pour être violées, les prescriptions impératives sont promulguées pour qu'on les élude, — et de fait, jamais ou presque jamais sorcier ne déploya cet appareil pour contraindre Satanas à paraître.

< Pages 208-238.

2 Voir notre chapitre v, à l'article Évocations,

Les annales de la sorcellerie sont pleines de récits d^évocation, ayant parfaitement réussi, sans tout ce Juxe de mise en scène. On voit mêmi^ le Diable se montrer sans qu'on ait eu Tintention de le faire venir, et s'écrier d'une voix de tonnerre : Pourquoi rrCa- TeZ'Vou^ appelé * ? Le plus souvent, le héros de Taventure est un escholier bien pauvret, qui — par curiosité — a parcouru des yeux un grimoire que le

liasard avait placé là Quels artisans de malheur que

le hasard et la curiosité ! Le Diable, qui est un finaud, €t, par surcroît, un mauvais coucheur, fait les gros jeux et la grosse voix : il ne veut pas qu'on l'ait dérangé pour rien; il menace, il tempête. Bref, il exige c[u'on se lie à lui par un contrat consenti librement.

Le pauvre imprudent tremble de tous ses membres et ne sait comment sortir d'un si mauvais pas. Mais Satanas, tout à coup radouci, se fait paternel et lui détaille les plus séduisantes propositions. 11 n'est chose si rare et si enviée qu'il ne lui promette, à condition , toutefois. . . Oh! presque rien! Il ne veut que deux lignes d'engagement, signées de cette main qui tremble encore. . Un Pacte, nous y voilà ! L'escholier sera, dans quatre ans, ou dans dix ans, ou dans trente ans, acquis au démon corps et âme — moyennant quoi celui-ci, ce délai durant, s'engage à le servir de toutes ses res-

* Entre nous, \e crois que si le Diable apparaît quand on ne rappelle pas, il se refuse assez généralemenl à venir quand on l'appelle.

Dans les deux cas, pour obtenir qu'il se dérange, il faut être prédestiné.

fCi LK TKMPLE DE SATAN

khurco.s (i\ ;i In (Iclfoinlro de tout son art. L'escarcelle 'lu {isiijvn't sf^ni pIoiiKi inépuisablement de doublonset

U'. piMslrcH ; il spfliiira les plus prudes femmes d'un H/'iil H'^'îird; il s<», transportera partout où bon lui M<rrnlih', :iv(u* In rapidité do la pensée, et ses souhaits, qiH'ls qu'ils |)uissont être, seront exaucés, sitôt formulés dîins son mwir, L'olFre est séduisante; le malheuv(*\\\ n'y s;iil point résister. Il signe de sonsang lacé- (IiiNm'ii (lonl)ln: h'. Dinblo emporte l'une; quant àFautre, ô nKTvrilNî! j)Iiicé(î sur la piqûre d'épingle qu'il s'est fiiib! iiu bnis, o\](\ entre dans les chairs, sans élargir l'i'^.'^rîiti^niurcî, (|ui se trouve au contraire cicatrisée du coup.

(Inux qui v(uilout savoir l'épilogue de ces sortes^ d'.'i vrntuHîs (toujours selon la Légende) liront pour leur ^'^ouv(M*nr l(» ninu^t curieux ouvrage dePalma Gayet: llislairr prodif/irtfsr et lamentable de Jean Fatiste, firnnd Mtuilrirny et sa rie (^poaventahle^ ,

Voil:*i le lypo de presque toutes les légendes d'évocîiiion : le fond n'en varie pas, la forme n'en varie

gurn».

(^(^sl ici ce qu'on peut appeler une évocation de hîisîinl; (»n revanche, le pacte est volontaire et parfaiteuHMit exprimé.

dur il faut dire que les théologiens distinguent volontiers entre 1(î pacte exprimé ou formel et le pacte de fait (ipso farlo) non exprimé ou tacite. En man-

^ ('.oIojj;iu»,licnlii»rs de Pierre Marteau, 1712, petit in-12, avec un frontispice gravé, que nous reproduisons ci-contre.

géant la pomme, suivant eux, notre mère Eve a conclu avec le Démon un pacte tacite

Mais trêve à ces ergotages de basse scolastique. Il nous reste à dire un mot du transport des sorciers au Sabbat. Le mode en diffère d'après les auteurs et selon les pays : la personne élastique du Diable se prête à tous les usages ; ses mœurs changent, suivant les êtres qu'il complote de séduire.

Tantôt la sorcière se sent enlevée, minuit sonnant, par une force inconnue, et transportée dans les airs, avec la rapidité du vent, jusqu'au lieu du Sabbat. Tantôt Satan lui apparaît distinctement, sous la forme d'un bouc ou d'un mouton ; il la prend alors sur son dos ou sur ses cornes et l'enlève, comme ci-dessus, par l'orifice de la cheminée. — Ailleurs, il communique aux balais la vertu qu'on sait : entre les mains de leur propriétaire, ces modestes ustensiles deviennent, quand c'est l'heure, des montures infatigables, vites et fidèles.

Mais une heure ou deux avant l'enlèvement (de quelque façon d'ailleurs que l'enlèvement s'opère), celui ou celle qui veut aller au Sabbat doit se graisser le corps, spécialement les cuisses, le ventre et les aines, d'un onguent particulier — la composition en varie peu — dont Satanas et ses compères ont bien soin de tenir constamment pourvus les fidèles de la Synagogue ^

^ Nom donné au Sabbat dans certains procès de sorcellerie.

Quo le lecteur n'oublie pas cette particularité ; c'est

le point capital à prendre en note Au second

livVc, nous reviendrons, comme il sied, sur cette question des pommades magiques ; nous promettons môme de faire ê^ leur sujet des révélations aussi curieuses qu'imprévues.

Qu(5lquefois, les candidats aux infernales agapes hâtaient la vertu merveilleuse de l'onguent par les secr/ites propriétés d'un électuaire qu'ils absorbaient sous la forme d'une assez grosse pilule. Tous ces détails très intéressants veulent être examinés à part le plus sérieusement du monde ; ici, nous ne faisons qu'indiquer.

Attendu que le chapitre vi du Temple de Satan édifiera le lecteur sur le problème du sorcier dans ses plus modernes incarnations, n'y touchons point — et terminons par une étrange aventure, que nous tenons de la bouche même du paysan lorrain à qui elle est arrivée.

Nous Talions consigner, autant que faire se pourra, dans les termes mêmes où elle nous fut contée. Celui qui parle est un homme d'environ trente-cinq ans.

— « Ça s'est passé dans mon enfance. Monsieur : je pouvais avoir cinq ou six ans. C'était à Cutting (village de la Lorraine annexée) en automne de l'année 1859. Un soir que le ciel était comme de l'encre, nous causions en famille près du foyer de notre cuisine, quand une musique ^ d'un caractère tout drôle

^ Mélodie.

se fil entendre dehors. C'était comme le chant de quinze ou vingt personnes, qui toutes, pour la circonstance, auraient pris une voix fine et grêle *. L'air modulé sur deux ou trois notes seulement ne manquait pas de

charme ; sa monotonie même était impressionnante ^. .

« Je m'élançai dehors et ne vis rien. Les voix semblaient venir d'une très grande hauteur ; elles devenaient sensiblement plus nettes, comme si le chœur se fut rapproché de nous.

« J'eus grand peur et les paroles de ma mère ne furent pas pour me rassurer : — Prenez ouate ^ mofeu^^

cest la Haute-Chasse (on appelle ainsi chez nous le voyage aérien des sorciers et des sorcières en route pour le Sabbat).

« Me raidissant contre la frayeur, je me mis àc/iiner ^ ces monstres et à leur crier des injures : le chant soudain s'éteignit. Gomme je me disposais à rentrer chez nous, lui os de cadavre humain, tombant sur ma casquette, faillit m'assommor; je m'étais accroupi pour le ramasser; mais je ne pus me résoudre à le prendre dans ma main, tellement sa puanteur me parut affreuse.

« Je trouvai ma mère aussi terrifiée que moi : des charognes sans nom étaient tombées dans Tâtre, jusqu'à ses pieds, par le trou de notre cheminée.

* Une voix de lôte.

2 Ici je traduis de mon mieux les longues circonlocutions du paysan.

* Prenez garde, mon fils.

^ Singer, imiter en dérision.

« On ne m'y prendra plus à chiner la Haute- Chasse! »

A cette anecdote, nous nous garderons bien de joindre un seul mot de commentaire. Nous la donnons pour ce qu'elle vaut, estimant du moins que le narrateur est un homme sincère et convaincu.

Gomme nous l'avons dit, le sorcier est sincère, lui aussi : la plupart du temps inébranlable dans sa croyance au démon — son maître — c'est au nom de

l'Enfer qu'il vaticine, promet, menace, maudit Et

bien que basée sur sa foi en \m mensonge, sa puissance n'est pas vaine *.

La foi renverse les montagnes y a dit le Christ... Triste foi,penserez-vous, que la Foi de ces gens-làl D'accord; mais triste ou non, aveugle ou éclairée^ passive ou active, c'est toujours la foi.

Qu'il s'agisse d'un mage ou d'un sorcier, ne cherchez pas ailleurs le secret de la Force occulte.

— Il est là.

^ Nous n'avons garde de prétendre que la puissance des sorciers s*étend à tontes les œuvres que nous leur avons attribuées, légende en main. On le verra par la suite de cet ouvrage : il se pourrait que nous fussions moins crédule, au fond, que bien des incrédules de profession.

l«1mpératrice = le Ternaire = le Rapport = le Verbe.

Œuvres de Sorcellerie

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