‹ Le temple de SatanChapitre 13 sur 33 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

[aïs le Mage n'est point en cause : il ne s'agit que du Sorcier. — L'ouvrier nous étant connu, il est temps d'en venir à l'œuvre. Elle fournira le sujet de ce chapitre m.

Nous abordons la sorcellerie, qu'on peut définir la mise en action, pour le mal, des forces occultes de la nature.

Déjà tout à riieure, esquissant la silhouette du Diable et le portrait du sorcier, nous avons plus qu'effleuré le thème du présent discours. Il le fallait ainsi pour l'agrément de nos premières pages. Le tableau du Sabbat, en particulier, a synthétisé et concrète sur le vif le cérémonial d'un certain nombre de maléfices, accomplis dans l'ordre traditionnel de leur groupement.

Mais après la syntlièse, dont le rôle est de noyer les détails dans l'harmonieuse fusion d'une vue d'ensemble, doit venir l'analyse qui, ramenant ces objets

divers l'un après Tautre au premier plan, restitue à leurs contours la fermeté, le trait ; à leurs surfaces, la variété des teintes qui les nuancent... Bref, nous avons di\ réserver pour cette heure l'examen des sortilèges par le menu et la spécification scrupuleuse des rites usuels au magicien noir.

Ce n'est point lecture folâtre que celle d'un Rituel, — et résumer le rituel du plus triste des pontifes, telle est, en somme, notre tâche présente. Faisons des vduix pour que la bienveillante attention du public ne se lasse pas trop à l'implacable monotonie d'une telle nomenclature. Du moins tâcherons-nous d'en rompre l'ennui didactique, au hasard de quelques anecdotes,

Kst-il besoin de rappeler que nous répudions pour l'instant tout commentaire explicatif ? La Clef de la Magic noire * ouvrira pour nous ces arcanes : nous distinguerons alors ce qu'il peut y avoir de réel et de torriblo dans le pouvoir presque illimité que le consensus unanime des peuples a prêté constamment aux sinistres praticiens de la Goëtie ; la raison d'être de ce pouvoir nous sera révélée en même temps que le mécanisme de ses effets.

C'est alors seulement qu'un lecteur judicieux s'estimera en mesure de prononcer et le pourra sans présomption, en confrontant les documents fournis à son lovai examen et les explications proposées à son sagaco arbitrage.

Deuxième septaine du Serpent de la Genèse,

Il semble que d'ici là, toute réserve s'impose à lui.

Il n'en saurait être de même pour l'écrivain, dont le premier devoir est de sacrifier la logique même de son plan à l'intérêt et sur toutes choses à la clarté.

Que si, dans cette première septaine, où le sommaire des opinions communément admises devrait seul trouver place en regard des faits allégués, l'auteur laisse préjuger parfois son propre sentiment, ou trahit d'aventure ses préférences doctrinales, il s'en excuse assurément comme d'un vice de forme. Mais la correction du fond dogmatique, voilà l'essentiel. Du moins le croit-il ainsi et le but qu'il a visé sera sans doute atteint, si ses conclusions, prématurément devinées ou pressenties à contre-temps, trouvent deux fois leur justification, et dans l'éloquent plaidoyer des faits euxmêmes, et dans l'enchaînement rationnel des hypothèses explicatives de ces faits.

Nous l'avons vu : le Diable est le singe de Dieu; le sorcier, le singe du prêtre. L'analogie peut fort bien se poursuivre, car la sorcellerie fut de tous temps l'image dépravée des religions et comme un sacerdoce à rebours.

Qu'est-ce, en effet, qu'une religion ? — C'est, d'une part, un ensemble de dogmes et de symboles expressifs des grandes vérités de la Mystique céleste ; d'autre part, un ensemble de rites sacraraentaux, qui sont l'active traduction et l'adaptation vivante de ces symboles : toutes choses destinées, en quelque sorte, à servir de lien entre la divinité et les hommes, entre le ciel et la terre.

Le but de la Religion est de relier [religare) l'humanité déchue à son type céleste, le Verbe étemel.

Si Ton retourne celte définition, elle conviendra parfaitement à la sorcellerie, sorte de religion reflétée au miroir infernal, qui en renverse et en déforme rimage. Figurez-vous Dieu à Tenvers, et vous aurez le Diable ; c'est un des axiomes bien connus de la Kabbale : Dœmon est Deiis inversits * .

La sorcellerie a ses dogmes négatifs, ses symboles d'erreur et ses rites d'abomination. Elle a ses sacrements ; on peut même distinguer en eux la matière et la forme^ à l'instar de ceux qu'administre l'Église.

La matière du sortilège consiste en un objet sensible, qui sert de base symbolique à la foi mensongère du sorcier, de traduction expresse à son intention mauvaise, comme à sa volonté funeste il sert encore de point d'appui. — La forme du sortilège est le signe expressif de l'infusion diabolique, la manifestation occulte du verbe intentionnel, qui consacre la matière pour un but préfixe et l'évertué dans la direction voulue d'avance.

Tous les théoriciens de la Goëtie, Tamblique en tête, parlent de substances propres à recevoir les dieux (imprégnation pneumatique) et de signes qui

^ On lit dans la Collection des Kabbalistes de Pistorius [Artis cabbalisticœ,., Tomus I, ex Pistorli BibUotheca^ Basileae, 1587, in-folio, page 792) : « Eaedem sunt liiterae nominis Gacodaemonis (qui est princeps mundi huiusj et nominis nin^ Et qui sciuerit ordinare transpositum, deducet vnum ex alio. »

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ont la verta de lier les dieux à ces dites substances. Qui ne recoimallrait là d'emblée la matière et la fbfyne du sacrement magique '?

Lia théorie sacramentelle est identique en Religion, en Magie noire et en Haute Magie. Que nous examinions le prêtre dans l'administration du baptême, le sorcier dans la pratique de l'envoûtement, ou le mage dans la confection d'un talisman ou d'un pantacle , il nous sera pareillement impossible de méconnaître le caractère sacramentel de ces trois opérations^, saintes ou sacrilèges, bienfaisantes ou néfastes, qu'importe? Or, ce caractère est double; il consiste essentiellement — on n'y saui'ait trop insister — dans le concours de deux éléments complémentaires, indispensables l'un à l'autre : la matière du sacrement et sa forme ; en d'autres termes, le corps du sacrement et son âme. L'intention seule varie, — mais, soit eau naturelle pour le baptême, soit figure de cire pour l'envoûtement, soit rondelle de métal pour l'infusion lalis-

* Le célèbre Corneille Agrippa, héritier indirect et tardif de cette école plus savante qu'irréprochable, n'est pas moins formel sur ce point; il y revient très souvent au cours de sbl P/nlosophie occulte. Lire particulièrement le chapitre xi du Livre premier : Comment se /ait V infusion des vertus occultes aux espèces des choses par les idées, moyennant Vâme du monde, etc.. On y trouve cette formule excellente, qui donne la clef de la science talismanique : « Les choses d*icy bas reçoivent autant de force et de ■vertu des cieux, que la matière est disposée à en recevoir. » La Philosophie occulte, traduction française. La Haye, 1727, 2 vol. 10-8, figures, — page 32.

^ J'emploie les termes sacrement, sacramentel, dans leur sens le plus étendu.

manique, ces objets divers constituent la matière sacramentelle. Et d'autre part, soit invocation céleste, soit imprécation infernale, soit consécration magique, les paroles prononcées constituent la forme sacramentelle.

Gela dit, et sans insister davantage sur ce triple rapprochement, abandonnons au lecteur le soin facile de déduire les nombreuses analogies similaires à celle-là ; rentrons enfin dans le domaine exclusif de la Magie noire, pour nous en tenir désormais le plus possible à la description pure et simple de ses rites et de ses mystères.

On peut répartir en trois grandes catégories les fauteurs de sortilèges, selon le mobile qui leur est attribuable. La première classe comprendrait les dupes de la curiosité malsaine ou du fol orgueil : en imposer aux autres hommes par l'ostentation d'une puissance surnaturelle, quel rêvel... La seconde classe embrasserait ceux-là que dévorent la haine ou la jalousie aveugles, natures ivres de vengeance et qui font le mal pour le mal. Formeraient enfin la troisième classe des magiciens noirs, ceux-là qui se sont laissés séduire par la perspective d*un lucre imaginaire, par les suggestions de Tavarice ou de la luxure, et dont le but est de satisfaire leurs passions cupides ou brutales.

Quant aux œuvres mêmes du sorcier, on les distingue plus naturellement encore en trois classes principales: ses crimes envers Dieu, envers lui-même, envers son prochain.

Moins synthétique et moins complète, quoique plus détaillée, la répartition que fait Bodin, au IV® livre

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de la Démanotnanie. — Il compte quinze crimes détestables, qui chargent, s'il faut l'en croire, la conscience de presque tous les sorciers : « Il a esté bien vérifié, ditril, que les sorciers qui ont paction expresse avec le Diable, sont ordinairement conlpables de toutes ou de la plupart de ces mechancetez. » * En Yoici rénumération abrégée : — l"" La lèse-majesté divine ; — 2^ le blasphème ; — 3"" Thommage au Diable ; — 4'' l'abandon au Diable des enfants nés ou à naître ; — ô"" le sacrifice au Diable desdits enfants ; — 6* leur consécration au Diable dès le ventre de leur mère ; — 7* le serment de propagande satanique ; — 8"" le serment prêté au nom du Diable et en son honneur; — 9* rinceste; — lO* l'homicide, en vue de se procurer la chair et les organes humains requis pour la confection des charmes; — il* l'anthropophagie» coutumière aux hôtes du Sabbat; — 12* l'usage des poisons et des philtres; — 13"* le sort qui fait périr les bestiaux ; — 14"* le sort qui stérilise la terre, suscite la grêle et détruit les moissons ; — 15"* enfin, la copulation charnelle avec les démons et monstres vomis par Tenfer.

La tâche serait facile, en se plaçant au point de vue rétrospectif des lois en vigueur dans tout le moyen âge et de la jurisprudence qui prévalait encore au temps où vécut Bodin, de signaler les lacunes qui

* Démonom., p. 221, a.

Le moindre de ces crioies fflérite, au dire de Bodin, la mort exquise.

font cette classification incomplète et vicieuse : il im- . porte de relever, entre autres, l'omission du crime d'hérésie, infailliblement imputable à tout sorcier. Ce crime — au même titre que ceux d'évocation et d'adoration du Diable, dont il a été question au chapitre précédent — ce crime rentre, selon le point de vue, dans les deux catégories des outrages envers Dieu et des fautes graves envers soi-même .

Quoi qu'il en soit, nous aurons surtout à traiter des maléfices proprement dits, ou sortilèges perpétrés en vue de nuire au prochain.

Nuire au prochain, c'est la grande ambition des vassaux de Satan.

Mais, avant d'entrer dans le détail des pratiques superstitieuses les plus usitées de ces misérables, il paraît opportun de produire, à titre d'exemple, un fait évident et bien constaté de sortilège effectif, que nous emprunterons aux chroniques judiciaires du XVII* siècle.

C'est justice d'observer, à l'honneur du Parlement de Paris, que la tradition était de s'y montrer, en matière de sorcellerie, d'une modération relative. La jurisprudence des Boguet et des Remigius n'y était point admise : mais, à l'encontre des Parlements de province où la coutume allumait des bûchers pour simple délit de superstition*, les magistrats de Paris

* Les Cours souveraines de Bordeaux et de Rouen se dislinguaient entre toutes par leur fanatisme indécrotable.

ne livraient d'ordinaire aux flammes que des sorciers dûment convaincus d'avoir, par leurs manœuvres, causé la mort d'une personne, ou tout au moins des dégâts matériels, tels que la perte des bestiaux ou la ruine des récoltes.

Or, le bailli de Pacy, ayant condanmé pour ces derniers crimes, mais en l'absence de preuves péremptoires, plusieurs bergers aux supplices de la corde et du feu (c'«était dans l'intervalle des années 1687-1691), le Parlement avait cru devoir casser le verdict de première instance et substituer à la peine de mort celle des galères. Il tenait pour constante la culpabilité des prévenus, auteurs des préjudices soufferts; mais les ravages étaient-ils dus à des opérations magiques ou «iraplement à des moyens naturels? — La Cour hésitait À se prononcer.

Les preuves décisives ne devaient point se faire longtemps attendre, et celles qui signalèrent le procès du berger Hocque parurent si concluantes, que le retentissement de cette série d'affaires fatigua tous les -échos de l'Europe.

Les faits sont curieux. J'en veux fournir un résumé sommaire.

• \ Le procès instruit contre Hocque avait eu pour mo- **; tif déterminant l'étrange contagion qui décimait alors *' .,'les bestiaux. La voix publique dénonçait en lui l'au-

ieur de cette calamité.

•* . • Condamné seulement aux galères par la Haute-Jusfc4ice de Pacy, le 2 septembre 1687, Hocque frappa * /-îfl'appel la sentence du bailli. Mais, dans l'hypothèse

litigieuse de sorcellerie, la Cour de Paris ne révisait guère que les sentences de mort. Ce n'était pas le cas de la sienne, qui fut confirmée par arrêt du Parlement, en date du 4 octobre suivant. L'indulgence du premier juge, conforme cette fois à la jurisprudence de la chambre d'appel, trahissait les doutes de ce magistrat touchant la cause efficiente de Tépidémie, car il n'avait prononcé que la peine des empoisonneurs de troupeaux « par le moïen de gogues et aultres voyes naturelles ». Sur ces entrefaites, nonobstant l'arrestation du berger, la mortalité sévissait plus intense sur le bétail. D'où mille conjectures et le soupçon qu'on s'était trompé.

Afin de s'en éclaircir — Hocque étant encore en prison à Paris — l'on s'avisa de lui donner pour compagnon de chaîne un certain Béatrix, lequel rentrait . dans cette variété de mouchards qu'on a nonxmés depuis des moutons.

Suivons la marche des événements. La ruse réussit à souhait : Béatrix fait boire le berger qui, sans, défiance, lâche le mot de l'énigme. Il avoue avoir enterré, dans une écurie qu'il désigne, « vne charge d'empoisonnement magique, appelée les neuf coniure- ▼ mens ». L'épidémie ne cessera, s'empresse-t-il d'ajou^ • ter, qu'une fois le charme détruit. t

Que fait Béatrix ? Il va tout raconter au Gomman-i/ dant de laTournelle, homme de prudence et de conseilf qui lui prescrit de faire boire encore le sorcier, afin d'obtenir de lui la rupture du sortilège. Hocque, dans» les fumées du vin, consent à tout, sans songer que

l'effet immédiat qui doit suivre la levée du charme, sera sa mort à lui, qui en est l'auteur. Car c'est une loi redoutable en Goëtie — loi dite du choc en retour — que tout courant d'empoisonnement magique, détourné du but où il devait frapper, revient aboutir à son point d'émission avec une violence double ; dès lors, l'envoûteur est perdu sans ressource, s'il n'a l'adresse de faire dévier l'influx mortel sur la tête d'une tierce personne — victime substituée et qui meurt à sa place.

Passablement ivre, le berger écrit donc à son fils Nicolas Hocque, de faire lever la charge par un sorcier bourguignon nommé Bras-de-fer ; il s'en remet à ce collègue, se bornant à prescrire que son propre nom ne soit pas prononcé. Mais quand, à peine dégrisé, Hocque apprend que sa lettre est partie, la lucidité lui revient ; il entre dans une indescriptible fureur contre Béatrix : « Tu vas être cause de ma mort, s'écrie-t-il, tu mourras ! car tu m'as pris en traître. » El avec l'aide des forçats, toujours empressés à punir un mangeur ^ il se met en devoir d'étrangler Béatrix. Nul doute que le mouchard n'y eut laissé sa vilaine âme, sans la soudaine intervention du Commandant de la Tournelle, qui se montre entouré déjà de gens d'armes, réprime la sédition qui gronde, et met Béatrix en sûreté.

Cependant Bras-de-Fer, appelé à Pacy, parvient « par des figures et impietez exécrables » à découvrir l'endroit des écuries où gît la charge d^empoi-

^ Un mouchard.

sonnement, qu'il déterre et s'empresse de br&ler, en présence du fermier et des garçons de ferme. « Mais, à l'instant — dit la Relation authentique — il témoigna y auoir grand regret et que l'Esprit luy auoit reuelé que c'estoit Hocque qui auoit faict ladite charge et qu'il estoit mort a 6 lieues dudit Pacy dans le tems qu'il l'auoit leuée, (sans sçauoir qu'il fût à Paris en prison). Ce qui se treutm cstre véritable, tant par Finformation faicte par le commissaire le Marié au chAteaude la Tournelle, que par celle faicte par le iuge de Pacy sur les lieux, qu'au m,esm£ iour et à la m.esme heure que Bras-de-fer auoit commencé à leuer ladicte charge, Hocque qui estoit vn homme des plus forts et des plus robustes y estoit mort en vn instant, dans des conuulsions estranges et se tourmentant comme vn 'possédé, sans vouloir entendre parler de Dieu ny de confession : ce qui fit voir sensiblement qu'il auoit quelque chose de sur-naturel dans les maléfices de ces bergers... »

On a conservé au greffe de la Cour les pièces authenthiques « du procez qui a esté faict, tant audit Brasde-fer, qu'aux enfans dudit Hocque et aux nommez Pierre Petit et lean Berger, treuués complices... » La Relation poursuit en ces termes : « On treuua les bergers saisis de liures manuscripts, contenans plusieurs moïens de faire mourir les bestiaux, attenter à la vie des hommes et à l'honneur des femmes. Et ceux qui furent pris et interrogez recogneurent au^ir faict des charges d^ empoisonnement sur les bestiaux, appelées entre eux LE BEAV-CIEI^DIEV, auec

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des parties de la saincte Hostie qu^ ils prenaient à la communion, des excremens d^animaïuc et un escript atiec du sang des mesmes animaux m^eslè d^eau henicte et les paroles mentionnées au procez. »

En 1691, on saisit encore deux sorciers de cette même bande, Pierre Biaule et Médard Lavaux, qui furent pendus et brûlés le 2 décembre 1691, en exécution d'une sentence du Bailli de la Ghâtellenie de Pacy, datée du 26 octobre de la même année et confirmée cette fois par le Parlement quatre jours avant Texécution.

On sait à présent ce que nos pères appelaient un charme.

Plus d'un s'étonnera peut-être de voir ce hideux objet décoré d'un nom si chay^mant, L'étymologie justifie tout ; charme^ qui vient de carmen^ exprime donc une préparation rendue efficace par la vertu de paroles magiques, le plus souvent rythmées à l'origine — carmina — parfois chantées : d'où le mot Incantation^ qui signifie l'acte même de cette consécration, ou mieux de cette exécration verbale, psalmodiée par Y Enchanteur.

On sait que le charme est d'autant plus puissant, que les substances mêlées sont plus étranges, plus incompatibles, plus repoussantes et, sur toutes choses, de nature à confondre l'esprit par les contrastes de leur mélange. La Clef de la Magie noire fera comprendre pourquoi. C'est pour un motif très analogue à celui-là, que Pic de la Mirandole enseigne cet axiome :

« Les paroles les plus incompréhensibles, les formules d'évocation les plus absurdes en apparence, sont magiquement les plus efficaces *. » Aussi ne faut-il pas s'étonner de lire, dans les grimoires et même dans certains rituels de haute théurgie, des mots et des phrases entières qui sont rebelles à la sagacité des plus savants linguistes. Bien avant Pic de la Mirandole, le théosophe lamblique, dans son livre De Mysteriis (cap. de Nommibus divinis), résolvait de même l'objection soulevée par Porphyre, touchant le sens impénétrable de tels noms barbares, usités dans les cérémonies religieuses; ces noms, dit-il, que leur antiquité rend obscurs, méritent toute notre vénération : ineffables et révélés d'En-Haut, ils se rapprochent davantage de la langue des dieux. — Sans discuter ces opinions, je note la prédilection manifeste des adeptes de la Goëtie pour les paroles inintelligibles et les mélanges inouïs.

Que Tenchanteur élabore des charmes en vue de semer la mort ou de lâcher la bride aux passions déréglées, il prend toujours soin d'incorporer des choses saintes, bénites ou consacrées, avec les matières les plus répugnantes et souvent les plus obscènes. C'est un fait curieux à retenir; car, dyarchiste impur, sa délirante ambition paraît constamment d'atteindre à la

* On lit également dans les Oracles altribués à Zoroastre (cap. de Dœmonibus et sacrijlciis) : « Nomina barbara nunquam mutaveris; sunl enim nomina apud singulos a Deo data, potentiam in Sacris ineffabilem habentia. » [Trinum Maglcum, Francofurti, 1629, petit in-12, p. 345.)

profanation la pins sacrilège et pour ainsi dire la pins intime, en donnant aux substances essentiellement disparates qu^il pétrit ensemble, une monstrueuse apparence d'homogénéité.

Toujours cette fureur manichéenne d'opposer le le Ciel à l'Enfer, pour les mêler, les confondre, les pervertir et les outrager ainsi l'un par l'autre.

Prenons un exemple historique dans les aveux de Magdelaine Bavent, la plus célèbre d'entre les Religieuses de Sainte-Elisabeth de Louviers, dont nous fnentionnons la possession au chapitre iv. Ces aveux ont été publiés sous forme de Mémoires ou d'Autobiographie, par les soins des R. P. Desmarets, prêtre de rOratoire et sous-pénitencier de Rouen, qui futle confesseur de Magdelaine repentie. On lit en tête du chapitre VI: « Quinze iours à peine s'estoient écoulez, que Picard (le directeur du Couvent) prit quelque prétexte d'aller au iardin, où i'estois avec quelques-vnes des Religieuses. Pour lors, i'auois rincommodité de mes mois. Il nous suiuit, et comme nous fusmes arrestées en certain endroit, il prit vne Hostie dans vn liure qu'il portoit, auec laquelle il recueillit quelques grumeaux du sang tombé en terre. Après, il Tenueloppa dedans, et m'appelant à luy vers le cimetière, me prit le doigt pour luy aider à mettre le tout dans vn trou proche d'vn rozier. Les filles qu'on exorcise ont dict, que c'esloit vn channe, pour attirer les Religieuses à

la lubricité. le n'en sçaurois que dire mais il est

certain que, pour mon particulier, i'estois fort encline à aller en ce même lieu où i'estois trauaillée de ten-

tations sales et tombois en impureté. » {Histoire de

Magdelaine Baient, ensemble V arr est .. . etc , par

le R. P. Desmarets. Paris, Jacques le Gentil, 1652, in-4.)

Si révoltants que soient ces détails, nous avons du les citer, à Tappui de notre dire^

Les charmes suggestifs d'amour impur prennent le nom caractéristique de Philtres (du grec ?tXtiv, aimer), spécialement lorsqu'ils consistent en élixirs, en breuvages que le sorcier fait boire à sa victime^ ou bien en poudres, en électuaires, qui doivent être mêlés aux aliments.

Quant aux charmes meurtriers, c'est mal à propos que certains auteurs leur ont donné le nom de PMfr^s. Nous les avons vu qualifier plus correctement, ce semble, de charges d'empoisonnement magique.

Le Sortilège désigne, en général, toute opération de magie ténébreuse. Le Maléfice^ appellation déjà moins vague, bien que très élastique encore, désigne tout rite de sorcellerie accompli dans le but de nuire au prochain [maie facere). Quant à l'opération perpétrée à distance, et dont l'effet doit être de faire languir et dépérir le maléficié, ou de le frapper à mort, c'est

^ Du moins le passage choisi par nous peut-il se transcrire; il en est d'autres, dans le même ouvrage, que nous ne saurions nous résoudre à mettre sous les yeux du Public. C'est fâcheux pour notre thèse, mais nous professons le respect du Lecteur. Bornons-nous à lui signaler, comme très intéressants au point de vue qui nous occupe, les douze derniers chapitres de ce livre, coté LK^,4183, à la Bibltolhèque nationale.

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Y Envoûtement proprement dit. « L^Envoûtement, dit Eliphas, mot très éner^âque dans sa simplicité gauloise, est l'action de prendre pour ainsi dire et dVnrelopper quelqu'un dans un vœu^ dans une volonté formulée'. »

En tous les cas, Tobjet chai^mè n'est autre que la matière sacramentelle du Maléfice et V Enchantenient en est la forme.

Dans FEnvoûteraent, la matière prend le nom de

Volt (du latin vidtus, effigie) et la forme s'appelle exécration magiqv£.

Le Volt de TEnvoûtement classique est la figure, modelée en cire, du personnage dont on veut la perte. Plus la ressemblance est parfaite, plus le maléfice a chance de réussir. Si, dans la composition du Volt, le sorcier peut faire entrer, d'une part quelques gouttes de saint chrême ou des fragments d'hoslie consacrée ; d'autre part, des rognures d'ongle, une dent ^, ou des cheveux de sa future victime, il pense que ce sont là autant d'atouts dans son jeu. S'il peut dérober à celleci quelques vieux effets, qu'elle ait beaucoup portés, il s'estime heureux d'v tailler l'étoffe dont il habillera la figurine, le plus possible à l'instar de son vivant modèle.

La tradition prescrit d'administrer à cette poupée

^ Dogme de la Haute Magie, page 297.

^ D'où cette locution populaire de menace, qui est devenue une vague formule de haine ou simplement de rancune : Qu'il prenne garde, fai une dent contre lui.

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ridicule tous les sacrements qu'a pu recevoir le destinataire du sortilège : Baptême, Eucharistie, Confirmation, Prêtrise et jusqu'à FExtrême-Onction, si le cas y échoit. Puis l'exécration se pratique en lardant cet objet d'art d'épingles empoisonnées, avec une grande explosion d'injures pour exciter à la haine, ou bien en Técorchant à certaines heures fatidiques, au moyen d'éclats de vitre ou d'épines venimeuses, toutes dégoûtantes de sang corrompu.

Un crapaud, auquel on donne le nom de celui qu'on désire envoûter, remplace aussi parfois le Volt en cire; mais les cérémonies imprécatoires demeurent identiques. Une autre recette veut qu'on lie le crapaud vivant avec les cheveux qu'on s'est procurés d'avance : après avoir craché sur ce vilain paquet, on Tenterre sous le seuil de son ennemi, ou en tout autre endroit qu'il fréquente tous les jours, par nécessité ' : l'esprit

* Voici un exemple de sortilège assez analogue.

Une nuit d*été de Fan 4619, le fossoyeur du cimetière Saint-Sulpice, éveillé par les abois de son chien de garde^ vit trois femmes occupées à un maléfice. Elles contournaient les murs de l'église en traçant des cercles à terre, avec leur bâton. Bientôt elles allèrent creuser un trou près de la tombe d'un charpentier, pour y déposer leur charme. Toutes choses qui se firent à quelques pas du fossoyeur consterné.

Le brave homme, s'étant mis en tête qu'elles enterraient la victime de quelque infanticide, s'en fut consulter sa femme, pour s'éclaircir du parti à prendre en pareille occurrence. Lorsqu'il revint avec son frère^ dont il avait requis l'aide, les trois sorcières étaient en fuite. On n'en put saisir qu'une seule, femme de la lie du peuple, nommée Glaire Martin, et que le bailli de Saint-Germaîndes-Prés fit fustiger publiquement.

Mais le fossoj^eur et son frère ne purent découvrir d'enfant nouveau-né : « Aïant fouy peu auanl auec un ossement de coste de

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élémentaire du crapaud s'attache à lui désormais et le persécute jusqu'à la tombe, à moins qu'il n'ait l'adresse de le renvoyer à l'envoûteur.

Ëliphas Lévi, qui rapporte ce rite étrange, observe que le maléficié déjoue la manœuvre, s'il prend soin de porter sur lui un crapaud vivant dans une boîte de corne. Le même auteur ajoute, au sujet de ce répugnant batracien : « Le crapaud n'est pas venimeux par luimême ; mais c'est une éponge à poisons : c'est le champignon du règne animal. Prenez donc un gros crapaud, dit Porta, et enfermez-le dans un bocal avec des vipères et des aspics. Donnez leur pour toute nourriture, pendant plusieurs jours, des champignons vénéneux, de la digitale et de la ciguë ; puis irritez-les en les battant^ en les brûlant et en les tourmentant de toutes les manières, jusqu'à ce qu'ils meurent de colère et de faim. Vous les saupoudrerez alors d'écume de cristal pulvérisé et d'euphorbe, puis vous les mettrez dans une retorte bouchée et vous en absorberez lentement toute l'humidité par le feu ; vous laisserez ensuite refroidir et vous séparerez la cendre des cadavres de la partie incombustible qui sera restée au fond de la retorte : vous aurez alors deux poisons, un liquide

trespassé, ils trouuerent vn cœur de mouton, plein de clous à latte, lardé en forme de demy-croix et force bouquets d*espingles y tenant : chose horrible, à laquelle ils ne voulurent point toucher de la main, mais le leuerent et posèrent sur vue pelle à feu... »

A présentation de ce charme, la sorcière n*essaya pas de nier ; ou ne la traita si doucement qu'en raison môme de la spontanéité de ses aveux.

et un autre en poudre. Le liquide sera aussi efficace que la terrible Aqua Toffana ; celui en poudre fera dessécher ou vieillir en quelques jours, puis mourir au milieu d'horribles soufirances, ou dans ime atonie universelle, celui qui en aura pris une pincée mêlée avec son breuvage. Il faut convenir que cette recette a une physionomie magique des plus laides et des plus noires et qu'elle rappelle, à lever le cœur, les abominables cuisines de Ganidie et de Médée *. »

Les rites d'envoûtement se multiplient sous un grand nombre de modes plus ou moins pittoresques. Eliphas Lévi cite encore celui qui consiste à enclouer en forme de croix tous les vestiges empreints sur le sol par celui qu'on tâche ainsi de tourmenter. L'on se sert de clous à forte tête « consacrés pour les œuvres de haine avec les fumigations puantes de Saturne et des invocations aux mauvais génies 2. »

Nous nous en tiendrons là pour Tenvoûtement, du moins sous les formes traditionnelles en Europe et d'après les indications principalement colligées dans, les Grimoires que nous légua le moyen âge.

Mais comment passer sous silence l'Agent occulte et dévastateur des nègres Vaudoux, cet insaisissable nescio quid^ nommé par eux Mandigoës-Obi ; cette puissance inconnue, qui, sous figure d'épidémie périodique, décime les populations de Saint-Domingue et d'autres îles des Antilles ?

Dogme de la Haute Magie, pages 328, 329. Rituel, pafire 242.

2 Rituel, page 242

La secte du Vaudoux, s'il faut en croire M. l'abbé Bertrand, est une confrérie, ou plutôt un culte rapporté d'Afrique. Ce qui tendrait à conlirmer celle assertion, c'est d'un côté, la similitude frappante des vocables Obi, Obiyak, avec YObéah typhonien mentionné dans le Papyrus A?iastasi, VOb des Hébreux et leurs esprits Oboth ', mots d'origine égyptienne et peut être éthiopique, — et, d'autre part, la concordance invariable des significations magiques de ces termes, maintenue à plusieurs ving'talnes de siècles, comme à plusieurs mille lieues de dislance.

La cérémonie capitale des adeptes du Vaudous offre un air étrange de parenté avec celle du Sabbal des Sorciers, telle que nous l'avons décrite au chapilre ir. " La scène, dit M. de Mirville, se passe au fond le plus impénétrable de la forêt, sur la plus ardue des montagnes, sur le bord des volcans ou dans les marais pestiférés. L'appel nominal des fidèles, la constatation de la présence de l'Obi, l'apport du sistre et de la chaudière, regorgement d'une chèvre qui doit s'off'rir d'elle-même à son bourreau et mourir sans pousser un seul cri, la danse orgiastique, l'agenouillement devant des serpents, des hurlements épouvantables, des actes d'une infamie révoltante et trop souvent, dit-on, /'«»molalion d'un enfant : voilà tout le programme de

' Ob, Oboth, c'est la véritable prononciation des vocables n'iK et pizÎN dont nous avons parlé déjà, et qui a'écrivenl Aûb et Aôbôt/>.

la fête mystérieuse pendant laquelle on inscrit tous les noms désignés à la vengeance K »

Et les ennemis de la secte périssent tour à tour, frappés d'un mal mystérieux, d'une consomption sans cause appréciable !

Un européen habitant la Jamaïque, M. Lond, raconte que, sur la la dénonciation d'une pauvre femme mourante par le fait du Vaudoux, Ton fit une exacte perquisition dans la cabane d'une négresse octogénaire, redoutable magicienne, -notoirement désignée pour telle et convaincue d'avoir lâché VObi sur un nombre considérable d'indigènes... C'étaient chaque jour des victimes nouvelles. Quelques hardes et de menus ossements; puis un vase en terre plein de boulettes d'argile, pétrie, autant qu'on sut distinguer, avec des cheveux et des bouts de linge ; enfin le crâne d'un chat, les dents ei les grifies du même animal, et des perles de verroterie diversement coloriées : voilà tout ce qu'on put saisir de suspect en cette cabane, qu'on prit soin de brûler avec tout ce qu'elle contenait... Aussitôt^ comme par enchantement, l'épidémie cessa*. (Voir la Bibliothèque Britannique, t. IX, page 521.)

Le dieu Vaudoux, dont la puissance paraît sans

^ Des Esprits et de leurs manifestations diverses. Paris, 1864, 6 vol. grand in-8; tome V, pp. 317-318.

2 Ces faits se sont passés dans la dernière partie du xviii® siècle. — La secte du Vaudoux est loin d'être éteinte aujourd'hui. Certains auteurs prétendent môme que, depuis la fameuse Révolution de Sainl-Domingue, qui fut indubitablement son œuvre, cette sorte de Franc-Maçonnerie barbare a pris encore une notable extension.

limites, n'est aatov fcmr sb HAb^ fK' sacré. Son cwMt.

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secrète. *qni n'est pas saas

indienne des Tki^s* àtpk

Le Serpent dnVando«x est. en siC4 puissance tortnense de destmctîan. qne le goêlîen de Tantiipie Egrpte éToqnait en oes termes, as secours de ses rancunes : « O toi qni liais, {orre qne tn as été chassé, je tlnvoqne. toot- paissant soarerain des dieox. destractenr et dépc^iolalenr. toi qm ébranles tout c^ qui z.'^\ 1*45 TàiL-i-j ! Je t'èT-iiqne. ô Tvphon-Seth .' .. Vois : j*àc->:!:iplis le^s riies prescrits par la magir. oV^t par to::; vrs: non- .jne je te somme. Vieiis donc a z::: fraii :ie:i.-=ri.T. car tu ik- peux me refuser... Et ni:.: â-.i5:. jr: Lais telle maiï-:*n qui est prospère, telle famille -p: e^: heureuse : sus contre elle, et renverse-la. oâr elle m'a fait injure 'I ■.

Quelle que soit la suL^tance propre de cet Agent formidaLle. dont le serpeiit a toujours été l'un des emblèmes hiératiques, il est *:^TUin qu'elle se plie à

^ Voir \tb Papyni* Ab^^ta.*! et Sa.;kr. communies par IVgrptologue Reuveos, dans s^§ Lettre* a J/. Lettonne,

raccomplissement de toutes les œuvres mystérieuses. Et les Modernes qui pensent diriger (sous le nom de fluide électrique), et soupçonnent vaguement (sous celui de magnétisme) deux modifications très indirectes de son énergie, se font une idée inexacte et lointaine à tous égards des pouvoirs que peut développer en soi l'homme qui a su pénétrer la nature essentielle de cet Agent.

Acquérir une pareille connaissance, voilà qui n'est donné qu'à une rare élite ; encore ceux qui la composent sont-ils loin de posséder, par le fait même, les privilèges du mage parfait. Pour y parvenir, la science n'est qu'une insuffisante condition : on y doit joindre un empire absolu sur la chair, un entraînement considérable, une audace sans défaillance et le plus inaltérable sang-froid. C'est dire combien le nombre est restreint des inities devenus de véritables adeptes. Il s'en faut que l'auteur se flatte de compter parmi ces Saint-Michel de l'Occultisme, pour qui le dragon est un esclave toujours docile et désarmé. Mais de tels demi-dieux ont existé — témoins Moïse, Orphée, Apollonius et tant d'autres ; — peut-être même en existet-il encore aujourd'hui...

Un trait distinctif les caractérise, à quoi l'on peut infailliblement les reconnaître. Ils ont, toujours et partout, fait usage du sceptre magique en vue d'un bien général, ou tout au moins collectif; nulle part et jamais, en vue d'un intérêt personnel ou d'une mesquine ambition.

Fermons cette parenthèse. Aussi bien les œuvres

ŒUTRBS DE SOKŒLLEKIE în

dont traite notre livre n'ont rien a toL* ît^-; r->i t.tî: — .t miracles delà science et de la voioi:>. >'.:-• i iT-.r:» prononcé leurs grands noms que y^ "z^k^^^ Sr^ échos providentiels josqne dans la CTj'y^. 'j<jr:':j^^^^ où Satan reçoit les hommages de son 'il^n^e y\crJ.^ : ji* magicien noir.

Celui-ci paraît, au premier coup d'*>rlî. r^T>.„ i^H mêmes prérogatives que le Mage de luni-r*:. *>i t^ parfois jusqu'à les confondre. C'est y^T uirr ^r:^,^ d'optique, ou, comme auraient dit nos j^rr^. cV?*' ;,4r l'effet d'un mirage infernal, que î'boîcr.'.f: l,i'r: "îj serpent arrive à se donner ainsi des airs d^ prlr-r-^:-

Le sorcier ne dispose de rien au mor^d-^ : cV/. ^ ^ contraire l'Esprit impersonnel du Mal qui ^\W/r^t <\h sa pauvre personne et qui s'en joue. — l>: ^^Tf:\h7 n'accomplit point ses prestiges au moy^m d-: yK:iU:r: c'est l'Enfer qui les accomplit par le K.v.'e:; . , -%:cier, qu'il entraîne en son tourbillon de 'iéfLe.'i^:-; f^i;.tastique, de perversion fatale et de dé-ordre ij:.; ve: •/:! ;

Pas de valet moins libre que le rna^ri'.ien noir: ji^ntin calamiteiix de Tlnvisible, marionnette ineon /:*enîe du Mal, il abdique iouie personfialitê rroiéf '; il noie son libre arbitre dans l'océan funeste don», il va rj^^venir une vague. Mais en revanche, il sera celte va^Mie, et la grande Puissance occulte va désormais w^'w en lui, puis — par son intermédiaire — hors de lui.

Elle se manifestera, cette Puissance, sous tous brs

* Le Mage, au contraire, abdique toute peraonnaliic Jaiinut'., <3eci deviendra clair au Livre II.

aspects du mal et du désordre. C'est par elle que nous avons déjà vu le dernier des esclaves, revêtu d'une apparente maîtrise, influencer à distance les êtres^ vivants, les frapper de mort, de consomption ou de folie.

Mais la région accessible à ses maléfices ne se borne point là, comme la suite va le montrer.

Il y a d'abord les charmes qui s'attaquent au sens génésique, soit pour l'exalter, soit pour l'abolir.

Nul n'ignore quel despotique empire a toujours exercé sur la plupaii; des hommes ce tyran malencontreux de l'organisme, qu'on a nommé le sixièine sens. On sait à quel point sont variables les caprices de son appétit, — tantôt avide opiniâtrement des plus tristes mets, ou dédaigneux mal à propos, lorsque pour lui la table se trouve mise avec magnificence.

Les sorciers ont exploité de tous temps une prédisposition aussi aléatoire : faire monter ou descendre à leur gré cette marée fallacieuse du désir, c'est encore un jeu de prédilection pour certains charmeurs de village, et je dois dire qu'ils y excellent : c'est merveille de les voir déprimer l'appétit vénérien jusqu'au calme plat, ou l'exaspérer jusqu'au délire.

Je ne jurerais point que l'habile emploi des excitants et des anaphrodisiaques fût tout à fait étranger à leurs sortilèges ; plusieurs ont certainement recours à ces moyens artificiels, qui, ressortissant plutôt de l'étude physiologique des médicaments, semblent n'avoir rien à faire avec la sorcellerie. Mais, il faut en convenir.

XBE «OKCELUaaS Ml(

drSl» ilfiiiiiii ni le plss sm[t«bi à ias finn tîqses 6t Miipe Bore m résfth»! ^ s^MI ai aMWK

Mon Wlear comail déjà k ocaqNisitkHi $«Mnl^ des plûkres. Tmààtpit^ à litre de cwiosilè^ ^[wlfttM recettes Boins atroces. siaoB moms ridie«k«s p<mr enflanuer VMmoar d'one femoM : les grimoires pres-^ criTent de lu fûre sentir wie pominade à base de <liT^ et d'junlire gris, tritures arec la moelle extraite dapied gauche d'on loup, — oa bieo encore de lui bttilifr la moitié gauche d'un squelette de grenouille^ qu'on s'est procure en exposant Tanimal tout rif dans une four» milière ila moitié droite inciterait à la haine, comme la gauche excite à TamourU Selon d^autres classique» de la sorcellerie, on doit faire prendre à la malheureuse une demi-dragme de la préparation suivante : testicules de lièvre et foie de colombe rais en poudre dans un mortier, avec les écailles friables du sanj? qu'on aura pris soin de se tirer en avril, un vendredi^ et qu'on aura fait sécher au four, dans un petit pi>t vernissé. Le tout avec un assaisonnement de cérémonies sacrilèges et de paroles magiques, dépourvues de tout sens raisonnable ^

On pense bien que toutes ces recettes de haut goîlt

* Je cite teitiicllement la rocolte incroyoblo que propose lo Grand Albert, pour aatidote de ces divers philtres : « Si une femme a donné quelque chose à un homme pour s*en faire aimer, et qu'il s*en veuille défaire, il prendra sa chemise (celle de la femmo)> et pissera parla têtière et par la manche droite; aussitôt il sera délivré de tous maléfices. » (Livre 11, page 147.)

sont par elles-mêmes vaines et sans vertu ; tout dépend, nous dit Paracelse, du Magnes intérieur et occulte, c'est-à-dire de la puissance plus ou moins directe du charmeur sur Tastral.

Les plus grotesques formules sont les plus efficaces, les mixtures les plus saugrenues sont les meilleures entre les mains d*un sorcier véritable: puisque les contrastes même de ces mélanges incohérents constituent un élément adéquat à son vouloir désordonné, une base apte à lui servir de point d'appui *.

Mais gardons-nous d'anticiper sur les théories du livre II. Notre cadre nous restreint à l'esquisse des principaux sortilèges.

Si le charme d'amour s'appelle philtre ^ le charme d'impuissance à l'amour prend le nom pittoresque et naïf de nœud de T aiguillette.

C'est ici l'un des plus habituels griefs du populaire contre les sorciers. Ce qu'on a fait périr de malheureux sous ce prétexte, est presque incalculable ; il

faut dire qu'on procédait un peu à la légère Quel

déplaisir plus fréquent, en effet, aux premières nuictées d'amour, que ce marasme paradoxal de la chair,

^ « ...Tout ce que pense l'esprit d'un homme qui aime ardemment a de i*efÛcace pour l'amour, et tout ce que pense Tesprit d'un homme qui hait beaucoup, a de l'efficace pour nuire et pour détruire. Il en est de même dans toutes les choses auxquelles l'esprit s'attache fortement, parce que tout ce qu'il pense et tout ce qu'il fait provenant des caractères, des figures, des mots, des discours, des gestes et autres choses semblables, aide Vappétit de Vâme et

acquiert des vertus admirables (Corneille Agrippa, Philos.

occulte, tome 1, p. 191-192).

alors qoe i* ly

ces cas. i iàiÈBiL l »ur^

Dame Emixiija larrir m*

pour nooiir ITiLriiiir^te. /-=« -- li-ai M^r:

de ce gearç itit ir'^inir^rif. il? ir^iiir^ir la nai^âi:'^ Ils passaiiîac lûire -îa r*--!»* r-iiifct jt=ï i»îr>ijiiie=t ut connai<saa^:e, :a iKiisi»r!!'é*:^ Le^ ••■mrn»^**--^ i"*-^ jfr uémoD, oa fiiiiaî*^îiiH!ir jiiTtt*?^ :aa;iiiiiîr* te ii.*ir:!:r <pielqTie tt*=^ .>»> 7iai!!iiit* •.•luir^ in t*-?? :\aj<:tiLr*- - Et malhefiT ii aaoL'^T'-^ it*r^ î^Lr mi i»trîriihr!u -tr* **:»iaçoas! Ilae*!: iiauioije i^jhiil iiJi'Jiâ -^îiiLi.-iar n n

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merile vn chaslinieLi eî-::.ila:re • ei^rit Boguet,

SOUS le règriie de Henri IV*.

Pierre de Lancre. un contemporain de Boguet,

* Discours exécrable des Sorciers. Lyon, Higaud, 10 10» ia-8, page 212.

nous apprend que la terreur de ce maléfice est si répandue, au commencement du xvii* siècle, que la plupart des mariages se célèbrent en grand secret et <îomme à la dérobée.

Voilà qui réclame un mot d'explication. Il faut savoir que le rite le plus usuel, pour cette ligature, s'accomplissait communément à l'Église, pendant la •cérémonie nuptiale. Ce rite est fort simple : après s'être muni d'un lacet, on assiste à la célébration du mariage. Lorsque les anneaux s'échangent, on fait au lacet un premier nœud ; on en fait un second, au moment où le prêtre prononce les paroles essentielles au sacrement; enfin, quand les époux sont sous le drap, on en fait un troisième : et l'aiguillette est nouée {Bodin) .

Un autre procédé consiste à entrelacer les doigts •de ses mains, tordues la paume en dehors ; on commence par le petit doigt de la main gauche et l'on continue lentement, jusqu'à ce que les deux pouces se rejoignent : alors le charme est parfait. Ce rite doit s'accomplir dans l'Église, au moment où le mari présente à sa femme l'anneau.

Nous ne nous flattons pas de détailler tous les modes •de ligature vénérienne, qui dépassent la cinquantaine, si l'on en croit Bodin *. D'ailleurs, l'abbé J. B.

^ Le Grand A/6er^ donne une recette plus impertinente et plus bouffonne: « Qu'on prenne la verge d'un loup nouvellement tué; •qu'on aille à la porte de celui qu'on veut lier et qu'on l'appelle par son propre nom. Aussitôt qu'il aura répondu, on liera la verge avec <UQ lacet de ûl blanc, et le pauvre homme sera impuissant aussitôt. »

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Il faol coDT«QT qu'on iaT^aî^rait diffi«l?m*nt uno Ttvelte plus saugrenue qa« celle-Iâ. — Le* r?celles p-JurrfrfliMurr riiiV"»*'<'<^î'f sont du même zodt.

• Traité de Superstitions, Paris, IT41, 4 toI. in-lî.

* La Philosophie orcuite, tome I, pisre 101.

' Page 117, dans la mauvaise édition moderne de Paris* HeuauU» 1839, in-12.

après l'avoir fait macérer quinze jours dans un mélange de zimat (sic), de salpêtre, de sel et de poivre lODg. On en parfait la dessicationdans un four chauffé avec de la verveine et de la fougère ; d'autre part, on compose une chandelle avec de la graisse du même pendu, de la cire vierge et du « sisame de Laponie ». Quand les voleurs veulent piller à loisir quelque maison, ils allument cette chandelle, et, se servant de la main du pendu comme d'un chandelier, ilsentrenthardiment où ils ont affaire ; bien convaincus qu'y eût-il là vingt personnes armées jusqu'aux dents, toutes seront frappéessurlechampdestupeur et d'engourdissement, en sorte qu'ils pourront se livrer sans crainte au pillage, car pas un des témoins de leur crimenebronchera, tant que la chandelle magique ne sera point éteinte.

C'est là, du moins, ce que soutiennent les compilateurs de grimoires, qui chantent les louanges de ce prestigieux secret.

Le Glaneur indott-chinois, qui se publiait à Malacca dans la première moitié du xix° siècle, signale un exemple de charme, qui n'est pas sans analogie avec la Main de gloire. Malheureusement, nous n'a-

LA miN DE GLOIRE

ŒUVRES DE SORGELLERIK 201

Tons aucun délai! sur les cérémonies en usage pour l'accomplir; le résultat nous est seul connu : " La curiosité publique, dil le Glaneur, a été vivement excitée depuis quelques jours par la découverte d'une bande de voleurs d'enfants des deux sexes. Cette découverte a été faite par le zèle d'un tisserand en soie, qui, en se promenant dans les rues deKanton,reconuut l'enfant de son maître, perdu depuis quelques jours. />'e/i/fl/(/ 'our«(i sur lui un regard stupide et refusa de le reconnaître. Le tisserand l'emmena de force chez son père.

« Il restait toujours sous le charme de la stupidité; mais on n'eut pas plutôt appelé les prêtres de Bouddha et pratiquées cérémonies efficaces, célébrées en pareille occasion, que le charme disparut et que l'enfant, en versant des larmes abondantes, reconnut son maître et son père. L'affaire et le miracle furent immédiatement communiqués au gouvernement, qui fit cerner le rendez-vous des voleurs d'enfants. On trouva six hommes et trois femmes qui faisaient ce métier depuis plus de vingt ans. Ils avaient enlevé, pendant cette époque, plusieurs milliers d'entants ; il n'en restait plus que dix dans la maison, tous sous Vinfluence du charme stupéfiant, qui, comme celui jeté sur l'enfant du tisserand, disparut par les prières et les cérémonies des préires de Bouddha^ »

Cette compétence aux exorcismes est commune aux ministres de tous les sacerdoces réguliers ; il n'est pas indiflFérent d'y prendre garde.

^' Le Glaneur indou-ekinoia du 8 juillet 1820,

Représentants ici-bas de THumanité céleste et mandataires de groupes importants des candidats terrestres à cette humanité, les prêtres de tout culte ont pouvoir de conjurer les forces collectives du Mal, au nom de cette Puissance collective du Bien qui s'appelle la communion des Elus. Dans Tespèce, la réussite immédiate de TExorcisme — car c'en est un — prouve d'abondant que l'état de stupeur où ces enfants se trouvaient plongés n'était point l'effet de quelque narcotique ou de tout autre moyen artificiel : mais bien le résultat d'une action occulte, qu'on veuille l'appeler d'ailleurs charme stupéfiant comme M. deMirville qui rapporte l'anecdote *, ou qu'on préfère lui donner le nom moins archaïque, et plus à la mode aujourd'hui, de phénomène suggestif.

Avant d'entamer Ja description d'un autre ordre de sortilèges, nous signalerons encore le charme dit de taciturnitéy si fameux dans les fastes judiciaires de la Sorcellerie. Charme anesthésique serait une locution plus exacte ^.

C'était, en substance, un diagramme le plus souvent tracé sur une bande minuscule de papier d'une extrême minceur. Les magiciens poursuivis en justice, ayant réduit ce diagramme au plus imperceptible volume, s'ingéniaient à le dissimuler sous l'ongle de leur orteil ou dans une mèche de leurs cheveux. Tant que ce

^ Des Esprits et de leurs manifestations diverses^ tome I, page 262.

^ La taciturnité du sorcier n'est, en effet, qu'une conséquence de son étal anesthésiaue.

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Il y a plus: le zi::asj>\tc\ ^^i f. : âeiii^z^-rc: r^diûr sur le compte d'une telle :!l: u -^sriiie s? il &::tif esaer un phénomène qui est ia co:^î.-:tqueL»:-e Lonnale. immédiate et première de la dou>ur i^br^ique. qii il en tire un grave indice à la charge delaciuse. C'est le cas, f»ense-t-il, d'ordonner de nouvelles j:»erquisîtions. Sitôt le diagramme découvert et hrôlé. les grognements à sec

sans confession se métamorphosent en hurlements entrecoupés d'aveux — et les larmes de couler avec abondance.

Toutes les relations authentiques sont d'accord sur ce point. Quant aux conclusions à tirer de là, nous avons foi dans la sagacité du lecteur, qui n'ignore ni les miracles de l'autosuggestion *, ni les cas si fréquents d'anesthésie hystérique.

A la ruine de l'homme et du bétail ne se limite point la pernicieuse influence du Sorcier. Nuisance est son lot y dit le proverbe : justifier ce dicton de toutes les manières, voilà son ambition. Les sorts jetés sur les moissons ne passaient pas jadis pour les moindres témoignages de son universelle malveillance On attribuait à son seul regard le sinistre privilège de stériliser la terre et de nuire à tout être animé du souffle de la vie ; d'où la locution populaire \ Il a le mauvais œil.

Au demeurant, cette canaille, experte aux pires négoces, tenait boutique de poudres de succession, de charges de contagion, d'élixirs de réparation. Son but? — Abolir toutes fécondités heureuses; faire avorter les récoltes et les femmes ; semer la mort au logis comme à l'étable. L'ouvrier de ces précieuses besognes montrait deux visages comme Janus; empoisonneur ou sorcier — au choix — : compétence double !

^ Empressons-nous d'ajouter qu'il y avait là quelque chose de plus.

No«i avQ» 3i^rDiR lin» imsr Z iinçnÈt :^àiriii? as» ffixirs fiK- âfi: lôôû^ jUr^iHnÉ»:^ f X ÔHir ^a. sr

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'âgée dr-Ln;: s.::* i i*^:zjr . r'^ ziizs.r: i^ cii-iLi dans le potaçer. t ..ft T-'-e^T t>w tirr ::r: îî-eci €^ !& félicite de SC'D s4ri*f vr. — -Tr çjif feiroiie a îôr^ i^autres besognes. Ta. r^y^zt'l 'S^zl*ci^ st^? mystèT^e. Tu toIs. le temps est serein. le ^:W. ^zi^ zii Luare : eh Lien! dis moi

* Bognet. Dut/r:tjurt dfb Sjr^:i*^, pare fî*3.

* Entre aolre«. I>elrio.

l'endroit du jardin où tu veux que je fasse pleuvoir... — Le père ébahi désigne une petite pelouse située dans Tenclos ; puis il observe la fillette qui s'est retirée à l'écart. Avec une croissante stupeur, il la voit creuser un trou dans le sol, à l'aide d'une gaulette de coudrier; cela fait, remplir la fosse d'un liquide singulier et dont je laisse à deviner la provenance : le fait est qu'elle ne va pas le chercher bien loin, n'ayant qu'à s'accroupir

pour cet exercice Enfin il la voit battre de sa

baguette la surface de cette mare artificielle, en marmottant des paroles qui n'arrivent pas jusqu'à lui. Tout à coup, un frisson s'empare du spectateur dont ces étranges préparatifs n'avaient pas ébranlé le scepticisme : il a cru voir un faible nuage se condenser audessus du carré de gazon; plus de doute possible : car le soleil, toujours aussi brillant dans un azur aussi limpide, darde ses rayons sur ce brouillard léger, y détermine un arc-en-ciel parfait; — et maintenant le météore se résout en gouttelettes fines et abondantes... La pluie s est circonscrite à merveille dans les limites convenues, pas une goutte ne tombe au dehors. Le brave homme, consterné d'avoir dans sa famille une sorcière aussi précoce, veut savoir quel a été son maître dans un art évidemment suspect. L'enfant, pressée de questions, finit par avouer que sa mère Ta conduite au Sabbat ; pour ce qui touche à son savoir faire, elle en tient le secret de son bo7i ami, le Seigneur au pied fourchu. On pense bien que ces révélations ne sont pas pour pallier l'épouvante du père, à laquelle déjà se mêlent de cuisants scrupules de cons-

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dence... Bref, longtemps perplexe, il se résigne à prendre parti et, comme il est bon chrétien, il livre sa propre femme au magistrat, en se lavant les mains, comme Pilate. « Et fost bmslée toute viue, » conclut la chronique. Rien de plus simple et de plus naturel.

La grêle, les tempêtes, la sécheresse ou Torage, suivant les cas, s'obtenaient par des recettes asseï analogues à celle-là. C'est du moins ce qui résulte de la concordance des aveux et libres témoignages proférés en justice par les inculpés de sorcellerie.

Sans entrer dans la discussion des faits, nous ne saurions omettre de noter au passage Tair de parenté qui relie ces sortilèges aux phénomènes obtenus tous les jours par les Fakirs indous, de l'aveu même des plus sceptiques témoins ^

Ces charmeurs semblent agir avec une toute-puissance relative sur un fluide igné ( akasa ) plus subtil que la foudre, si célèbre elle-même dans les fastes du surnaturel.

S'il en faut croire les démonologues, le Feu du Ciel est un véhicule cher aux esprits malins, lesquels ont accoutumé de mettre la nature entière à contribution pour notre ruine. Sur ce chapitre, les libelles de sorcellerie ne tarissent point de concluantes anecdotes, — el ces légendes d un autre âge n'ont rien, semble-t-il, qui nous doive surprendre.

Nul, en effet, n'ignore quel zèle mettaient nos aïeux

* Voir le Spiritisme dans Vlnde, par Jacolliot, pages 228-361.

à doter d'un moi conscient toutes les forces impersoûnelles ou simplement instinctives de la nature naturée: c'était, chez ces chrétiens naïfs, l'ultime protestation de Tidolâtrie abjurée sous sa forme païenne, mais ingénieuse aux travestissements les plus orthodoxes et toujours vivace, en dépit des apparences.

Les dieux, précipités deTOljrmpe, s'étaient réfugiés en Enfer; simples démons désormais, ils avaient acquis droit de cité dans la foi nouvelle, au prix d'un double sacrifice d'amour-propre : l'acceptation d'un rôle subalterne et l'opprobre d'une torture virtuelle, il est vrai, mais avivée par un flot corrosif d'anathèmes et d'exorcismes sans répit.

A coup sûr, entre tous les agents naturels, la foudre est superlativement mystérieuse et fatidique d'aspect. Que, dès lors, tout éclair plus livide et plus aveuglant qu'un autre ail été, pour les imaginations du moyen âge, prétexte à une éclosion soudaine de diablotins : — encore un coup, il n'est rien là qui nous étonne.

Mais que penserons-nous des graves et troublants aveux qu'un savant contemporain fort honorablement connu, et qui certes, n'est jobard que de nom ^, con* fiait naguère à YA7m des Sciences, revue de M. Victor Meunier? Voici les paroles textuelles de ce physicien : « Je tiens une découverte qui m'effraie !... Il y a deux électricités : l'une, brute et aveugle, est produite par le contact des métaux et des acides ; Vauty^e est intel-

^ Jobard, savant français, mort à Bruxelles, en 1861.

ŒUVRBS DB SORCELLERIE 209

ligente et clairvoyante. L'électricité s'est bifurquée sous les mains de Galvani, Nobili et Mateucci : le courant brut a suivi Jacobi, Bonelli et Moncel, pendant que le courant intellectuel suivait Boisrobert, Thilorier et le Chevalier Duplanty.... Le Tonnerre en houle ^ ou rèlectricité globuleuse contient une PENsés L ■oUf-J qui désobéit à Newton et à Mariette^ 'pour n'en faire qu" à sa guise . , fL '^ J^,

« Il y a dans les Annales de V Académie des nm- i .

liers de preuves de Tintelligence de la FoikJ^.... ^''^ *' Mais je m'aperçois que je me laisse empocter. Peu s'en est fallu que je ne vous lâche la olkv qui va nous découvrir le Principe universel fi^vernant les deux mondes : le matériel et Tintellecuiel *. »

Quoi de plus étrange, dans une bouche grave, que confidence pareille, si ce n'est toutefois le parti pris de réticences qu'y laisse percer un homme de ce poids, savant réputé par toute l'Europe pour la fermeté de son esprit, l'étendue de ses connaissances et plus d'une découverte sur le terrain des sciences naturelles ?

Mais trêve de commentaires : ce n'est point ici le lieu de discuter les opinions du physicien Jobard. Dans cette première septaine, nous nous bornons à coUationner les faits.

Nous en citerons deux assez typiques, sur les hauts exploits de la Foudre-Esprit. Le premier n'a d'autre authenticité que le témoignage de gens simples et des

1 L'Ami des ScienceSy no du 2 mars 1856, page 67.

If 10 LB TEMPLE DE SATAN

pluH (îiicliiis à rhallucination rétrospective. Racontée par un autour du xvii* siècle, que cite l'abbé Lenglet- DufroHiioy. L'anecdote est sensiblement poussée au Murniiturol ^; néanmoins, elle est assez curieuse pour trouvrT [)laco dans un chapitre qui traite de diables et (la Honîollerio.

LK (IHANI) FEV, TONNERRE ET FOVDRE DU (ÎIKIi aduenus sur l* Eglise Cathédrale de Quimpercon'uUn^ atiec la vision d'un horrible et très espouitcntnhh* Donxon dans le feu sur ladicte Eglise ^ : — " Samedi, premier iour de Feurier 1620, aduint vn gnind malli(»ur et desastre en la ville de QuimpcM'cornntin, c'est qu'vnc belle et haute Pyramide c()UU(M'le d(î plomb estant sur la nef de la grande Kf<lis(î (»t sur la croisée do ladicte nef fut toute brusléc par la foudre et feu du Ciel, depuis le haut iusques ù ladicte n(^f, sans pouuoir y apporter aucun remède. Et pour sçauoir le commencement et la fin, c'est que ledirl iour sur les sept heures et demie tendant à huicl du malin, so iit vn coup de tonnerre et éclairs terrible entre autres : et à l'instant fut visiblement veu vn Domon horrible et espouuantable en faneur d'vne grande onde de gresle se saisir de ladicte pyramide

• Le mol surnaturel est à nos yeux fort impropre, et nous aurons soin de l'évitci* dans les Jéveloppements métaphysiques où il pourrait créer des confusions. Partout ailleurs, nous remploierons dans le sens vulgaire et que l'usage a consacré.

3 Publié pour la première fois à Rennes, chez Jean Durand, 162Q; puis réimprimé à Paris, chez Abraham Saugrifc.

ŒUVRES DE 80HCELLKBIE 211

par le haut et au dessoubs de la croix, estant ledict Démon de couleur verte, ayant vne longue queue de pareille couleur. Aucun feu ni tumée n'apparût sur ladicte pyramide, qu'il ne fust pri-s d'vne heure de l'apres-midy, que la fumée comineoçaà sortir du haut d'icelle et dura fumant vn quart d'heure : et du meame endroict commença le feu à paroître peu à peu en augmentant tousiours ainsi qu'il deualoit du haut en bas : tellement qu'il se fit si grand el si eapouuentable que l'on craignoit que toute l'Eglise ne fust bruslée,et non seulement toule l'Eglise, mais aussi toute la ville. Tous les trésors de ladicte Eglise, furent tirez hors : les voisins d'icelle faisoient transporter leurs biens le plus loin qu'ils pouuaient de peurdufeu.il y auoil plus de quatre cents hommes pour esleindre ledict feu, et n'y pouuoient rien faire. Les Processions gèrent à l'enlour de l'Eglise et autres Eglises, cbacune en prières. Enfin, ce feu alloit tousiours en augmentant, ainsi qu'il trouuoit plus de bois. Finalement, pour toute resolution, on eut recours à faire mettre les Reliques sainctes sur la nef de ladite Eglise, prez et au deuant du feu. Messieurs du Chapitre (en l'absence de Monseigneur l'Esueque) commencèrent à coniurer ce meschanl Demou, que cbascun voyait appertement dans le feu. tantôt vert, jaune et bleu; iettanl les Agnus Deî, dans iceluy el prez de cent cinquanle bariques d'eau, quarante ou cinquante charetées de fumier, et neantmoins le feu continoit. El pour dernière résolution, l'on fit iettcr vn pain de seigle de quatre sols, dans lequel on y mit vne Hostie

212 LE TEMPLE DE SkTk'S

consacrée, puis on prit de l'eau bénite auec du lait dVne femme nourice de bonne vie, et tout cela fut ietté dedans le feu, tout aussitôt le Démon fut contrainct de quitter le feu : et auant que de sortir, il fit vn si grand remue -ménage, que Ton sembloit estre tous bruslez, et qu'il deuoit emporter l'Eglise et tout auec luy : et en sifflant, il sortit à six heures et demie du soir dudict iour, sans faire aucun mal (Dieu mercy) que la totale ruyne de ladicte pyramide, qui est de conséquence de douze mille ecus au moins.

u Ce meschant estant hors, on eût raison du feu. Et peu de temps après, ledict pain de seigle se trouua encore en essence, sans estre aucunement endommagé ; fors que la croûte estoit vn peu noire.

« El sur les huict ou neuf heures et demie, après que tout le feu fut esteint, la cloche sonna pour amasser le peuple, afin de rendre grâces à Dieu.

« Messieurs du Chapitre auec les choristes et musiciens chantèrent le Te Deum et vn Stabat mater, dans la Chapelle de la Trinité, à neuf heures du soir.

« Grâces à Dieu, il n'est mort personne, fors trois ou quatre blessés.

« Il n'est pas possible de voir chose plus horrible et espouuentable qu'estoit ledict feu. » — pin *.

Ce récit nous est doublement précieux, en ce qu'il

* Voir Lknglbt-Ddfresnoy : Recueil de Dissertations anciennes et nouvelles sur les Apparitions, les Visions et les Songes. — Paris-Avignon, Jean-Noël Leloup, 17ol, 4 vol. in-12, tome II, pp. U0-H4.

(EUTRES DE SORCELLERIE 213

consacre, à ia faveur d'un exemple singulier, la croyance populaire aux dénions de la foudre et surtout en ce qu'il décrit par le détail les exorcismes et autres cérémonies religieuses dont nos pères des siècles derniers avaient coutume en pareil cas. — Au demeurant, quoique les exemples d'hallucination collective et spontanée soient assez fréquents, et dûment constatés, nous inclinerions à croire que le témoin oculaire, narrateur de ce prodige, avait sciemment chaussé, le jour de l'incendie, des besicles grossissantes, ou pour mieux dire, enchantées.

Mais voici un fait plus moderne affirmé par des témoins dignes de foi, et qui ne présente rien d'incroyable, à quelque point de vue d'ailleurs qu'on l'examine. Nous condensons le récit un peu diffus de M. Gougenot des Mousseaux '.

»" MARIA OPTIMAM PARTEM ELEGIT, QVM NON A^TERETVR AB EA. " C'est celle belle et consolante parole du Christ qu'un grand seigneur polonais avait fait graver en lettres d'or sur la tombe de sa fille adorée, morte à dix-huit ans d'une maladie de langueur. Une demijournée n'est pas révolue, qu'un orage gronde au ciel; la foudre éclate : un livide éclair, se bifurquant en dard de vipère, ravage en deux endroits l'inscription métallique Quatre lettres fondues, volatilisées au

* Goufcenot des Kotifseaus, Mœurs et Pratique» de» Démons, j^édil. rprondue. Paris, Pion, 1863, in-8, pages 1H-I6.

, y^ édit. rprondue.

214 LE TESfPLE DE 8ATAK

choc du fluide, laissent le texte saint mutilé — et d'une formule d'amour céleste et d'espoir, font une sentence d'éternelle et suprême réprobation.

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