H MARIA... IMAM PARTEM ELEOIT, .VM NON AVFERETVR
AB EA. » Marie a choisi sa place au fond de F abîme; anathème sur elle ! Sa place ne lui sera pas ôtée^...
Voilà pour la foudre. Ajoutons qu'à tort ou à raison, nos ancôtres attribuaient les pestes, les contagions, les disettes, à l'influence des mauvais esprits ; comme aussi les cataclysmes imprévus, tels que cyclones, éruptions, tremblements de terre.
Les exorcismes de l'Église nous sont la meilleure preuve de cette attribution, croyance communément répandue et sanctionnée par le clergé, du moins en ce qui concerne les troubles des éléments : « Je vous adjure, grêles et vents, pour que vous vous résolviez en pluie, etc., » lit- on au Rituel de Toul, page 538. Los Rilicels sont pleins de ces formules.
Or, ces démons, qui donc — au dire du peuple —
* Celle anecdote fait penser au présage fulgurant, avant-coureur de la mort d'Auguste.
L'an 14 de Jésus-Christ, la fondre venant à frapper rinscriptioQ de la statue érigée dans le Champ de Mars à la mémoire du Conquérant des Gaules, en mutila la première lettre. De c^sar, le Feu du ciel fit ^esAR. qui était, chez les Etrusques, le nom générique de» Elres appartenant à la race d'*s Dieux (smSn des Hébreux).
Le mage Thrasylle consulté, vit dans la lettre G abattue^ /e symbole des cent jours qui séparaient encore Auguste de V Apothéose. Kn conséquence, il lui prédit qu'à l'expiration de ce délai, il serait mis au rang des dieux. Et de fait, la mort, à cent jours de là, frappait César- Auguste !
(EUTRE8 DE SORCBLLBHIB
déchaînait en trombe leur malveillance à travers la pacifique nature ? — Les adeptes de la Magie noire !
C'est ainsi que le moyen âge, à la grande joie des exorcistes, rejetait tout phénomène anormal sur le compte de l'Enfer et de sa malice, et motivait d'ailleurs la colère vengeresse des monstres d'enfer, en dénonçant la perfide instigation du Sorcier....
Nos pères voulaient trouver à tout une raison d'être miraculeuse ; aujourd'hui nous nions a priori jusqu'à la possibilité d'un prodige. Ils allaient trop loin, peutêtre reculons-nous trop en deçà. Ils étaient crédules jusqu'à devenir souvent visionnaires; nous sommes méfiants jusqu'à fermerobstinément les yeux aux splendeurs de l'évidence.
Le Magicien a toujours passé pour le confident des esprits et des fantômes d'outre-tombe ; si sa science est une royauté, l'art des évocations est, sans contredit, le plus beau fleuron de sa couronne.
C'est chose inutile de revenir ici sur l'évocation du Diable et le pacte qui en résulte; d'autant qu'au chapitre V nous devons encore en toucher un mot.
Au chapitre vi, à propos des spirites, nous traiterons l'évocation des morts ou des êtres quelconques qui se donnent pour tels.
Nous ne voulons, en celui-ci, que demander au vieil Homère le témoignage poétique des rites traditionnels de cette opération, — la plus téméraire, à coup sûr, qu'il soit permis à l'homme, ou plutôt qu'il lui soit défendu d'entreprendre. Ouvrons VOdyssêe aux pre-
Jj
216 LR TBBiPLE DB SATAN
mières pages de son livre IX. Ulysse nous décrira scrupuleusement les détails de sa tentative ; fions-nous à la compétence d'un guide qui va nous conduire par la main à travers les dédales du sombre Hadès.
Il s'agit, pour le roi d'Ithaque, de consulter le spectre du divin Tirésias : les cérémonies magiques vont commencer.
Ayant creusé une fosse profonde, Ulysse y répand tour à tour, en l'honneur du peuple léger des mânes, le miel et le vin pur, l'eau claire et la fleur de farine. Puis il passe des prières aux invocations, et, brandissant le fer sacré, il égorge enfin les victimes sur la fosse, où le sang coule en ruisseaux noirs.
Soudain, du fond de TÉrèbe, s'élève le peuple ténu des ombres : cependant qu'assoiffées du sang répandu, elles se pressent en hurlant autour de la fosse, le Prince, debout, leur barre la route, le glaive à la main. Les ombres refoulées s'épeurent et se dissipent, vapeurs proléennes déroulées en volutes. Mais de nouveaux spectres leur succèdent, accourus des profondeurs de l'Érèbe ; dans le nombre, Ulysse reconnaît plusieurs compagnons d'armes, et ces amis défunts le supplient de les laisser s'abreuver du liquide mystérieux qui doit prêter à leur substance inconsistante une éphémère objectivité!
Inflexible, le nécromancien, suivant le rite occulte, tient ferme la pointe de son glaive à la surface du sanglant breuvage, que Tirésias évoqué doit le premier toucher de ses lèvres. Mais voilà que le Prince, jusqu'alors impavide, sent fléchir son courage : une
ŒUVRES DB SORCBLLBItlB
ombre augusle et chérie est montée du gouffre il
a reconnu sa mère I . . . N'importe, hélas ! les prescriptions sacrées ne souffrent aucun accommodement: l'on ne badine pas avec la loi du Destin. Et, tandis qu'un sanglot se brise en sa poitrine, il ëcarte le fantôme d'Anticlée.
Enfin parait Tirésias, vieillard aux blancs cheveux, son sceptre d'or à la main : — Arrière, fils de Laërte, s'écrie-l-il, retire ton glaive de celte tosse, el laissemoi m'abreuver du sang noir. Quand j'aurai bu, je te révélerai l'avenir 1 Le devin tend sa lèvre à la pourpre sanglante et dénoue la trame du Destin
La mère d'Ulysse est toujours là, sombre et muette ; elle ne reconnaît point son enfant. Le roi consterné demai.de à Tirésias le moyen de se révéler à elle, La réponse du devin vaut d'être prise en note : « Celle des ombres à qui tu permettras de se pencher sur 1 fosse et de mouiller ses lèvres du sang des victimes, te reconnaîtra soudain : lu pourras apprendre d'elle ce j que lu désires savoir. Mais tout fantôme que lu écar- , teras du glaice fuira dans la »uil profonde... Ulysse relire son glaive de la fosse; enfin, sa raèrel peut approcher, el sitôt qu'elle a bu, elle l'aperçoit ei s'écrie : « 0 mon fils, comment as-tn pu descendra
au séjour des ténèbres? » Pendant qu'elle lui
parle, il s'élance par trois fois pour embrasser la chère morte, qui trois fois s'évanouit dans ses bras, comme une ombre sans consistance, ou comme un rêve qui se dissipe, quand on croit le saisir.
Tel est, abrégé, le récit d'Homère, consciencieux
témoin des rites de son temps, et révélateur , sous cette apparence fabuleuse, de plus d*un mystère profond. Au surplus, ces cérémonies appartiennent à la Magie noire, par l'usage qu'on y fait du glaive .et du sang. L'effusion mystique du sang est abominable, ainsi qu'on l'expliquera par la suite {Clef de la Magie noire).
Nous n'avons rien à dire ici de l'Évocation par le pantacle stellaire et les parfums consacrés : ces arcanes sont ceux de la Haute et Divine Magie, et la science dont ils ressortissent demeurera pour le Sorcier lettre morte à tout jamais .
Sa science à lui, magicien de ténèbres, est tout autre. A lui l'évocation des esprits de désordre et d'inconsciente perversité ; à lui les aberrations sexuelles et l'aveugle déploiement de cette force subversive de perdition, qui, compactant l'invisible, donne aux fantômes de son délire une objectivité néfaste; à lui le vampirisme et les métamorphoses dégradantes qui assimilent progressivement sa forme astrale aux types inférieurs de l'animalité; à lui les voluptés sans nom du commerce incubique.
Voilà les œuvres propres au magicien noir et véritablement dignes de lui. De ces deux dernières nous n'avons rien dit encore, et nous voulons toucher un mot.
L'Incube et le Succube sont les deux formes spectrales d'un hermaphrodite convertible, si j'ose dire, à prédominance tour à tour phalloïde ou ctéimorphe, selon que l'être brutal dont Tappétit l'évoque, est une sorcière ou un sorcier.
ŒUVBBS DB SOBCKLLERIE 219
Nommés éphialtes par les anciens Grecs, Incube et Succube se confondaient, dans l'imagination populaire, avec la personnification du cauchemar. En effet, dans les rêves pénibles, l'organe génital est souvent intéressé. Le plaisir, qui prend alors tous les caraclôres de l'angoisse, a des paroxysmes qui tiennent plutùt de l'étoutfement que du spasme. Souvent il y a coïncidence des deur; c'est la fusion de tous les contraires ; souffrance et volupté, désir et dégoût. C'est l'amour râlé, le jeu d'Erôs devenu tragique, avec un monstre pour partenaire. Car l'ombre lascive, communément indécise, prend tout à coup d'horribles contours.
Quelquefois ce fallacieux objet s'offre sous un aspect moins farouche, voire avec un visage avenant. Ses manières sont plus agréables ; les violences même qu'il exerce sont plus douces ; bref, il se comporte poliment.
Au chapitre premier, nous avons transcrit en détail la confession d'une pauvre fille, victime d'un incube relativement présentable, brutal et parfois violent dans
l'intimité, mais pointdépourvu de tenue En somme,
plus d'une jouvencelle se contenterait d'un tel galant, l'estimant fort possible, en dépit de son extraction. — Le Loyer, conseiller du roy au siège présidial d'Angers, nous propose un autre exemple, qui serait jugé moins tolérable, à moins de goûts spéciaux: h Au païs de Marrée, yeutvnefillequisetrouua grosse du fait du Diable, Ce ne fut pas sans donner àpenseràses parens, qui la pouuoit auoir engrossée, parce qu'elle abhorroit le nopces et n'auoit voulu estrc mariée. Ils la pressent, . . Elle confesse que c'estoit le Diable qui couchoit toutes
les nuicts auec elle, en forme d'vn beau ieune homme. Les pares ne se contentant de la response de la fille^ pratiqué! sa chambrière, qui de nuict les fit entrer dans la chambre auecques torches. Ce fut alors qu'ils apperceurent au lict de la fille vn monstre fort horrible, n'ayant forme aucune d'homme. Le monstre ne fait contenance de vouloir quitter le lict, et fait-on venir le prestre pour Texorciser. En fin, le monstre sort, mais c'est auesques vn tel tintamarre et fracassement, qu'il brusla les meubles qui estoient en la chambre et en sortant descouvrit le toict et couuerture de la maison. Trois iours après, dit Hector Boëce, la Sorcière engendra vn monstre, le plus vilain qui fust oncques né en Ecosse, que les sages-femmes estoufferent ^ »
C'est là ce que Lancre appellerait « vne infauste déception » /
Après l'incube, le succube !... Oyez l'histoire attestée par le Docteur anglais Barnelt. Il s'agit d'un jeune gars du Comté de Sommerset, robuste et bien portant, qu'une consomption rapide conduit en quelques mois au seuil de la tombe. Chaque nuit, visité par un spectre de luxure, il succombe à la tentation, en dépit des sages résolutions prises et renouvelées chaque jour. Enfin, terrifié par la perspective d'une mort immmente (carie mal va toujours empirant), le jeune homme s'arme de courage et se couche, décidé à démasquer le fantôme. Vers minuit, il sent le jeune succube se glisser dans son lit. Avec la rapidité de l'éclair, il
< Histoire dei Spectresy Paris, 1005, in-4, page 315.
empoigne de ses deux mains les cheveux de la nocturne visileuseet demande à grands cris de la lumière. Tandis qu'on en apporte, elle parvient à se dégager dans un etfori suprême, en laissant aux mains deson amant deux poignées de cheveux blâmas. C'éiaii une horrible sorcière du voisinage, vieille comme Saraï, lorsqu'elle fut enlevée par Abimelech M Et cependant affirme le jeune homme, l'haleine de cette créature, — véritable souffle d'entant — la fermeté de ses chairs et tout son être enfin annonçait une jeune fille de vingt ans, saine
et vigoureuse Parquet prestige cette vieille hideur
avait-elle pu se donner telle apparence? Mystère! Quoi qu'il on soit, voici le portrait qu'en trace Gorres, de qui j'emprunte celte anecdote : » Depuis cinquante ans, cette vieille femme passait pour sorcière. Elle était maigre et sèche, courbée par l'âge et ne marchait qu'à l'aide de béquilles. Sa voix était creuse, solennelle, mystérieuse, mais hypocrite en même temps. Ses yeux lançaient une lumière pénétrante, qui inspirait l'effroi ■. <>
' Elle avait alors qualre-vingl-dix ans, d'après le récit même de la Voigale (Genèse, chap. svd, t •"]- Ce qui suppose chez Ip roi de Guerar qui l'enlève {Genfiae, chap. xx), soil un goût 1res vif pour les oUTceaux d'archéologie sexuelle, soit des hahitudes galantes dont la violence même scmhlt! le dernier mot de la courtoisie ; ou bien encore, ce qui prouve, h un autre point de vue, que peut-tHre ne s'agil-il ni de galanterie ni de femme mare, mais d'idéographJsme et d'allégorie.
Le petit rapprochement de dates, révélateur de celle anomalie, fait du IX* cliapitre une page qui milite en faveur du sens spirilucl, en dùpil des modernes théologiens qui le dénient i la Genèite, comme aux autres livres de nos deux Testament*.
* GôHBts, La Mijgtique dicine, naturelle et diabolique, traduction Sainte-Foi, Paris 1S34, S vol. in S; tome V, page 303.
L'histoire contée par Barnelt peut servir de transition entre les faits d'incubisme proprement dit et ceux de transformation par enchantement d'une part, d'erraticité vampirique de l'autre.
Qui n'a lu quelque effroyable récit de vampires décimant toute une contrée? Les faits sont si nombreux, si concordants et si solennellement attestés, qu'à nier Texistence réelle de cette manière de maladie posthume, il y aurait mauvaise foi!
Toutes les narrations se ressemblent : un homme à réputation trouble, un homme suspect de commerce avec l'Enfer, vient à mourir. Il a communément édicté quelque prescription bizarre, touchant le mode et le lieu de sa sépulture ; après une vie ambiguë, il paraît avoir eu souci de garder jusque dans la mort une attitude inquiétante. . . Quoi qu'il en soit, ses dernières intentions respectées des siens, il va dormir sous terre son meurtrier sommeil : de sorcier, il est devenu vampire ^
Bientôt, en effet, l'on voit dépérir de nombreuses personnes du pays, victimes d'un mal étrange et surnaturel. Des témoins dignes de créance affirment avoir vu chaque nuit un spectre vagabond assaillir les passants, tantôt sous une forme humaine et tantôt sous l'aspect d'un chien monstrueux. Le même fantôme pénétrant aussi dans les maisons, s'attaque à ceux
* Le vampirisme serait un mal héréditaire. Plusieurs auteurs citent des familles où cette maladie se transmettait régulièrement de père en flls.
qu'immobilise le sommeil ; il les étouffe en leur coraprimanl la poitrine : plusieurs sont trouvés au matin morts dans leur lit.... Ceux qui survivent après avoir reçu sa néfaste visite, se traînent péniblement, maigris, blêmes, exténués. Toute vitalité semble leur avoir été ravie, dans l'embrassement du monstre, qui passe vulgairement, tant ils sont pâles, pour avoir aspiré le souffle et sucé le sang- de ces malheureus. Si le baiser du vampire se renouvelle, ils meurent au deuxième ou troisième assaut...
C'est une consternation générale.
Alors une rumeur s'élève, qui grandit, accusatrice du mort. On se chuchotte à l'oreille des récits de faits similaires, traditionnels dans certaines familles. On sait qu'il faut , en pareille circonstance , violer la sépulture du bandit d'outre- tombe. Sacrilège notoire, seul remède à un si grand mal.
Les particuliers hésitent-ils à prendre l'initiative d'un tel acte? La pression publique se fait si forte et si tenace, t|uc l'autorité se voit contrainte d'intervenir. On exhume le cadavre, et le soleil éclaire le plus glaçant des spectacles : un mort immobile et froid, dans un élat de parfaite conservation ; mais les lèvres sont vermeilles et parfois les yeux grands ouverts, La barbe, les cheveux, les ongles ont poussé d'un jet extraordinaire. La force semble s'être concentrée en lieux utiles, pour conserver la vitalité végétative du cadavre. La coutume transmise veut qu'on cloue au sol ce hideux vampire, en lui traversant le cœur d'un épieu. Il secoue alors son sommeil de marbre et se
t2â4 LE TEMPLE DE SATAN
tord, avec un dernier hurlement, dans les convulsions d'une agonie posthume; des flots de sang rouge et bien fluide ont jailli sous le fer... et, selon l'énergique expression d'Eliphas, le vampire s'est réveillé dans la mort. Tout n'est pas fini cependant, et dans plusieurs cas, le fantôme continue ses ravages nocturnes ; il faut réduire en cendres le cadavre maudit, pour que tout rentre dans Tordre accoutumé.
Si peu vraisemblables que soient ces faits, il faut cependant les admettre, sous peine d'invalider tous les critères de la certitude historique. Où s'arrêtera le scepticisme des savants, s'ils récusent les plus formels témoignages et frappent de nullité les procèsverbaux authentiques, rédigés sur place par les autorités judiciaires ou communales?
Il convient, d'ailleurs, de corroborer jusqu'à l'évidence la foi des gens raisonnables en l'existence des vampires, par le rapprochement qu'on peut faire de ces faits plus ou moins anciens, avec des faits modernes, sinon tout pareils, du moins entièrement analogues et certifiés par des témoins aussi peu récusables que les premiers.
Je veux parler de l'inhumation de Fakirs en léthargie volontaire, à plusieurs pieds dans le sol — et de leur résurrection, constatée par des médecins, après des mois, quelquefois une année d'enfouissement sous terre. Toutes précautions ont été prises; l'on a eu soin d'opérer avec une minutie péremptoire, afin d'atteindre expérimentalement à la certitude scien-
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tifique, indubitable, absolue. Pour prévenir jusqu'à la possibilité d'une tentation de fraude, on a semé, puis récolté des céréales, sur l'emplacement de la mystérieuse sépulture, où des sentinelles chargées d'une surveillance de chaque instant se sont renouvelées nuit et jour, sans interruption. Eliphas, dans son Histoire de la Magie (pages 507-512) rapporte, avec un grand luxe de détail, un exemple assez concluant, dont se sont faits garants le Docteur Mac Gregor, Tofâcier anglais Obsborne et le général Ventura '.
Le Docteur Gibier, professeur auMuséum, cile un cas tout récent, que relate aussi le Temps, n" du 31 octore 1885. J'emprunte à son beau livre de r-4nalyse des choses- quelques extraits relatifs à cette expérience, transmise dans ses moindres détails par le Docteur Honigberger, et certifiée par sir Glaudius Wade, ministre anglais en résidence à Laliore.
Après de longues préparations, IIarid<^s le Yoghi (enta l'aventure, devant Runjet-Sing, rajah de Lahore. « L'adepte entouré de ses disciples et accompagné par le rajah et sa cour, s'avança gravement sur le lieu de l'épreuve. Après qu'on eut étendu un linceul de lin sur le sol, il se plaça au milieu et tournant son visage vers l'Orient, il s'assit en croisant ses jambes dans l'attitude pamadsan de Brahma assis sur le Lotus. Il pa-
' L'ensevelissenieat du Kakir a dure dis mois, de juin 1S:I3 à la fin d'avril 1839.
' Paris, Denlu, 1890, in-lî.
rut B6 recueillir un instant, puis il fixa ses regards sur la pointe de son nez, après avoir renversé sa langue dans le fond de sa gorge.Bientôtsesyeuxse fermèrent^ ses membres se raidirent ; la catalepsie... se présenta.
« Les disciples du solitaire s'empressèrent alors de lui aviver les lèvres et de lui fermer les oreilles et les narines avec des tampons de lin enduits de cire, sans doute pour le protéger contre les insectes. Ils réunirent les quatre coins du linceul au-dessus de sa tête et les nouèrent ensemble. Le sceau du rajah fut mis sur les nœuds et le corps fut enfermé dans une caisse en bois de quatre pieds sur trois, que Ton ferma hermétiquement et qui fut également recouverte du sceau royal.
« Un caveau muré, préparé à trois pieds sous terre pour contenir le corps du yoghi, reçut la caisse, dont les dimensions s'adaptaient exactement à ce tombeau. La porte fut fermée, scellée et bouchée complètement avec de la terre glaise .
a Cependant, des sentinelles étaient ordonnées pour veiller nuit et jour autour du sépulcre, qu'entouraient d'ailleurs des milliers d'Indous accourus pieusement, comme à un pèlerinage, à l'ensevelissement du saint.
a Au bout de dix semaines, terme convenu pour l'exhumation, une affluence de spectateurs encore plus grande accoururent sur le lieu de l'événement. Le rajah fit enlever la terre glaise qui murait la porte et reconnut que son cachet, qui la fermait, était intact.
« On ouvrit la porte, la caisse fut sortie avec son contenu, et quand il fut constaté que le cachet dont elle avait été scellée était également intact, on l'ouvrit.
n Le Docteur Honigberger fit la remarque que linceul était recouvert de moisissures, ce qui s'expliquait par l'humidité du caveau. Le corps du solitaire, hisse hors de la caisse par ses disciples et toujours entouréde son linceul, fulappuyé contre le couvercle; puis, sans le découvrir, on lui versa de l'eau chaude sur la tête. Enfin on le dépouilla du suaire qui l'enveloppaîl, après en avoir vérifié et brisé les scellés. « Alors le Docteur Honigberger l'examina avec soin. Il était dans la même attitude que le jour de l'ensevelissement, seulement la tète reposait sur une épaule. La peau était plissée ; ses membres était raides. Tout le corps était froid, à l'exception de la tête qui avait été arrosée d'eau chaude. Le pouls ne put être perçu aux radiales, pas plus qu'aux bras ni aux tempes. L'auscultation du cœur n'indiquait autre chose que le silence de la mort...
" La paupière soulevée ne montra qu'un œil vitreux et éteint comme celui d'un cadavre.
i< Les disciples et les serviteurs lavèrent le corps et frictionnèrent les membres. L'un d'eux appliqua sur le crâne du yoghi une couche de pAte de froment chaude, que l'on renouvela plusieurs fois, pendant qu'un autre disciple enlevait les tampons des oreilles et du nez et ouvrait la bouche avec un couteau. Haridès, semblable à une statue de cire, ne donnait aucun signe indiquant qu'il allait revenir à la vie.
Il Après lui avoir ouvert la bouche, le disciple lui prit la langue ot la ramena dans sa position normale, L il la maintint, car elle tendait sans cesse à retom-
^^ il la mair
ber sur le larynx. Il lui frictionna les paupières avec de la graisse, et une dernière application de pâte chaude fut faite sur la tête. A ce moment, le corps de l'ascète fut secoué par un tressaillement, ses narines se dilatèrent, une profonde inspiration s'en suivit; son pouls battit lentement et ses membres tiédirent. Un peu de beurre fondu fut mis sur la langue, et après cette scène pénible, dont l'issue paraissait douteuse, les yeux reprirent tout à coup leur éclat.
« La résurrection du yoghi était accomplie, eS comme il aperçut le rajah, il lui dit simplement : « lif ^ « crois-tu, maintenant? »
« 11 avait fallu une demi-heure pour le ranimer* ^ et après un laps de temps égal, bien que faible encore ^ mais revêtu d'une riche robe d'honneur et décoré d'uU collier de perles et de bracelets d'or, il trônait à la table royale.
« A quelque temps delà, le rajah ayant sans doute mis le yoghi au défi, ce dernier se fit de nouveau ensevelir, mais cette fois-ci à six pieds sous le sol. La terre fut battue autour de son cercueil, le caveau fut muré, de la terre fut répandue dessus et on y sema de Torge. Toujours d'après les mêmes témoins oculaires, Haridès fut laissé quatre mois dans ce tombeau ; au bout de ce temps, il revintà la vie comme la première fois *. »
A quoi qu'on attribue la léthargie des fakirs et des yoghis indous, et si distante qu'on la suppose de l'état
* Analyse des choses^ pages 171-175.
Tampirique, tel que nous l'avons déjà décrit plus haut, on n'en conviendra pas moins que ces divers exemples, également attestés et certifiés à plusieurs siècles, comme à plusieurs mille lieues d'intervalle, se soutiennent et se corroborent mutuellement.
Quant à la Lycanthropie, une étroite parenté la relie de toute évidence au vampirisme proprement dît. Dans les deux cas, le spectre assassin court la campagne sous diverses formes d'animaux ; dans les deux cas, il s'attaque volontiers aux ôtres qu'il rencontre : la différence essentielle consiste en ceci précisément, que le loup-garou, tandis que sa forme astrale vagabonde au dehors, est un sorcier vivant qui sommeille dans son lit ; et que le vaynpiye, au contraire, est un sorcier mort qui végète dans sa tombe.
Le vocable Lycanthropie est un terme très impropre ; car il s'en faut que les transformations erratiques du sorcier se bornent à la forme générale du loup ; les traditions de la magie ténébreuse noua font voir les adeptes du Sabbat varier les déguisements animaux sous lesquels ils effectuent leur retour, l'assemblée finie : chai, chien, bouc, mouton, et même escargot, limace ou crapaud ; — le seul embarras est celui du choix. Ce qui permet aux enragés de la démonologie de croiser assez fréquemment des magiciens et des sorcières, retour du Sabbat : car il faudrait bien de la malchance, pour ne pas apercevoir sur sa route un seul de ces divers animaux.
Disons, pour en revenir au loup-garou, que dans
230 i£ Tsao^iE ne
lee csts réek de liilDCS&m ps^eaiàD-Aûixfàùqse, constaté rnÛBlei; £d3S Iiiffitafstatiiâlé ^ r^>€srcufiBÎL fid Imprime ssr le coups et abBesnt la trace des ccmb^a e$ le ftfipiMrle des blessures qui fiODt ponés an &^£Be -sirsâpie. — Ga eXieflDt{de: ^ Emoosre list-on qa>« £oce9e CArgètiiie troifi dasoiedfiB somcâferes assaiffîreBl tm fonne de dbjds TB rillafeois ^ ^ ccmpoît d« kois^ ci ^e se deffefida^ il les Crappa et blessa foit; po«r kfsd iakC il iaH pe« jpres ooastîtaè priscHttier^ ci là ^exr eaisai^ il ÛA rotr qull a'avott blessé des ffiriin, Mais bîea trois cbats, ffwi coaamt espris mafimgs, rajaoi€fit afisailhr pour le teer. deifiiOT « desooure ^pe e'estoit m prestige do diable *. » Les trois sotbières foreot brâlées, comme bien on pesse.
« D sera bien à propos d'adioasier icy ce qui est adnenn en Fan 1568, en td rillage distant enuiron 4»ix lieœs dWpcbon es hautes montagnes d'AniKergne : Vn gentil-homme, estant sur le Tespre es iiec^estres de son chastean, voit passer m chasseur de «a eognoîssance, il le prie de luv apporter à son retour de «a chasse. Le chasseur poursuiuant son chemin le long dVne plaine, fut attaqué par vn groi loup, contre
^ IMiSf n^podant le même fmit, est plus explicite encore : ^ ,,. U f eiA trots Sorcières près Strasbourg, qui assaillirent m UtMmreur tm %nyttt de (rois grands chats, et en se défendant, il t4eft<a ^ ehaftfta les chats, qui se trouuereot au lict malades en UmuH an femmes foK blessées à l'instant mesme... i» (Demoiiomanm, pêftt i(ïH, B.)
* Valderama, Hintoire générale du monde^ Paris, 1619, in-8. Tome 11, page ttt.
rEUVIlBS DE SORCELLERIE 231
lequel il delascha vn coup d'arquebuze sans le blesser, ce qui l'occasiona de ioindre le loup, qu'il saisit par les oreilles: mais enfin, estant las, il se depestra du loup, et se reculant mil la main à vu grand coutelas de chasseur, qu'il portoil, duquel il frappa le loup, et luy abaltil l'vne des pattes, qu'il reserra dans sa pouchette, après que le loup eut prins la fuille : et puis se vint rendre au chasleau du gentil-homme, à la veuë duquel il auoit côbatu le loup. Le genlil-homme le prie de luy faire part de sa chasse, ce que le chasseur voulant faire, et pensant tirer la patte de sa pouthette, il tire vne main, qui portoil à l'vn des doigts vne bague d'or, que le gentil-hommme recogneut eslre à sa femme; ce qui le fil aucunement mal soupçonner d'elle et estant entré en la cuisine, il trouue sa femme qui se chauffoit, ayant son brus sous son deuanteau, lequel il tira, et recogneut qu'elle auoit la main couppée. Surquoy le gentil-homme la prenl par rigueur, mais aussi losl, el mesme après que sa main luy eust esté confrontée, elle confessa que ce n'estoit autre qu'elle, qui auoit eu forme de loup attaqué le
chasseur, et fut depuis bruslée à Ryon ' u
Celle histoire mirifique porte tous les caractères de l'apocryphe : que la châtelaine ait été blessée par répercussion à la main, c'esl un phénomène qui n'a rien d'impossible, comme nous verrons au livre II; mais la métamorphose de la patte en main, dans la potichette du chasseur, constilue. dans l'hypothèse
• • BoGOET, Di»eours des Sorciers, pp. 3*1-342.
^^ ' ' UOGOEl
même d'un pareil phénomène, une addition notoirement mensongère. Ce détail est, de la part du juge de Saint-Claude, une arabesque de style. D^ailleurs, il ne cite point Tarrêt de Riom et ne rapporte Taventure que par ouï-dire. — Telle quelle, celle-ci nous a paru digne d'être transcrite.
Le loup-garou passait communément pour dévorer les victimes de son agression et de préférence les enfants en bas âge. A cette heure encore, ne menacet-on point du loup-garou les bambins terrifiés, quand leur sagesse, ou leur obéissance, vient à fléchir?
Pierre de Lancre a consacré au loup-garou tout un livre de son Tableau de VInconstance (pages 235- 329, soit 95 pages in-4.) Il faut lire son récit du procès de 1603, et de Tarrêt prononcé en robe rouge au Parlement de Bordeaux, contre un jeune loup-garou de treize ans, coupable d'avoir dévoré un garçon et une fillette. Gomme il parut idiot à la Cour, on usa d^indulgence à son égard : il fut seulement renfermé dans un couvent pour le reste de sa vie. Lancre, qui Talla voir en cette retraite, dans le but louable de surveiller sa conversion, fut effrayé de la persistance de ses goûts d'anthropophage : « Il me confessa sans aucune cérémonie, qu'il auoit encores inclination à manger de la chair de petits enfans, parmy lesquels les petites filles luy estoyent ou seroyent en délices, le luy demanday s'il enmangeroit s'iln'estoit prohibé, il me dict franchement qu'ouy , et mieux des filles que des enfans, par ce qu'elles sont plus tendres. Et les religieux m'ont dict, qu'au commencement qu'onlemit
i couuent, ils luy virent manger à cachettes des
tripes ou entrailles du poisson qu'on aprestoit' »
De tous temps, l'accusation d'anthropophagie s'est maintenue dans l'imagination des peuples, comme l'un des pires griefs invoqués à la charge des suppôts de l'Enfer. Les Stryges, Lamies et Magiciennes étaient --*^ censées égorger au Sabbat des enfants soustraits au baptême. Leur chair tendre et savoureuse semblait particulièrement prisée à la Synagogue. Le leste suivant nous prête à penser néanmoins, qu'à défaut de grives, les sorcières s'attaquaient aux merles : " Que si la Stryge est convaincue d'avoir mangé un homme, elle paiera deux cents soldes, i. C'est au chapitre lxvii des Lois Saliqties.
\ Mais ce texte isolé ferait naître une idée fausse ; il faut que le commensal des orgies sataniques nous avoue ses goûts de prédilection. Rarement léopard, plutôt hyène ou chacal, les charognes lui sont une proie coutumière et préférée. Voir les procès de tous les maniaques dont les dépositions devant le juge ont fourni matière à notre description du Sabbat.
Le Sabbat 1 Pandémonium de turpitudes et de scélératesses, incarnées dans toutes les formes de la laideur : voilà le théâtre officiel de la sorcellerie classique et légendaire.
Que penser de cette lugubre comédie, déroulée dans un cadre plus lugubre encore ? Quelle réalité
lui reconnaître? N'a-t-elle existé qu'à la manière de cette forêt merveilleuse de Brocéliande, visible encore pour certains mystiques du Finistère (les amis de Tenchanteur Merlin et de la fée Viviane), mais disparue aux regards indifférents, et qu^on chercherait en vain sur la carte de Bretagne?,.. — Voici notre réponse.
Il est certain d'abord que des sorciers en chair et ^n os ont tenu, et tiennent encore, des assemblées où se pratiquent tous les mystères d'ignominie. Nous en connaissons, pour notre part, qui fonctionnent régulièrement en plein Paris et ailleurs. Nous nous portons témoin et garant de leur existence; témoin oculaire, garant écœuré : nous reviendrons sur ce sujet au vf chapitre.
Mais ailleurs encore, il existe un autre Sabbat, plus formidable et plus occulte. Le monde physique, matériel, apparent, n'est que l'envers grossier d'un monde plus subtil, tout aussi réel, si ce n'est bien davantage : le monde astral. Voilà le domaine où la Sorcellerie déploie tous les délires de sa furibonde ivresse, tout le luxe de son infamie arrogante, toutes les pompes de son criminel néant ! C'est là qu'elle ébauche, en puissance d'être, les œuvres monstrueuses qui chaque jour avortent, en acte, sur le plan visible : car la nature physique ne peut qu'en se violentant porter à terme les funestes effets d'une cause discordante, antipathique aux lois harmonieuses de 'univers. Ainsi, les avortons n'étant guère viables, 6 mal est-il moindre, quoique sensible encore.
Donc, sur le plan de l'existence matérielle, les sortilèges et maléfices ont, à coup sûr, de désastreux effets, mais rarement venus à maturité pleine... Ce rarementlà n'en est pas moins d'une fréquence désolante. Figurez-vous une main perfide, infatigable, semant à profusion des graines vénéneuses sur le monde des vivants : mais ces graines tombées sur un sable infécond, pourrissent à la pluie ou se dessèchent au soleil, au lieu de germer sous ces deux influences combinées. Peu d'entre elles poussent une tige grêle et maladive, •et meurent avant la floraison; quelques rares fleurissent et fructifient : fruits amers et clairsemés I II n'en faut pas plus pour empoisonner le passant qui les cueille
Avez-vous compris l'apologue, lecteur ami ?
Le sorcier ne parvient à nuire qu'à l'improviste et par exception, comme un galérien évadé commet un crime avant d'être repris, mais il traîne toujours son boulet et les gendarmes ne sont pas loin I
Le sorcier a convoité la dictature et il est esclave.
Parfois, il se révolte et secoue sa chaîne ; mais la fortune des Spartacus est de courte durée et le monde n'a pas plus à craindre la domination des magiciens noirs, que Rome n'avait à redouter le triomphe des esclaves.
Alors même que le Sorcier réussit à faire le mal, ses œuvres de haine ne lui profitent point ; il en est la première victime.
Sa grande ambition, toujours déçue, serait de frapper autrui sans en recevoir le contre-coup : c'est la
Loi universelle de solidarité qui fait sa misère et sa condamnation.
Il se vautre et se démène dans le désespoir de sa finale impuissance, comme les traîne-cul du Sabbat parmi les reliefs gluants de Torgie patibulaire.
r LVmpereor = le Quaternaire = la Base cubique t la Puissance... la Justice des Hommes