‹ Le temple de SatanChapitre 17 sur 33 · CAGLIOSTRO · texte numérisé non relu

CAGLIOSTRO

Pour ceux qui connaissent les symboles maçonniques du temple de Salomon, de la mort d'Adon- Hiram et de sa résurrection future, j'estime que cet avis est clair.

jk Assez de Gagliostro et des adeptes voyageurs : les anecdotes et les commentaires que 'nécessiterait leur

histoire rempliraient la moitié de cet ouvrage

Or, si j'entre dans tous ces détails, en un chapitre qui ne devrait rouler, semble-t-il, que sur les procès de sorcellerie, c'est que je tiens, en multipliant les documents, à faire luire Tévidence d'une lutte de titans entre adeptes de deux initiations différentes; lutte dont les préliminaires mystérieux ont été symbolisés et Tissue nécessaire prédite par Saint-Martin, suivant toutes les règles de Tart ésotérique le plus exquis, dans un poème épico-magique, en cent-deux chants : — Le Crocodile ou la guen^e du Bien et du Mal^ an^ivée sous le règne de Louis XV; œuvre pos thume d'un amateur des choses cachées ^.

Cette guerre formidable — dont je me fais fort de prouver la réalité, sans promettre d'en dévoiler l'histoire,

< Le Tombeau de Jacques Molay, pages 36-37.

2 Paris, ao VU de la Rép., i vol. in-8 de 450 pages, petit texte.

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ici du moins, — cette guerre rentre, à des titres divers, dans Tobjet d'un chapitre intitulé : La Justice du ho7nmes; et des lecteurs superficiels pourraient seuls y voir une digression stérile et non justifiée : symbole vivant de nos humaines revendications, la Révolution française, doublement juste et légitime dans son principe, s'est montrée doublement inique dans son application; et c'est en quoi la justice des hommes diffère de celle de Dieu.

Faire le Mal en partant d'une loi juste, c'est plus révoltant pour une conscience droite que faire le Mal en vertu d'un principe d'iniquité.

Tout arbre doit porter son fruit, selon sa race; l'arbre mauvais donne un fruit mauvais, c'est dans l'ordre des choses : un jour viendra où l'arbre mauvais sera déraciné, scié et jeté au feu. — Mais l'arbre bon ne peut donner de mauvais fruits que s'il dégénère, s'il s'abâtardit ; et le spectacle est toujours navrant d'une pareille altération ; elle ne se peut opérer qu'au laboratoire de Satan, et par la loi du Binairey c'est-à-dire de Tirremédiable antagonisme.

Nous Tavons vu, et nous Talions encore vérifier, le Régime de la Terreur est le fruit du Binaire impur.

Vraiment énigma tique et stupéfiant, ce long délire du plus noble et du plus civilisé des peuples a dérouté la sagacité de tous les historiens. Qui ne s'épuiserait en conjectures impuissantes, à l'aspect de ces marées périodiques de sang national épandu, où la France, métamorphosée en bacchante, prend plaisir à se vautrer avec ces cris frénétiques et sublimes tout ensemble.

qui paraissent empreints d'un fiévreux lyrisme de joie farouche et de désespoir?

Pour faire une brusque lumière sur cette époque étrange, si fertile en cataclysmes, quelques lignes de Tabbé Constant (Eliphas Lévi) vont suffire: « On se souvient de Tétrange allocution qu'adressa à Gazolte lui-même, en le condamnant à mort, le président du Tribunal révolutionnaire, son confrère et co-initié. Le nœud terrible de 93 est encore caché dans le sanctuaire le plus obscur des sociétés secrètes : aux adeptes de bonne foi qui voulaient émanciper les peuples *, d'autres adeptes, d'une secte opposée et qui se rattachait à des traditions plus anciennes, firent une opposition terrible par des moyens analogues à ceux de leurs adversaires; ils rendirent la pratique du grand arcane impossible en démasquant la théorie. La foule ne comprit rien; mais elle se défia de tous et retomba par découragement plus bas qu'on avait voulu l'élever. Le grand arcane resta plus inconnu que jamais ; seulementy les adeptes ncuty^alisés les uns par les autres ne purent exercer la puissance ni pour dominer les autres^ ni pour se délivrer eux-mêmes : ils se condamnèrent donc mutuellement comme traîtres et se vouèrent les uns les autres à Pexil, au suicide, au poignard et à Vèchafaud 2. »

Laissons pour l'instant Gazotte et son procès ; nous rendrons tout à l'heure à cet épisode toute l'attention

* Constant parle ici des Néo- Templiers.

3 Eliphas Lévi, Dogme de la Haute Magie, pages 324-32^.

qu'il mérite : heureux de pouvoir fournir aux curieux des détails d'une inattaquable authenticité, et qui, pour être de la plus étrange importance, n'en semblent pas moins généralement ignorés.

Réservant donc, sans la perdre de vue, cette scène si révélatrice du grand drame révolutionnaire, consultons Tauteur d'un intéressant et consciencieux travail paru, en 1819, sous ce titre : Des sociétés secrètes en Allemagne^ de la secte des illuminés , du Tribunal secret^ etc.K

Cet essayiste — qui ne peut avoir en matière d'IUuminisme la compétence de Tabbé Constant — enveloppe tous les adeptes dans une même réprobation. Entre les deux écoles, toute distinction lui est inconnue.

Il est toutefois surprenant de lui voir écrire, quarante ans avant les publications du célèbre occultiste, des phrases de ce goût : « Pour trouver la clef des Révolutions, depuis le supplice de Charles P' jusqu'à celui de Louis XVI, il faut toujours en revenir à cette

secte intraitable Le bonnet rouge, que nous avons

vu en 1793 devenir l'emblème des Jacobins, fut l'ornement des Indépendants britanniques lorsque Cromwell s'éleva au pouvoir. Sans aller plus loin, n'est-il pas bien singulier, qu'au plus fort de notre Révolution, les premiers rôles fussent remplis par les Pache^ les Marat, les Clootz, les Lazouski, les Buonarotti,

* Paris, Gide fils, 1819, in-8.

les Miranda, tous Illuminés suisses, allemauds, polonais, ilaliens et espagnols !... (page 179).

« Nous avons déjà vu qu'il y avail trois degrés dans l'Ordre des Illuminés. Le rang le plus élevé élail celui du Grand Maître ; le duc d'Orléans en était revêtu en France peu d'années avant la Révolution... (p. 2â6}.

'< Les empereurs Joseph II et Léopold, qui avaient pénétré les secrets des Illuminés, furent victimes de VAqua Tojfana. — Le mouvement insurreclionneldu 5 octobre, ceux du 20 juin et du 10 août furent arrêtés dans des réunions d'adeptes et d'initiés, à la loge du Contrat social, rue Coq-Héron : je le tiens d'un témoin oculaire. Robespierre a joué un rôle, mais il ne fut point initié ' : c'est pourquoi il a été renversé. Il voulait s'isoler de la secte dont il était l'instrument : sa tête tomba sur l'échafaud, ...

" Jamais les Illuminés ne s'étaient vus si puissants; ils disposaient, en 1793, de la hache du bourreau... Le génie, la valeur, les talents, les vertus, l'opulence, tout passa sous le fatal niveau de la guillotine : on vit dans le même tombereau Bailly et Custines, Malesherbes et Delaborde, Lavoisier et Westermam, Elisabeth et Vergniaud. Rien ne fut épargné : on vit disparaître sous la faux des Illuminés triomphants tout ce qu'il y avait de majestueux et de sublime ; il ne resta que la bande noire...

H On me demandera, dans cette hypothèse, pour-

' Le publicislc Tait erreur ici: Robrtspieire fut parfaitement initié; il ligurail mi^Die parmi les ctiefs du deuiiËme degré.

quoi le Grand Maître du Chapitre de Paris * et ses acolytes, après avoir renversé le trône, ont péri euxmêmes sur Téchafaud ! Je répondrai par un fait avéré : après leur triomphe, les illuminés se divisèrent ^ ; une partie se retira aux Jacobins et Vautre à lu Convention : Les Jacobins dominèrent jusqu^au 9 thermidor ; c'est alors que Camille Desmoulins, Hébert, Chaumette, Clootz et le Grand Maître du Chapitre furent traînés au supplice. Ce dernier eut beau renier son père à la tribune des Jacobins, et protester que sa mère avait prostitué son lit ; on savait où tendaient ses vœux : c'était trahir la secte ; il fut

livré au bourreau (pp. 181-183).

« La terre ne présenterait qu'un vaste amas de décombres et de ruines, si la Providence n'eût suscité

tout à coup un homme que la fortune appela aux

plus hautes destinées, et dont la chute, toute désirée qu'elle devait l'être, a replongé l'Europe dans une suite incalculable de Révolutions. La fameuse jour-

< Philippe-Égalité.

' Le publiciste de 1819 n'est pas seul de son opinion : « Philippe (dit de son côté Cadet de Gassicourt), Philippe avait épuisé ses coffres, et son ambition le perdit. Après la mort du roi, pour laquelle il avait voté lui-môme, il croyait saisir les rênes de l*Etat; il eût réussi, sans doute, mais les imitiés s£ divisèrent. La perte des Bourbons, jurée par les Templiers, ne lui permettait de gouverner qu'en perdant son nom; il crut qu'il suffirait d'y renoncer. Il renia son père à la tribune des Jacobins ; il prolesta que sa mère, prostituée, reçut dans son lit un cocher, et qu'il était le fruit de ces impudiques amours. Il supplia humblement qu'on lui olât son nom et il prit celui d'Egalité. Mais Robespierre avait déjà un parti... » (Tombeau de Jacques Molay, pp. 47-48.)

née du 18 brumaire porta un lerrible coup à la secte des Illuminés ; elle vil l'ouvrage de cinquante ans détruit en un jour par le pouvoir d'un soldat (p. 184}.

« La chute de Buonaparte, due en grande partie aux Illuminés, ressuscita leur influence sur tous les points ; elle nous conduisit en peu d'années à cette situation fausse que nous preuonspour le repos (p. 203).

« Cette ligue d'Illuminés, de Voyants invisibles, menace plus que jamais nos propriétés et nos vies ; le liore de sang est ouvert, on y inscrit des noms, et cent mille assassins, qui ont juré de n'épargner ni leurs parents ni leurs amis, sont en mouvement. Le malheureux Fualdès a succombé sous leurs coups (p.256). „

Nous pardonnera- l-on ces longues citations ? Elles étaient nécessaires. L'opinion qu'y émet le publicisle de 1819 est une singulii^re garantie de véracité pour les allégations d'Eliphas Lévi en 1855. Et quand on y joint les révélations de Cadet de GassicourI, en date de 1796 {Tombeau de Jaequex Molay, an V), le doute n'est plus guère permis.

D'ailleurs, les faits même de la Révolution portent leur estampille templière, et viennent plaider en faveur de notre thèse.

Le nom de Jacobins vient de Jacobus Molay, et non, comme on le croit communément, de l'église des religieux jacobins, — lieu de réunion que la secte occulte de la Maçonnerie dut, à raison même de la coïncidence nominale, choisir de préférence à toute autre.

Ces conspirateurs avaient antérieurement fondé, rue Platrière, une loge JeanrJacques Rousseau, dans la maison du publiciste fameux dont le parti de Robespierre devait réaliser les théories. Lors de Tinauguration de cette fameuse loge, le Jacobinisme était déjà nommé de longue date. Mais la connaissance de cette dénomination trop significative était réservée aux seuls maîtres. — Écoutons Cadet de Gassicourt :

« Pour n'admettre à leurs vastes projets que des hommes sûrs, ils (les Néo-Templiers) inventèrent les loges ordinaires de la Maçonnerie, sous le nom de Saint-Jean, de Saint-André. Ce sont celles qu'on connaissoit en France, en Allemagne, en Angleterre ; sociétés sans secrets dont les pratiques ne servent qu'à donner le change et à faire connoître aux vrais maçons les hommes qu'ils peuvent associer à leur grande conspiration. Ces loges, que je pourrois appeler préparatoires y ont un but d'utilité réelle ; elles sont consacrées à la bienfaisance, elles ont établi entre dilFérents peuples des liens de fraternité infiniment estimables ; aussi vit-on les hommes les plus vertueux rechercher avec empressement de telles sociétés. Les vrais templiers ou jacobins ne tiennent pas loge ; leurs assemblées s'appellent chapitres. Il y a quatre Chapitres, un dans chaque ville désignée par Jacques Molay * et composé chacun de vingt-sept

i a Du fond de sa prison, il créa quatre loges-mères: pour TOrienl^ Naples; pour l'Occidenl, Edimbourg; pour le Nord, Stockholm, et pour le Midi, Paris (Tomb. de J, Molay, p. M), »

membres. Leur mol d'ordre est Jakin, Booz, Mac- Benac, AdonaV1314, dont les lettres initiales sont celles de Jacohus Bwyundus Molay beat anno 1314 ', »

Cadet de Gassicourt ajoute à ces détails d'autres révélations sur leurs mots et leurs signes de reconnaissance, leurs doctrines philosophiques et leurs emblèmes. Force m'eal de renvoyer à son ouvrage : je n'en puis tout transcrire et tout cependant y a sa valeur.

Il est des coïncidences bien éloquentes et dont la constatation prête singulièrement à réfléchir ! Ainsi les héritiers de Jacohus ou de Jacques Molay, les descendants et les continuateurs de ces bandits que le moyen âge a nommé /es Jacquex, après avoir fixé leur résidence dans la maison même de Jeaa-Jacques (le philosophe par excellence delà Révolution), finissent ■ par s'établir aux Jacobine, c'est sous le nom de Jacobinisme qu'ils exaltent el propagent leurs doctrines incendiaires.

A ceux que de pareils rapprochements (déjà notés par Eliphas) font sourire de compassion, comment insinuer qu'il y a peut-être quelque chose d'étrange et de significatif dans le choix du local désigné par les Jacobins, pour recevoir le pauvre roi déchu ? C'est le Luxembourg, que l'Assemblée nationale, vu les réparations d'urgence aux Tuileries, avait attribué pour résidence à Louis XVI, après la journée du 10 août. Mais les Jacobins ne sauraient tolérer que le

successeur de Philippe le Bel trouvât dans ce palais un asile décent à sa majesté méconnue : au Luxembourg, le roi captif garderait encore l'apparence de sa liberté ; peut-être l'Assemblée serait-elle tentée de lui rendre le fantôme du pouvoir... C'est une prison qu'il faut à leur vengeance ; et quelle prison ? — le

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