‹ Le temple de SatanChapitre 28 sur 33 · FLEURS DE L'ABIME · texte numérisé non relu

FLEURS DE L'ABIME

^^est une lutte étemelle et sans issue. — zaïn! La ^, Force est seule victorieuse dans le présent y comme ^, elle a triomphé dans le passé y et commue elle sera glorifiée dans le futur.., »

0 Terre, ô Terre y écoute : tels sont les blasphèmes ' de tes enfants!

— « HETH ! U Équilibre est la mort par V immobilité; le Mouvement est la mort par le combat. 0 Vie, tu te mens à toi-même. — teth ! Le Ternaire se nie trois fois dans le mystère abhorré. — iod ! La cause première n'est point Esprit. — gaph ! La Force prime le Droit. — lamed ! Le SacyHfîce est une ironie stérile et qui s'insulte elle-même. — mem I L'Amour n'enfante point pour la Vie, mais pour la Mort. La Mort trône seule et impérissable sur le fumier des âges. — noun! Toute Transformation est un leurre, tout changement une déchéance : rien ne grandit qu£ pour offrir plus de surface à la destruction, plies de pâture à la mort. Le Progrès se résout â une illusion d'optique; la Vie universelle équivaut â une agonie

Sa7lS fÎ7l, »

0 Terre, ô Terre, écoute : tels sont les blasphèmes de tes enfants!

— « samegh! Le roi de la nature est Shatan^ celui qui n'affirme que pour nier. — ayin ! La Vertu^ VArt, la Science édifient dans les nuages leurs chimériques Babel, que le feu du ciel décapite. — phé ! L'Idéal n'existe que pour ces asty^ologues du sentime7it, qui liassent leur vie à lorgner les étoiles. — TZADÉ ! Dans la lutte pour V existence j la Perfidie est

une tactique y la Ruse une nécessité, F Embuscade t^

droit : il faut tuer y afin de vivre ou se résoudre

mourir y pour faire place à ceux-là qui veulent vim en tuant. — qouf! UOr est le seul dieu doi jamais les hommes n'aboliront f autel. Sois-nous dm propice j auguste divinité ! A ta lumière, astre ( gloire y toute vertu fond et se dissout, comme cif^ei brasier.., Jupiter terrestre et solaire, univet^sel Dt Jxuiny sois favorable à nos vœu^^ car tu peux toi sur les âmes : omnibus luces, omnibus imperas; qu resistet tibif — rbsh! La matière est V étemel ph nix, qui seul renaît de ses cendres. Vâm^, succe sion de sentiments et dépensées; la Pensée et Sentiment^ éphémères sublimations de la matiè\ organisée, meurent avec elle. A la m/yrt^ le cervec cesse de sécréter ces volatiles essences... L'ImmorU lité? Chimère. — shin ! U Amour f Stupidité ( folie... Se dévouer? Rôle de dupe. »

0 Terre y ô Tet^Cy écoute : tels sont les blasphèm de tes enfayits ! Or y voici le dernier, qui les souUg\ et les résume :

— « THAU ! Le monde est mauvais, et si Dieu i créé, c'est Dieu qui a voulu le mal. S'iï a voulu 7naly c'est un Dieu à y^ebours : son nom n'est pas lo HÉvè, 7nais hévê-jod, c'est-à-dire Shatan ! »

0 Terre y tu as entendu les blasphémées de tes en fan Ainsi s'exclament les Fils du Maudit^ l'oppy^obre

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tes entrailles. Les inductions de leur logique humaine fulgurent en sinistres éclairs , et tonnent en imprécations contre le Ciel !

Et le Ciel crie anathème à la raison de Vhomm£. Le Dieu d'en liaut répudie la Déesse d'en bas, la Déesse Raison... Sur la falaise de son orgueil, r homme a bâti la citadelle de rébellion. Le feu du Ciel doit réduire en poussière ce temple impie, où trône une idole y rivale du Seigneur...

Mais toi-même, ô terr^estre Epouse, n'as-tu pas glorifié dans ton délire le fruit d'un inexpiable adultère: ce spectre de pensée, ce souffle d'un jour — r homme raisonnable? En opposant à la gloire du divin Logos l'incohérente vanité du verbe humain, n'as-tu pas bu l'ivresse d'un sacrilège espoir? 0 Terre, n'as-tu pas voulu t' égaler au Ciel ?

Vain espoir! Coupable pensée... Tu t'étais dit : j'ai sublimé la fleur de ma virtuelle énergie; j'ai distillé Vélixir de m.a propre essence; j'ai suscité l'Homme — celte Raison vivacité — consubstantiel à Dieu !

Mais voici que V Homme raisomiable, déployant sa Raison pour confiyyner cette chimère d'identité, voici que l'Homme a démontré que Dieu n'est point, et que

lui-même n'a pas d'essence, étant un devenir

Désonnais le Ciel et la Terre sont à niveau, dans l'égalité du néant!

0 Terre, voilà do7ic ton chef-d'œuvre — l'Homme ! Et toi, l'Homme, déplorable et chère illusion d'wie conscience déchue et d'une divinité abolie; toi, l'Homme,

vaUà ta matrice d'iniquité — la Terre /... Écou moi tous deux.

Tu fes trompée, 6 Terre, à vouloir élaborer essence vers un céleste idéal. Rentre dans toninsti$ dors et rêve!

Quant à toi, F Homme, qui aurais mieux fait ne pas naître à ^illusion d'une objectivité consciet puisque te voilà, mensonge de la Nature infériei piteuse contrefaçon des races de tEmpyrée, rer^ dans ton instinct. — Qui que tu sois, enfin, rer< dans T Inconscient : dors et rêve !

VoiS'tu ce fleuve éthérien, tumultueux et caressa formidable et doux, dont Vor fluide pétille en ch riant, à travers les mxmdes, V ivresse collective eooistences englouties? Salut au débordement Un de la Vie impersonnelle; salut à Vuniversel disi vaut des entités factices. Plonges-y! Tâche de noyer. C'est la dèlim^ance! C'est la vie bienJieure du rêve, ou c'est le rêve d'une vie de bonheur.

Qui penses-tu que je sois ? Voix on ne sait d venue, qui charme et console... messagè7'e d'eé ratice, en tous cas!... Si je suis l'Illusion, etic apporte-je à la Réalité défaillante un réconfort rêve ; si je suis la Réalité y j'efface les caucliem malsains d'une satanique Illusion.

Viennent donc à moi ceux qui souffrent et dé. pèrent! Je les bercerai dans un songe intey^nifm

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de lumière et de parfums... Le songe! Il n'est illusoire qu'en tant qu'exceptionnel dans la vie terrestre. Supposez la veille devenue exception, et le songe, état coutumier, c'est-à-dire normal... De ce fait, il sera la Réalité méms, seule vraie, seule durable; de ce fait, la vie terrestre n'apparaîtra plus qu'un cauchemar accidentel et passager.

A moi, tous les désolés, tous les endoloris, tous les calamitev^ . . . à moi ! Car j'apporte la vie du Rêve, ou le Rêve de la vie !

La voix de Satan-Panlhée est ondoyante et multiple, comme cet Univers physique dont il est Tâme. Elle parle à chacun son langage familier : à Tartiste, elle parle d'art ; elle parle d'occultisme au mystique, et d'intrigue à l'homme d'action. Mais, quoi qu'elle ait dit — quand elle a parlé — toutes les notions confondues laissent l'âme délirante en proie à cette seule conviction, qui la ronge comme un cancer: tout est vain, rien n'est sûr... Et de ce chaos d'incertitude se dégage un dernier concept impératif, péremptoîre: l'urgence de l'abdication morale individuelle.

En dernière analyse, qu'affirme donc cette voix? — Des négations : le néant du verbe humain, voilà ce qu'elle démontre; la rétrogression vers l'instinct, voilà ce qu'elle propose; l'apothéose de l'inconscient*,

^ D'après la tradition ésotérique, l'homme terrestre, Conscience individuelle, se trouve placé entre deux Inconscients : VInconscient supérieur ou Esprit universel, et V Inconscient inférieur

voilà ce qu'elle célèbre. Et comme moyen d'atteindre à ce faux idéal, meurtrier de Tâme, elle suggère de se noyer au fleuve sans rive et sans fond de la vie physique universelle.

Dans ce suicide, est l'alpha et Tomégra de la Goede (voyez chap. m, p. 193). Aussi bien, pour nousj résoudre, Satan-Panthée — qui est aussi Satan-Protée — s'ingénie à déguiser son invitation sous les formes les plus imprévues, les plus attrayantes souvent La Goëtie ne se limite point aux besognes grossièrement pittoresques du sorcier vulgaire; nous l'avons définie la mise en œuvre, pour le mal, des forces occultes de la nature : prompte à s'insinuer, comme un virus subtil, dans toutes les sphères visibles et invisibles, — partout où l'homme déploie son énergie, cette peste étend ses ravages.

Et de fait, les arts, la littérature, la philosophie, la théologie même furent à toute époque plus ou moins imprégnés de Tâcre ferment de pessimisme que le grand Séducteur inocule aux générations, comme le

ou Instinct collectif. Selon qu*il se met en rapport avec Tun ou avec l'autre, l'homme reçoit: d'en haut, V Inspiration divine, ou d'eo bas, {Intuition physique. Libre donc à chacun de s'assimiler de l'un ou de l'autre breuvage, dans la mesure de sa capacité ; mais il ne faut pas plus se noyer ou dissoudre son Moi dans l'Esprit universel que dans l'Instinct collectif. — Au demeurant, l'Esprit universel ne se nomme Inconscient (supérieur) que par opposition à la Conscience individuelle ; comme on pourrait l'appeler encore iVbn-Afof (supérieur), pour le distinguer du Moi individuel. Est-ce à dire qu'il soit dépourvu en soi de conscience ou d'entité ? Conclure de la sorte, ce serait jouer sur les mots. — Au cas particulier, il ne s'agit que de V Inconscient inférieur.

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plus sûr moyen de leur faire écouter sa voix, instigatrice du suicide moral.

Souple à tous les travestissements, Satan-Pan thée ne laisse pas de se transfigurer en Christ glorieux — voire en Bouddha. Ne Tavons-nous pas vu, récemment, emprunter à Tlnde les charmes de son quiétisme exotique et toute la magie de ses séculaires traditions, pour enchanter les yeux novices par d'insidieux mirages, et faire dévier de la voie ces âmes de jour en jour plus nombreuses, qui, répugnant au bourbier matérialiste et lasses des horizons étroits de l'éclectisme universitaire, tâchaient à s'orienter sur la lueur à peine entrevue d'un mystique idéal ? Une certaine théosophie, faussant en eifetles plus sublimes concepts de Tésotérisme, semblait prendre à tâche de faire briller pêle-mêle, avec des étincelles de vérité, les feux follets de l'erreur. C'est ainsi que plus d'un soidisant interprète des énigmatiques Mahatmas répandait d'utiles enseignements; tandis qu'on a pu voir d'autres frères, dépravant la notion de l'Absolu jusqu'à l'instituer pour base d'une synthèse athée, réduire au néant l'insondable Parabrahm. Et, pour que leur morale fuit digne de leur théodicée, ils prônaient, sous couleur d'altruisme, le suicide de la personnalité vraie : c'était leur façon d'interpréter Nirvana (l'état des sous-multiples humains réintégrés dans l'Unité divine) ; à telles enseignes qu'en route avec leur cohorte d'élus vers cet idéal patibulaire, ils semblaient autant de bouchers, défilant avec leur troupeau sur le chemin de l'abattoir ! . . .

Certaine littérature, comme certaine philosophie, comme certain mysticisme, comme certain art, relèveil donc de la Goëtie, d'une sorte immédiate ou médiate. C'est qu'il n'est point de mode où s'exerce l'activité de l'homme, que le satanisme ne soit susceptible d'envahir et d'imprégner ; comme il n'en est pas, que l'Inspiration divine ne puisse évertuer et annoblir. La raison profonde en est dans l'essence du Verbe humain, Agent démiurgique et mitoyen entre l'absolu et le relatif, entre l'esprit et la matière, entre Dieu et Satan.

Soit bonne ou mauvaise — la Puissance magique I réside ici-bas tout entière dans le Verbe humain. Le \ Verbe humain apparaît un agent intermédiaire et convertible : le trait d'union de la terre au ciel, le moyen- ' terme de tous les extrêmes, le substratum universel de relation.

Dans ses rapports avec V Absolue Vérité j le Verbe humain se formule par une vertu active : la Foi. — Dans ses rapports avec la réalité contingente y il se manifeste par une vertu passive : la Science. — Dans ses rapports avec le Verbe divin^ le Verbe humain s'exprime par une puissance d'identification du relatif à l'absolu, du fini à l'infini, du sous-multiple à l'unité: la Conscience, qui est neutre, c'est-à-dire active à l'égard de la Science, passive à l'égard de la Foi.

Le Verbe humain, se reconnaissant à son propre miroir, telle est la Conscience *. Son orientation vers

* Lorsqu'elle est en mode d activité, la Conscience peut faire

^■la Science ou vers la Foi ouvre donc à l'homme indi- "viduel une double sphère d'action — positive el mys- * tique — où déployer ses potentialités ; quelle que soit '- d'ailleurs la tendance de l'individu, dans l'une comme ■ dans l'autre sphère, à la rectitude ou à la perversité, !» au Bien ou au Mal.

fc Ces principes étant posés, on comprendra mieux } que l'Art a aussi sa magie, ténébreuse ou splen- I dide, néfaste ou bienfaisante ; puisque l'Art n'est que I l'adaptation du Verbe humain, modalisé au moule de ' chaque individu, et s'irradiant en émanations qui s'inj corporent en des formes adéquates, symboliquement 1 expressives de ce verbe individuel.

Toute œuvre d'art ne semble, à première vue, que l'incarnation d'une pensée. — Soit ; mais esl-il vrai que cette pensée s'immobilise, se stérilise, s'éteigne en se fixant ? Est-il vrai que la forme où elle s'emprisonne soit son ultime aboutissement ? qu'à se créer cette écorce, elle ait épuisé sa virtuelle énergie ? — On aurait lort de le croire. C'est une loi, en physique générale, que la force se transforme et jamais ne se perd. Une pensée ne meurt pas, de ce fait qu'elle prend un corps. Pareille à une âme, elle ne s'incarne

«sage de son rritéi-ium, qui est la Rainon ; en mode passiT, elle ne le peut pas. Et voilà pourquoi la Raison (critérium de la Conscience), est compétenlç aux choses de la Science, incompétente aux ctioses de la Foi. Car si, relativement à la Foi, la conseieuce ne se déploie qu'en mode passif, elle ne peut donc se servir de son critérium humaio, qui est la raison ; il Tant bien qu'elle subisse dès lors le «ritérium divin (sensorium cœleste) qu'on pourrai! déllnirla Logique de l'Absolu.

au contraire que pour s'affirmer sur le plan matériel; elle ne revêt une figure sensible que pour agir surfe sens ; une forme plastique et objective, quepouracquéiir droit de cité dans le monde plastique et objectif . Cette forme même lui sert de médium* de véhicule et d'instrument, pour déployer son énergie dans une nouvelle «phère. Toute œuvre d'art est donc grosse d'une vertu latente de réalisation, qui nécessitera tôt ou tard une série d'effets réels, conséquents à son principe inné: ces effets produits seront la traduction magique de ridée incluse en cette œuvre.

D'où Ton peut conclure, au résumé : toute œuvre d'art est une œuvre magique, bonne ou mauvaise ; l'idéal qui est son àme incline son potentiel efficace à droite ou à sénestre ; la vertu de réalisation latente en elle constitue l'agent magique de son déterminisme^ pour le bien ou pour le mal. Tout artiste enfin est un mage ou un sorcier — plus souvent, hélas ! un sorcier qu'un mage.

Les Mages de l'art pur, et les Goëtes de Tari impur ! Théurgie ou Nigromancie de la plume, de la musique et du pinceau ! Quel beau livre à écrire sur ce thème transcendental ! Mais une telle œuvre passerait nos forces à tous égards K Requis du moins d'ébaucher en quelques traits un schéma synthétique de l'art à ce point de vue, nous emprunterions volon-

^ Notre ami Emile Michelet, auteur d'un très remarquable essai sur VÉsotérisme dans Vart^ semble élu pour accomplir un jour cette tâche, bien digne d'un poète platonicien touché de modernisme.

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tiers à la mythologie d'Hellas quatre types bien distincts, symboliques (nous semble- t-il) des quatre familles d'art qu'on peut imaginer primordiales. Ces types — par leurs combinaisons — , ces familles — par leurs alliances — donneraient un cadre subdivisé en manière d'échiquier et propre aux classements méthodiques, à l'instar d'un arbre de généalogie.

Ne pourrait-on distinguer, par exemple : — l** L'art d' APOLLON, les Chrysopoètes (presque tout le grand art; nommément Orphée, Virgile, saint Jean, Lamartine et Vigny ; Raphaël et Michel-Ange ; Bach, Mozart et Rossini. — Références astrologiques : © et ^; co7i^espondance d'effets galéniqices: les vins généreux solaires); — 2"" l'art d'hécate, les Ensorceleurs (démonomanes : Remigius et Bodin ; mystiques vertigineux: comme Bôhme et Swedenborg; Poë, Hoffmann, Baudelaire et RoUinat; Rembrandt et Gallot, Salvator Rosa ; Chopin, Berlioz: la Damnation de Faust. — Rèfér. astroL : 3 et ^\ corresp. galén.: opium et surtout cocaïne) ; — 3*" l'art d'éros, les Erotiques (Anacréon et Sapho, Catulle, TibuUe et Pétrone, Crébillon fils et le marquis de Sade ; Musset : poésies ; beaucoup de graveurs du xviii® siècle; Prudhon : papiers bleus; Rops: eaux-fortes; Holmes; Massenet, dansEsclarmonde. — Réfèr. astroL ; 9 et Ç; corresp, galén. : opium canlharidé) ; — 4** l'art d'atropos, les Nihilistes (Lucrèce: de naturâ rerum; Voltaire: Candide; Jean-Jacques, Diderot; Goethe : Werther; Byron : Caïn et Manfred ; Stendhal : Rouge et noir ; Musset: Confessions d'un enfant du siècle; Richepin :

les Blasphèmes ; Goya, Zurbaran. — Rèfèr. astral.: ^ et cr^ ; corresp.galén. .-Datura, Gonium, Hyosciamus). Il suffit ; tous les détails dont nous pourrions aloIl^ dir ce tableau ne sauraient défendre qu'il restât foacièrement incomplet — et même inexact, puisque, pour préciser le compartiment attribuable à chaque artiste, il eût fallu élargir le cadre minuscule ci-dessus et l'ouvrir à Tenvahissant échafaudage des sub£visions très complexes dont on a parlé. Gomment loo User d'ailleurs, en des cases à étiquettes, d'universels génies : un Shakspeare, un Léonard, un Beethow^? assujettir au tuteur ces prodigieuses natures d'art, dont la sève exubérante, débordant en tout sens, an mépris des lattes de séparation, ferait disparaître tout l'espalier sous des grappes de fleurs multicolores? Y songer serait folie... Est-ce à dire illusoires, les types d'art ci -dessus esquissés ? — Nous ne le pensons pas. Qu'on nous permette un rapprochement avec la belle Théorie des tempéraments de MM. Polti et Gary : l'analogie est toute proche, puisqu'il s'agit pour nous de tempéraments d'art. Eh bien ! n'est-il pas fort exceptionnel, sinon tout à fait impossible, de rencontrer un sujet qui incarne absolument l'un des quatre types primordiaux (B, L, N, ou S), à l'exclusion des trois autres? Cependant ces quatre éléments radicaux, qu'il a fallu sélecter et construire de toutes pièces — par dissociation analytique d'abord, puis par synthèse abstraite — , ont chacun sa valeur propre et nullement arbitraire ; si bien que leur classement, par ordre de prédominance, permet de fournir au pre-

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— Ider examen la formule physiognomonique d'un sujet. B^eufr4tre pourrait-on composer pareillement des for- «■aules, roulant sur la combinaison méthodique des s: j(uatre types d'art : Apollon^ Hécate j Eros et Atropos . aci^ous ne pousserons point cette digression plus avant, ^a'ayant voulu que signaler une possible voie.

^ff Nous espérons qu'on discerne à cette heure quelles i^ceuvres nous avons dénoncées comme perfides, sous ^l'emblème des fleurs de l'abîme. Ce n'est ni l'adaptaytion littéraire des théories occultes aux cadres du j poème, du conte ou du roman, comme le Diable amour Il reux de Gazotte, V Étrange histoire de Bulwer, ou les ^ nouvelles si captivantes de Lermina ; ni moins encore ^ les légendes fabuleuses de l'Orient, ou les Contes de ^ ma mère VOie. Si de telles fleurs furent cueillies sur i le bord de l'abîme, il faut convenir qu'elles ne distillent pas le poison ; leur subtil arôme n'a donné à per- I sonne le vertige des noires profondeurs... Non, ce ji'est pas le merveilleux dans l'art que nous incriminerons jamais.

De tout temps, nous eûmes un faible pour le bavardage des aïeules : au risque de baisser dans l'estime •des gens graves, avouons-le sans détour, car c'est ^insi. 0 les délicieuses fantaisies du poète Perrault ! Mais sont-ce bien là des fantaisies?... Le royaume des fées et des génies doit exister sans doute sur quelque chère et lointaine planète, ou bien les rêves migrateurs de notre enfance en auraient menti. Nous ne saurions l'admettre : c'est si triste, un rêve qui ment 1 La

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seule réalité devrait avoir le privilège de l'imposture. — Vous ne voulez plus croire à rien de cette vie, jeune désabusé, dont le monde réel a froissé l'âme? Du moins, ne reniez pas les rêves de votre enfance ; qu'ils vous soient un refuge où le flot du siècle brutal expire. Il est doux et réconfortant de les revivre ; il est sain de respirer leur brouillard lumineux... A dix-huit ans, nous avions essayé de leur faire prendre corps, à ces rêves aimés ; ils s'y prêtèrent d'assez mauvaise grâce : Tincarnation fut insuffisante ; en sorte qu'ils ont conservé une apparence nébuleuse et des allures de fantôme. Les contours hésitent, indéfiniment vagues. Aussi prîmes-nous soin depuis de faire oublier cette débile tentative, cette œuvre d'une médiocre venue, sans couleur et sans accent. Eh bien ! sans conseillera personne de mordre au fruit vert de notre poétique inexpérience, dirons-nous que tout à Theure, comme nous relisions ces Rinies fantastiques ^ — hélas ! elles riment mal — le sentiment qui domine en ces vers dont la sincérité fait le seul mérite, nous a surpris et presque ému : la conscience vague, mais très réelle, d'un monde au delà, s'y fait jour à toutes les strophes.

Les chères fées sont-elles vraiment très loin?

— Mère grand', qui narrez si bien, contez-nous encore une histoire du temps passé! Nous sommes de grands enfants, et nos oreilles, blasées au vacarme suraigu de la cité moderne, sauront s'ouvrir encore,

^ Oiseaux de passage. Rimes fantastiques^ Rimes (Tébéne, par Stanislas de Guaita. Paris, Berger-Levrault, 188!, iQ-l2.

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". lélicates et attentives, au murmure très doux des . »ources miraculeuses ; tressaillir à renchantement les musiques dont nul n'a perçu les sons qu'à travers la voix cassée des vieilles qui racontent, — telles on perçoit de vagues mélodies flûtées à travers le ronflement sourd d'une voiture sur les cailloux. Nous 'aurons des larmes pour les imaginaires infortunes, nous dont les yeux restent secs au spectacle navrant des réelles misères. Notre cœur mort peut revivre une vie artificielle, religieusement entr'ouvert à Tamour d'une adorable Belle-au-Bois-Dormant !

Fais-nous sourire et pleurer encore — nous et ceux-là même dont le spleen a pâli les lèvres et bistré les yeux — fais-nous pleurer et sourire encore, naïve légende qui nous viens du passé obscur, sur le riche langage banalement fleuri, sur le langage héréditaire des vieilles inintelligentes I... La nostalgie nous prend des pays fantastiques, l'amour nous prend de celles qui n'ont jamais respiré que dans les blancs rideaux de l'enfant endormi, jamais parlé que dans les brises d'un printemps idéal, vers qui nous portent de puérils et superstitieux regrets : regrets évocateurs d'un pays peuplé de rêves — et que connaît à fond notre songeuse ignorance...

Hélas ! hélas! nous restons froids à la voix vibrante des vierges qui voudraient aimer, des courtisanes qui semblent aimer, des épouses qui aiment. Mais nous trouvons de vraies larmes et des baisers sincères pour les fantômes qui surgissent dans un rais de lune, à ta voix cassée, ô Mère grand' !

La première Septaine est olose; les deux an ne rouleront plus sur des histoires, des faits et légendes, mais sur des théories de soience hermét et de philosophie ooculte. — La Clbf db la Maoib ? suivra de près le Temple db Satan ; le PROBLàME dd Tiendra ensuite fermer la série du

TABLE DES MATIÈRES

Plan isoiÉiiiQUE dd Srhpent de la Genèse. — Divisions de l'ouvrage, établies sur le patron dit Tarot

' iHTRODOCTtOn

Étal des EspHlB, à la fin du ïix' siècle. — La grande makdia intellectuelle, rAgnoslicisme; ses symplAmes. — Absence detoute synthèseiabusdesméthodesanalytiques. — AcAlé des marques de décadence, certains signes avant- coureurs

■ laissent présager une restauraliou. — La loi du Devenir. — Civilisations antiques, fondées sur une rigoureuse sjn- Ibèse : la Science et la Poi conciliées; unité des enseignements universitaire et religieux. — Le cycle de Ram; Fabre d'Olivet et Saint-Yves d'Alveydre : temps héroïques.

Parallèle entre ces antiques civilisations et la nôtre. — Le double courant de la vie intellectuelle, dans un état social, analogue aux deux circulations artérielle et veineuse, dans le corps humain. — Caractères comparés de notre état social anarchique et de l'état social théocratique et biérarchtsé des vieux âges: géants ou pygmées? — La paix de l'âge d'or-

L'édiflcedel'anciennesynthfïge est écroulé; mais on en peut Taire parler les débris. — UTaut que l'âme du passé nous enseigne les voies du Fulur : l'ère du Christ douloureux ne tardera guère à se clore, et ce sera l'avènement du Christ de gloire. — Livres sacrés : la lettre tue, et l'esprit oieifie. — Éveillons la Belle-au-Bois-Dormant, c'està-dire l'ésotérisme renfermé au cœur des vieux symboles.

Le Serpent de lalîenése. — Moïse va nous fournir le texte d'une étude qui remplira trois livres successifs. — Une ligne d'hébreu et ses deux traductions, suivant la Viitgale et suivantFabre d'Olivet. — La fable mosaïque de l'originel péché, telle que se l'imaginent les théologiens exotériques, confiants à la lettre de la Vulgate

Trois sens attribuables au mythe du Serpent. Il signifie: au sens vulgaire, le Diable; au sens ésotérique moyen, la

Lumière astrale ;9iusens ésotérique supérieur, VEgoîtmB primordial, iosUgateur de la chute édéoale. — Cette triple interprétation délennine el commande Jes trois parties de notre ouvrage : le Serpent de la Genèse : — Livre I, le Temple de Satan (les faits) : — livre n. Clef de la magie noire (les théories) ; — livre III, le Problême du mal (synthèse métaphysique de l'ouvrage). ~ Réserves de fauteur en matière de foi ; il ne prétend point dogmatiser

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