Tente fleurie construite par les Israélites de Tanger
4. Bâton de fleur égyptien, employé comme hommage aux divinités.
leurs fleurs, pour les serrer et les lier, pour en former un solide faisceau, capable de durer des années, ces feuilles et ces fleurs s’y seraient trouvées d’elles-mêmes. De pluS;, feuilles et fleurs se fanent, tombent; elles exigent, pour garder leur éclat et décorer l’édifice, qu’on les place sur les tiges le jour même. Ainsi l’Égyptien, en attachant feuilles et fleurs sur un pavillon formé uniquement de faisceaux végétaux n’inventait rien, il restituait ce qu’il avait dû retirer, et sa colonne-plante, sur le pavillonplante, n’était ni un non-sens, ni une invention géniale.
Feuilles et Fleurs
Mille détails charmants montrent chez les Égyptiens une passion exclusive pour les fleurs. Ce sont les guirlandes de fleurs que portent les danseuses; c’est la guirlande de lotus que le Pharaon passe au cou de ceux qu’il veut favoriser; ce sont les hommages de fleurs aux morts (fig. 14, i, 2 et 4); celles dont on couronne les statues, etc.
L’art et la religion de l’Égypte, l’un et l’autre inséparables, donnaient un rôle si important aux fleurs que M. Perrot, dans un gracieux passage C a pu les comparer à la Fête-Dieu, célébrée encore dans la plupart de nos provinces. Pour cette fête on emprunte à la nature tous les éléments d’art et de décoration des autels ou « reposoirs », élevés sur les places publiques. Ces reposoirs, sortes de pavillons construits avec de légères solives, sont revêtus ou parés d’étoffe, de paille tressée, de fleurs et de rubans. Un voile forme le plafond. On pose l’ostensoir, soleil d’or comme en Égypte, sur une table-autel couverte d’un drap brodé de fleurs. Comme en Égypte, on s’incline devant lui en brûlant de l’encens. Enfin, de chaque côté de l’ostensoir, des prêtres tiennent des bouquets, portent des flabelles en plumes, des enfants jettent des fleurs. Et les statues des saints en bois peints, revêtus d’étoffes apprêtées, précèdent les soldats, les musiques, les autorités, les fidèles.
Il existe, de nos jours, un usage, un lien curieux entre les cérémonies ci-dessus et celles de l’Égypte antique : C’est la fête des Tabernacles, que les Israélites pratiquent encore en tous pays.
Cette fête dure sept jours, pendant lesquels ils construisent des pavillons fleuris dans leurs demeures, en souvenir des
^ Hist. de l'art, t. I. Hachette, éd.
La Langue Sacrée
tentes que leurs itères ont habitées avant d’entrer en terre promise.
Sans discuter la légende qui fait remonter à Moïse les prescriptions de cette fête, nous savons que les Israélites rapportèrent d’Egypte la plus grande partie de leurs usages religieux.
Fig. 15. Cabanes fleuries construites par les israélites de Tanger.
Les pavillons qu’ils construisent sont évidemment un souvenir de ceux que nous étudions. Ainsi les Israélites, au lieu d’imiter les tentes basses égyptiennes qui servirent au désert, élèvent un kiosque de feuillages et de fleurs (fig. 14 et 15) sous lequel chaque famille prend ses repas pendant cette semaine sainte L
Les kiosques israélites ramènent aux pavillons fleuris égyptiens. En prenant les syllabes-images où l’édifice est nu, et les
^ Dans le monde entier le principe de ces pavillons est le même. Seuls, les matériaux changent avec les milieux. En Afrique, le bâtis est formé de six ou huit piliers en cannes liées, et réunis à leur sommet par des traverses. Piliers et traverses sont habillés dans toute leur étendue par des feuillages, des fleurs, des fruits. Parfois les verdures sont constellées, non seulement de fleurs naturelles, mais de fleurs en papier de couleur ou doré; de fruits, grenades, citrons, etc., forment des frises d’ornements naturels. A terre une natte de paille complète l’édifice.
Feuilles et Fleurs
monuments où il est paré — celui de jonc et celui de bois ou de pierre — et en tenant compte des lois de la transposition, on voit la manière dont le décorateur opérait. Il commençait par un simple bouquet, le fixait par un lien au sommet du pilier, puis superposait le long de la tige des branches de vigne et de lierre, des colliers et les Heurs dont il pouvait disposer h Peu à peu, une décoration plus simple prévalut. On se contenta de mettre des fleurs — généralement celles du lotus — à Fextrémité du pilier, près de l’endroit où il se courbe pour former la toiture, ce qui créa le chapiteau
A cet effet plusieurs systèmes furent employés. Le premier, le plus simple, fut celui-ci : le décorateur rassemblait une certaine quantité de fleurs et de boutons de lotus qu’il disposait au sommet de la colonnette de joncs (fig. 16); à leur base, il enroulait un lien serré fortement et dont les deux extrémités tombaient le long de la colonne; l’ensemble s’évasait et prenait une forme bulbeuse, à peu près comme elles le feraient sur les tiges qui les portent en pleine floraison.
Le second consistait à enrichir le sommet de la colonnette, non seulement de sépales de lotus, mais aussi de pétales, minces et allongés. Le décorateur plaçait d’abord autour du pilier un lit de sépales, qu’il entourait à mi-hauteur de larges feuilles, les liant à la base comme précédemment. Puis il laissait retom-
^ Cette ornementation excessive a été traduite en bois (fig. 18, i) et en métal dans de petits monuments, mais exceptionnellement, vu la difficulté, aussi n’a4-elle pas donné naissance à un style de décoration et ne fut-elle pas imitée dans les édifices en pierre.
2 Nous nous rencontrons, sur ce point, avec MM. Perrot et Chipiez, dans le premier volume de VHistoire de l'Art, p. 584.
Fig. 16. Pavillon fleuri égyptien. — Mariette. Mon. divers, pl. 56.
La Langue Sacrée
ber les extrémités des sépales. Il s’opérait alors une douce flexion (qui a créé le chapiteau campaniforme), les feuilles de lotus s’évasaient au-dessus du lien, soutenaient à moitié de sa hauteur la masse des tiges qui se courbait mollement en dehors.
Si l’artiste égyptien n’a pas fleuri la traverse, c’est qu’elle était souvent recouverte d’une natte ou d’un tapis formant toiture. Dans les kiosques des israélitestoutle bâti est fleuri, parce que la loi mosaïque ordonne que la construction soit à ciel ouvert, probablement pour rappeler la manne qui nourrit leurs ancêtres.
Fig. 17. Colonne fleurie. Bois sculpté. — Prisse d’Avesnes.