Lepsius. Ab. II, Bl
Les images-syllabes montrent les tâtonnements qui amenèrent cette erreur : tels les essais d’une colonne centrale soutenant directement la toiture de jonc (fig. 22,2), tels ceux dans lesquels cette colonne, pour rester à la même hauteur que les piliers d’ante, rachète la différence de niveau par un supplément de joncs droits formant abaque (fig. 21, i et 2)-
Quand les piliers d’ante, en joncs, sont à leur tour remplacés par des colonnes de bois, ces colonnes rachètent aussi par une pièce « abaque » de jonc, la différence de hauteur de la toiture que donne la courbure des joncs.
Ainsi peu à peu la cabane fît naître naturellement tous les éléments de l’architecture : charpente, base, colonne.
42 La. Langue Sacrée
chapiteau, abaque, architrave; elle est complètement transformée L
* Le kiosque de bois pouvant s’étendre indéfiniment, augmente le nombre de ses colonnes latérales; il présente toute garantie de stabilité et de durée; c’est le perpétuel souci de l'esprit égyptien.
Dans les hiéroglyphes et les bas-reliefs, le pavillon égyptien se présente souvent avec un pilier central, ou trois colonnes de façade, coupant le petit monument en deux parties égales (fig. 21).
Lorsque les colonnes et les solides traverses de bois permirent de diminuer ou d’augmenter la largeur de l’édifice, on supprima la colonne centrale, cette disposition incommode, puisque le chef, le roi, le dieu, ne pouvait trôner au centre de l’édifice. On peut reconnaître déjà cette préoccupation en considérant dans les images-syllabes les modifications de position des deux sièges qui occupent les deux compartiments. Tantôt ils sont tournés vers la colonne centrale (fig. 21, h), tantôt vers l’extérieur de l’édifice (fig. 22, 3), et le toit s’élève ou se retourne, suivant la disposition des sièges. Cette élévation de la toiture, suivant la face centrale, s’accorde avec le tronc-pilier central et la forme recourbée que les branches lui donnent, disposition restée spéciale à l’Egypte.
Fig. 23. Égypte. Édicule symbolique. — Lepsius. Denhmaler, vol. V, ab. III, B. 6.
Avec le bois, cette dualité cesse, l’architecte égyptien ne conserve que la moitié de l’édifice. Un seul siège peut maintenant s’élever au centre du pavillon. Le naos est créé.
Mais cette dualité primitive, d’origine technique et forcée, comme toutes les choses anciennes, devenue sacrée, hiératique, servira d’emblème religieux (fig. 23), et le petit édifice sera porté, réduit, à la main, dans les cérémonies de l’immense édifice dont il est le prototype. Cette disposition double deviendra le symbole de deux divinités siégeant toujours censément dans les deux parties de l’édifice : la divinité du Nord et la divinité du Midi.
Le Bois
A côté du pavillon fixe de joncs et de bois, signalons un système qui en est dérivé : le pavillon mobile à une seule nef, dont les éléments, les colonnes et la toiture peuvent être démontés, grâce à un procédé fort simple déterminé par M. Chipiez : une charnière, à forme de bouton de lotus, placée au sommet des colonnes et s’ajustant dans la traverse (fig. 24,1).
Fig'. 24. — 1. Charpente du pavillon mobile. — Chipiez. Hist. de l'art, t. !«'■, p. 541.
2. Le pavillon mobile sur la barque. — Lepsius, Ab. III, Bl. 63.
Nous retrouverons cet édicule mobile plus loin, sur les barques sacrées, servant d’abri au tabernacle et créant le motif principal de l’architecture égyptienne.
Fig. 25. Égypte moderne. Maison du Cheykh-el-Beled. — Champollion. Univ. pitt., p. 37.