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HERBE ET NON PLUME LE VILLAGE DE LOUQSOR — LA

FRISE d’uROEUS.

ous avons quitté le pavillon fixe au moment où la traverse de jonc est remplacée par l’architrave en bois. La décoration de celle-ci se rapporte à un autre système de construction : la maison de pisé.

Le pisé. — La cabane et les pavillons sont des abris provisoires. La maison est une demeure durable. Dans ce but, le constructeur doit mettre en œuvre des matériaux pouvant résister aux intempéries. A ce point de vue, la terre unie à la paille donne un bon résultat. Actuellement ce mélange est celui des constructions élémentaires de la vallée du Nil. Le limon de ce fleuve forme les quatre murs de petits édifices, soutenus intérieurement par une charpente de joncs.

Dans son premier ouvrage b M. Chipiez ne mentionne pas

< L Origine des Ordres grecs.

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la construction de pisé; en revanche, dans V Histoire de VArt, (T. I, p. 507), il lui consacre une note importante L

Nous ferons une réserve à cette excellente note. Le bois n’a débuté, en Egypte, qu’après le jonc. Nous l’avons vu former les premiers édifices et s’adjoindre plus tard le tronc d’arbre. Le bois apparaît avec le pisé, qui exige parfois une légère charpente Par conséquent la construction égyptienne en pisé est venue après la cabane de roseau. Nous allons constater qu’elle s’établit avant les kiosques à corniches et les édifices funéraires nommés mastabas (fig. 27).

En observant les mastabas, l’œil est d’abord frappé par l’inclinaison des murailles. Le modèle de pente régulière, inclinée, des parois d’un édifice, est fourni par la nature : ce sont les collines de terre ou de sable. Cette pente est forcée dans les constructions primitives où la terre molle (le pisé), est employée. Quand cette pente est copiée en bois, en brique, en pierre, l’utilité disparaît, mais la pente est naïvement imitée, transposée.

Ainsi l’inclinaison des murs de briques ou de pierres des

' « Malgré la mauvaise qualité des bois indigènes c’est par la construction en « bois que l’on a dû débuter dans la vallée du Nil, quand s’y sont établis les pre- « miers ancêtres des Égyptiens. Leurs demeures ont dû être semblables à celles « que les voyageurs rencontrent encore aujourd’hui en Nubie. On y trouve des « cabanes dont les parois sont faites de branches de palmier dressées verticale- « ment, les interstices étant bouchés par un torchis de terre et de paille.

« Quant au plafond, il se compose de rameaux ou de troncs du même arbre, « couchés en travers. Dans la basse Égypte, sur les bords du lac Menzaleh, ce « sont les hautes et fortes tiges de roseaux, liés par faisceaux, qui fournissent les « matériaux. Là oû le bois est abondant et où la pluie est moins à craindre que le « soleil, la première habitation a été la hutte en branchages. Il faut déjà, pour « préparer la brique, un peu plus de calcul, de patience et d’effort que pour planter « dans le sol et pour entrecroiser quelques poteaux et quelques perches. »

2 A moins qu’on ne lui donne une épaisseur extraordinaire, comme en Babylonie.

Terre et H erre

mastabas, édifices l)as et construits en largeur, vers un intérieur de charpente simulé, implique copie et développement préalable de la cabane de torchis.

La corniche. — En même temps que l’inclinaison des murs un nouvel élément, la corniche, simulée dans les mastabas en pierre, indique l’origine antérieure de la construction de pisé. La gorge égyptienne est le principal 'élément d’art, le chaînon nécessaire pour relier les monuments classiques aux constructions égyptiennes (lîg. 26, i). Les allées couvertes, les dolmens

Fig. 26. Transformation de la gorge égyptienne (1) en doucine grecque (3). Dieulafoy. L'art de la Perse ^ p. 42.

quels qu’ils soient, n’offrent rien à l’histoire de l’art ; ils ne présentent la trace ni de moulures, ni de corniches. Nous y trouvons le pilier, non la colonne, la toiture, non le fronton. Ces éléments décoratifs, plus ou moins modifiés — même dans l’antique Chaldée — ne sont que des pastiches de l’art égyptien.

Si haut que nous remontions, dans les plus anciens mastabas, nous trouvons la corniche rudentée, simulée au-dessus des lignes des poutres intérieures. En revanche elle n’est pas figurée à l’extérieur, comme nous la voyons reproduite sur les petits monuments, tels que les sarcophages, imitation des grands édifices. Pourquoi?

C’est que l’herbe poussait sur les mastabas, sur leur coussin de terre formant toiture, comme sur leur modèle les maisons

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de pisé, comme sur les maisons actuelles de ce système, en Afrique. Sur les plates-formes de terre, l’herbe pousse drue, penche ses touffes, et forme juste le contour et la décoration de la gorge, du couronnement de tous les monuments égyptiens (fig. 25, p. 44).

On objectera que la gorge égyptienne représente une rangée de plumes d’épervier ou de palmes, symboles mystiques des rayons solaires. En effet, la forme des stries qui décorent la gorge est trop large et trop arrondie à l’extrémité pour représenter l’herbe ; elle imite la forme générale des plumes, suivant l’habitude de l’artiste égyptien essentiellement et forcément simplificateur. Mais la symbolique de la rangée de plumes ne peut être un point de départ, une origine naturelle, celle qu’il faut toujours chercher. Les plumes sont dressées le long du sommet des monuments, à la place où pousse l’herbe sur les maisons. Elles sont infléchies, contrairement à leurs formes générales, à celles qu’elles affectent sur les coiffures égyptiennes et dans les autres cas de représentations ; cette inflexion est celle de l’herbe sur les maisons de pisé. Elles sont souvent divisées en trois, quatre et cinq rangées qui se superposent. Dans un bijou du Louvre, cinq rangées sont détaillées par soixante plumes, comme de véritables touffes d’herbe. Enfin la couleur de ces plumes suit celle de l’herbe. Dans les mastabas la rangée unique est verte. En général, dans les monuments d’orfèvrerie, la première rangée est vert clair, la deuxième vert foncé, la troisième jaune, comme l’herbe vivante suivant son degré de croissance L

^ M. Loret vient de prouver, dans la Faune égyptienne, que la lettre de l’hiéroglyphe que l’on prenait pour une plume est un roseau. C’est une preuve nouvelle de notre assertion.

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Pour s’assurer que rimitation de l’herbe a créée la corniche il suffit d’examiner au Louvre, au Musée de marine, le petit modèle en liège du temple de Louqsor et des opérations d’embarquement de l’obélisque destiné à la place de la Concorde.

Là, au pied du temple célèbre, s’abrite un village moderne, triste, sombre, plein de caractère, chaque maison ressemblant à la voisine, toutes formées par un cube de briques jaunâtres, couvert d’un matelas de terre, sur lequel pousse l’herbe en touffes épaisses, débordant sur les murs. Malgré leur pauvreté, toutes ces maisons, grâce à leur couronnement et à cette corniche de verdure, ont le style ou la même silhouette que les pylônes du grand temple qui les domine; elles semblent de petits temples réduits, pauvres enfants se serrant près de l’aïeul.

En résumé : La gorge égyptienne fut l’imitation de l’herbe poussant sur les toitures de pisé.

Celle-ci remplacée par des plumes sur les tentes est devenue symbolique.

Ces plumes, transposées sur le bois et la pierre, sont devenues artistiques L

Frise d’iirœus. — Au-dessus de la gorge égyptienne, se dresse souvent une frise de petits serpents, nommés : urœus.

Le but primitif de cette frise est indiqué par sa place même. Parfois, au-dessus des maisons, sur l’herbe des toitures, un urœus pouvait apparaître. L’effroi qu’il provoquait donna l’idée naturelle de le placer sur l’édifice religieux. Cette adjonction donnait à l’édifice un caractère sacré, c’est-à-dire vénéré, dont

^ M. Dieulafoy (fig. 26, page précédente) a parfaitement expliqué comment la gorge égyptienne est devenue la doucine.

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on ne devait pas approcher, que l’on craignait, a II y a bien des raisons, dit M. Max Muller^, pour regarder le serpent avec vénération et même pour l’adorer. Le serpent venimeux est un objet d’effroi, et par suite a droit au culte. »

Pour le vulgaire, il est évident que longtemps les serpents d’or et de pierreries pouvaient, par l’illusion de la réalité, empêcher de pénétrer dans les temples et dans les tombeaux.

En Afrique, le célèbre voyageur Marche renouvelant l’histoire de Moïse, effrayait les indigènes avec un serpent annelé en bois. Le pharaon plaçait sur son casque un urœus en or et en pierres de couleur qui devait, étant légèrement mobile, paraître vivant à ces peuples enfantins et rehausser son prestige.

N’appartient-il pas à une magie aussi naïve, l’usage de tracer un œil sur la porte des monuments de l’ancien empire pour effrayer le voleur? Sous le nouvel empire, on peignit sur les portes, dans certaines tombes royales, des serpents gardiens. « Chaque nome avait dans son grand temple un serpent auquel on rendait un culte et qui présidait à la garde des lieux. » Le serpent, sur la toiture ou la terrasse, remplissait la même fonction. Le serpent apparaissant sur l’herbe, la frise d’urœus audessus de la corniche égyptienne, a donc une origine naturelle, expliquant parfaitement son adoption et sa place dans l’architecture. Plus tard, pour l’initié, elle devint symbolique et prit une toute autre importance.

’ Max Muller. Orig. et dé^el. de la religion, traduit par J. Darmsteter, p. 106.

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