DIVISION DE L’OUVRAGE
ANTIQUITÉ DES SIGNES FLEURIS — DISTINCTIONS TECHNIQUES ET SYMBOLIQUES — FAUSSES ASSERTIONS SCIENTIFIQUES
E livre s’adresse à deux catégories de lecteurs : la première partie, aux archéologues et aux architectes; la seconde, aux historiens, aux penseurs, aux poètes.
Cette seconde partie décrit une manifestation des signes de la Langue Sacrée, atteignant un degré supérieur et complexe, que les formes premières de ces signes, traduits dans notre premier volume, ne permettaient pas de soupçonner L Elle montre comment l’efflorescence de ces' signes a créé l’art, de même qu’un autre volume établira comment leur simplification a créé l’écriture.
Les Signes Sacrés fleuris, objets de cette étude, formes dérivées des idéogrammes primitifs, appartiennent à une symbolique
^ Le premier tome de la Langue Sacrée, le Mystère de la Création, étudiait soixante-quinze signes idéographiques, dont nous donnions la traduction. Ces signes parlaient surtout de l’ame, du corps, et de leur union formant les êtres vivants. Les soixante-quinze signes de ce nouveau volume vont traduire la nature et la résurrection. Ces signes, nous les verrons se transformer, former un édifice, et ils nous feront assiste'r au drame le plus grandiose dont la nature soit le théâtre : La révolte et la défaite des nuées, elle nous fera comprendre son but, ses bienfaits, sa beauté.
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exprimée dans le rituel funéraire égyptien. Ce rituel existait bien avant les premières dynasties pharaoniques, et les inscriptions des Pyramides contiennent, à son propos, des gloses prouvant que ce symbolisme était déjà si ancien, à l’époque où ces monuments furent construits, que le sens en était presque perdu. Nous reviendrons, dans notre dernier volume, sur la haute antiquité des Signes fleuris et ils nous donneront les moyens de connaître le degré de civilisation atteint par les diverses migrations humaines lorsqu’elles quittèrent l’Afrique pour peupler le globe.
Le volume précédent était une première démonstration des contradictions qu’amènent les divisions factices de la famille humaine en races ; l’architecture et l’ornementation vont continuer cette démonstration, en prouvant l’unité d’origine des arts.
Nous n’avons pas inventé un seul ornement depuis les Égyptiens. Les ornements anciens et modernes, sont dérivés de l’art égyptien.
L’architecture religieuse de tous les pays est la construction monumentale d’un ou de plusieurs Signes Cosmiques superposés rationnellement, suivant l’idée à exprimer.
Le principe de l’architecture est celui de la création. Ce principe, les anciens l’ont dessiné sur le tapis que nous foulons, sur le vase que nous prenons comme un récipient vulgaire, sur les globes minuscules, dits pesons de fuseaux, enfin ils l’ont exprimé par le temple, que nous considérons simplement comme l’abri de l’effigie divine. Cette création cosmique, ils l’ont figurée partout, et nous ne la reconnaissons nulle part!
Charles Blanc dit justement : « Lorsque le langage est encore « dans l’enfance, les peuples s’expriment par des signes plus
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« que par des mots. Ils n’écrivent pas leurs idées, ils les monc( trent ^ ».
Nous allons déchiffrer cette écriture et en donner la clef. Oui, les murailles sont couvertes de signes tirés de la nature, mais ces signes sont des imitations si ingénieuses, que, seuls l’élite et les initiés pouvaient en comprendre la pensée, et l’art antique sut traduire cette écriture et la rendre immortelle comme le granit qu’il martelait.
Quand la technique eut créé l’ossature de l’architecture, la Cosmoglyphie modifia ses éléments. La cabane devint le temple, un décorde Signes Cosmiques. Mais, à travers ce décor, l’origine technique se reconnaît, et si le point de centre du compas a donné l’idée de l’âme solaire, l’abri du chef se retrouve dans la demeure du dieu. Cette distinction des formes techniques transparaissant à travers les formes cosmiques est importante. Par elle nous résoudrons la difficulté signalée par M. Laffîlée lorsqu’il nous écrivait, à propos du premier volume de la Langue Sacrée :
« Je vois très bien l’importance de ces signes et je crois
* Le même auteur ajoute ; « Les monuments des premiers âges n'ont aucune « destination apparente, ne portent aucun caractère sensible d’utilité; ils parlent ï fortement aux yeux et vaguement à l’esprit. Le sacerdoce cpii les avait conçus « s'en était réservé la signification mystique. De même que Dieu est à la fois pré- « sent et voilé dans l’univers, de même la pensée de l’architecte résidait dans le « temple, visible et cachée. Si les murailles se couvraient de signes tirés de la « nature, la foule n’en comprenait pas le sens, et celui-là même qui creusait sur la « pierre cette écriture énigmatique n’en possédait ni la signification, ni la clef. « Ainsi les manifestations mêmes de l’idée étaient confiées à une littérature indé- « chiffrable, et le mystère s’incrustait dans le granit. » — Grammaire des Arts da dessin, p. 58.
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« qu’ils sont l’âme même de l’architecture et qu’ils suffiraient « pour tout expliquer s’ils étaient plus faciles à démêler entre « les formes analogues ayant une toute autre origine. »
Nous étudierons l’origine technique de l’architecture dans le temple égyptien. Certes il existe, dans nombre de contrées, des formes d’art provenant de ressources spéciales propres à chacune; mais en dehors de ces modifications forcées, il n’y eut que des interprétations erronées des formes religieuses et artistiques dont les Égyptiens ont fourni les modèles.
« Aujourd’hui l’école qui repousse toute tentative de rapprochement, et appuie sur les différences, disions-nous dans le premier volume L est maîtresse absolue et n’admet même pas la discussion.
« La science ethnographique divise le genre humain en race blanche, race jaune, race noire, et en races intermédiaires.
« La science philologique divise les races humaines d’après la perfection de leur langue : monosyllabique, agglutinante ou à flexions.
« La science biblique ignore les races de couleur — ou ne daigne les mentionner — et divise les peuples de race blanche qu’elle connaît, en trois familles issues de Noë : celles de Sem, de Cham et de Japhet.
« La science anthropologique divise la famille d’après les crânes primitifs les plus caractérisés, elle dit : la race de Canstadt, la race de la Naulette, la race de Néanderthal, etc.,
' La Langue Sacrée, tome I®'’, avant-propos, p. 7.
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elle les distingue en brachycéphales, dolychocéphales, inésaticéphales et hypsocéphales.
« La science préhistorique divise cette même famille d’après les mœurs, elle parle de race des cavernes, de race des dolmens, etc.
« A son tour la science religieuse vient diviser les races humaines en polythéistes, panthéistes et monothéistes ; cette dernière forme religieuse dite supérieure, comprenant les races dites telles.
« Aucune de ces divisions ne s’impose. L’unité ou la diversité originelle de l’homme est toujours discutée; la valeur historique de la Bible toujours contestée, les divisions philologiques sont renversées par celles de l’ethnographie ; les divisions de la science préhistorique par celles de l’anthropologie ; les différentes écoles de l’anthropologie elles-mêmes ne s’entendent pas entre elles; pour comble de confusion, la science politique se courbant devant les nationalités modernes — formées de races mélangées, ayant souvent adopté la langue de leur vainqueur — les nomme : race latine, race germanique, race anglo-saxonne, race slave, etc.
« L’histoire de l’Art nous offre les mêmes contradictions : la science archéologique divise l’art par nationalité, elle dit : l’art égyptien, l’art phénicien, l’art grec, etc.; la science historique divise l’art par religion, elle dit : l’art païen, l’art judaïque, l’art chrétien, l’art musulman, etc.
(c Ces divisions, ces contradictions sont causes d’erreur. Aujourd’hui on accepte une humanité formée de groupes étrangers, ayant vécu séparés, de parentés discutables et toujours éloignées.
« La science moderne ne nie pas les filiations, qui constitué-
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rent les sociétés, mais elle accentue partout les divisions, et comme les origines sont souvent ignorées et toujours sont discutées, parfois de parti pris, la grande famille humaine paraît désagrégée. Races, dogmes, arts, n’appartiennent plus à la même lignée directe, et c’est vouloir le triomphe des polygénistes que souligner des divisions artificielles qui faussent les origines de l’homme et de la civilisation.
« L’histoire de l’Art elle-même est victime de cette erreur. Il n’y a pas d’arts différents, spéciaux à l’Egypte, à la Phénicie, à l’Assyrie, à la Gaule, à la Scandinavie, etc. Il y a des courants d’art, d’idées, de civilisation, qui partent d’un point ou d’un autre, se communiquent à une partie ou à toutes les parties du globe, se développent et ne meurent jamais.
« Il n’y a pas d’art spécial à l’époque de la pierre, à l’époque du bronze, à l’époque du fer; il y a l’art, qui passe à travers des milieux divers, des matières différentes qui le modifient, comme il y a des idées écloses dans telles contrées, s’imposant peu à peu à toutes.
« Il n’y a pas d’arts spéciaux inventés par les diverses religions : d’art assyrien, judaïque, grec, chrétien, catholique ou protestant; il y a des appropriations parfois heureuses des temples ou monuments dont chaque dogme nouveau s’est emparé; plus souvent, des imitations maladroites. On croit aujourd’hui que certaines contrées créèrent spontanément, par hasard ou caprice, telle forme de hache, tel système d’ornement, tel mode de sépulture, etc. Il n’en est rien.
« La marche de la civilisation peut se comparer au développement du baobab projetant sur le sol des quantités de branches prenant racine. Celle qui trouve le meilleur terrain donne à l’ensemble ligneux dont elle fait partie, la sève la plus
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forte, devient le tronc principal, lanière féconde. Lorsque le sol est épuisé, une autre branche plus éloignée poursuit la tâche, continue la vie. Aujourd’hui, la science, comme une hache, a séparé les troncs de l’arbre gigantesque. Cette opération a créé une forêt d’arbres espacés, d’aspect étrange et divers à la place de la souche unique qui les réunissait toutes. La tâche de la science future sera de rétablir l’arbre unique, l’unité de la famille humaine et de la civilisation. »
Résumons les principes qui séparent ce volume en deux parties : l’art technique c’est l’art primitif, il crée par besoin, sans subtilité quelconque ; l’art cosmique lui succède et modifie les formes techniques dans une pensée philosophique inspirée par l’observation de la nature.
On est souvent étonné de la supériorité des architectes anciens et de leur art sublime. On a réclamé leur secret. Vitruve l’explique dans cette simple phrase : « L’architecte doit étudier la philosophie. »
Grâce à l’architecture nous allons connaître une philosophie universelle, bien antérieure aux écoles grecques qui la commentèrent; nous assisterons à l’édification d’un enseignement grandiose promulgué à une époque si reculée qu’elle dépasse étrangement les limites assignées, hier encore, à l’apparition de la première famille humaine; nous connaîtrons les doctrines ésotériques des mystères, synthèse merveilleuse surgissant dans la floraison de l’édifice antique, et à laquelle aucune œuvre moderne ne peut se comparer.
L’antiquité conciliait la science, l’art, la religion; elle mon-
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trait leur harmonie et leur nécessité. Aujourd’hui le spécialisme étroit, les rivalités d’intérêts, les ont séparés. La religion considère la science — sa base — comme une ennemie. La science se refuse à reconnaître les mystères qui nous entourent. L’art n’est plus l’expression de la philosophie. Aussi ni la science, ni la religion, ni l’art ne satisfont plus nos esprits. Le remède, c’est de quitter franchement les chemins où nous nous égarons, et de reprendre cette synthèse magnifique dont la Langue Sacrée fut l’expression.
En vue de rendre ce volume plus accessible, et pour des considérations impérieuses, après la suppression de nombreux dessins, nous avons retiré les discussions philologiques et techniques, les citations de textes, de nombreux signes renvoyés aux volumes : La Tombe, L’Arbre Sacré et La Céramique, avec l’étude du plan des édifices religieux. Quant aux modifications dans l’espace et dans le temps, on les reconnaîtra en comparant nos édifices, nos costumes, nos objets, et en consultant les gravures des ouvrages que nous commentons et dont nous affirmons ainsi tout le mérite.
Fig. 4. Transformation des cosmoglyphes en ornements. — Cul de lampe renaissance.