PAVILLONS DE FETE
E tous les arts acquis par riiomme, Farchitecture conserve le mieux, malgré les opinions actuelles, l’expression des emprunts à' la nature et des transpositions qui Font constituée.
L’architecture égyptienne possède deux principes constitutifs :
Le premier a son origine dans la cabane*. En Égypte,
* Pour les historiens anciens, l’homme primitif, n’ayant encore aucune industrie, n’avait pour refuge que les cavernes, l’antre des animaux dont il triomphait. Peu à peu, il sortit de cette retraite, édifia avec des branchages des nids proportionnés à sa taille, s’enhardit dans les plaines et construisit la cabane.
La science moderne a retourné cette Odyssée, l’abri de branchage a repris sa place, le premier en date.
D’une part, les géologues ont remarqué que les cavernes, résultat du travail lent et séculaire des mers, et des fleuves, n ont été habitables que fort tard, après le déplacement des masses d’eau.
D’autre part, la science préhistorique constate que les cavernes ne présentent jamais de haches de silex des types les plus anciensi
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l’habitation la plus primitive dont les hiéroglyphes gardent la trace, c’est la cabane de roseau.
Mais si l’Egypte témoigne de la cabane comme premier asile, cet abri temporaire ne pouvait être adopté comme lieu de repos et d’attente funéraire. Et si l’Egypte primitive, dans la journée s’abrita sous le feuillage, si le vivant eut la demeure fragile, la cabane ; l’endormi, mort ou vivant, eut la demeure solide, éternelle : la caverne, l’hypogée.
La preuve de l’antiquité presque équivalente de la cabane et de la caverne en Egypte, c’est que ces formes se communiquent l’une à l’autre de nombreux éléments. Leurs séparations artistiques ne furent jamais absolues, quoique chacune possède un caractère spécial sui generis, toujours net.
De là le principe qui divise nos études : 1" La cabane servira de point de départ pour suivre la construction de l’habitation du vivant et son développement symbolique sous la forme du temple ; 2“ La caverne nous donnera le principe de la construction de l’édifice funéraire.
La cabane égyptienne antique, si primitive qu’elle semble (fig. 11,2, page 29), accuse déjà une civilisation avancée. Pour montrer la place qu’elle occupe, nous allons supposer qu’il existe, dans l’architecture primitive, trois systèmes, équivalent à des degrés de progression bien déterminée.
Nous nommerons le premier système : Architecture naturelle; le second : Architecture mixte; le troisième : Architecture artificielle L
^ En réalité, les tanières des nègres ; les huttes de branchages formées d’écorces flexibles recourbées, dont les deux extrémités sont enfoncées dans le sol de ma-
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L’arbre, la grotte, c’est-à-dire rarchitecture naturelle, devenant le modèle et la source de toutes les architectures, dans les salles et passages creusés par les eaux à travers les montagnes, dans les allées et berceaux que forment les feuillages des arbres et des roseaux géants, dans la parure des fleurs et des fruits, se trouvent les principes et les formes du plan, de l’élévation et du décor architectural que nous suivrons jusqu’à nos jours.
On peut être tenté de trouver impropre ce terme d’architecture, donné à des abris naturels ; mais c’est justement pour avoir commencé l’histoire de l’architecture à un degré de construction en rapport avec les idées modernes, que la filière s’est rompue et que l’on n’en retrouve pas les origines.
L’architecture mixte consiste à mêler les éléments fixes de la nature avec des éléments mobiles choisis par l’homme. Le fait qu’un arbre s’est penché accidentellement sur un autre arbre, que leurs rameaux se sont naturellement enlacés et ont formé un berceau ou un kiosque naturel, cet accident
nière à former une allée couverte; les abris d’écorces entrelacées et ramenées à un sommet commun, etc., etc.; enfin les mille systèmes d’abris des primitifs, épars sur le globe, et dont la description exigerait un volume, sont autant de chainons reliant l’une à l’autre les architectures primitives, mais nous devons y mettre un certain ordre et les diviser artificiellement pour en rappeler certains exemples.
Diodore de Sicile raconte que les Lybiens et les Ligures couchaient en plein air. Salluste, Ptolémée, Pline, Hérodote, Strabon, donnent des renseignements analogues. Les Troglodytes, ignorants de tout art, à l’exemple des bêtes fauves habitaient les cavernes. Aujourd’hui encore, le Bosjesman habite les buissons et ne sait élever aucune construction, si rudimentaire soit-elle. De même certaines tribus de la vallée supérieure de l’Amazone dorment sur le sable ou couchent sur les arbres pendant la saison des pluies.
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n’a pas lieu partout et toujours, aussi certains animaux, certaines familles d’hommes ont imité ces abris. Soit qu’ils aient vu quelques branches étrangères servir de guide ou de soutien à des branches vivantes, soit qu’à l’exemple des plantes grimpantes, ils aient apporté des branches mortes ou rectifié les positions des branches vivantes, ils se sont servi de la nature pour aider à leur propre travail.
C’est le départ des systèmes de construction des tribus africaines, australiennes ou américaines.
Dans ces abris construits à demeure, les supports de la hutte ou cabane, ou plutôt son support unique, est fixe, solide ; l’arbre lui-même en est le principe. Les constructions des Dinkas en sont le type le plus caractéristique ^ (fig. 6). Nous verrons comment, en Égypte, cette
Fig. 6. Coupe d’une première construction s’est compliquée, habitation Dinka. — Cf.
Tour du Monde, v. 27, enrichie, transformée.
C’est au Maroc, à Tétouan, que nous avons recueilli les exemples les plus instructifs de l’architecture mixte. Plusieurs rues de Tétouan sont, autant que possible, à l’abri du soleil. Des toiles tendues servent à cet usage, mais souvent le feuillage des arbres tient leur place. Ces arbres, plantés à l’encoignure des maisons, étendent leur feuillage sur des cannes, qui les maintiennent et les guident audessus des rues 2. Mais le tout est flexible et plie s’il n’est pas soutenu.
^ Tour du Monde. Vol. 27, p. 306.
2 Le Maroc, comme l’Egypte, ayant peu de bon bois, se sert de ces cannes ou joncs, espèce de bambous, qui dans l'intérieur de l’Afrique atteignent jusqu’à vingt mètres de hauteur. Celles du Maroc ont trois ou quatre mètres. Elles sont reliées ensemble par groupe de dix à quinze, avec des brindilles végétales ou des cordes,
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Tétouan présente trois systèmes de soutiens.
Le premier système (fig. 7, i) consiste à placer au-dessus des petites voies des faisceaux de joncs qui s’appuient directement au sommet des murs de chaque côté de la rue. D’autres joncs, en travers des premiers, forment un damier, sur lequel l’arbre planté à l’angle de la rue repose ses branches.
Fig. 7. Les rues ombragées de Tétouan.
Le second système consiste à placer verticalement, dans les voies plus larges (fig. 7, 2) des troncs d’arbres ébranchés, pour soutenir les joncs. Malgré ces appuis, ceux-ci plient encore entre les troncs d’arbres et sous le poids du feuillage, comme des cordes flexibles.
Le troisième système, le meilleur (fig. 7, 3), remplace les troncs d’arbres par des traverses verticales en bois. Elles soutiennent d’autres solives placées horizontalement, au-dessus de la voie. Ce système de charpente force les joncs à s’élever et à constituer avec le feuillage un berceau régulier.
L’architecture artificielle n’admet aucun élément fixe de la
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nature et se sert seulement de matériaux qu’elle déplace. Cette forme imite les précédentes, avec des modifications forcées, suivant les matériaux mis en œuvre.
Elle se divise, comme nous l’avons déjà dit : 1" En architecture légère, celle de la cabane, se servant uniquement de végétaux!; 2° En architecture compacte, imitée de la grotte, adjoignant aux végétaux la terre, la pierre et les métaux.
De nombreuses demeures d’animaux, depuis les nids d’oiseaux jusqu’aux constructions sur pilotis des castors, présentent les différentes phases de cette architecture.
Les plus humbles exemples d’architecture artificielle élevée par l’homme, sont loin de la perfection de ces constructions. Exemple ; la hutte des naturels de la Nouvelle-Hollande, faite
! Le modèle le plus parfait, rentrant dans cette première division, existe dans les constructions propres à certains oiseaux de paradis, surtout de YAmblyornis inortrata, à coup sûr plus délicat en esthétique amoureuse que les Papous, ses voisins.
« Ce curieux oiseau, dit M. Letourneau, construit pour abriter ses amours une « petite hutte conique, devant l’entrée de laquelle il ménage une pelouse tapissée « de mousse et dont il relève la verdure en y semant des objets divers ornés de « couleurs vives : des baies, des graines, des fleurs, des cailloux, des coquillages. « En outre, il a soin de remplacer les fleurs fanées par d’autres plus fraîches. Ces « singulières constructions sont solides; elles servent pendant plusieurs années et « probablement à plusieurs oi,seaux. » La Sociologie d'après l’Ethnologie, p. 50.
Tous les voyageurs de l’Afrique équatoriale, depuis Schweinfurth, Tuckey et Jonathan Francklin, ont mentionné ces villes étranges, invraisemblables, œuvre des termites et qui contiennent des magasins, des chambres, passages, ponts, etc.
Les maisons ont la forme de huttes ou ruches de deux à trois pieds de haut, parfois de cinq à six, et leur toiture circulaire et inclinée les fait de loin ressembler à de gigantesques champignons donnant asile à un peuple de nains.
C’est avec une rapidité surprenante que s’édifient ces ruche» mignonnes, mais le travail en est si solide qü’il faut une bêche pour les renverser. Si la colonie augmente, on ajoute un étage; certaines ruches en comptent jusqu’à six. Avec leurs toits superposés on dirait des pagodes en miniature.
Si l’on ajoute que les cités de termites contiennent une sorte d’infirmerie pour les malades, un cimetière pour les morts, on peut déclarer sans exagération que si l’architecture a été inventée, c’est par les fourmis et non par les hommes.
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de branches croisées et arrimées entre elles pour supporter un chaume grossier de feuillages et de fougères ’ .
liCS cabanes des tribus africaines sont d’un principe aussi
en terre, portant une natte servant de toiture. Ce principe se retrouve (fig. 8) encore aujourd’hui au Pérou, dans les abris élevés par les Cholos
Les constructions des Cholos — surtout celles des Vitiens
' V. au Musée ethnographique du Louvre.
2 La toiture, sa forme, son soutien, sont surtout le but des efforts des constructeurs, le sujet des diversités les plus grandes. Généralement le toit est achevé, d’abord, et pour élever des pavillons de bois on fixe des pieux en terre, sur lesquels on pose des planches qui soutiennent les solives et les chevrons, puis on pose transversalement des troncs de palmiers rapprochés.
L’expression la plus artistique de ces architectures primitives est celte des Vitiens. Les murailles de leurs constructions se composent de roseaux en bambou, réunis par d’élégantes cordelettes de couleurs diverses habilement tissées avec l'écorce du cocotier. Les poutres des plafonds sont également cachées par des cordages en passementerie, dont les lignes alternativement blanches et noires dessinent de précieuses arabesques. — Cf. Tour du Monde. Liv. 1, p. 200.
général elles se composent de quatre piquets fichés
Fig. 8. Abri des Cholos (Pérou). —
Tour du Monde, vol. 29, p. 113.
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— dépassent la place qui peut être assignée à la plus primitive construction de l’Egypte. Nous entendons parler de la cabane de joncs liés, embryon du kiosque ou pavillon de réception, toujours en usage en Orienta
L’humble cabane eut cette fortune que son existence et sa forme ne furent pas accidentelles. Il s’agit seulement d’un faisceau de cannes formant une arcade unie, et pourtant, de ce simple berceau, nous verrons naître directement les principaux éléments de l’architecture : la colonne, le chapiteau, l’abaque, l’architrave, le tore, le cadre et le principe de l’ornementation.
Les images-syllabes. — Le pavillon de joncs liés et ses variations est conservé par l’écriture hiéroglyphique. On retrouve constamment ces images-syllabes sur les monuments les plus anciens, à Giseh, à Saqqarah, à Abusir, etc.
Les édifices que ces images reproduisent sont donc antérieurs à la formation de l’écriture hiéroglyphique, elle-même bien antérieure aux premiers Pharaons qui réunirent sous leur sceptre les tribus autonomes et construisirent Memphis.
^ Des publications sur les origines de l’architecture égyptienne paraissent constamment. Les dernières sont celles de MM. G. Foucart^ et Borchardt^. Nous ne les discuterons pas étant forcé d’être bref. Pour tous deux le symbolisme a un rôle secondaire. Les chapiteaux figurent toujours le lotus, d’après le premier auteur, et plus souvent le papyrus suivant le second. Ces contradictions proviennent du fait que l’on n’étudie pas les hiéroglyphes représentant les édifices primitifs. M. Foucart les citent d'une façon insuffisante, sans cela il n’écrirait pas que l’architecture égyptienne provient du bois ! et que « le fut (des colonnes) formant faisceau est une innovation due à l’emploi de la pierre » (p. 72). M. Borchardt affirme avec raison que les archéologues ont trop négligé les premiers travaux publiés sur le papyrus. C’est d’abord l’ouvrage du célèbre voyageur James Bruce ® établissant que l’art égyptien figure le papyrus nubien (fig. 10, i) et non le papyrus syriaque (fig. 10, n), le seul connu actuellement en Europe. Enfin le naturaliste italien Parlatone^ a démontré f exactitude de la thèse de Bruce d’une façon définitive.
1 Georges Foucart. L’ordre loliforme. Leroux, éd. 1897.
2 Borchardt. Die ægyptische pflaugensaule. Berlin, Wasmuth, 1897.
3 J. Bruce. Travels o cliscover the sources of lhe Nile, 17C8 to 1775.
4 Parlatone. Mémoires des savants étrangers. Académie des sciences, vol, XII, 18oi.
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Ce seul fait prouve que depuis de longs siècles ces tribus avaient dépassé l’état sauvage, celui des trois quarts de l’Afrique actuelle.
Non seulement les hiéroglyphes permettent de remonter aux principes mêmes de l’architecture égyptienne, mais ils nous transportent au delà, en nous dessinant les éléments naturels qui l’ont inspirée (fig. 9).
N’est-ce pas une architecture naturelle, une véritable allée couverte que présente cette vigne dessinée par Wilkinson et
Fig. 9. — 1, 2. Vignes égyptiennes antiques en berceau. — Wilkinson, p. 380.
3. Hutte égyptienne hiéroglyphique. — Dendérah, t. II, pl. 70.
dont les extrémités des tiges retombent sous leur poids et s’enfoncent dans le sol à nouveau, de manière à former un berceau analogue à ceux que crée l’architecture des jardins (lig. 9, i), semblable aux abris que les nègres construisent avec des écorces flexibles, et dont nous avons parlé plus haut ?
N’est-ce pas une architecture mixte que nous montrent d’autres hiéroglyphes figurant les mêmes vignes, dont l’arcade est soutenue cette fois à l’aide de troncs d’arbres fourchus, ébranchés et dressés verticalement (fig. 9, 2), système analogue à celui des rues de Tétouan?
La première forme des pavillons égyptiens, si simple soitelle, témoigne d’expériences multipliées. L’architecte primitif imite le berceau que forme la vigne, les enlacements par lesquels elle procède, dont elle se lie et se solidifie par elle-
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même; mais il n’emploie pas cette plante. Il choisit le papyrus, sorte de roseau géant. Un bas-relief du tombeau de Ti représente le défunt naviguant sur le Nil, au milieu d’une forêt de papyrus, qui recouvrait alors les parties basses de l’Égypte. Ces papyrus se terminent par une énorme ombelle épanouie ; chaque tige est assez solide pour supporter un nid d’oiseau, la mère et trois ou cjuatre petits, et même l’animal qui les guette (fig. 5, p. 18).
Fig. 10. — 1. Le papyrus nubien, — J. Bruce. Trawels to discover the sources of the Nile.