Détails de la frise
3 et 4. Frise sur un vase de Jalysos. — Furthw. Myk. Th.
qui l’ornent. Ce type de vase — que Schliemann rencontra si souvent à Mycènes et à Tyrinthe — c’est le type, forme et décor, que l’on nomme aujourd’hui égéen (?). La particularité inexpliquée, et justement intéressante de cette série, c’est le col, placé à la partie supérieure, entre les anses ; il est bouché et ne peut nullement servir à vider le vase. Ce rôle est dévolu à un second col placé plus bas. — Pourquoi cette étrangeté?
Au sommet de l’embouchure fermée, le céramiste a placé un point ^ entouré de trois, quatre, cinq ou six cercles. Le tout, signe solaire évident, parfois certifié encore par une croix
La Langue Sacrée
— le mouvement — à la place du point. C’est donc le soleil, le dieu fécondateur par excellence, emplissant par ses cerclesnuées le vase d’eau vitale. Il est la tête du vase L le vase luimême, et à la panse il se féconde suivant trois signes nets : Par le premier, à droite, sous la forme du générateur terrestre,
— la colonne de feu — poussée par les cornes — l’énergie conductrice. — Dans la seconde et la troisième figure, le générateur pénètre dans l’auréole rayonnante formant hert. Le premier acte de la création est consommé.
Signe ik2.
Un vase de Jalysos (fig. 184, 3) présente la même scène avec des modifications qu’il faut noter : le créateur terrestre n’est indiqué que par une ligne, et cette fois il pénètre une kert auréolée. L’acte générateur, lumineux, « divinisé », est donc aussi évident.
Signe 445.
Dans les signes suivants la figuration de l’acte créateur cède la place à celle de l’être nouvellement créé, à sa divine apparition. Car, dans la croyance des anciens, ce n’est pas seulement le soleil qui renaît dans la fleur miraculeuse. Tous les êtres, après leur mort, identifiés avec l’astre glorieux, renais-
^ Parmi les couvercles de vases représentant le soleil nous signalerons celui qui est gravé dans Duruy, Ilist. grecque, vol. II, p. 63'i. Il figure le lever du soleil, et la tête d’Hélios est surmontée d’un disque rayonnant, imitation réduite de l’ornementation générale du couvercle.
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sent comme luiL « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, dit Hermès, clans la Table d’Émeraude, et ce cpii est en haut est comme ce qui est en bas, pour l’accomplissement de la Chose Unique. » Cet axiome indicée C{ue le miracle donnant naissance aux dieux, peut donner naissance aux hommes, avoir lieu sur la terre comme au ciel, en vertu du même principe et des mêmes signes. La Cosmoglyphie permet de le vérifier. C’est ce que dit aussi la frise du temple de Sélinonte
— 2. Perrot. Titre du tome VII de V Hist. de l’Art.
(fig. 185, i). Elle montre le créateur, Horus, le soleil levant, la palmette divine, apparaissant entre les deux cornes du taureau, et formant la petite tiare qui surmonte la face d’Hathor (fig. 188, 1 et 2). Ces cornes se retournent au-dessous d’une ligne droite : la ligne céleste, et deviennent des cornes de bélier projetant une autre palmette, celle de l’âme nouvelle. Dans la fig. 2 ci-dessus les cornes naissent fune de l’autre, comme la palmette de fâme naît de celle d’Horus. Le motif se retourne pour montrer que faction divine lance les âmes sur la terre comme au ciel. « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour l’accomplissement de la Chose Unique. » Horus ou
' ]\I. Naville {Lit. du Soleil, p. 36) a démontré l’identité complète entre Ra et le défunt; il est de la même substance, il est la même personne que Ra, et chacune des parties de son corps est Tnn des dieux qui doivent eux-mêmes leur existence à Rn.
La Langue Sacrée
le soleil levant; le jour qui crée après la nuit qui tue, l’âme qui naît ; l’épervier qui les fait apparaître au-delà comme en deçà des cieux; le créateur et la création ; toutes ces forces émanent de la Puissance Suprême pour l’accomplissement de la Chose Unique : l’Amour.
Signe i44.
Avant d’aller plus loin rappelons comment procèdent les apparitions des dieux, des génies, des revenants. — Presque
toujours par une lumière surnaturelle. Celle-ci faible, pâle L s’allonge et finit par ressembler à un être ou à un objet : buisson, arbre, colonne, dragon, fantôme, etc.
Dans la Langue Sacrée fleurie la lueur miraculeuse prend la forme d’une fleur phosphorescente, dont le développement
^ Quand apparaît l’âme universelle et qui n’est contenue dans aucune des formes particulières, on voit un feu informe qui entoure le monde entier; c’est l’âme universelle, une, indivisible et informe du tout. Si c’est l’âme purifiée qui se montre, on voit la forme ignée et le feu pur et sans mélange, et l’on voit la lumière intime de cette âme et sa forme pure et stable et elle suit son guide qui l’attire vers en haut et se réjouit de la bonne volonté, et elle manifeste son ordre propre par ses œuvres. L ame qui pénètre vers en bas traîne après soi les signes de liens et de punitions. — Jamblique. Les mystères. Paris, Bibl. de la Haute Science, 11, Chaussée d’Antin.
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suit les phases de la résurrection. Par une analogie naturelle, cette Heur c’est le sein de la femme, le calice miraculeux fécondé par l’étincelle divine, réalisé mystiquement sur le plateau de bois dont le cœur s’allume sous la giration du foret sacré, le Nedj (signe 14). C’est l’eau magique employée par Isis et Nephtis pour ressusciter Osiris. C’est le corps de Tafnut, « celui qui conduit Ra dans ses membres », qui forme le corps ou le cercle entourant l’âme solaire, le principe humide qui nourrit Ra à l’égal d’une plante céleste.
Ces idées sont constamment illustrées sur les monuments antiques, principalement sur les vases grecs les plus anciens, les plus près de la source primitive, c’est-à-dire des traditions orphiques (lîg. 186).
Sigiie i45.
Sur un vase d’Alfki (fig. 187), de chaque côté de l’image centrale, deux petits disques centrés s’élèvent au-dessus de colonnettes remplies d’étincelles. Au motif central, Horus, le soleil levant, figure sous la forme d’un triple demi-cercle surmonté d’une rangée d’étincelles. Il sort des cornes de bélier , mais celles-ci couronnent une colonne de rayons. Quel en est le principe?
Pour répondre à cette question, examinons d’abord cette figure à tige couchée (fig. 188, i). On y reconnaîtra le voile Nems, la maison du soleil. L’espèce de mitre qui la couronne assure cette identification L Cette écharpe, cette variété de l’antre
^ Cette mitre imite, soit le disque rayonnant apparaissant entre les cornes, soit — d’après M. Goodyear — l’extrémité du fruit du lotus.
mystique, ne contient encore rien ; elle surmonte seulement une tige ondulée comme celle des lys d’eau (fig. 189). La seconde
Fig. 187. Peinture sur un vase d’Aliki. — Furthw.
Myk. Th., p. 39.
figure est accompagnée de doubles solaires, agent de la création (fig. 188,2).
Fig. 188. La croissance de l’âme-fleur sur les vases mycéniens. — Furthwaengler et Loesche. Mykénische Vasen.
A la troisième (fig. 188, 3), une modification s’opère : les cornes conductrices, comme projetées par les lignes ondulées, apparaissent à la base de l’écharpe. Pourtant rien ne s’inscrit encore dans celle-ci. Elle est seulement entourée de rayons; elle est illuminée.
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Ces images font assister au miracle que signale Porphyre ^ : « La naissance des âmes quand elles descendent lourdes d’eau. )) Il ajoute : « Car l’eau condensée en vapeur produit un
Fig. 189. Ondulation du lotus sur un plat égyptien. Musée de Berlin. — Borchardt. Die egypt. plang., p. 13.
nuage ; et ainsi le souffle se condensant en elle, à cause de l’abondance extrême d’humidité, les âmes des morts deviennent alors visibles 2.
Signe 1^6.
Dans la figuration suivante (%. 188, 4), l’écharpe contient un double solaire spécial, le Signe Sacré Apesh, variante du mot Kher en égyptien, formé par des étincelles L'*-, l'âme solaire
^ Les textes hindous ne cessent de déclarer que l’âme, après la mort, allait habiter les plantes ou les eaux et que le corps disparaissait ou se dissolvait au sein de la nature. V. Rig Véda, I. 125, X. 58. Mahabhar. III, 1748 et suivants.
2 « Nécessairement les âmes, dit Porphyre [L’Antre des Nymphes, p. 10, trad. P. Quilhird), sont ou corporelles ou incorporelles et attirant le corps, et il faut aussi que celles qui doivent être unies au sang et à un corps humide soient portées vers l'humide et s’incarnent imprégnées d’humidité. C’est pourquoi les libations de bile et de sang évoquent les âmes des morts et que les âmes amies du corps attirant à elles le souille humide le condensent comme un nuage ».
« Le corps se mouvant sous le souffle de la vie, c'est le premier degré de la pensée », a dit Platon.
La L ANGUE Sacrée
sans le disque. Celui-ci est remplacé par l’écharpe céleste. Dans ce but la forme allongée (fig. 188,3) de la matrice céleste se modifie ; elle s’affirme comme le disque divin, l’élément féminin qui enveloppe le feu générateur.
Dans d’autres figures (fig. 191), l’écharpe se remplit par la ligne génératrice indiquée sur le vase de .Jalisos. Cette ligne énergique redresse l’antre mystique et se transforme tantôt en spirale, tantôt en pointe de llèche (fig. 190, 1 et 3), dans lesquelles M. Houssay voit l’indice du sexe des êtres futurs. Nous avons
Fig. 190. Formes diverses de Fâme-fleur. — 1, 2 et 3 en Grèce. — 4 et 5 à Pont-l’Abbé.
établi, dans le premier volume, que toute âme est créée par l’âme du soleil : l’étincelle centrale ou la flèche. L’âme doit être enveloppée par le corps, et tous les corps sont issus du corps du soleil, des fragments spiralés provenant du disque divin. Aussi voyons-nous apparaître dans l’auréole céleste tantôt la spirale, tantôt la flèche (ou les points-feu), toutes deux nécessaires à la création 1.
•i Dans ce volume, nous établissions que la spirale est féminine et forme l'enveloppe de l’âme comme les nuées le disque solaire, et que la llèche c’est le feu sacré, le point central du disque, le lance-foudre, l’arme d’Eros pénétrant et fécondant ses victimes. V. fig. 226 et premier vol. La Langue Sacrée, p. 249.
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En réalité, ces petites fleurs entourant les vases grecs (lig. 191), ce sont des âmes en transformations, des nébuleuses célestes prenant la ressemblance solaire pour monter
pl. XXX, f. 264.
comme l’astre glorieux au-dessus du fleuve divin, à l’exemple de la fleur de lotus qui surgit et s’entr’ouvre aux premières lueurs du jour.
Un vase d’Aniatlionte résume curieusement la résurrection progressive que nous décrivons et la complète. La première figure, la plus petite (fig. 186,4), ne consiste qu’en une colonnette surmontée d’un double rayonnement d’étincelles. La seconde (fig. 186,5) montre cette colonnette grandissante et la troisième indique une petite spirale projetée dans les étincelles (fig. 186,6 et 193,1).
La Langue Sacrée
En suivant cette progression sur un vase de Mycènes (fig. 192), la charpente humaine se manifeste. La spirale a disparu. Elle s’est transformée en voile Nems, le contour de la tête
féminine d’Hathor. La colonne aqueuse s’est solidifiée; elle forme un véritable pilier. Les branches simulent déjà les bras.
Fig. 193. Cypre. Vase d’Amathonle.
— Perrot. Hist. de l'Art, t. 3, p, 714.
Un progrès décisif se révèle dans la quatrième figure du vase d’Amathonte (fig. 193, 2). A présent la tête est dégagée. Les bras s’arrondissent. Les seins se forment par deux spirales. Le pilier avec ses lignes transversales semble une étoffe couvrant le corps de la nouvelle créature (fig. 186).
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Cette ligure suit un char portant deux personnages encore mieux construits, — aussi sont-ils déjà en action (fig. 193,3). — Désormais nos nouveaux élus reprennent au ciel leur vie habituelle ; ils chasseront, navigueront, recevront les hommages de leurs serviteurs, etc.
Signe i47.
Les lignes transversales, formant le vêtement (fig. 193, 2) ne sont elles-mêmes qu’une variante des lignes chevronnées, —
comme l’indique l’urne funéraire de Pendamodi (lig. 182), et les âmes naissantes d’un vase cypriote (fig. 194). A droite, la femme a sa partie inférieure sillonnée de lignes transversales, mais la figure masculine de gauche les remplace par des lignes en tréma L Celles-ci, sur une dalle sculptée écossaise (fig. 195), s’affirment encore mieux en se modifiant peu à peu en doubles cornes. Par ce fait on se retrouve devant le signe 123, la sève génératrice (fig. 150 à 155), et les cornes de bélier qui, sur les broderies de Pont-fAbbé (fig. 183, 7), lancent le bourgeon fleuri
^ Un Arbre Sacré, formé de signes de croissance, dressé entre elles, complète ces figures dont les bras n’existent pas encore.
dans l’écharpe céleste, image gracieuse de la fécondité divine et de la puissance de l’amour.
Fig. 195. Ecosse. — Stuart. Sculpt.
Slones, pl. XIII.
La tige ondulée a pénétré et grandi dans le céleste séjour L La fleur magique a germé. Elle reconstitue le double du défunt.
Nous allons constater à nouveau ce miracle, dans le chapitre suivant, par un autre signe encore plus riche et plus souple : l’âme -palmette (fig. 196).
^ Fait curieux, actuellement par toute l'Espagne, on vend de petits Alcarazas, dont la forme et le décor ne sont que les variantes des vases grecs mycéniens. Le goulot central est bouché (V. fig. 184, i) et à la panse s’inscrivent deux âmes-fleurs ondulées participant des figures 188, s et 4.
Fig. 196. Grèce. Palmette-antéfixe en marbre du Parthénon.
Fig. 197. — 1. Le signe construit. — Etrurie. Couronnement d’un édicule. — Cf. aussi Chipiez. Or. des Ord. grecs, p. 197.
2. Le signe lleuri. — Grèce. Frise d'un vase peint. V. fig. 219.