‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 28 sur 81 · LE COEUR EMPLI · texte numérisé non relu

LE COEUR EMPLI

Le cœur empli d'un amour véhément,

Je regardais ta jeune tète pensive

Penchée sur les lignes d'un livre

(C'était je ne sais quel roman).

La clarté suave de la lampe

Jouait autour de tes cheveux

Et mettait sur les tempes

Un reflet vaporeux

Ainsi qu'une buée

Sur les roseaux, au crépuscule.

Dans le silence la >ieille pendule

Goutte à goutte laissait couler les minutes

Qui font les années, les lointaines années.

Et je songeais que toute ma vie

Dépendait désormais

De cet être gracieux et fragile

Qui là sous la lampe lisait...

Et je trouvais cela grand et plein de douceur.

En cette heure parfaitement pure

Je compris pourquoi les poètes disent « ma sœur »

Et tout ce que recèle et tient

D'inconnu le lien

Qui unit deux créatures.

Alors tu levas les yeux par hasard

Et j'y vis une langueur étrangère

A ma ferveur spirituelle... Et pour répondre à ce regard

Je cédai, je ne sais pourquoi,

Au geste de tendresse coutumière...

Et voici qu'en prenant tes lèvres

Je sentis (ô mystère !)

Que cette mimique usuelle m'écartait de toi.

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