LE CHAPEAU DE TABARIN
Bourgeois, chambrières, laquais, Écoliers, pages, beaux musqués, Nobles dames en leurs litières, Soudards, tire-laines, tripières, Bien que ne sois né sur un trône Il n'est couronne Qui vaille le chapeau de Tabarin.
Ce bonnet illustre à bon droit
Me vient, mes chers seigneurs, tout droit
Du très antique dieu Saturne
Lequel se cachant à Minturne,
Ainsi que l'affirme Strabo,
Y conçut un garçon fort beau
Nommé Tabarum, mon ancêtre,
Qui né coiffé nous fit transmettre
En bon parrain
Ce merveilleux chapeau de Tabarin
Chapeau fantasque et lunatique Qu'à mon gré pétris et mastique :
Ardez, le voici carabin,
Porteur de hotte, coquebin,
Soldat de Suisse, humeur de soupe.
Meneur d'ours ou fileur d'étoupe,
Coureur de poulets gras à lard,
Courtisan, tocque de Biar,
Rueur de pierres à frelonde !
Bref, tous les couvre-chefs du monde
C'est de l'Euphrate au Rhin
A lui seul le chapeau de Tabarin.
Pourtant il faut que vous confie Le déboire où me mortifie Ce tant mirifique chapeau C'est Francisquine à douce peau
Qui de sa façon le chef m'orne.
Et comme que je roule mon bonnet, Las ! ne parviens, pauvre benêt, A cacher ma paire de cornes.