‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 45 sur 81 · SIRE OLAF · texte numérisé non relu

SIRE OLAF

Sire Olaf chevauchait fort tard dans la nuit claire Gagnant son burg afin d'épouser au malin La très noble Galswinthe au sourire hautain A qui seul entre tous Olaf avait su plaire.

Sur les prés irisés de stellaires clartés Les Elfes, laissant flotter au vent leurs écharpes, Tournent aux accords subtils d'invisibles harpes Sans frôler l'herbe de leurs rythmes enchantés.

La fille de roi des Aulnes lui fait un signe :

« Bonne nuit, sire Olaf 1 Où cours-tu donc ainsi ?

« Je suis fille de roi, laisse là tout souci ;

« Viens danser avec moi, si tu m'en juges digne. »

Mais sire Olaf répond : « Non. Danser je ne dois, « Demain matin j'attends ma noble fiancée. »

— « Prends garde, sire Olaf, de me voir offensée ! « Je t'invite à danser pour la seconde fois.

« Nous mènerons la ronde au bord de la lagune

« Et je te donnerai deux éperons d'or fin,

« Et puis une chemise de soie et satin

« Que ma mère a blanchie avec un rai de lune. »

Dit sire Olaf : « Danser je ne dois ni ne puis, « Fût-ce au prix de tout l'or du pays de Cornouailles, « Car demain luira l'aube de mes épousailles. « Adieu, fille de roi. Ma route je poursuis. »

— « Que Suette et Peste avec toi chevauchent en selle I » Dit-elle lors, en le frappant jusques au cœur. Jamais Olaf n'avait senti telle douleur.

« Va maintenant ! rejoins ta noble damoiselle. »

Et lorsqu'il arriva vers l'aube à son château Sa mère l'attendait dans une angoisse extrême :

— « Mon fils aimé, d'où vient que ta face soit blême

« Et que tout ton corps tremble ainsi sous ton manteau? »

— « Ma mère, je fus pris d'une sueur glacée « Pour avoir cette nuit traversé les marais. »

— « Mon fils, réchauffe-toi dans mes bras ; viens plus près. « Que faudra-t-il tantôt dire à ta fiancée? »

— « Ma mère, lui direz d'attendre après midi,

« Que j'essaie à la chasse une jument nouvelle. » Or, voici que survient en pompe solennelle La vierge et son cortège au jour qu'il était dit.

Et Galswinthe au front blanc s'inquiète et s'étonne :

— « Où donc est sire Olaf , mon très cher fiancé ? »

— « A la poursuite d'une biche il s'est lancé

« Pour essayer sa nouvelle jument vaironne. »

— « Il a donc oublié ses épieux et son cor

El son grand manteau gris que voici là par terre ! » « Et soulevant le drap, soudain elle s'atterre : Sire Olaf gisait là, sire Olaf était mort.

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